Jeudi 16 juin

La flotte

La Bulgarie rejette l’appel de la Roumanie à participer au renforcement régional de la sécurité dans la mer Noire

La visite officielle de deux jours à Sofia du président de la Roumanie, Klaus Iohannis, entamée hier, commence mal.

Reçu tour à tour par le président de la République, la présidente de l’Assemblée nationale et le premier ministre, M. Iohannis a proposé la création d’une flotte de combat commune dans la mer Noire avec la participation de la Roumanie, de la Bulgarie et de la Turquie, informe 24 Tchassa. Selon des sources de ce journal, une proposition en ce sens avait déjà été présentée aux gouvernants bulgares lors de la visite début juin à Sofia du premier ministre roumain, Dacian Cioloș.

En réponse, hier, lors de son entrevue avec M. Iohannis, le premier ministre a haussé le ton : « C’est une tentative d’impliquer la Bulgarie dans un conflit supplémentaire. Rien n’impose le déploiement de troupes supplémentaires dans la région. Je n’ai pas besoin de guerre dans la mer Noire ! », aurait-il lâché selon le témoignage de participants à l’entretien, rapporté par 24 Tchassa.

La proposition de créer une flotte commune en mer Noire, dénommée « Initiative régionale de la mer Noire », a été cependant favorablement accueillie par le président de la République Rossen Plevneliev. En outre, les deux chefs d’Etat ont salué la décision des Etats-Unis de déployer des unités navales dans la mer Noire dans le cadre de l’initiative européenne visant à garantir la sécurité des alliés en Europe.

Selon des experts militaires bulgares, la proposition roumaine irait même au-delà de la mise en place d’une flotte commune et prévoirait la transformation du port militaire d’Atia, près de Bourgas, en base américaine sur la mer Noire.

Lors de la conférence de presse conjointe qui a suivi l’entretien officiel des deux présidents, M. Plevneliev a souligné que la région de la mer Noire revêt une importance stratégique non seulement pour les pays riverains, mais également pour la sécurité européenne, voire mondiale. La Bulgarie ne peut se sentir tranquille quand une multitude de conflits « gelés » couvent dans ses parages et qu’on essaie de la mettre durablement au service d’un certain intérêt étranger, a-t-il ajouté. « La Roumanie ne se prépare nullement à attaquer qui que ce soit. Ce que nous voulons, c’est nous protéger et prouver notre présence ici », a déclaré pour sa part M. Iohannis.

En outre, la Bulgarie et la Roumanie travailleront au renforcement du potentiel de défense, terrestre et naval, de l’OTAN en mer Noire. Lors du sommet de l’OTAN en juillet prochain à Varsovie, les deux pays soumettront leur position commune aux autres alliés. Saluant les plans de l’Alliance de disposer une brigade multinationale sur le territoire roumain, M. Plevneliev a confirmé que la Bulgarie est prête à y participer sur un principe de rotation avec jusqu’à 400 militaires bulgares, comme l’avait déjà annoncé le ministre de la défense Nikolaï Nentchev.

Dnvenik informe aujourd’hui que le refus exprimé par le premier ministre de participer à la création d’une flotte commune en Noire avec la participation de la Turquie, aurait provoqué la rupture de la part de celle-ci de l’accord de réadmission de migrants signé début mai avec la Bulgarie. Plus tard dans la matinée, M. Borissov a lui-même expliqué devant des journalistes qu’aucune lettre officielle n’a été reçue, mais que la Turquie n’exécutait pas ses engagements : sur 200 demandes de réadmission, la Bulgarie avait reçu 200 refus. Commentant l’initiative roumaine, le premier ministre a souligné que son pays « ne fera pas partie du front préparé en mer Noire contre la Russie. […] Je ne veux voir dans la mer Noire que bateaux, yachts, touristes – de la paix et de l’amour ! ». Selon M. Borissov, il n’est pas vraisemblable que la Bulgarie se trouve un jour attaquée par la Russie. « Ils ont un autre mode opératoire sur le territoire bulgare, des démarches surtout économiques. Mais utiliser des missiles ou des chars, non, j’en suis convaincu. Il y a trop de choses qui nous lient, la religion, la culture… ».

Cette position semble désormais prévaloir. En début d’après-midi, lors d’une conférence de presse conjointe organisée en urgence par le président de la République, le premier ministre et le ministre de la défense, il a été annoncé que la Bulgarie se conformera strictement au programme national de développement des forces armées d’ici 2020 et aux initiatives de l’OTAN, qu’elles soient régionales ou globales. « Il s’agit d’exercices, de coordination, de principes conjoints. Qu’y a-t-il de sensationnel ? », a demandé à la fin le président Plevneliev aux journalistes en les priant d’arrêter « les spéculations à propos de flottilles ou de flottes ». Le ministre de la défense a exprimé la même ligne. M. Borissov a conclu alors : « La flottille, de la façon dont elle était proposée, a été rejetée par le chef de l’Etat, par le ministre de la défense et par moi-même lors de la rencontre avec le premier ministre roumain et lors de l’entrevue avec le président roumain ». (24 Tchassa, mediapool.bg, dnevnik.bg)

La surenchère

L’interdiction du port du voile intégral adoptée à une large majorité en première lecture par l’Assemblée nationale, à l’initiative des nationalistes

« La coalition « burqa » est passé à l’offensive. L’interdiction des burqas restera sans doute son unique « produit » législatif jusqu’à l’élection présidentielle ». Cette réaction du politologue Daniel Smilov sur son profil Facebook après l’adoption en première lecture de l’interdiction du port du voile intégral résume les éléments de commentaire dans les articles de la presse aujourd’hui.

Les partis traditionnels ont de nouveau fait une révérence pour complaire aux nationalistes. L’interdiction du voile intégral n’est pas la seule victoire avec laquelle ils pourront doper leur force électorale ; ils ont déjà réussi à imposer des amendements au code électoral qui limitent la possibilité de voter à l’étranger, rappelle Mediapool.

Le projet de loi, initialement déposé par l’un des co-présidents du Front patriotique, Krassimir Karakatchanov, a été largement adopté avec le soutien 108 voix (8 députés ont voté contre et un s’est abstenu). Les seuls qui s’y sont opposés étaient le MDL et DOST qui sont entrés en concurrence pour le vote des Turcs ethniques. Ils utiliseront sans doute cette interdiction pour mobiliser leur électorat, ce qui apportera davantage d’eau au moulin des nationalistes, commente Mediapool.

Le projet prévoit l’interdiction de couvrir son visage sur la voie publique et dans les institutions et établissements publics. Le non-respect de cette interdiction sera sanctionné par une amende de 200 leva ou, en cas de récidive, de 1 500 leva. Une amende de 5 000 leva et une peine de jusqu’à trois ans d’emprisonnement pour encouragement du port du voile intégral sont également prévues. Pour rédiger son projet, le Front affirme s’être inspiré de l’expérience de la France et de la Belgique (voir la revue du 19 mai).

Toundjer Kardjaliev, député MDL, a indiqué que cette interdiction ne résout aucun problème essentiel, mais qu’il s’agit de « pur populisme ». Lioutvi Mestan, président de DOST, voit dans la loi le tribut que les partis traditionnels payent au Front patriotique pour son soutien du gouvernement. Rien n’impose l’adoption d’une telle loi, a souligné M. Mestan. « Le fait qu’il y a 20 ou 100 femmes qui portent la burqa ne veut pas dire qu’il faut que nous attendions qu’elles deviennent 150 000 », a argué de son côté Youlian Anguelov pour Front patriotique. Les nationalistes mettent en avant la lutte contre l’islam radical et la protection de la sécurité nationale.

Au niveau régional, les communes de Pazardjik et de Stara Zagora suivies de celle de Bourgas ont déjà adopté une telle interdiction, que le Conseil municipal de Plovdiv a rejeté (voir les revues des 28 avril et 4 mai). (tous journaux, mediapool.bg)

L’agression

Un photographe de presse français roué de coups à Sofia après un accrochage au volant

Hier, dans la matinée, après un accrochage entre deux véhicules sans que celui-ci donne lieu à un accident, l’un des conducteurs s’en prend à l’autre et se met à le poursuivre. Une fois après l’avoir atteint en plein centre-ville (à l’intersection des rues Assen Zlatarov et Marin Drinov), il lui barre le chemin afin de l’obliger à s’arrêter. Il le roue de coups, puis s’enfuit.

La victime, Pierre Marsaut, photographe français, travaillant en free-lance en Bulgarie pour les agences France Presse et Reuters, a la mâchoire cassée, le visage et la tête couverts de blessures. Il est emmené par le SAMU au CHU le plus proche du lieu de l’incident.

L’auteur des coups et blessures, Emil Kostov, 30 ans, propriétaire d’une Audi A6 immatriculée à Sofia, s’est rendu plus tard au commissariat de police, accompagné de son avocat.

Aujourd’hui, le Parquet d’arrondissement de Sofia a ouvert une procédure à l’encontre de l’agresseur en l’accusant de violences volontaires pour cause d’hooliganisme ayant entraîné des lésions corporelles légères au sens de l’art. 131, al. 1, p. 12, hypothèse 1 en combinaison avec l’art. 130, al. 1 du Code pénal. Mis sous contrôle judiciaire (caution de 500 leva), l’accusé, dont le casier judiciaire est vierge, encourt jusqu’à trois ans d’emprisonnement.

Ce genre d’agression n’est pas un cas isolé. Plusieurs accidents routiers dégénèrent et aboutissent à des délits. Ainsi, en mars dernier, les gardes du corps d’un mafieux ont battu un conducteur qui avait simplement klaxonné, ainsi que sa femme qui s’était mise à filmer l’incident. Le 30 mai, un conducteur a cassé les mains d’un autre à l’issue d’un accident léger. Le 11 juin, une dame au volant s’est fait gifler par le conducteur d’un véhicule qui venait de heurter le sien. Dans ce dernier cas, les agents du centre d’appel d’urgence (112) n’ont même pas tenu compte de l’appel de la dame giflée.

Selon une enquête publiée sur le site NovaNews, un Bulgare sur deux a été témoin ou victime d’un acte d’agression sur la route.

« Ces cas d’agression ne font qu’illustrer la tension qui existe dans la société. Je ne pense pas que ce soit des actes prémédités mais on ne doit pas pour autant les tolérer. La gestion d’une situation aussi complexe incombe aux professionnels qui savent comment réagir et mener l’enquête de manière professionnelle », avait récemment déclaré à la suite d’un incident similaire Roumiana Batchvarova, ministre de l’intérieur. Elle a rejeté la comparaison entre ces incidents et ceux des années 1990 marquées par des règlements de comptes et de beaucoup d’homicides. (tous journaux, NovaNews, ClubZ)

Dernière modification : 16/06/2016

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