Jeudi 16 juillet

La soudure

La Commission européenne propose que les Etats membres octroient un prêt-relais urgent à la Grèce

La presse bulgare rend compte de la proposition de la Commission européenne de recourir à un fonds communautaire comme solution pour trouver un financement d’urgence pour la Grèce. Il s’agit de réactiver le Mécanisme européen de stabilité financière (MESF) créé au début de la crise des dettes et disposant de 13 milliards d’euros, qui avait participé au renflouement de l’économie de l’Irlande et du Portugal. « Ce n’est pas une option simple », concède le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis. De fait, il avait été convenu qu’après la création du Fonds européen de stabilité financière (FESF) et du Mécanisme européen de stabilité (MES), le MESF (auquel participent tous les Etats membres) ne pourrait plus être sollicité par les pays de la zone euro. Cependant, cette option permettra de répondre aux besoins d’Athènes en attendant le déblocage du troisième plan d’aide internationale, évalué entre 82 et 86 milliards d’euros sur trois ans. Pour assurer la soudure, les besoins de financement de la Grèce sont évalués à 12 milliards d’euros d’ici la mi-août - alors que la proposition de la Commission d’un prêt-relais, rendue publique mercredi et validée aujourd’hui par l’Eurogroupe après l’adoption cette nuit de l’accord de réformes par le parlement grec, couvre la seule période allant jusqu’à fin juillet, soit « sept milliards d’euros avec une maturité maximum de trois mois ». Cela devrait permettre à la Grèce de faire face à la prochaine échéance de remboursement : 3,5 milliards d’euros à la BCE lundi 20 juillet. La proposition de la Commission a été transmise au Conseil européen qui représente les 28 Etats membres de l’Union européenne où elle requiert la double majorité qualifiée (16 pays, 65% de la population de l’UE) ainsi qu’au Parlement européen pour information.
Certains des pays européens non membres de la zone euro ont déjà manifesté leur réticence quant au recours à ce fonds. Le Royaume-Uni a tranché que « la zone euro doit régler ses propres factures ». Selon Londres, la Suède et le Danemark, ont eux aussi émis des doutes sur cette proposition. La République tchèque s’y est dite opposée. Le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, a estimé que l’option du fonds communautaire n’était « pas très constructive ».
La Bulgarie n’a pas encore fait état de sa position. Selon 24 Tchassa, se référant à des sources gouvernementales, elle serait elle aussi réticente au recours à ce fonds. Si tout de même les autres pays de l’UE décidaient de soutenir l’aide financière d’urgence à la Grèce, le gouvernement bulgare demanderait l’avis du Parlement. Interrogé par Capital, le Conseil des ministres a expliqué que cette question relevait de la compétence du ministère des finances. Ce dernier a précisé qu’une telle question pouvait lui être adressée conformément à la procédure prévue dans la loi sur l’accès à l’information publique et qu’il était tenu d’y répondre dans un délai de 14 jours à compter du dépôt de la demande.
Selon Standart, le premier ministre Borissov aurait clairement fait comprendre au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et au président du Conseil européen, Donald Tusk, qu’il n’allait pas soutenir « les crédits urgents pour la Grèce ». Cette information proviendrait de sources hautement placées au Conseil des ministres. (Sega, Capital Daily, Standart)

La succession

Deux compétiteurs en lice pour le titre de médiateur de la République, avec, en filigrane, l’avenir de la réforme judiciaire

Deux candidatures au poste de médiateur de la République ont été déposées au secrétariat de l’Assemblée nationale hier, dernier jour de l’appel de candidatures. Le mandat du médiateur Konstantin Pentchev expirant le 20 octobre prochain, une procédure devrait être lancée à partir du 20 juillet afin que la nomination ait eu lieu le 20 août au plus tard.
La première candidature, celle de la députée socialiste Maya Manolova, était connue d’avance : depuis une semaine, plusieurs médias en font un gage pour l’acquisition du soutien du PSB à la réforme de la Constitution (voir nos revues du 7 et 9 juillet). La seconde, celle du médiateur sortant, est venue à la dernière minute : elle est initiée et soutenue par le Bloc réformateur.
Lundi, Mme Manolova a reçu le soutien de l’Institut de politique moderne et de plusieurs autres ONGs. Finalement, son dossier de candidature a été introduit au nom de son parti. Quant à M. Pentchev, hier matin il déclarait encore que personne ne l’avait contacté pour lui proposer un deuxième mandat et qu’apparemment Mme Manolova serait élue faute d’autres candidats. « On dit qu’on reconnaît le bon médiateur au fait qu’il n’est pas reconduit pour un deuxième mandat », avait souligné M. Pentchev, tout en réfutant la rumeur selon laquelle on lui aurait proposé le fauteuil de juge constitutionnel (BNR). Une pétition vient d’être lancée sur Facebook pour le soutenir.
La procédure d’élection du médiateur de la République prévoit un scrutin secret. Le candidat qui réunit 50% plus une des voix des députés présents sera considéré comme élu. Ce point de procédure rend difficile le respect d’éventuelles consignes de vote données par les présidents des groupes parlementaires. L’audition des deux candidats devant la commission des cultes et des droits de l’homme aura lieu très probablement la semaine prochaine.
Selon les rumeurs, Maya Manolova aurait déjà obtenu le soutien du premier ministre Boïko Borissov. D’ailleurs, Danaïl Kirilov (GERB), président de la commission parlementaire des affaires juridiques, s’était récemment dit prêt, dans une interview pour la BNT, à voter pour elle. Tsvetan Tsvetanov, quant à lui, se serait révolté au nom de la députée socialiste et aurait rappelé l’histoire des faux bulletins de vote trouvés à Kostinbrod, savamment orchestrée et exploitée par elle en 2013. (Pressa, Douma, Sega)

La position

Anguel Naïdenov : être anti-OTAN ne veut pas dire être de gauche et russophile, pas plus qu’être atlantiste veut dire être de droite et russophobe

Dans son numéro d’aujourd’hui, Douma, l’organe du PSB, donne tribune à Anguel Naïdenov, député socialiste et ancien ministre de la défense. L’occasion de son commentaire est l’approfondissement du débat au sein du PSB sur la politique sécuritaire et, notamment, sur la participation de la Bulgarie à l’OTAN et sur les actions entreprises par l’Alliance à la suite du conflit en Ukraine orientale.
Il est plus qu’évident, souligne M. Naïdenov, que ce débat est mené de façon émotionnelle, sans arguments et sans analyses sérieuses, au point d’être réduit au choix binaire : pour ou contre la participation de la Bulgarie à l’OTAN. « En réalité, les différences que nous constatons aujourd’hui [au sein du parti] ont émergé au lendemain des changements au niveau de la direction du PSB qui se sont accompagnés par un passage à l’offensive des ‘forces de gauche et russophiles’. D’ailleurs, depuis quand et selon quelle logique met-on un signe d’égalité entre le PSB et les russophiles ? », souligne M. Naïdenov.
La vérité est la première victime de la logomachie. Et ce n’est pas un secret que les appels à l’unité cachent souvent l’ambition d’écraser l’opinion divergente. A plus forte raison, si l’on ressent dans cette opinion divergente des « repères sociaux-démocrates ». « Autant le dire tout de suite : je suis convaincu que le PSB a besoin d’un nouveau mouvement, pro-européen et social-démocrate. Nouveau comme organisation, pro-européen comme orientation et social-démocrate de par son caractère et sa politique. Plus vite cela arrivera, mieux ce sera pour les milliers de socialistes et les électeurs encore plus nombreux qui ont cru aux paroles de renouveau du parti et observent ces derniers mois, dans la plus profonde perplexité, la substitution de l’image du parti », dit-il.
En ce qui concerne le débat « pour » ou « contre » l’OTAN, il serait naïf d’entrer en discussion avec des experts chevronnés en éducation et culture s’égosillant sur le thème de l’OTAN. « Et si l’on demandait à ces partisans de la ‘neutralité armée’ ou des ‘garanties autonomes pour la défense et la sécurité’ comment ils trouveront, demain, les ressources nécessaires pour entretenir tous seuls une armée de 100 000 hommes, alors qu’ils discutent, aujourd’hui, l’affectation d’un milliard de leva à l’entretien d’une armée de 30 000 hommes dans le cadre d’un dispositif collectif de défense ? ». Toute discussion serait vaine dès qu’on se heurte à la logique absurde « on est contre l’OTAN parce qu’on est de gauche et russophiles » qui a comme pendant « on est pour, parce qu’on est de droite et russophobes ».
Comment parler sécurité, évaluation des risques et politique de sécurité et de défense avec des gens figés dans la haine de l’opinion divergente ? Comment débattre de l’historique, des manifestations et des conséquences du conflit en Ukraine orientale et juger de la position bulgare alors qu’il n’y a qu’un seul point de vue qui prévaut, celui de la Russie ?
Il ne fait aucun doute que les atrocités des extrémistes de droite ou les actes provocateurs des milices du Secteur droit en Ukraine sont totalement inacceptables. Mais en quoi l’ultranationalisme russe ou les tentatives de la Russie de rétablir ses sphères d’influence seraient-ils plus acceptables ? Ce qui est sûr, c’est que telle n’est pas la voie en avant du PSB, conclut M. Naïdenov. (Douma)

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Dernière modification : 16/07/2015

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