Interview de François Frison-Roche, professeur à l’Université Panthéon-Assas (Paris II) et Président de l’Alliance France-Bulgarie

Q1. Alors que de nouvelles autorités viennent de prendre leurs fonctions en France, dans quels domaines voyez-vous le plus de potentiel de développement des relations bilatérales ?

F. Frison-Roche : De solides relations bilatérales existent entre la Bulgarie et la France depuis la fin du régime communiste en Bulgarie. On doit largement cette politique aux deux Présidents de la République de l’époque, François Mitterrand et Jeliou Jelev. Ensemble, alors qu’ils n’étaient pas du même « bord politique », si l’on peut dire, ils ont voulu dépasser quelques séquelles historiques et de nombreux « clichés » et faire repartir les relations entre les deux pays sur de nouvelles bases. C’est une réussite et, depuis vingt ans, la France a toujours été aux côtés de la Bulgarie dans les moments difficiles. Est-il besoin de rappeler, par exemple, le rôle que la France a joué dans la libération des infirmières. Ce type d’action entre Etats est toujours l’aboutissement d’une politique antérieure de confiance et d’amitié.

Les coopérations techniques entre les administrations française et bulgare se sont également approfondies depuis de nombreuses années et on peut réaliser le degré de confiance mutuelle que cela implique quand on évoque certains résultats très concrets, en matière de justice ou de lutte contre la criminalité organisée, par exemple. Même si beaucoup de choses restent à faire, la dynamique positive des relations bilatérales est de nature à créer un « climat favorable » au développement des relations entre la France et la Bulgarie.

Il faut bien comprendre que de bonnes relations politiques entre Etats – éprouvées dans le temps - représentent un préalable indispensable aux développements durables des échanges économiques. Dans ce dernier domaine, il y a entre la Bulgarie et la France des possibilités importantes. Encore faut-il que le « climat des affaires » repose sur des règles du jeu communes et fiables. Depuis plusieurs années, de grandes banques françaises ont rétabli leurs relations historiques avec la Bulgarie. C’est un excellent « signal » pour les entreprises françaises – grandes et moins grandes - de venir investir en Bulgarie sauf si des « pratiques locales » - condamnables et qu’il faut stigmatiser - découragent les entrepreneurs de poursuivre leur action. Plus les autorités bulgares comprendront la nécessité de faire respecter la « règle du jeu » (économique mais aussi juridique), plus les deux pays développeront des potentialités d’échanges.

Q2. Quel bilan tirez-vous de cinq années d’adhésion à l’UE ? Dans quelle mesure la Bulgarie vous paraît-elle se rapprocher des moyennes et des standards de l’UE ?

F. Frison-Roche : La décision de faire entrer la Bulgarie dans l’Union européenne en 2007 était une « bonne décision » stratégique pour la construction de l’Europe. Je l’ai dit dans une récente interview reprise par la presse bulgare et je le répète volontiers ici. J’ajoute que cette décision européenne n’a pu être prise que grâce à l’action du Premier ministre bulgare de l’époque, qui a su "crédibiliser" une volonté politique devant les responsables européens, sans préjudice des réformes structurelles qu’il reste à mener à bien par ses successeurs.

Il est du ressort des acteurs politiques bulgares – donc de la responsabilité des citoyens qui les élisent – de favoriser les progrès économiques, sociaux et politiques internes pour que le pays rejoigne le plus vite possible les standards européens. L’Europe doit se montrer généreuse mais le contribuable européen est dans son droit quand il exige de la vigilance sur chaque euro dépensé !

Q3. Quels sont pour vous les principaux atouts de la Bulgarie, et/ou sur lesquels les Bulgares doivent miser ?

F. Frison-Roche : La Bulgarie dispose de nombreux atouts dans le cadre de l’Union européenne. Parmi ceux-ci je voudrais mettre l’accent sur celui qui réside dans sa position de « carrefour ». Tout spécialement sur le plan énergétique puisque la Bulgarie devrait être le lieu de passage obligé du futur approvisionnement en énergie d’une grande partie de l’Europe. C’est à la fois une grande chance économique pour la Bulgarie dans le futur mais aussi une grande responsabilité politique actuelle sur le plan régional, évidemment, mais aussi international.

Pour être très direct, il ne s’agit pas seulement de construire un pipeline et de se contenter d’attendre les royalties ! Il s’agit de faire en sorte que la situation politique régionale soit suffisamment pacifique pour que ces tuyaux acheminent - de manière pérenne - ce qu’ils transportent jusque dans les pays à qui l’énergie est destinée. Cela implique que la Bulgarie poursuive une politique étrangère équilibrée et fiable vis-vis de tous ses voisins et, au delà, de tous les pays concernés directement ou indirectement par les intérêts multiples que suscite ce flux énergétique. La tâche est immense car elle est à la mesure de l’enjeu. Le rôle de la Bulgarie est essentiel pour la prospérité future de l’Union européenne. Elle a donc une carte importante à jouer dans le cadre de la politique étrangère européenne qui se met en place.

Q4. Quel est aujourd’hui selon vous le défi le plus pressant à relever par les autorités ou la société bulgares ?

F. Frison-Roche : Le principal défi que la Bulgarie doit relever c’est celui de sa crédibilité internationale. Donc l’amélioration de son « image extérieure », c’est-à-dire de cette « impression ressentie » par les opinions publiques étrangères à l’égard de la Bulgarie. Rien ne se construit durablement sans crédibilité ! Quand je parle de crédibilité, je pense évidemment à la crédibilité, réelle, de ses finances publiques, mais aussi à la transparence de son économie. Après vingt ans de transition, la « crédibilité » de la Bulgarie pourrait être meilleure – c’est le moins qu’on puisse dire - si les résultats obtenus étaient à la hauteur de la volonté politique souvent affichée.

Qu’on me comprenne bien : il ne s’agit pas d’exiger que la Bulgarie devienne du jour au lendemain le pays le plus « vertueux » du monde ! (cela n’existe pas et chaque pays peut balayer devant sa porte, n’est-ce pas !), mais de souhaiter qu’elle atteigne les objectifs auxquels elle a souscrit dans le cadre du mécanisme de coopération et de vérification.


NB : les propos tenus dans cette interview
n’engagent en aucun cas
l’ambassade de France en Bulgarie

Dernière modification : 17/07/2012

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