Discours de l’ambassadeur à l’Académie bulgare des sciences

Le président de l’Académie des sciences, l’académicien Stefan Vodenitcharov, a remis le 27 juillet 2016 la distinction de l’Académie à Xavier Lapeyre de Cabanes, ambassadeur de France en Bulgarie. L’ambassadeur a été distingué pour sa contribution au développement des relations franco-bulgares dans le domaine des sciences et de la culture.

A cette occasion, il a prononcé une conférence sur la « France, la Bulgarie et l’Union européenne » :

Monsieur le président de l’Académie des sciences,
Mesdames et messieurs les académiciens,
Mesdames et messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et messieurs les professeurs,
Mesdames et messieurs, chers amis,

Avoir l’occasion de parler devant votre docte assemblée est un grand honneur pour tout un chacun, ce l’est encore plus pour moi, qui ne suis ni universitaire ni, moins encore, académicien, et qui ne suis que le représentant de mon pays dans le vôtre. C’est encore plus émouvant après la décoration que vous m’avez remise et dont j’ai bien conscience que ce n’est pas moi qui la mérite, mais l’ambassadeur de France que vous avez voulu distinguer, et je vous en suis très reconnaissant pour mon pays. Si, enfin, on ajoute mon lien particulier avec votre pays, vous comprendrez combien mon émotion est véritable et forte aujourd’hui.

Comme vous le savez sans doute, je connais votre pays depuis 25 ans déjà, à quelques semaines près. Près de la moitié de ma vie, ou les trois quarts de ma vie d’adulte. Un premier poste diplomatique, c’est un lieu important pour tout diplomate ; quand on y rencontre son conjoint, il devient indélébile, ineffaçable. En réalité, je n’ai jamais vraiment quitté la Bulgarie. Elle n’est jamais devenue un simple souvenir. Au contraire, elle a toujours été une réalité, tout au long de ces vingt-cinq années. Par nos retours, par nos amis, par ma famille, par les informations que nous glanions sur la Bulgarie, elle est toujours restée une préoccupation pour moi.

Ma vision de la Bulgarie est différente de celle de tous les pays du monde où j’ai vécu, quand bien même ils m’auraient marqué, parce que mes enfants y sont nés, comme à Chypre, ou par la force de leur particularité, comme le Brésil.

Elle est différente parce que j’y ai déjà des souvenirs anciens : contrairement à tout autre poste diplomatique, j’ai déjà vécu dans votre pays, ce qui modifie ma vision et m’en rapproche. La Bulgarie n’est pas un ailleurs, elle n’est pas un monde différent du mien, elle fait partie de ma vie, autant que j’ai le sentiment de lui appartenir.

C’est peut-être aussi pour cela que certains de vos compatriotes ont été étonnés ou choqués que je puisse m’exprimer avec autant de netteté sur certains éléments de l’actualité bulgare. L’idée qu’un diplomate ne doive pas s’exprimer sur la vie politique du pays dans lequel il réside comme un étranger est non seulement assez datée, mais elle ne correspond pas à la tradition. La tradition diplomatique veut que les diplomates ne prennent pas part dans les débats politiques internes et ne s’immiscent pas, dans leur action, dans la vie politique interne, au profit de tel ou tel parti, de telle ou telle faction.

Mais, comme vous le savez, la situation du système judiciaire en Bulgarie n’est pas qu’une question intérieure, elle est aussi et peut-être d’abord, européenne – et c’est parce que c’est une question européenne que j’ai été contraint de dire que le compte n’y était pas et que les gouvernements bulgares, les parlements bulgares, les procureurs généraux, depuis 2007 et l’adhésion de la Bulgarie à l’Union européenne, n’avaient pas permis aux partenaires de l’Union d’avoir enfin confiance dans l’efficacité, l’honnêteté, l’impartialité et l’indépendance des procureurs et des juges bulgares.

Cependant, ce n’est pas du système judiciaire que je souhaite vous parler aujourd’hui, car le point de vue de mon pays est connu.

C’est plutôt de l’idée que je me fais de notre avenir commun au sein de l’Union européenne.

Votre pays est un pays ancien, l’un des plus anciens d’Europe, vous vous plaisez à le rappeler souvent, même si votre pays, à plusieurs reprises au cours de son histoire, a disparu, annexé par ses voisins, l’empire byzantin et l’empire ottoman. Étrangeté de l’histoire, le même sort - la disparition de la Bulgarie - a été souhaité par la direction même de votre pays, lorsque le parti communiste bulgare en 1963 a posé la candidature à sa fusion dans l’Union soviétique, union dont nous savons combien elle était destructrice de l’indépendance des peuples et de l’autonomie des individus. Il n’en a heureusement rien été.

Mais c’est un autre sujet.

Lors de mon arrivée en Bulgarie, comme ambassadeur, une priorité de notre action m’a frappé comme une évidence : nos deux peuples, qui font désormais partie du même ensemble politique en construction, doivent se connaître pour se rapprocher.

Mon pays et le vôtre n’ont en effet pas d’histoire commune, ou très peu, sont chacun à un bout du petit cap occidental du continent eurasiatique que l’on appelle l’Europe et nos peuples ne sont pas très connaisseurs de nos histoires respectives. Il y a cependant un fort déséquilibre : les Français voyagent peu en Bulgarie, et les Bulgares voyagent et étudient ou travaillent plus dans mon pays ; mes compatriotes connaissent beaucoup moins votre pays que vos compatriotes ne connaissent le mien, pour des raisons liées au rôle que mon pays a joué, historiquement, en Europe, depuis plusieurs siècles – rôle dont je m’empresse de dire qu’il n’a pas toujours été positif pour les autres peuples d’Europe, mais c’est, là encore, un autre sujet.

Pourquoi la connaissance réciproque est-elle si nécessaire pour que l’Union européenne se développe, prospère et devienne un acteur incontesté de la scène internationale ?

Parce que l’Union européenne est une construction intellectuelle, une invention politique récente.

Les peuples, les nations, les États – la Bulgarie, la France - sont des constructions intellectuelles, avant tout. Un ensemble de personnes qui n’ont en commun que de vivre à proximité relative les uns des autres et de parler la même langue ou d’avoir les mêmes coutumes, d’avoir une même conception de la vie en société ou une même vision des « fins dernières », ne suffit pas à faire un peuple.

Pour qu’il y ait un peuple, il faut d’abord qu’existe l’idée de ce peuple.

Ainsi, ma langue est parlée en Suisse et en Belgique, mais pourtant, les Suisses et les Belges qui parlent français n’ont pas le sentiment, ni sans doute la volonté, de changer d’appartenance et de devenir membres du peuple français.

Toute chose par ailleurs, sans doute, en est-il de même des Macédoniens.

L’idée que la France ou la Bulgarie ne sont pas des idées, mais des réalités, cela s’est imposé à vous, à moi, parce que nos ancêtres respectifs ont accepté, depuis des siècles, que cette idée était le reflet de la réalité : Asparoukh n’a jamais pensé qu’il était en train d’inventer un royaume bulgare, pas plus que Clovis, près de 200 ans auparavant, n’a pensé qu’il devenait le premier roi de France. L’un et l’autre ont établi une domination sur un territoire et les habitants de ce territoire, en y apportant la sécurité, donc la paix, avec une certaine justice. Et c’est parce que leurs successeurs ont su maintenir cette unité de domination politique, unité qui convenait aux hommes et femmes qui y vivaient, que cette réalité est devenue une idée, celle d’un peuple français ou celle d’un peuple bulgare formant un tout, une unité politique, séparée ou distincte de cette de ses voisins.

Et - c’est la force des idées, des idées politiques notamment - l’histoire nous montre que la disparition de la réalité – celle de la Bulgarie, par exemple – n’a pas fait disparaître l’idée. Ma connaissance de l’histoire de votre pays est trop rudimentaire pour l’affirmer, mais je serais intéressé de savoir quels ont été les précurseurs de Paissi Khilendarski ou plutôt dans quelle mesure il a été entièrement révolutionnaire ou s’il a été le premier à donner forme écrite à une idée qui n’avait jamais quitté vos ancêtres, à savoir qu’il existe un peuple bulgare – ce que ne contestaient pas les dominateurs ottomans – qui a une histoire avec une origine et, donc, avec un destin. Toutes choses par ailleurs, un peu comme les Juifs dispersés en Europe ont, pendant des siècles, rêvé d’un avenir dans le pays des Hébreux, avec leur vœu formulé chaque nouvel an « l’an prochain à Jérusalem » : ce rêve d’un avenir commun est sans doute la meilleure preuve que les idées gouvernent les hommes.

L’histoire d’un peuple est donc un des principaux ciments de l’unité de ce peuple et aucun d’entre vous ne pourrait penser, ne serait-ce qu’une seule seconde, que la Bulgarie ou la France ne sont que des idées.

C’est tout le contraire pour l’Union européenne, qui est une idée politique plus récente, donc plus fragile. Elle ne s’est pas encore imposée comme une réalité aussi évidente que la pluie et le vent – réalités physiques qui, pensons-nous, ne disparaîtront pas plus que nos États. Et pourtant, nos États, nos civilisations sont mortelles – comme toute construction humaine.

Mais nous y tenons, non pas parce qu’il s’agit d’idées anciennes, mais parce que ces idées nous aident à vivre la réalité : l’homme est dans le même temps un être unique, particulier, différent de tous les autres, qui peut décider de son propre destin, et aussi un être qui est déterminé par les conditions de son arrivée sur terre, époque, lieu, famille… Nous sommes donc en même temps des hommes, comme n’importe lequel des autres animaux de cette planète qui appartiennent à l’espèce « homme », et des êtres distincts, insérés dans un ensemble de déterminants qui nous aident à être hommes, sans limiter notre champ des possibles, pour être un homme, à ces déterminants. Car nous pouvons ensuite, une fois devenus adultes, nous séparer de ces déterminants pour construire notre personnalité : ainsi, mes frères et sœur ne sont pas tentés de devenir des citoyens bulgares comme je peux l’être parce que leur histoire d’adultes n’est pas la mienne.

Ainsi, dans l’ordre politique, être né bulgare ou français, parisien ou varniote, n’oblige pas à le rester toute sa vie ni, surtout, à considérer qu’il n’y aurait qu’une seule façon d’être homme, qui serait d’être français de Paris ou bulgare de Varna, et encore moins qu’il n’y aurait qu’une seule façon d’être français, qui serait d’être catholique, pratiquant et ne parlant que le français officiel avec l’accent de Paris, ou une seule façon d’être bulgare, qui serait d’être orthodoxe de Varna et de parler « na mieko ».

Donc, nous sommes des hommes de la planète et des citoyens d’un pays, ou de plusieurs, en fonction des déterminants que nous avons reçus, dans l’enfance, et des choix que nous avons faits adultes.

Dans cette sphère du politique, quelle est la place de l’Europe, non pas comme grande aire culturelle un peu vague depuis plusieurs siècles ou millénaires, mais comme déterminant politique ?

Pour l’instant, elle est inexistante.

Nous ne ressentons pas un attachement émotionnel à l’ensemble appelé « Union européenne » comme nous pouvons en ressentir, pour la plupart d’entre nous, à ces idées qui nous donnent le sentiment d’appartenir à un tout plus grand que nous, la France ou la Bulgarie.

Cet ensemble est trop récent, vous disais-je, pour que nous en ayons conscience et qu’il nous appartienne autant que nous lui appartiendrions.

Mais surtout, cet ensemble reste encore fondamentalement indéterminé.

Ainsi, en soixante ans, les changements de nom de cet ensemble politique (Communauté européenne du charbon et de l’acier, Communauté économique européenne, Union européenne), les changements de frontières (de 6 États à 28 puis sans doute bientôt 27, avant d’autres élargissements), les changements de répartition des compétences entre les États et l’Union (politique douanière commune, politique agricole commune, politique d’unification des normes pour les produits et les services, action commune en matière de visa et de circulation des étrangers tiers, politique étrangère commune, politique monétaire…) et les nombreuses modification d’organisation (traité de Rome, traité de Maastricht, traité d’Amsterdam, traité de Nice, traité de Lisbonne) montrent combien l’Union européenne a du chemin à parcourir pour atteindre la dimension des idées politiques que nous considérons comme des réalités que nous souhaitons intangibles.

En conséquence, l’Union européenne paraît encore à beaucoup, et sans doute plus encore après le référendum britannique du mois dernier, comme une option, une possibilité.

Alors que pouvons-nous faire pour que l’Union européenne devienne une réalité, une vérité aussi forte ?

La première chose est de la vouloir et de vouloir qu’elle soit un ensemble politique, une « politie », pour parler comme Aristote.

Vient donc immédiatement la question du pourquoi : pourquoi voudrions-nous un ensemble politique nouveau, plus grand que nos États, nos nations auxquels nous sommes accoutumés et auxquels nous nous assimilons ?

Pour les mêmes raisons que celles pour lesquelles nous avons besoin de ces États : pour organiser notre vie collective de façon pacifique, conformément à notre façon commune de voir le monde (ce qu’on appelle les valeurs européennes) pour rester indépendants. En gros, pour faire comme Asparoukh ou Clovis et tous leurs successeurs.

Mais en quoi serait-il nécessaire d’inventer ce nouvel ensemble politique, cette nouvelle « politie » ?

Parce que l’histoire des hommes est à présent unifiée et qu’il faut prendre conscience que les puissances du monde sont hors de notre continent et que leurs intérêts ou leurs visions du monde ne sont pas les nôtres : désunis, nous serons à la merci de ces quelques puissances, qu’il s’agisse des États-Unis, qui peuvent vouloir aujourd’hui un traité transatlantique qui leur sera nécessairement favorable puisque les coûts de production américains ont chuté durablement grâce à l’exploitation qu’ils font des pétroles et gaz de schistes, qu’il s’agisse de la Russie, tant que ses habitants décideront que la puissance collective, par la violence et l’intimidation des autres peuples passe avant leur bonheur propre, qu’il s’agisse de la Chine, qui souhaite bénéficier d’un accès de toutes ses entreprises et de tous ses produits à tous les marchés, sans souci des règles du commerce international… Pour chacun de ces trois États, je n’ai évoqué qu’un seul aspect des divergences d’approches que nous pouvons avoir avec eux et qui nécessitent une union qui seule fait la force : vous le savez mieux que quiconque, puisque c’est votre devis nationale.

Que nous comprenions, intellectuellement, la nécessité d’une unité des petits États de l’Europe que nous sommes tous comparés à ces géants, même si mon pays est la cinquième économie mondiale, n’implique pas que nous voulions cette unité, ni que nous sachions comment l’organiser.

C’est toute la difficulté de l’unification de notre continent : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des États indépendants cherchent à s’unifier de façon pacifique ; pour la première fois, des peuples libres décident librement de créer un espace politique qui les englobe.

Je ne pense pas créer un scandale ni dire rien de nouveau en vous disant le fond de ma pensée : nos institutions actuelles ne répondent pas à l’objectif politique de l’unification. Leur caractère démocratique est trop faible, c’est un euphémisme, et c’est le reproche majeur qui leur est fait. Cette démocratisation ne viendra que d’une forme de démocratie européenne ou du moins d’un contrôle démocratique direct, j’insiste sur l’adjectif « direct », sur les politiques européennes et les institutions qui les mettent en œuvre, par l’ensemble des citoyens européens, contrôle qui n’existe pas aujourd’hui.

Certains appelleront cela « fédéralisation » et n’en voudront pas au motif que cela nuirait à la démocratie ou au maintien de leur culture nationale : la Suisse montre qu’un État fédéral n’empêche pas le maintien de particularités culturelles et linguistiques très fortes. En réalité ce motif me paraît cacher une autre raison, beaucoup moins avouable : tout transfert à une démocratie européenne aura inévitablement pour effet de retirer du pouvoir aux personnes qui l’ont aujourd’hui, c’est à dire les hommes politiques et les fonctionnaires des États membres. Et comme les hommes politiques nationaux veulent garder en leurs mains le pouvoir, ils refusent le surcroît indispensable de fédéralisation, qui seul permettra la démocratisation, et militent pour un renforcement des compétences nationales, ce qui nuira, d’abord, aux plus petits, aux plus faibles et aux moins riches des États membres.

Notre rôle à nous, Européens d’aujourd’hui, est d’édifier les bases de cet ensemble politique pour que sa disparition nous paraisse à nos descendants aussi impossible que celle des États dans lesquels nous sommes nés. Notre première tâche est donc institutionnelle, juridique.

La deuxième tâche fondamentale qui est la nôtre pour perpétuer cette politie en devenir et créer les conditions psychologiques, sentimentales, de son évidence, tient à l’histoire et son enseignement.

Depuis l’école publique obligatoire instaurée au 19ème siècle un peu partout en Europe, l’enseignement de l’histoire a été utilisé par les Etats pour créer une conscience nationale. Les histoires nationales qui ont été enseignées à tous les petits Français, Allemands, Bulgares, Italiens… avaient toute un même objectif, incruster un sentiment d’appartenance à une nation, que celle-ci fût indépendante de longue date ou de façon plus récente, et un même moyen : la fierté nationale. Je doute que vous puissiez trouver un manuel d’histoire du début du siècle dernier qui n’ait pas visé à glorifier la nation à laquelle appartenait l’écolier, au détriment, naturellement, de tous les autres peuples, à commencer par les voisins.

L’enseignement de l’histoire avait donc une visée d’abord politique – visée qui a naturellement été renforcée par les régimes totalitaires, puisque l’Etat avait pour objectif de contrôler tous les aspects de la vie collective et de la pensée. Et cette visée politique était purement nationale : créer un esprit national, éventuellement dans un but de revanche politique ou militaire.

Le déséquilibre était double : le jeune européen, quelle que soit sa nationalité, apprenait pour l’essentiel l’histoire de son pays, ce qui le rendait ignorant des réalités des autres pays, et cette histoire était elle-même magnifiée, trafiquée pour qu’à aucun moment il ne puisse avoir honte de ses ancêtres et de leurs actions, mais qu’au contraire les prît pour modèle.

Je crains que cela n’ait pas beaucoup changé. Quoi qu’on fasse, l’enseignement de l’histoire sera toujours déterminé par des considérations politiques : dans l’histoire de l’humanité, il faut faire des choix. Ces choix en eux-mêmes sont politiques.
Mais il serait bon que cessent les mythifications nationalistes, que les institutions nationales, qu’il s’agisse des musées nationaux ou des éducations nationales, cessent de faire un travail qui n’est pas scientifique, mais nationaliste et politique. La rerconstruction du passé n’est pas œuvre scientifique : c’est un mensonge. Ce dont les jeunes européens ont besoin ce n’est pas que des ruines soient reconstruites, c’est de comprendre le passé. Car ce passé ne nous engage pas personnellement : l’histoire de mon pays, les erreurs et les succès de mes ancêtres, je ne devrais en éprouver aucune fierté. Mais il faut connaître ce passé, ses crimes et ses grandeurs, pour comprendre ce que nous sommes et en tirer des leçons.

Les jeunes Européens ont besoin de prendre conscience que dans nos passés si distincts, violents, où nos ancêtres peuvent avoir été ennemis, il existe une histoire commune : celle d’une région du monde où aucune puissance n’a pu venir à bout de toutes les autres pour constituer un empire. Et si vos ancêtres ont subi, cinq siècles durant, la domination impériale d’un autre peuple, l’indépendance recouvrée voici près de 140 ans a marqué le retour des Bulgares dans le concert européen, dans le dialogue entre les nations de l’Europe, dont la diversité est en même temps la plus grande richesse et le plus grand obstacle à l’unité.

C’est donc bien une tâche essentielle que d’inventer une histoire de l’Europe qui se fonde sur l’histoire des peuples qui la constitue. Seul un tel enseignement pourra fournir aux jeunes Européens un sentiment d’appartenance commune, l’idée que ces autres peuples, si différents, peuvent aussi devenir une réalité politique nouvelle.

Nos deux Etats ont des responsabilités particulières à cet égard.
La France, parce qu’elle est un État fondateur de l’Union européenne et l’un des plus importants de notre ensemble politique commun. Nous devons montrer que l’unification de l’Europe est notre objectif politique et que, pour cela, nous voulons des institutions européennes démocratiques.

La Bulgarie, parce qu’elle est et sera sans doute pour longtemps à la frontière orientale de l’Union européenne. État stable dans une région encore particulièrement troublée, la Bulgarie peut être un exemple et un soutien pour ses voisins.

Je n’ai aucun doute que les Bulgares, très majoritairement, regardent vers l’ouest, vers l’Europe et l’objectif fédéral et non vers l’est et le risque impérial que vos ancêtres ont subi pendant des siècles. Ces trois années me l’ont confirmé : les Bulgares veulent être toujours plus européens et veulent vivre librement dans un ensemble politique qui accroîtra leurs capacités à vivre en paix, à se mouvoir et à se débrouiller dans ce monde désormais globalisé.

C’est là que je vois la Bulgarie et les Bulgares : au milieu de l’Europe. Avec les Français.

Je vous remercie de votre attention./

Dernière modification : 05/09/2016

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