Jeudi 14 avril

Le scandale

Un dessinateur de presse perd son contrat avec une chaîne de télévision pour une vidéo qui critique le premier ministre

Le scandale social et politique suscité par les arrestations illégales de migrants, effectuées par des bénévoles et soutenu initialement par le premier ministre (voir la presse du 12 avril) a évolué en scandale de censure. Hier, la chaîne télévisée Nova TV a supprimé de tous ses sites une vidéo du dessinateur de presse Tchavdar Nikolov. La vidéo de 16 secondes pouvait être vue uniquement dans l’enregistrement intégral de l’émission de matin, dans lequel elle a été diffusée, publié sur le site de Nova.

M. Nikolov est un contributeur régulier de la télévision dans laquelle ses caricatures apparaissaient chaque semaine. Celle qui a déclenché la polémique traitait la réaction du premier ministre Boïko Borissov au sujet des arrestations de migrants qui ont été ligotées avec des menottes en plastique, connues par le grand public comme « queue de cochon » [le weekend dernier M. Borissov avait déclaré : « J’ai pu les contacter, ces garçons, et leur parler personnellement. Tout aide à la police, à la police aux frontières et à l’Etat est bien venue […] Je les ai remerciés […] Quiconque qui nous aide mérite d’être remercié. » Plus tard il avait fait volte-face accusant les médias d’avoir manipulé une partie de ses déclarations : voir la revue du 12 avril].

La vidéo oppose deux dates : « 681, queue de cheval » et « 2016, queue de cochon ». La première image montre Asparouh, fondateur du premier Etat bulgare en 681, tenant son drapeau à queue de cheval, avec ses soldats. La seconde montre M. Borissov, armé d’une sorte de drapeau fait de menottes « queue de cochon », suivi par des volontaires de milices de chasse aux réfugiés.

Après la diffusion de la nouvelle de la suppression de cette vidéo de tous les sites du groupe Nova, hier soir a été diffusée l’information que toutes les caricatures de M. Nikolov ont étaient également supprimées des sites de Nova, ainsi que son canal dans vbox.7 (variante bulgare de Youtube) qui contenait plus de 90 caricatures. Le site d’information e-vestnik écrit qu’une interview du 17 février avec le caricaturiste a été également supprimé du site vesti.bg. Ce site et la plateforme de vidéos vbox7 appartiennent à Netinfo qui fait partie de Nova Broadcasting group.

Dans un communiqué, Netinfo a expliqué que « le projet commun n’est pas suffisamment effectif et le ranking du canal [de M. Nikolov] est en dessous de la moyenne » pour cette plateforme. Raison pour laquelle la société a décidé de suspendre le contrat avec le caricaturiste ; décision qui n’a pas de lien avec « la politique rédactionnelle de Nova ou avec la caricature, diffusée le 13 avril ». Nova a de son côté expliqué que la caricature a été disponible sur son site mais donne un lien vers l’enregistrement intégral de l’émission. La vidéo avec les deux dates a été supprimée quelques heures après sa publication, précise e-vestnik.

M. Nikolov explique pour Dnevnik qu’il a été informé de la suspension de son contrat avec Netinfo hier soir après qu’il a demandé à Netinfo et à Nova les raisons pour lesquelles ses caricatures ne sont plus sur leurs sites. Pour le site d’information Plochtad Slaveikov il précise : « On m’a informé de façon non officielle qu’on ne veut plus de mes caricatures dès demain et que mon contrat est suspendu. D’accord, mon contrat est suspendu, mais pourquoi suppriment-ils tout ? Y-a-t-il quelque chose de honteux ? ». Il a également souligné que certaines de ses caricatures avaient étaient vues par plus de cent mille personnes, et qu’il ne comprend pas l’argument de Netinfo pour un faible intérêt.

Cette épisode a suscité une vive réaction dans les médias et les réseaux sociaux qui l’ont vue comme une censure et ont visé le premier ministre comme en étant la source. Il y a une semaine seulement, le président turc a porté plainte contre un caricaturiste allemand à cause d’une vidéo satirique, écrit Mediapool en faisant allusion au principal personnage visé par la caricature de M. Nikolov. Le caricaturiste va encore plus loin : « Il paraît que les queues de cochon ont une très mauvaise influence sur les dictateurs, comme vous vous en êtes vous-mêmes aperçus. J’espère que mes soupçons ne se confirmeront pas » (Plochtad Slaveikov).

« On voit bien pourquoi Nova a pris la décision de supprimer les caricatures ; l’une d’elle a mis quelqu’un en colère. Et on voit bien qui », écrit e-vestnik. Le site estime que la responsabilité de cette « censure flagrante » appartient à Didier Stoessel, directeur exécutif de Nova Broadcasting Group et à Silva Zourleva, membre du directoire de la chaîne, car « une telle gaffe ne pourrait avoir lieu sans qu’ils en aient connaissance ». Mais selon le site, cet acte leur a été dicté. « Avec quoi M. Borissov tient-il Nova entre ses mains ? », demande le site.

L’Union des journalistes européens en Bulgarie déplore un « cas de censure politique brutal, évident et drastique, inhabituel même pour un milieu médiatique gravement endommagé » comme l’est la Bulgarie. Une protestation en soutien du caricaturiste et de la liberté de la presse est prévue pour demain. Elle est organisée par un groupe Facebook créé pour l’occasion sous l’intitulé : #AssezAuxCochonneries.

Après que le scandale a éclaté, les principaux responsables visés par les médias et dans les réseaux sociaux ont fait un pas en arrière. Netinfo a proposé à M. Nikolov qu’il crée un nouveau canal sur vbox7 dans lequel il pourra mettre ses caricatures. Dans un communiqué, M. Stoessel s’est excusé aujourd’hui auprès des téléspectateurs de Nova et a assumé toute la responsabilité de l’affaire. Il a expliqué qu’étant étranger, il a mal jugé la manière dont sa décision serait comprise ainsi que les interprétations qu’elle susciterait et a évoqué des erreurs techniques qui ont amplifié l’impression ainsi créé.

Le premier ministre a vu dans le scandale une provocation organisée contre le gouvernement. Devant des journalistes, il s’est adressé à un reporter de Nova avec les mots : « Toute cette histoire que vous avez fabriquée est un coup contre moi ». Il a accusé la télévision de vouloir faire croire à une violation de la liberté de la presse. Il a lié le scandale avec la crise des migrants : « Nous ne permettrons pas une vague de réfugiés et il paraît que [pour certains] c’est un problème et ils cherchent la manière la plus efficace de nous déstabiliser en disant : il y a un coupable ». Ensuite il a fait allusion à la situation en Grèce, en Macédoine et à des « attaques hybrides » contre son gouvernement. Mediapool commente ainsi cette réaction : « le premier ministre a dévoilé un complot mystérieux contre le gouvernement avec la participation de télévisions, caricaturistes, patrouilles civiques et queues de cochons ». (tous journaux, dnevnik.bg, mediapool.bg, e-vestnik.bg, ploshtadslaveikov.com)

La visite

A Berlin, le chef de la diplomatie bulgare affiche une communauté de vues avec l’Allemagne

Daniel Mitov, ministre des affaires étrangères, en visite officielle à Berlin avant-hier et hier, a rencontré son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier. Les relations bilatérales, la crise migratoire, les relations entre l’Union européenne et la Turquie, les questions énergétiques, la situation en Ukraine, la crise au Proche-Orient et en Afrique du Nord, la lutte contre Daech et la situation des pays dans les Balkans occidentaux ont été au cœur des discussions.

« Les efforts de la communauté internationale doivent s’attaquer à la source initiale des flux migratoires sans précédent et se focaliser sur la répression de l’activité de Daech en Syrie et en Irak qui tend à se propager dans les pays voisins et à donner ainsi lieu à des conséquences imprévisibles pour la pression migratoire », a déclaré Daniel Mitov. Il a assuré son collègue que la Bulgarie soutient fermement et de manière continue le processus d’élargissement de l’Union européenne et salue dans ce contexte la relance du dialogue Union européenne-Turquie à tous les niveaux. M. Mitov a souligné que la Turquie est un partenaire important de l’Union européenne dans le cadre de différents dossiers internationaux, y compris la migration.

La Bulgarie apprécie les avancées du Conseil européen des 17 et 18 mars dans la mesure où l’accord avec la Turquie constitue un pas important vers une solution durable.

Dans le domaine de la sécurité énergétique, la Bulgarie soutient la mise en place progressive de l’Union européenne de l’énergie et l’action commune en vue d’une indépendance énergétique.

Les ministres des affaires étrangères bulgare et allemand ont discuté des sanctions contre la Russie, lesquelles sont pour la Bulgarie un moyen efficace pour faire évoluer la politique de Moscou, et non pas une punition. La Bulgarie compte sur le format Normandie pour impulser le processus de solution de la crise en Ukraine de l’Est et pour que soit respecté le délai en vue de la mise en œuvre intégrale des accords de Minsk, prorogés à la fin de l’année dernière.

Lors de sa visite en Allemagne, Daniel Mitov a rencontré Uwe Corsepius, conseiller de la chancellerie fédérale chargé de l’Europe. Il a participé à la commémoration du 20ème anniversaire du Forum germano-bulgare, présidé par le député social-démocrate allemand Gernot Erter (par ailleurs président d’une organisation parapublique, basée à Munich, la Société de l’Europe du Sud-Est, et chargé, au sein du gouvernement Merkel, de coordonner la coopération décentralisée avec la Russie, l’Asie centrale et les pays du Partenariat oriental). (mfa.bg, Troud)

La casse

Usines militaires surendettées auprès de la KTB recherchent repreneurs désespérément

Deux sociétés industrielles relevant du complexe militaro-industriel et financées, dans un passé récent, exclusivement par l’ancienne banque KTB, font face à un choix difficile : trouver vite un repreneur susceptible de rembourser leurs dettes ou aller à la faillite.

Avionams, réputée proche de Tsvetan Vassilev, l’ancien propriétaire de la KTB, est annoncée à la vente à la demande des liquidateurs judiciaires de cette banque. Située à Plovdiv et spécialisée dans la réparation de matériel d’aviation, l’entreprise cherche un repreneur pour la part détenue par son propriétaire majoritaire, Hedge Investment Bulgaria (99,97%). La raison en est une dette non remboursée de 35,1 millions d’euros envers la banque en voie de liquidation. Le prix de départ fixé par l’huissier indépendant est de 29 millions de leva, soit presque deux fois en-dessous de la valeur nominale des actions.

Hedge Investment Bulgaria est détenue par la société offshore EFV International Financial Ventures (90,71%), enregistrée aux îles Vierges britanniques, et par la KTB (9,27%). Une action est détenue par une personne physique, Bisser Lazov, naguère proche collaborateur de Tsvetan Vassilev avant de tourner casaque pour relier le camp adverse, celui du député Delian Peevski.

Depuis la fermeture de la KTB, Avionams est sans cesse confrontée à des problèmes de liquidités ne lui permettant pas d’assumer de nouvelles commandes ou de refinancer sa dette envers la banque. En outre, selon les liquidateurs judiciaires de celle-ci, il existe une seconde créance sur l’entreprise d’un montant de 19,4 millions d’euros, garantie par la totalité des actions de Hedge Investment Bulgaria. Cependant, Avionams affirme qu’une telle créance n’a jamais été inscrite dans les livres de la société, ni approuvée par son conseil d’administration.

Hedge Investment Bulgaria contrôle indirectement une autre entreprise du secteur de l’industrie militaire, Dunarit, à travers la société Kemira. L’entreprise d’explosifs Dunarit, située à Roussé, est très endettée envers la KTB et fait face aux mêmes difficultés financières qu’Avionams. Mais à la différence de cette dernière, la société a déjà trouvé un repreneur : la société privée d’armement Emko, détenue par l’homme d’affaires bulgare Emilian Guebrev. Mais la transaction est bloquée par la commission pour la protection de la concurrence (CPC), appelée à se prononcer, en sa qualité de régulateur, sur la fusion de deux entreprises concurrentes. En évitant de trancher sur ce point, la commission a pris une position qui revient à favoriser des personnes contestant les droits de propriété de Hedge Investment Bulgaria, à travers Kemira, sur la société Dunarit, estime Assen Babanski, directeur exécutif de Hedge Investment Bulgaria et gérant de Kemira. Selon M. Babanski, si la CPC ne reconsidère pas sa position, qui d’ailleurs n’est pas motivée, Hedge Investment Bulgaria n’aura aucune chance de rembourser sa dette envers la KTB (le montant du prix proposé par le candidat repreneur Emko couvrira à 100% la créance), ce qui aura une répercussion directe sur les chances des créanciers de la KTB, dont l’Etat bulgare, de se faire rembourser, mais également sur l’entreprise et ses salariés. (Sur les tentatives précédentes des deux entreprises d’armement de trouver un repreneur, voir également nos revues du 9 au 31 mars 2015) (Capital Daily)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
© Tous droits de diffusion et de reproduction de cette revue de presse sont réservés à l’Ambassade de France en Bulgarie

Dernière modification : 14/04/2016

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