Jeudi 15 décembre

L’interview

Roumen Radev : La Bulgarie ne doit pas être l’ennemie de la Russie

Le président élu Roumen Radev, qui doit prendre ses fonctions le 22 janvier, a accordé un entretien au Monde. L’interview, réalisée par le journaliste Alain Salles et publiée le 14 décembre, est reprise aujourd’hui par un grand nombre de sites d’information bulgares.

M. Radev y réaffirme son attachement à l’UE et à l’OTAN, tout en s’opposant aux sanctions contre la Russie. Il qualifie les critiques de ses opposants, selon lesquels il défend des positions pro-russes, de tentatives de discréditation. « La Bulgarie est un membre loyal de l’OTAN et de l’Union européenne. Elle a choisi une voie stable et durable de développement pro-européen. Nous n’allons pas en dévier. Il ne faut avoir aucun doute là-dessus. Nous voulons nous affirmer comme un partenaire plus fiable dans l’OTAN », tranche M. Radev. Il précise toutefois que cela ne veut pas dire que la Bulgarie doit être l’ennemie de la Russie, ces deux pays ayant d’importants intérêts économiques communs.

A ce propos, M. Radev réitère sa thèse de la nécessité d’une levée des sanctions contre la Russie. Selon lui, cette mesure nuit également à l’UE. Il met l’accent sur l’impact que ces sanctions ont sur des « économies fragiles » comme celle de la Bulgarie, l’agriculture étant parmi les secteurs les plus touchés. Des sociétés bulgares ont fermé, des emplois ont été perdus, soutient-il à ce propos. Quant à l’annexion de la Crimée, elle est une violation du droit international qui n’est pas acceptable. « La violation des règles internationales est un fait. Mais la réalité c’est aussi que le drapeau russe flotte sur la Crimée ». Il reprend par-là ses propos de campagne, qui avaient fait l’objet de virulentes critiques de la part de ses opposants. Le futur président ajoute : « Nous ne pouvons pas vivre sur un continent divisé. La Russie est en Europe. Je ne pense pas que nous puissions lutter efficacement contre le terrorisme islamique sans joindre nos efforts à ceux de la Russie ».

Dans l’interview, M. Radev se prononce en faveur d’une Europe de la défense. Son argument principal : l’UE est un géant économique, mais pas dans le domaine militaire, et cet écart entre la puissance économique et la puissance militaire engendre des problèmes pour l’avenir de l’Europe. « Quand la diplomatie n’est pas soutenue par la puissance militaire, c’est une diplomatie livresque, vouée à l’échec, dans un monde de plus en plus globalisé et de moins en moins sûr », souligne–t-il.

Le président élu réaffirme finalement sa position sur les réfugiés, jugée par le Monde comme étant « dure ». Il déplore ainsi le fait que, depuis la fermeture des frontières sur la route des Balkans, les migrants restent en Bulgarie, où les « centres d’accueil sont saturés ». La Bulgarie n’a pas les capacités économiques d’accueillir ces migrants. Les fonds alloués par l’Europe restent maigres, souligne M. Radev, et l’aide octroyée à la Bulgarie s’est avérée insuffisante et tardive. Concernant les récentes menaces du président turc de laisser de nouveau passer les migrants si Bruxelles refuse d’exempter de visa les Turcs, M. Radev répond que la Turquie est un partenaire important pour l’UE et un voisin pour la Bulgarie. « Il faut entretenir un dialogue honnête avec la Turquie sur les perspectives d’adhésion et la politique de visas européens, qui nécessitent le respect de nos exigences. L’Europe ne doit pas faire preuve de faiblesse face aux tentatives de pressions de la Turquie à travers la question des migrants », conclut le président élu. (lemonde.fr, bnt.bg, dnevnik.bg, dir.bg, novini.bg,bta.bg)

Le conflit

Stéphane Delahaye : on veut faire de Montupet l’ennemi numéro un de l’agglomération de Roussé

A Roussé, un litige oppose depuis deux ans l’usine de l’équipementier automobile Montupet à l’inspection régionale de l’environnement (RIOSV) qui l’accuse systématiquement de polluer la ville (pour les détails, voir nos revues du 7 octobre et du 15 novembre 2016). Dans un souci de justice et de clarté, Sega présente les positions des deux parties sur ce problème qui peut aboutir, estime le journal, au départ de ce très grand investisseur et employeur vers un autre pays.

Stéphane Delahaye, président de la Chambre franco-bulgare de commerce et d’industrie, donne le point de vue de Montupet. Un investissement pour 120 millions d’euros à Roussé, la création d’un millier d’emplois et la possibilité pour des produits fabriqués en Bulgarie de se voir liés aux noms des plus grands constructeurs automobiles dans le monde. « Les deux premières années après l’implantation de Montupet à Roussé, tout marchait à merveille, les relations étaient très bonnes. Et puis, les choses se sont gâtées à cause d’une malveillance administrative injustifiée », relève-t-il. Roussé abrite bien d’autres usines de l’industrie lourde, dont une raffinerie de pétrole, l’usine de munitions Dunarit, l’entreprise de chauffage urbain Toplofikatzia qui utilise le charbon, un fabricant de peintures à l’huile à usage industriel. Mais depuis deux ans, à chaque plainte ou signalement d’odeurs nocives dans l’atmosphère de Roussé, on montre du doigt les Français. Au final, on a abouti à la sanction maximale que la loi permet à l’inspection régionale d’infliger. Non seulement les normes environnementales ne sont pas appliquées de manière équitable à l’égard de tous, mais on inflige des sanctions qui ne reposent pas sur des données objectives recueillies de manière fiable et vérifiable. Dans le cas de Montupet, l’amende maximale pour pollution atmosphérique n’a été prononcée que sur la base de mesures effectuées par des caméras thermiques prêtées à l’inspection par la police aux frontières. Incapables d’enregistrer les substances nuisibles dans l’air, ces caméras ont constaté… que la température au-dessus d’une fonderie était plus élevée que celle de l’air. On dirait des mesures prises avec un thermomètre !, s’indigne M. Delahaye.

Comment expliquer ce parti pris de l’inspection régionale vis-à-vis de Montupet ? La directrice de la RIOSV de Roussé, qui a démissionné fin novembre, est une ancienne salariée de Montupet. Elle n’avait travaillé que trois mois dans cette entreprise, au début de son implantation en Bulgarie, précise M. Delahaye. En lieu et place de la RIOSV, c’est le ministère de l’environnement et de l’eau qui a préféré répondre aux questions de Sega. Selon un de ses experts, le ministère a procédé, en septembre dernier, à plusieurs mesures de la pollution atmosphérique à Roussé et a constaté la présence dans l’air de phénols qu’on retrouve dans la résine du type phénolique utilisée par la fonderie de Montupet [Selon les mesures effectuées par des laboratoires indépendants à la demande de Montupet, les émissions de l’usine ne contiennent pas de phénols]. Quant à la démission de la directrice de l’inspection régionale, elle a été motivée par des raisons personnelles et n’a rien à voir avec le cas Montupet.

En attendant qu’une solution soit trouvée à ce litige opposant Montupet à la RIOSV, l’entreprise française vient de connaître une première victoire judiciaire. Le 2 décembre dernier, la Cour administrative suprême lui a donné raison sur une plainte qu’elle avait déposée en 2015 à l’encontre d’une ordonnance antérieure de l’inspection régionale relative à la suspension partielle du processus de production. Dans son arrêt définitif, la CAS n’a pas confirmé la décision de 2015 du tribunal administratif de Roussé et a annulé l’ordonnance de la RIOSV. (Sega)

La délation

Valentin Zlatev, président de Lokoïl-Bulgarie, a accusé Vesselin Marechki d’appartenir à l’économie souterraine

Auditionné par la commission parlementaire temporaire d’enquête sur le respect des règles de la concurrence sur le marché des carburants, Valentin Zlatev, président de l’association du pétrole et du gaz et directeur général de Lukoil-Bulgarie, a déclaré que la part des carburants importés de manière illégale en Bulgarie s’élève à 50%.

Selon le détail des données présentées aux parlementaires par M. Zlatev, 40% des carburants sont importés et 60% sont produits dans le pays. Or, seuls 20 des 40 % d’importateurs ont payé leurs droits d’accises. Le montant de la TVA payé pour 2015 (293,7 millions de leva) par rapport au 1,4 milliard de leva en 2014 serait selon M. Zlatev un autre élément de preuve en faveur de la thèse de l’importance de l’économie souterraine dans le secteur des carburants. Cela génère un manque à gagner de 1,2 milliards de leva dans le trésor public selon les statistiques du ministère des finances, citées par M. Zlatev. Le système des douanes (BATSIS) de suivi des marchandises soumises aux accises permet une manipulation et la suppression de données. Un rapport du Parquet rendu à la suite d’un signalement de la part de l’association présidée par M. Zlatev confirme ses doutes.

En se référant aux prix des carburants en Bulgarie qui « seraient parmi les plus bas en Europe », il s’est attaqué à Vesselin Marechki, homme d’affaires, propriétaire des stations-service offrant les prix les plus bas. Selon M. Zlatev et l’association qu’il préside, cela n’aurait pas été possible si M. Marechki ne bénéficiait pas d’une protection politique. Une autre explication serait la fraude fiscale : verser 2% de moins de TVA et d’accises permettrait de vendre le litre de carburant de 0,20 leva moins cher. Un luxe que Lukoil, qui a payé en quinze ans 31,5 milliards d’impôt et de cotisations patronales, ne pouvait se permettre. M. Zlatev a appelé M. Marechki à communiquer les chiffres des impôts qu’il a payés.

Enfin, il a nié l’existence d’une entente dans le domaine des carburants. Pour rappel, en octobre dernier, la Commission sur la protection de la concurrence a accusé six compagnies dont Lukoil de participer à une entente.(24 tchassa, Sega)

Rubrique France

Au Grand Palais, à Paris, la directrice générale de l’UNESCO Irina Bokova a inauguré avec le président François Hollande l’exposition « Sites éternels : de Bâmiyân à Palmyre ». L’exposition s’inscrit dans l’engagement durable de l’UNESCO en faveur de la protection du patrimoine en danger.

Dernière modification : 15/12/2016

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