Jeudi 12 mai

Les réactions

Le premier ministre s’émeut de l’attitude d’ABC dont le groupe parlementaire prend ses distances avec la décision de sa direction

La rupture d’ABC avec le gouvernement bulgare suscite la réaction des membres de celui-ci, à commencer par le premier ministre.

« Qu’ils n’exagèrent pas dans leur guerre des nerfs car je risque de perdre les miens et de me présenter à la présidentielle au dernier moment », a déclaré Boïko Borissov à l’issue de son entretien avec David Cameron à Londres, interrogé par des journalistes au sujet des propos tenus par Tsvetan Tsvetanov à l’occasion du retrait d’ABC du pouvoir. M. Tsvetanov avait établi un lien entre l’époque où Roumen Petkov (actuellement vice-président d’ABC), ancien ministre de l’intérieur, avait révoqué Boïko Borissov de son poste de secrétaire général de ce ministère en le motivant ainsi à devenir premier ministre et la situation actuelle où ABC, par son retrait, serait censé pousser Borissov à devenir chef de l’Etat.

« Qu’ils nous laissent terminer nos travaux de goudronnage, nos programmes, collecter plus d’argent dans le budget. Bref, qu’ils soient plus tolérants », a rajouté M. Borissov au sujet d’ABC. « A vrai dire, ABC a toujours préféré rivaliser avec le PSB pour l’espace politique de la gauche au lieu de nous soutenir sur des dossiers sensibles. Jamais, ils ne l’ont fait. Le problème, c’est que nous avons appris par les médias ce qu’ils avaient décidé bien avant leur conférence de presse car l’élection présidentielle est importante pour eux. », a-t-il commenté. En revanche, M. Borissov, n’a pas tari d’éloges pour Ivaïlo Kalfin qu’il a qualifié comme « quelqu’un de bien, un professionnel que nous avons soutenu dans les réformes qu’il conduisait ». Il a espéré pouvoir retravailler un jour avec lui et rester son ami.

M. Borissov a aussi précisé l’importance du soutien du Front patriotique, du Bloc réformateur et de tout un chacun dont le bon sens lui permet de comprendre que dans un contexte de partis politiques « en vrac », les élections anticipées ne pourraient constituer que « le paradis pour la contrebande, la corruption et tous les cercles oligarchiques qui n’attendent que ça ».

Quelques heures après l’intervention du premier ministre, Meglena Kouneva, a demandé aux journalistes de ne pas interpréter au pied de la lettre l’émotion de Boïko Borissov et a rappelé à quel point il est important pour des dossiers comme la loi de lutte contre la corruption, la réforme de l’éducation nationale et la mise en œuvre du programme européen pour l’éducation et la science qu’il y ait un parlement et un pouvoir exécutif qui fonctionnent. Des facteurs d’une importance cruciale également pour le bon déroulement de la présidence bulgare de l’Union européenne en 2018, a conclu Mme Kouneva.

« Lorsqu’un Etat au nord-est de la Bulgarie tombe malade, Gueorgui Parvanov se met à éternuer. C’est déjà arrivé par le passé », a estimé Daniel Mitov, ministre des affaires étrangères en guise de commentaire. M. Mitov a établi un lien entre le retrait du pouvoir d’ABC, la politique bulgare de diversification de ses sources énergétiques et la modernisation de l’armée bulgare. « En tant que ministre des affaires étrangères, je ne souhaiterais pas que la Bulgarie se retrouve dans une situation où nous, les autres forces (allusion au GERB et ses partenaires), aurions du mal à voir comment maintenir le cap de l’orientation euro-atlantique de la Bulgarie face à un front pro-oriental puissant ».Le ministre des affaires étrangères a refusé de créditer les arguments officiels avancés par la direction d’ABC pour expliquer sa rupture. Il a démenti également les propos de Radan Kanev selon qui « la réanimation du PSB afin de le brandir comme épouvantail » serait la seule possibilité pour le GERB de dominer dans une prochaine législature : « Le PSB ne pourra ressusciter que s’il devient un vrai parti social-démocrate européen. », a tranché M. Mitov.

Par ailleurs, le groupe parlementaire d’ABC a du mal à avaler la décision prise par la direction du parti. Certains députés déclarent même n’en avoir pas été informés. Selon les sources renseignées de mediapool.bg, bien que cette décision ait été adoptée à l’unanimité par la direction du parti, des membres dirigeants comme Ivaïlo Kalfine et Borislav Borissov, président du groupe parlementaire d’ABC, s’étaient prononcés « contre » même s’ils ont voté « oui ».

Le vice-président ABC de l’Assemblée nationale, Kiril Tsotchev, a déclaré hier que « le groupe parlementaire d’ABC tiendra compte de la décision de la direction du parti bien que celle-ci n’ait pas été prise par le groupe parlementaire. Il a expliqué que les députés d’ABC qui occupent des postes de direction au Parlement ou sont à la tête de commissions parlementaires ne démissionneront pas. Par conséquent, Micho Michov et Borislav Borissov resteront à la tête des commissions parlementaires de la défense et de la jeunesse et du sport, respectivement.
Le groupe parlementaire envisage de soutenir dorénavant certaines propositions du gouvernement et ne considère pas qu’il y ait besoin que celui-ci donne sa démission. (mediapool.bg, dnevnik.bg)

L’explication

En partant, Ivaïlo Kalfine laisse la porte entrouverte en remerciant le premier ministre et ses collègues

Après la démission surprise d’Ivaïlo Kalfine, vice-premier ministre et ministre du travail et de la politique sociale et le retrait de son parti ABC de la majorité parlementaire (voir notre revue d’hier), la presse lui donne aujourd’hui la parole pour expliquer ses motifs. La plupart des journaux publient les questions-réponses qui ont été réalisées après la démission.

Le ministre démissionnaire remercie le premier ministre et ses collègues du gouvernement en soulignant qu’il a pu travailler dans une bonne atmosphère et sans subir de pression. Il évalue son travail au sein du gouvernement positivement et souligne que la décision prise a été conforme à la décision de son parti.

M. Kalfine motive la décision d’ABC de retirer son soutien au gouvernement par la lenteur des réformes et nomme les secteurs problématiques : la sécurité, la politique étrangère, l’économie. En termes de politique étrangère, la Bulgarie a perdu son poids de facteur régional. « Nous avons adhéré à l’UE du fait que notre pays a été un acteur important dans les processus régionaux… A présent nous sommes membres de l’UE et de l’OTAN, mais malgré cela il est difficile d’identifier des initiatives régionales ». Selon M. Kalfine, ce fait est alarmant vu la situation « autour de nous » qui présente une menace pour la sécurité nationale : les réfugiés, les processus au sein de l’UE et dans les Balkans, la tension ethnique et le retour du nationalisme. ABC ne voit également pas d’efforts pour la restructuration de l’économie.

Les contraintes devant la communication font également partie des critiques. « De nombreuses fois, nous avons été mis au parlement dans la situation de prendre des décisions au dernier moment », souligne M. Kalfine. Par exemple, sur l’adoption des amendements au code électoral quand « des commissions [parlementaires] ont votés des textes, qui sont absurdes pour un pays démocratique ».

Selon M. Kalfine, la scission au sein du Bloc réformateur exerce une influence négative et a secoué le gouvernement. En sortant du pouvoir, ABC renforcera « l’évaluation critique » surtout en ce qui concerne les domaines cités. Le gouvernement a le choix : il doit s’activer pour répondre aux attentes des citoyens et, éventuellement procéder à des changements de personnes sinon, il y aura une forte baisse de la confiance envers le cabinet. « Personnellement je serai content de voir un gouvernement plus ambitieux finir son mandat complet…Nous avons eu assez d’élections ces dernières années et cela n’est pas utile pour le pays », dit M. Kalfine.

Concernant les questions du lien entre la décision d’ABC et le changement du président du PSB (voir la revue d’hier), il souligne son espoir d’un renouveau au sein de la gauche. Mais il dément que le congrès des socialistes soit la raison pour laquelle ABC quitte le pouvoir.

Quant à la prochaine élection présidentielle et à la possibilité qu’il se présente, M. Kalfine dit : « je serai heureux si ABC et le PSB ont un candidat commun. Mais alors, il n’appartiendra ni à ABC, ni au PSB ». Aujourd’hui, en visite à Rousse où il a été décoré du titre docteur honoris causa de l’Université de cette ville, il ajoute : « J’ai confiance en moi, je connais bien l’institution présidentielle, mais il y a beaucoup de facteurs qui doivent être pris en considération. Je n’ai pas l’intention de participer à des luttes qui sont symboliques ». Cependant il confirme ses intentions de « participer à la vie politique bulgare ». (tous journaux)

Le scandale

Panama Papers : les personnalités bulgares épinglées

La publication sur le site en ligne du Consortium international des journalistes d’investigation (CIJI) des dossiers de Panama, la mégabase de données répertoriant plus de 300 000 sociétés immatriculées par le cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca & Co, spécialisé dans les services financiers offshore (voir notre revue du 5 avril dernier), offre l’occasion aux médias bulgares de faire une récapitulation des implications bulgares dans ce scandale international.

Selon les dossiers tenus par les avocats panaméens, la rubrique « Bulgarie » renferme 50 sociétés, 117 « personnalités officielles », 8 intermédiaires et 102 adresses dans plusieurs grandes villes du pays. D’après les publications parues jusqu’à présent dans 24 Tchassa, le partenaire bulgare du CIJI, parmi les personnes impliquées se trouvent des figures notoires du monde criminel – Mladen Mikhalev dit Madjo, l’épouse et la belle-sœur d’Evelin Banev dit Brendo (dit aussi le « roi de la cocaïne ») ; des hommes d’affaires de poids – Vassil Bojkov, Peter Mandjoukov, les époux Evelina et Nikolaï Banev, Nikolaï Kitov (directeur de Technomarket, chaîne de grandes surfaces d’électroménager et d’équipement audio-visuel, arrêté l’année dernière sur un mandat d’arrêt européen et extradé en Italie dans une affaire de fraude fiscale) ; des avocats illustres – Todor Tabakov (expert éminent en droit fiscal, promoteur de l’idée d’imposer les transferts de fonds vers les zones offshore), Ivan Todorov (consul honoraire d’Antigua et Barbuda), Todor Batkov (éditeur du quotidien Standart) ; des banquiers – Tchavdar Kantchev, Bilian Balev, etc.

Parmi les hauts fonctionnaires, 24 Tchassa signale le nom de Pavel Ezekiev, président de l’Agence des investissements étrangers de 2002 à 2004, dans le gouvernement de Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha, aujourd’hui directeur associé du fonds de placement à risque NEVEQ. Cependant, la société offshore liée à son nom n’a été immatriculée qu’en 2009, des années après son départ de la fonction publique.

Les sociétés offshores détenues par Plamen Petrov, ministre des transports et des communications de 2001 à 2003, à l’époque du gouvernement de Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha, ont été immatriculées au nom de sa mère. Mais elles ont aussi été créées après son retrait de la vie politique active.

Un cas plus particulier est celui de Bilian Balev, un des trois administrateurs délégués de la Banque bulgare pour le développement (détenue à 99,9% par l’Etat bulgare). Nommé à ce poste en septembre 2013 par le gouvernement de Plamen Orecharski, cet ancien journaliste a immatriculé en 2015 une société dans les îles Vierges britanniques en vue de … se conformer aux exigences monégasques de management de son yacht qu’il venait d’acheter à crédit-bail au prix de 650 000 euros. C’est le seul Bulgare, pour l’instant, classé comme personne politiquement exposée dans les dossiers de Panama.

Des députés du Bloc réformateur ayant appelé M. Balev à démissionner de son poste, le ministre des finances s’est fait hier son avocat. Selon M. Goranov, la société de M. Balev n’avait été créée que pour satisfaire à une exigence légale de pavillon et, en outre, avait été déclarée auprès de la Cour des comptes. Toutefois, M. Balev sera soumis à un contrôle fiscal rigoureux. « Les résultats de celui-ci vont déterminer le sort de M. Balev. S’il s’avère qu’il a dissimulé quelque chose d’illégal, il sera révoqué sur-le-champ », a assuré le ministre tout en précisant que, du point de vue professionnel, il était pleinement satisfait du travail réalisé par l’équipe de la Banque bulgare pour le développement.

Tous les citoyens bulgares dont les noms sont apparus dans les Panama papers seront soumis à des contrôles fiscaux. En cas d’impôts impayés ou d’écarts constatés entre leurs revenus et leur patrimoine, ils feront l’objet de procédures de vérification plus approfondies pour les cinq dernières années, précise 24 Tchassa. (24 Tchassa, Capital Daily, investor.bg, mediapool.bg)

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Dernière modification : 12/05/2016

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