Jeudi 15 octobre

La position

Réfugiés : La Bulgarie se fera à nouveau le porte-parole des demandes de la Turquie au Conseil européen

Après la visite du premier ministre Boïko Borissov à Istanbul et à la veille de la réunion du Conseil européen du 15 et 16 octobre à Bruxelles, la presse revient sur la crise des réfugiés et la position bulgare. A Istanbul, M. Borissov a remercié de nouveau la Turquie ; à Bruxelles, les chefs d’Etat et de gouvernement européens tenteront de donner une nouvelle impulsion à leur politique migratoire commune. L’accent sera mis sur le renforcement des frontières, l’accélération des retours de migrants irréguliers et la coopération avec la Turquie.

Tous les journaux mettent l’accent sur le soutien promis par M. Borissov à Ankara auprès de l’Union européenne. Sega va même jusqu’à titrer : « Borissov sera le porte-parole de la Turquie devant le Conseil européen ».

Lors du Conseil, la Bulgarie va soutenir l’idée de créer une zone de sécurité en Syrie, a annoncé le premier ministre après son entretien avec son homologue turc Ahmet Davutoğlu. Cette demande de la Turquie qui aurait pour but de prévenir l’émigration massive de Syriens avait été exprimée dans une lettre de M. Davutoğlu envoyée au gouvernement bulgare à la veille du Conseil extraordinaire qui s’est tenu à Bruxelles le 23 septembre (revue de presse du 24 septembre).

Cette idée n’a pas été soutenue, mais aujourd’hui, juste avant le sommet, M. Borissov a exprimé devant des journalistes son espoir que les inquiétudes de certains Etats européens sur ce sujet s’amolliront après la visite de la chancelière allemande Angela Merkel en Turquie ce dimanche. Selon le premier ministre bulgare, « les solutions globales passent exactement par ce type de décisions ».

La Bulgarie va également soutenir l’augmentation des aides financières pour la Turquie. « Il vaut mieux que l’UE paye à la Turquie pour qu’elle retienne ces gens le plus près possible de leur pays natal », a déclaré M. Borissov avant le sommet. Désormais, Sofia soutient la création de « hots spots » non seulement en Italie et en Grèce, mais aussi dans les pays d’origine et les pays voisins.

Dans la position officielle bulgare, défendue par le premier ministre lors du sommet, Sofia appelle à des solutions durable de la crise et non pas à de simples mesures d’urgence. Le système des quotas et la relocation des migrants ne sont pour elle que palliatifs.

L’UE doit jouer un rôle plus actif à l’égard du conflit en Syrie ; un engagement total des partenaires internationaux (les Etats-Unis et la Russie) et des principaux acteurs régionaux (l’Iran, la Turquie, l’Arabie Saoudite et d’autres pays du Golfe) est nécessaire.

Sofia a réitéré la position européenne commune de la nécessité d’une distinction claire entre réfugiés et migrants économiques. L’Europe doit envoyer un message clair : les migrants économiques irréguliers ne seront pas accueillis sur son territoire. Pour éviter d’éventuelles conditions préalables propres à attirer des migrants, les discours publics des leaders européens sur ce sujet doivent être bien coordonnés, affirme la position officielle bulgare.

Le pays soutient la révision du règlement de Dublin, jugé non-conforme à la situation migratoire actuelle. Une harmonisation des systèmes d’asile au niveau européen est également demandée. (tous journaux, government.bg)

L’ascension

Tsanova, Bokova : Le plafond de verre s’effrite sous la pression des femmes bulgares

La presse bulgare et étrangère s’attarde sur les mérites de deux femmes bulgares : Iliana Tsanova, ancienne ministre et vice-première ministre, chargée de la gestion des fonds européens dans deux gouvernements intérimaires bulgares (2013 et 2014), et Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco.

Iliana Tsanova, a été élue hier par le Parlement européen directrice exécutive adjointe du Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS). 454 parlementaires ont soutenu sa candidature, proposée par le comité de pilotage du FEIS et approuvée la veille par la commission économique et budgétaire du Parlement européen.

Diplômée de l’Université d’économie nationale et mondiale (Sofia) et spécialisée en gestion financière à l’Université George Washington (Etats-Unis), elle entre en 2003 à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) où elle monte et gère des projets d’investissements dans les domaines de l’eau du transport ferroviaire et des transports en commun. En 2006, elle est nommée au siège de la Banque à Londres où elle occupe actuellement le poste de directrice du cofinancement et de l’ingénierie des finances. En tant que représentante de la BERD, Mme Tsanova a une expérience de conseil en matière de restructuration d’entreprises publiques, de création d’autorités de régulation dans le secteur de l’eau, de partenariats public-privé et de décentralisation fiscale.

Directrice générale de l’Unesco pour un deuxième mandat et ancien ambassadeur de Bulgarie en France, Irina Bokova, est la première favorite pour le poste de secrétaire général de l’ONU, selon Troud qui publie un article de Melik Kaylan pour Forbes.
« Quelles sont les chances et les forces de la candidature de Mme Bokova ? », demande Melin Kaylan.

Selon lui, Madame Bokova mérite ce poste, ne serait-ce qu’à cause de son engagement contre la destruction du patrimoine mondial par Daech. Sous sa direction, l’Unesco recueille l’ensemble des informations nécessaires à l’évaluation des dommages, informe les Etats, et en particulier les membres des coalitions engagées contre Daech de leurs obligations d’épargner le patrimoine culturel en cas de conflit au titre de la Convention de La Haye de 1954, partage avec les états-majors des armées les coordonnées précises de chacun des sites pour éviter qu’ils ne soient pris pour cible, établit un périmètre autour de la zone de conflit pour faire en sorte qu’aucun objet culturel n’en sorte illégalement. L’Unesco a contribué à l’adoption de la résolution 2199 du Conseil de sécurité qui interdit le commerce des biens culturels en provenance de Syrie et d’Irak.

En outre, le contexte géopolitique actuel réserve à l’Europe de l’Est un rôle clé qui pourrait jouer pour que cette région du monde bénéficie d’un accord formel pour désigner un candidat au poste de Secrétaire général de l’ONU. Cette donne est favorable à la Bulgarie dont les chances augmentent du fait de ses relations avec la Russie.

Un autre atout serait l’aspiration générale à casser les stéréotypes sexistes en matière de leadership. « Une femme au poste de secrétaire général de l’ONU inspirerait la moitié de la planète », disait l’ancien ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, Bill Richardson dans le Washington post (ce journal présentant également Mme Bokova comme favorite).

En conclusion, Melin Kaylan considère que la candidature de Mme Bokova est la plus pertinente et met en garde le gouvernement bulgare contre l’erreur de soutenir une autre candidature comme par exemple celle de Kristalina Gueorguieva, « commissaire européen et digne personnalité dont le parcours européen risque de rebuter Moscou ». Pour étayer sa thèse le journaliste cite un paragraphe du Courrier diplomatique faisant l’éloge de Mme Bokova, « une femme politique, attentionnée, modeste, consensuelle, d’un flair politique aiguisé, qui a su réformer l’Unesco dans un contexte de rigueur budgétaire tout en contribuant à la promotion de l’éducation des filles, du dialogue interreligieux, ainsi qu’à la lutte contre l’antisémitisme et contre le financement du terrorisme ». (tous journaux)

L’analyse

Comment le GERB et le MDL sont devenus indétrônables

Aspraoukh Panov, homme politique du début de la transition en Bulgarie après la chute du communisme et expert pour différents ONGs, cherche à comprendre comment deux partis, le GERB et le MDL, ont su s’implanter durablement dans le paysage politique bulgare.

Une nouvelle campagne électorale bat son plein mais n’arrive pas à disperser l’impression de vide et d’ennui. Et pourrait-il en être autrement si les résultats du scrutin sont connus d’avance ? Il y a un mois, Tsvetan Tsvetanov, responsable du QG de campagne du GERB, a annoncé comment son parti voyait la répartition des forces après les élections municipales : le GERB première force politique, le MDL deuxième force et les candidats indépendants – troisième force.

S’il y a encore, par-ci par-là de petites mairies où les résultats du scrutin ne peuvent pas être anticipés, c’est plutôt à cause de la ribambelle de menus partis aux ambitions réformatrices, patriotiques, chauvinistes, xénophobes, de gauche ou de droite, qui s’agitent sur le terrain, tels des moucherons dans la collection du GERB et du MDL. Pluripartisme oblige.

Il n’y a rien de prophétique dans l’annonce faite par M. Tsvetanov. Depuis les élections municipales de 2007, qui ont marqué l’avènement du nouveau « miracle » dans la politique bulgare, le mouvement du général Boïko Borissov, devenu plus tard un parti sous l’acronyme de GERB, le gagnant dans chaque campagne électorale est connu d’avance. Encore à cette époque, les analyses montraient que ce parti allait rafler une large majorité de l’électorat déçu du parti de l’ancien roi Siméon II (aujourd’hui, le marginal Mouvement national pour la stabilité et le progrès), mais aussi de l’Union des forces démocratiques (aujourd’hui, petit parti constitutif du Bloc réformateur).

Sans parler des anciens soutiens du PSB qui ont renfloué en masse les rangs du GERB. Le lien de famille génétique entre ces deux forces est visible à l’œil nu. Et ce sont les cadres de l’ancien parti communiste, ceux qui formaient le « deuxième échelon » du pouvoir au niveau des collectivités locales, qui ont insufflé sa force au GERB. Le positionnement stable du GERB dans les plus grandes villes du pays, où sont concentrées la production industrielle, les affaires, les universités, les centres culturels, a permis à ce parti de devenir le maillon incontournable entre pouvoir local et entreprises locales dans la répartition des fonds européens. Le rôle que le PSB n’a pas su jouer et qui explique sa descente de la grande scène politique.

Le MDL, donné dès maintenant comme deuxième force aux élections municipales la semaine prochaine, est un autre phénomène. Son score électoral depuis vingt-cinq ans a fait de ce parti une entité politique unique en son genre. Plus négative est la perception sociale de son clientélisme, plus stable est la fidélité de son électorat.

Un trait caractéristique du « modèle ethnopolitique » bulgare, c’est l’intégration des minorités par la représentation politique, à travers les résultats obtenus dans des élections, nationales ou locales, équitables. Pas de privilèges, ni de discrimination positive, pas de quotas participatifs. Mais ce qui devait être un grand acquis démocratique est devenu un piège. Pas à pas, de façon ciblée et méthodique, le MDL a transformé le vote ethniquement motivé en vote contrôlé. Aujourd’hui, ce parti contrôle l’ensemble de la minorité turque et il est en passe de monopoliser la communauté rom.

Comment y est-il arrivé ? Par un travail scrupuleux sur le terrain. Comptant sur le mouvement des jeunes sympathisants du MDL, le parti a créé des « équipes volantes » qui se rendent même dans les hameaux les plus éloignés et connaissent personnellement chaque électeur. C’est le seul parti qui connaît à l’avance le nombre exact des votes qui seront exprimés en sa faveur dans toute commune et dans tout village. Aux jeunes, le MDL doit aussi ses campagnes de communication et sa présence dans les réseaux sociaux.

Malgré certains espoirs (pour l’instant, hypothétiques) placés dans le Bloc réformateur, il est très probable que seul le duo politique GERB-MDL, jouissant de bonnes assises locales, connaisse à l’avenir une stabilité politique. A partir de là, il ne lui sera pas difficile de se maintenir au pouvoir sous forme de diverses combinaisons politiques avec des partis de moindre importance, pendant encore dix ans. Un tel modèle de parti est en principe plus stable puisque garantissant l’équilibre entre gouvernants et opposition et, au moins en théorie, la démocratie et le pluralisme politique.

De ce point de vue, la question se pose de l’appartenance idéologique et des valeurs de deux des plus grands partis bulgares. Comment les positionner par rapport à leurs familles européennes, le PPE et l’ALDE ? Le GERB est-il un parti de droite et le MDL un parti centre-libéral ? Au niveau local, les deux formations pataugent dans la brume idéologique la plus totale au point de désidéologiser la politique et de rendre absurde toute concurrence politique. Les roues tournent, le moteur vrombit jour et nuit, mais le pays fait du surplace. N’attend-il pas que le GERB-MDL lui montre le chemin ? (http://panov-blog.com/2015/10/13/gerb_and_dps_without_alternative/)

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Dernière modification : 15/10/2015

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