Jeudi 17 novembre

La démission

Boïko Borissov : « Et que chacun porte sa croix et sa responsabilité devant la société »

L’Assemblée nationale a accepté hier la démission du gouvernement de Boïko Borissov avec les voix de 218 députés sur les 220 présents. Avant le vote, dans un discours émotionnel dont rendent compte en détail tous les médias, M. Borissov a assuré que lui et ses ministres continueront à exercer leurs fonctions jusqu’à la désignation d’un gouvernement intérimaire afin de garantir la continuité de la gestion du pays.

Félicitant les vainqueurs de l’élection présidentielle – « une victoire catégorique, claire et nette » – le premier ministre démissionnaire a rappelé les circonstances dans lesquelles son gouvernement était né : crise au sein de l’Etat après la sortie du pouvoir du PSB et du MDL et nulle autre possibilité de gouverner qu’en large coalition. Ainsi, avec des partis aux intérêts politiques diamétralement opposés, le GERB a réussi le pari de gouverner dans « une situation extrêmement grave où des pays entiers s’effondraient sous la pression des crises migratoires et des guerres. Dans mes rêves les plus optimistes, je me voyais tenir un an au maximum. Nous avons tenu deux ans », a souligné M. Borissov.

Faisant le bilan, il a énuméré parmi les réussites de son équipe le maintien du prix de l’électricité, la croissance économique (3,5%, à la deuxième place en Europe pendant trois trimestres consécutifs), 4 milliards de plus de recettes dans le budget de l’Etat. Malgré cela, les résultats du scrutin présidentiel et du référendum ont clairement montré que les citoyens désiraient un changement. « Certains disent : pourquoi lier les deux [la défaite et la démission] ? Parce que c’est un vote réel, un changement de la situation politique. Un parti a été plus fort que nous lors de cette élection. Beaucoup parmi vous ont souvent cherché à m’ulcérer en me qualifiant de dictateur, de sultan. […] Le pouvoir vient du peuple et lorsque celui-ci commence à douter s’il est gouverné de la meilleure façon, il faut rendre immédiatement le mandat [dont on est investi]. C’est mon crédo. »

Félicitant de nouveau la « nouvelle majorité » de sa victoire, M. Borissov lui a demandé d’assumer pleinement sa responsabilité et de former, après des consultations avec le président Plevneliev, un gouvernement intérimaire afin d’éviter au pays d’avoir un cabinet avant et un autre après l’investiture du nouveau président de la République. Quant au GERB, le parti s’engage à rester constructif au parlement. « Et, à partir de là, que chacun porte sa croix et sa responsabilité devant la société », a conclu M. Borissov.

Dans les couloirs de l’Assemblée nationale, il a ajouté en outre devant des journalistes qu’aucun ministre du GERB n’entrerait dans le gouvernement intérimaire sous peine que soit mis un terme à ses relations avec le parti. Il a également souligné que si les propositions démagogiques du PSB et du Front patriotique étaient adoptées [suppression de la fiscalité à taux unique et 300 leva de pension de retraite minimum], le déficit de l’Etat augmenterait de 3 milliards de leva par an.

« Vous avez catégoriquement perdu l’élection présidentielle, alors que nous l’avons catégoriquement gagnée parce que nous avons eu la sagesse de présenter un candidat indépendant. Pour nous, ce n’est pas un motif d’autosatisfaction parce qu’il n’est pas digne de fouler aux pieds celui qui est tombé », a déclaré Kornelia Ninova, présidente du groupe parlementaire du PSB. Selon elle, l’erreur majeure du GERB a été la pauvreté et le chômage, deux problèmes qu’on résout avec des moyens économiques.

Dans son intervention, le président du MDL, Moustafa Karadaya, a demandé que la date des élections législatives anticipées au printemps prochain et le projet de loi de finances soient adoptés par consensus. Le pays a besoin d’un nouveau contrat social entre les politiciens et la société civile, d’une union au nom des intérêts nationaux. Il est grand temps de mettre fin aux processus de division et aux lignes de démarcation au sein de la société, a-t-il souligné.

Ce matin, le président de la République a entamé des consultations avec les partis représentés au parlement. La semaine prochaine il demandera aux deux groupes parlementaires les plus nombreux (le GERB et le PSB) et à un troisième de son choix de former un gouvernement. En cas de refus de leur part, M. Plevneliev désignera un gouvernement intérimaire. (tous journaux)

L’interview

Hristo Ivanov attend Roumen Radev au tournant sur la réforme judiciaire

Dnevnik et Capital Daily publient un entretien avec l’ancien ministre de la justice Hristo Ivanov, dans laquelle celui-ci offre ses commentaires sur les conséquences de l’élection présidentielle et la démission du gouvernement Borissov II.
Comme raison principale de la démission du premier ministre, M. Ivanov souligne le fait que « M. Borissov a vu qu’il est en train de perdre sa position principale, créatrice de stabilité : son exclusivité ». L’ancien ministre ajoute : « Jusqu’à présent il [Borissov] survolait librement le vide politique qui l’entourait, l’apparence que personne n’est en mesure de lui lancer un défi politique ». Dans la victoire de Roumen Radev, le premier ministre démissionnaire a vu le « début de l’érosion de son statut de pôle unique du pouvoir ». Cela l’a conduit à préférer exercer une pression sur ses opposants en provoquant des élections anticipées.

Le premier ministre a besoin d’accélérer le processus et d’avoir des élections le plus tôt possible pour ne pas permettre au PSB de mobiliser son électorat et de profiter politiquement du résultat de M. Radev ; pour empêcher les autres partis de se restructurer et les nouveaux projets politiques, comme celui de l’homme d’affaires Vesselin Marechki ou de l’initiateur du référendum Slavi Trifonov, de se structurer. Son but est également de ne pas donner davantage de temps à la nouvelle coalition nationaliste pour qu’elle approfondisse son influence. M. Borissov a perdu l’élection présidentielle mais il est conscient que ses opposants ne savent pas encore comment gagner les élections législatives anticipées, souligne M. Ivanov. Le PSB se trouve devant la difficulté de trouver le moyen de devenir la force au pouvoir sans former une coalition visible avec le MDL, car cela impliquerait un prix à payer très élevé pour les socialistes, commente M. Ivanov. Dans ce contexte, M. Borissov essaye de se gagner une position confortable pour les pourparlers concernant « la future configuration au pouvoir ».

Quant au nouveau président de la République élu, il demeure un inconnu : il peut cacher de bonnes surprises, mais peut devenir également un facteur de risques, surtout dans la situation de confusion qui est en train de se créer dans le pays, selon Hristo Ivanov. Il revient sur les positions de M. Radev concernant la réforme du système judiciaire [Ndr : lors de son dernier débat à la BNT avec Tsetska Tsatcheva, M. Radev s’était prononcé en faveur d’une réforme et avait déclaré même qu’il est prêt à visiter la Roumanie pour s’inspirer de l’expérience de ce pays dans la lutte contre la corruption. Mais le lendemain, dans une interview pour la BTV, M. Radev avait déclaré que l’opinion du procureur général est déterminante pour lui et qu’il ne soutenait pas l’idée que ce dernier n’exerce pas de contrôle sur ses subordonnés. Certains médias ont vu dans ces propos un pas en arrière de M. Radev à la suite d’une pression exercée sur lui. Dans les réseaux sociaux a été partagée également l’information qu’après le débat télévisé M. Radev avait twitté : « la réforme judiciaire doit continuer… Je suis prêt à travailler dans ce sens avec tout le monde », mais que quelques heures après ce tweet avait été supprimé]. M. Radev a tenus des propos très courageux sur la réforme judiciaire, mais apparemment il a dû recevoir des appels téléphoniques qui l’ont averti d’être plus prudent, commente M. Ivanov. Il souligne que le nouveau président fera très prochainement face à un test important dans ce domaine : quelques mois après son investiture, il devra décider d’approuver ou non la candidature du prochain président de la Cour administrative suprême qui lui sera proposée « par l’actuel CSM qui est fortement discrédité ». La manière dont le chef de l’Etat choisira de gérer cette situation montrera à quel point il est prêt à avoir une position active dans les réformes ou s’il choisira de rester un simple observateur passif, conclut l’ancien ministre de la justice. (Capital Daily, dnevnik.bg)

Le déclin

Sega : La participation électorale élevée et les nouveaux leviers dans la vie politique limiteront le rôle du MDL

Dans un commentaire, Sega revient sur les résultats de l’élection présidentielle mais du point de vue du rôle et de l’avenir du MDL.

Le journal qualifie de « mantra » la thèse selon laquelle, dans la vie politique bulgare, l’élection du président de la République dépend et ne peut se faire sans l’assentiment du MDL. Certes, depuis 2001 et l’élection de Gueorgui Parvanov grâce aux 300 000 voix des électeurs du MDL, s’est instaurée une époque de jeux politique qui ont fait de ce parti un facteur majeur. Chaque pas, chaque déclaration de soutien du MDL a été suivie de près. Quant au MDL, il faisait tout « pour alimenter les légendes de sa montée en puissance électorale ».

L’influence électorale du parti a connu son apogée en 2009, quand il a rassemblé 610 000 voix aux élections législatives. Depuis cette influence est en déclin. En 2014 le MDL a obtenu visiblement moins de voix : 487 000. La situation s’est dégradée davantage fin 2015 lors de la crise interne du parti causée par l’éviction de Lioutvi Mestan à la tête du parti, commente le journal (voir nos revues des 23 et 28 décembre 2015 ; M. Mestan a par la suite créé un nouveau parti, DOST, mettant fin au monopole du MDL sur l’électorat turc ou de culture musulmane).

Avec l’approche de cette élection présidentielle, on a pu constater qu’aucun des partis politiques n’a demandé le soutien de MDL. Et, chose inédite, ce dernier a décidé de soutenir Plamen Orecharski pour mesurer son poids électoral. Mais l’ancien premier ministre n’a réuni que 253 000 voix, c’est-à-dire un résultat plus faible de 320 000 voix que celui du candidat des nationalistes et de 170 000 voix que celui de l’homme d’affaires Vesselin Marechki. Ou, comme a ironisé M. Mestan, le MDL a obtenu le plus faible résultat de son histoire, écrit Sega. Au second tour, le parti s’est vu obligé de déclarer lui-même son soutien au candidat du PSB, mais vu le résultat de Roumen Radev, l’ex-général aurait pu se passer de ces 200 000 électeurs mobilisés par le MDL.

Ces élections ont tués quelques mythes liés au MDL, commente Sega. Tout d’abord, le mythe de la toute-puissance de ce parti. Ensuite, le mythe que le MDL sera l’éternel levier dans la vie politique bulgare. Enfin, le mythe du parti « faiseur de roi » lors l’élection du président de la République. Les résultats de dimanche dernier dessinent un avenir sombre pour la formation lancée début 1990 par Ahmed Dogan : d’une part parce que les deux principaux partis, le GERB et le PSB, ne veulent ostensiblement plus rien avoir à faire avec elle, tout au moins pas de manière visible ; d’autre part, ce qui est encore plus préoccupant pour ce parti, c’est qu’un bon nombre d’acteurs politiques, de leviers potentiels et de pourvoyeurs de voix ont été créés par cette élection. Pour le moment, l’entrée principale vers le pouvoir reste fermée pour le MDL, conclut le journal. (Sega)

Rubrique France

Mediapool informe que le groupe Mr. Bricolage, spécialiste du commerce indépendant de proximité, présent en Bulgarie, procédera l’année prochaine à la fermeture de dix-sept magasins déficitaires en France et au à la suppression de 238 emplois, soit 9,5% de ses effectifs.

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.Retour ligne automatique
© Tous droits de diffusion et de reproduction de cette revue de presse sont réservés à l’Ambassade de France en Bulgarie

Dernière modification : 09/12/2016

Haut de page