Jeudi 14 janvier

Le durcissement

Interrogé à l’Assemblée nationale, le premier ministre appelle à la fermeture des frontières européennes

Le premier ministre Boïko Borissov est revenu sur la crise des réfugiés lors de la séance de questions-éclair à l’Assemblée nationale. Le sujet a été soulevé par le leader des socialistes Mihaïl Mikov. M. Borissov a réitéré la position bulgare de la nécessité d’une distinction claire entre réfugiés et migrants économiques et que les migrants économiques irréguliers ne doivent pas être accueillis en Europe. Mais cette fois-ci il a été beaucoup plus catégorique : l’Europe doit fermer immédiatement ses frontières et accueillir sur son territoire uniquement les gens qui fuient la guerre. Selon M. Borissov, cette mesure doit être appliquée jusqu’à ce que l’Europe trouve une solution pour régler la pression migratoire sur ses frontières.

Il a de nouveau exprimé les réserves de Sofia à l’égard du système des quotas. Lors de l’adoption de cette mesure, Daniel Mitov, ministre des affaires étrangères, avait prévenu que les quotas ne peuvent pas résoudre le problème et que l’essentiel était de lutter contre les trafiquants de migrants (voir la revue de presse du 16 septembre 2015). Hier, M. Borissov a carrément déclaré que cette mesure ne donnera pas de résultats.

Une autre politique européenne qui, selon M. Borissov, ne fonctionne pas : le règlement de Dublin. Le pays avait à maintes reprises soutenu la révision du règlement, jugé non-conforme à la situation migratoire actuelle (voir notre revue du 15 octobre 2015). A l’égard de ces propos du premier ministre, Sega souligne que Dublin n’a jamais été gelé officiellement. Le journal donne pour exemple le fait que depuis le début de l’année 2016, environs 200 réfugiés ont été reconduits chaque jour de l’Allemagne vers l’Autriche dans le cadre du règlement, la tendance étant à la hausse. Cela voudrait dire que les migrants entrés dans l’UE par la Bulgarie qui ne sont pas souhaités dans d’autres membres de l’UE pourraient bien être renvoyés dans le pays, prévient le journal.

L’Allemagne et sa politique de portes ouvertes depuis cet été a de nouveau été critiquée implicitement par la Bulgarie. « Certains pays ont leur intérêt et le protègent. Certains les ont invités [les réfugiés], mais maintenant d’autres devront assurer les milliards pour les prendre en charge », a lancé le premier ministre. Au mois de septembre, M. Mitov s’était également attaqué à Berlin : « Au sein de l’Union européenne, il y avait des pays qui ont littéralement invité des gens à venir. Quand ce message s’est répandu publiquement, la pression sur les frontières extérieures de l’UE a augmenté. C’est pour cela que l’on parle de « non-stimulation » des flux de migrants, car l’Europe ne pourra pas faire face à cette situation si elle est stimulée », avait-il dit (voir notre revue du 18 septembre 2015).

M. Borissov a également exprimé ses réserves à l’égard de l’intégration des migrants. En expliquant que la plupart de migrants arrêtés aux frontières bulgares sont des Afghans, il a souligné : « Ces gens ont grandi dans des conditions de guerre, entourés de talibans. Il est très difficile d’intégrer une telle personne dans une démocratie où les droits de l’homme et même l’attitude envers les femmes sont très différents ». L’intégration des réfugiés en Bulgarie est l’un des points les plus critiqués par les organisations des droits de l’homme. Mediapool rappelle les principaux problèmes : l’enseignement du bulgare, la reconnaissance des diplômes et l’inclusion dans le marché de travail. (tous journaux)

Le projet

Passé dans l’opposition, le réformateur Radan Kanev veut créer un nouveau parti

Radan Kanev, leader des Démocrates pour une Bulgarie forte (DBF), ayant retiré le soutien de son parti au gouvernement après la démission du ministre de la justice Christo Ivanov (voir notre revue du 9 décembre 2015), a annoncé à la radio Darik la préparation d’un nouveau projet politique à droite.

« Ce projet sera extrêmement ouvert, surtout à l’égard de personnes non initiées ou très peu initiées à la politique, aux entrepreneurs bulgares de tout bord qui auront la possibilité de participer au processus de prise de décisions et d’être réellement représentées aux autorités de direction jusqu’au plus haut niveau, y compris aux structures du pouvoir ». Selon M. Kanev, le temps des coalitions politiques est révolu et l’avenir appartient aux mouvances qui bénéficient d’une structure à la fois forte et très ouverte. Il s’agira « de quelque chose de très différent des parti traditionnels bulgares qui tous, et dans une plus large mesure le GERB, suivent le modèle structurel du Parti communiste bulgare ». Le projet s’inspirerait de l’Union pour un mouvement populaire (les Républicains) de l’ancien président de la République française, Nicolas Sarkozy, et permettrait aux membres de voter à des élections internes pour leur leader, pour les candidats à la présidence de la République ou à des postes ministériels. Dotée d’une structure rigoureuse, « un tel parti sera à même de se transformer en une machine de guerre à chaque échéance et non pas en une horde de barbares comme l’a été le Bloc réformateur à toutes les élections précédentes ».

Pour M. Kanev, même si cette nouvelle force politique, comme « toute organisation qui évolue, a ses jeunesse et vieillesse, et ne pourra pas atteindre sa pleine capacité en 2016, elle doit participer à l’élection présidentielle » d’autant plus que le scrutin majoritaire compensera l’absence de maturité. Il n’a pas exclu la possibilité de se porter candidat à la présidence de la République. « Je n’ai pas fermé cette porte mais cela fera l’objet d’un débat qui est d’ores et déjà en cours au sein du DBF et sera mené publiquement. Tout dépend de la nécessité de voir les prérogatives du président de la République utilisées pour préserver les priorités géopolitiques de la Bulgarie et contribuer à la réforme judiciaire », a expliqué Radan Kanev.

Interrogé sur la signature de l’avenant du contrat entre le GERB et le Bloc réformateur, il a souligné qu’il était naturel que le DBF ne le signe pas dans la mesure où son parti avait décidé de rejoindre l’opposition et ne fait désormais plus confiance au GERB. « Nous les députés du DBF et du quota civil, ne croyons plus dans la volonté de réformes de la majorité au pouvoir. Même s’il était signé, cet avenant ne serait pas respecté par le GERB qui s’en moquerait en le mutilant. » (dnevnik.bg, mediapool.bg, clubZ.bg)

L’attentat

Le djihad contre le tourisme : la guerre civile en Syrie a allumé le feu en Turquie

L’attentat commis mardi dernier à Istanbul et attribué à Daech marque une étape qualitativement nouvelle dans l’évolution du terrorisme, estime Vladimir Tchoukov, expert du monde arabe, dans les pages de Standart. La nationalité des victimes n’a plus d’importance, c’est l’étranger qui est visé. Cet acte terroriste rappelant celui perpétré à Sousse en Tunisie, en 2015, on peut parler d’une tactique islamiste visant la ruine de l’industrie touristique de pays comme la Tunisie, l’Egypte et la Turquie, dont une partie de la richesse repose sur le tourisme.

Alors que les attentats à Ankara étaient commis par des ressortissants turcs et ciblaient des Kurdes turcs, celui d’Istanbul a été commis par un ressortissant syrien. Un homme qui avait rallié il y a trois ans l’armée libre syrienne, ensuite le groupe rebelle Ahrar al-Sham, avant de rejoindre les rangs de Daech après la prise par celui-ci de la ville où il habitait, Manbij. Autrement dit, la Turquie subit désormais complètement l’impact de la guerre civile syrienne. Si l’année dernière, la ligne de front passait dans la partie méridionale du pays, aujourd’hui tout se déroule au cœur même du pays. Et on peut en conclure que la lune de miel entre Ankara et Daech est terminée parce que les conditions en Syrie du Nord ont radicalement changé, souligne l’expert.

La Turquie et Daech combattent pour une même zone, la zone-tampon de sécurité entre Jerablus et Azaz, longue de 95 km et large de 45 km, partagée entre les « rebelles », les Kurdes et Daech. La Turquie veut que seuls les « rebelles » y restent. Il y a dix jours, Ankara est intervenu pour la première fois de manière directe dans les hostilités parce que les rebelles avaient commencé à perdre des positions à la suite des bombardements russes sur des villages situés le long de la frontière turco-syrienne. La ville de Manbij, dont provient le kamikaze, n’en est pas loin. L’attentat à Istanbul n’est qu’une réaction à l’intervention de la Turquie dans la guerre civile syrienne.

Toute la Turquie est devenue désormais un champ de bataille. Il ne s’agit plus uniquement de territoires kurdes autonomes, d’affrontements entre Kurdes. Il est désormais question d’un affrontement total entre la Turquie et Daech dans toute l’étendue de ce terme.

Malheureusement, les dernières semaines ont montré l’ampleur de l’implantation de Daech en Turquie : des dizaines de membres de différentes cellules de cette organisation terroriste ont été arrêtés. Les sondages d’opinion montrent que 2 à 3% de la population turque affichent leurs sympathies fermes à l’égard de Daech et que 7 à 8% estiment que celui-ci n’est pas une organisation terroriste. Autrement dit, on voit le même symptôme de soutien à Daech qu’en Syrie, bien qu’à une échelle différente. Quand il existe un épicentre de Daech en Syrie du Nord-Est et en Iraq du Nord-Ouest, il est difficile que cette organisation n’ait pas de soutiens en Turquie du Sud-Est. Il s’agit avant tout de Kurdes. Les couches conservatrices kurdes qui, avant juin 2015, participaient activement au processus de négociations et avaient soutenu Erdoğan aux élections, depuis se sont tournées vers Daech. Après juin 2015, beaucoup de choses ne sont plus comme avant, conclut M. Tchoukov. (Standard)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
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Dernière modification : 14/01/2016

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