Jeudi 05 mai

La polémique

Les Bulgares à l’étranger continuent à protester contre les amendements au Code électoral ; une rencontre entre le premier ministre et des mécontents essaie de pallier ce problème

Le récent amendement au Code électoral selon lequel les Bulgares à l’étranger ne pourront désormais voter que dans les emprises diplomatiques et consulaires bulgares à l’étranger (voir nos revues des 25 et 27 avril) continue à susciter de vives protestations.

Selon le Front patriotique, porteur de la disposition contestée, celle-ci vise à mettre fin aux manipulations électorales dans les nombreux bureaux de vote régulièrement ouverts en Turquie et, donc, à l’ingérence de ce pays dans la politique intérieure bulgare.

Plusieurs pétitions et manifestations organisées par la communauté bulgare à l’étranger, qui estime que la nouvelle disposition priverait en réalité deux millions de Bulgares résidant à l’étranger de la possibilité d’exercer leur droit constitutionnel, ont appelé le président de la République à opposer son veto à la loi amendée. Celui-ci a promis de se prononcer dans les meilleurs délais.

Irrité par cette vague d’indignation, Valeri Simeonov, député et co-président du Front patriotique, a tenté de faire passer pour négligeables ces protestations : « Personne ne vous empêche d’arranger votre vie privée comme vous l’entendez. Arrêtez de traîner dans nos pieds lorsque nous essayons de résoudre des problèmes vieux de vingt-cinq ans, créés par des politiciens sans racines et des pseudo-compatriotes fantasques sans racines ! », a-t-il écrit dans un courriel adressé à une des protestataires les plus actives résidant à New York.

Au lieu de rendre M. Simeonov plus prudent, le tollé déclenché par ses propos au sein de la diaspora bulgare l’a fait monter sur ses grands chevaux. Flairant dans les protestations un « complot fomenté par le président de la République et par ses complices du Réseau de protestation et du cercle Capital », le député a souligné ce matin sur Nova TV que les protestataires n’étaient qu’une poignée de gens ne représentant pas les positions de la communauté bulgare à l’étranger. « Un petit groupe, toujours les mêmes à criailler. Nous n’avons pas besoin d’une telle démocratie de brailleurs ! », a-t-il conclut.

La médiatrice de la République, Maya Manolova, se disant convaincue que les nouvelles dispositions électorales violent réellement les droits des Bulgares vivant à l’étranger et saisie d’une pétition signée par 6 000 citoyens, a organisé ce matin une rencontre entre le premier ministre et des Bulgares établis en Grande-Bretagne, en France et en Australie. Y ont pris part Tsvetan Tsvetanov, président du groupe parlementaire du GERB, Danaïl Kirilov, député GERB et président de la commission des affaires juridiques, et Daniel Mitov, ministre des affaires étrangères.

Selon des participants à la rencontre, qui ont partagé leurs impressions devant Mediapool, M. Borissov a parlé de la situation politique difficile au sein du parlement et a mis en garde contre des élections anticipées qui pourraient menacer la stabilité du pays. Accusant de nouveau le parti des Démocrates pour une Bulgarie forte d’avoir trahi la coalition, le chef du gouvernement a déclaré que, lui-même, il aimait bien les anciennes règles régissant le scrutin à l’étranger, mais qu’il n’avait pas pu s’opposer aux revendications du Front patriotique dont dépend la stabilité de la coalition.

Selon Mme Manolova, le premier ministre a manifesté de la compréhension et considéré comme justifiées les revendications exprimées par les Bulgares à l’étranger. Mais comme les décisions au parlement étaient prises au sein d’une coalition à géométrie compliquée, il leur a demandé d’essayer de régler le problème avec Valeri Simeonov du Front patriotique.

Du point de vue juridique, il existe désormais deux possibilités, estime la médiatrice. Soit le président de la République met son veto et l’Assemblée nationale réexamine les textes, soit les partis de la majorité initient une nouvelle proposition législative en vue de modifier les dispositions qui limitent les droits de vote des Bulgares à l’étranger. Pour d’autres, il existe également une troisième voie, à savoir saisir la Cour constitutionnelle de la constitutionnalité de la loi d’amendement du Code électoral après sa promulgation. Quoi qu’il en soit, les Bulgares à l’étranger ne semblent pas prêts à désarmer (tous journaux, mediapool.bg).

Le dédoublement

La division de l’espace politique offre une opportunité aux partis patriotiques

Alors que la préparation de la prochaine élection présidentielle (octobre 2016) domine actuellement la vie politique bulgare, on observe un dédoublement de plusieurs partis. Telle est la conclusion principale de l’étude mensuelle, réalisée par l’institut de sociologie Ivan Hadjiiski.

Les experts soulignent la tendance à la division des principaux partis politiques en Bulgarie : « deux Blocs réformateurs » (suite à la décision de l’un des co-présidents de cette coalition, Radan Kanev de passer en opposition mais de ne pas sortir du Bloc et du groupe parlementaire) ; « deux MDL » (suite à la création de DOST, le nouveau projet politique de l’ancien président du MDL Lioutvi Mestan) ; « deux gauches » (le PSB et l’ABC).

A présent cette tendance semble contaminer également le GERB, avec deux lignes politiques discernées depuis quelque temps au sein du parti. Selon l’étude, les divergences internes entre les pouvoirs exécutif et législatif, entre le gouvernement et le groupe parlementaire, entre le premier ministre et président du parti, Boïko Borissov, et son bras droit et leader du groupe parlementaire, Tsvetan Tsvetanov, connaissent des développements de plus en plus visibles. Si jusqu’à présent l’ambition personnelle de M. Tsvetanov, ancien ministre de l’intérieur (du gouvernement Borissov 1), a été de récupérer le contrôle de ce ministère, cette ambition continue de croître. La réponse du premier ministre à son bras droit peut être trouvée dans la phrase récemment prononcée : « seul le GERB pourrait faire chuter le GERB », commentent les sociologues de l’institut.

En visite à Bruxelles pour y rencontrer des expatriés Bulgares, Radan Kanev a soutenu une thèse similaire : le GERB est profondément divisé à cause de l’aggravation du conflit entre MM. Borissov et Tsvetanov. Cette crise mettra la fin à l’hégémonie du parti, car « M. Tsvetanov, sans M. Borissov, est égal à zéro, tandis que M. Borissov, sans M. Tsvetanov, perdra la moitié de son parti », a ajouté M. Kanev.

Cette division de l’espace politique présente une opportunité pour les partis patriotiques : s’ils réussissent à parler d’une seule voix, ils seront gagnants, commente Parvan Simeonov, politologue et membre de l’équipe de l’Institut Ivan Hadjiiski dans une interview pour Standart. La gauche continue à porter le poids de son image teinte de nostalgique, orientée vers la sauvegarde d’un statu quo qui manque de prestige. Elle ne peut pour l’instant représenter une vraie alternative.

La ligne de démarcation actuelle devrait être cherchée non entre la gauche et la droite, mais entre un conservatisme nationaliste et fermé, et un progressisme libéral, ouvert et cosmopolite. Le Front patriotique et l’espace patriotique en général peuvent tirer des avantages de la crise des migrants et des menaces terroristes, car aujourd’hui c’est « la tendance politique dominante » en Europe. Ainsi, ce sont les courants les plus conservateurs qui disposent d’un vrai potentiel de progression, prévient le politologue. (tous journaux)

Le conflit

L’escalade après une bagarre à Radnevo repose la question de la ségrégation des Roms, alors que le conseil des ministres vient d’approuver le rapport 2015 sur la stratégie nationale d’intégration

Alors qu’un accident banal de la route (refus de priorité) a donné lieu à une rixe, le conflit est vite devenu insurmontable entre les communautés rom et non-rom de Radnevo (région de Stara Zagora). Lors de cet incident, il y a trois jours, le conducteur d’origine rom avait appelé un renfort. Une querelle violente, accompagnée de coups de poing et de couteau, s’en est suivie, à la suite de laquelle trois des protagonistes, des Bulgares slaves, se sont retrouvés à l’hôpital, et quatre autres, des Bulgares roms, ont été mis en examen pour hooliganisme aggravé de tentative d’homicide.

Depuis trois jours, la petite ville est en ébullition, note 24 Tchassa. Mardi soir une manifestation spontanée contre la criminalité d’origine rom a réuni un petit groupe sur la place centrale qui clamait : « nous avons peur pour nos enfants ! ». Un peu plus tard, comme sur un signal donné par on ne sait trop qui, plus de mille autres personnes se sont jointes au petit groupe, souligne ce journal, qui ajoute que seule la solide protection policière postée à l’entrée du quartier rom a empêché la foule d’y pénétrer. Pour calmer les esprits, le maire, qui s’est rendu sur place, a promis de faire une enquête sur… la régularité des constructions dans le quartier rom où habitent 700 personnes environ. On dit que des bikers sont attendus à Radnevo ces jours-ci pour une nouvelle manifestation anti-rom. Les Roms, de leur côté, se préparent à riposter avec des haches, des pelles et des fourches….

Ce matin, Lilia Makaveeva de l’association Integro (Ndr : une ONG travaillant depuis 2002 à l’intégration des Roms) a critiqué certains partis politiques qui entendent profiter d’incidents comme celui de Radnevo pour gonfler leur cote de popularité. Selon elle, cet incident devrait être examiné dans le contexte de l’absence de politique d’intégration : « Des accidents de la route arrivent tous les jours. On ne peut pas s’attaquer à toute une communauté pour ce qu’ont fait deux ou trois Roms. Je ne pense pas que la manifestation citoyenne à Radnevo était spontanée. Au contraire, tout a été bien organisé. Il y a [des partis] qui sont à l’affût de tout incident pour mobiliser des soutiens et provoquer des tensions. Plus on parle de politique d’intégration, plus on voit grandir l’exclusion sociale et la désintégration », a-t-elle déclaré.

Par ailleurs, hier, le conseil des ministres a approuvé le rapport de suivi de 2015 sur la mise en œuvre de la stratégie nationale d’intégration des Roms. Parmi les réussites citées figurent le rôle positif des médiateurs en matière de santé et de travail, le grand nombre de projets réalisés au niveau local par les communes et les ONG, la meilleure coordination entre les autorités et le milieu associatif, l’approche intégrée permettant d’allier des ressources et des mesures relevant de différents programmes et sources (budget national, programmes opérationnels de l’UE, programme bulgaro-suisse de coopération, mécanisme financier norvégien, etc.).

Toutefois, malgré les avancées réalisées, plusieurs difficultés subsistent. Celles-ci sont le plus souvent liées à la faible motivation des familles roms à scolariser leurs enfants, aux mariages précoces, à l’absence d’emploi durable. La vie dans des quartiers isolés reste un facteur puissant de marginalisation pour la communauté rom. Le grand défi pour tous les acteurs – l’Etat, les communes, les ONGs, y compris les associations travaillant dans le domaine de la protection des droits de l’homme – reste de réduire les distances sociales entre Bulgares roms et non-roms, souligne le rapport. (24 Tchassa, troud, bnr.bg)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
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Dernière modification : 05/05/2016

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