Jeudi 20 octobre

La rallonge

La Bulgarie affecte 20 millions de leva supplémentaires dans la construction de la clôture à sa frontière avec la Turquie

La presse revient aujourd’hui sur l’évolution de la crise migratoire et la construction de la clôture à la frontière bulgare avec la Turquie.

« Des réfugiés venant de la Bulgarie ont tenté à 12 000 reprises de traverser la frontière serbe », titre en une Sega. Le flux migratoire passant par la Bulgarie vers l’Europe de l’Ouest marque une hausse considérable, en dépit du fait que 172 km de clôture sont déjà érigés et qu’il ne reste à en construire que 55 km, écrit le journal. L’article reprend les propos de Jovan Krivokapić, porte-parole du ministère de la défense serbe. Selon les données des autorités serbes, depuis le 22 juillet, la police serbe a enregistré plus de 12 000 tentatives de passages clandestins de la frontière. Une hausse de la pression migratoire significative a été observée lors de ces deux dernières semaines. 61 trafiquants de migrants ont été arrêtés par les forces de police serbes. Imposer des sanctions plus sévères aux contrevenants a été toujours une priorité pour la Serbie, tandis qu’en Bulgarie les trafiquants de migrants se voient presque toujours infliger une condamnation avec sursis, ajoute le porte-parole.

Selon les statistiques de la police bulgare, 734 personnes ont franchi la frontière avec la Turquie lors de cette dernière semaine, ce qui représente une hausse de 50% de la pression migratoire par rapport aux trois ou quatre dernières semaines, commente Sega. La pression migratoire a été soulignée hier par le ministère de l’intérieur comme principal argument pour affecter un supplément de 20 millions de leva à la construction de la clôture. « Le montant de la clôture à la frontière avec la Turquie a atteint 170 millions de leva », titre Capital Daily. « La clôture à la frontière avec la Turquie est devenue un gouffre sans fond ; elle vient d’avaler 20 millions de leva de plus », ajoute Mediapool. La question du prix exorbitant de la construction, qui a atteint un million de leva par kilomètre, a été soulevée à maintes reprises par la presse (voir la revue du 10 mars).

A la mi-septembre, 127,3 km de la clôture avaient été réalisés. La somme octroyée hier aux régions de Bourgas, de Yambol et de Haskovo est destinée à la construction de 55,7 km supplémentaires. Sega précise que même le montant de 170 millions de leva associé à l’existant n’est pas définitif, puisque dans les faits, la construction de 50 km dans la région de Malko Tarnovo n’a pas encore commencé. Le journal estime que le coût total pourrait atteindre 200 millions de leva. La construction continue pour une troisième année consécutive et plusieurs des échéances qui avaient été fixées pour sa finalisation ont déjà expirées, ajoute Capital Daily. Le coût élevé de cette infrastructure en fait l’un des principaux chantiers financés par l’Etat, ajoute le journal.

Cependant le premier ministre a de nouveau souligné que les frontières bulgares sont extrêmement sûres et a qualifié de « plutôt morale » l’aide européenne octroyée à cette fin à la Bulgarie. Les ressources assurées par l’UE pour la protection de la frontière sont nettement moindres que les dépenses faites par la Bulgarie ; cet argent est considéré par le gouvernement plutôt comme « un soutien moral et un engagement ; une preuve que l’UE peut être flexible et efficace », a ajouté Boïko Borissov, en visite à Maastricht pour le sommet du PPE. (tous journaux)

L’ultimatum

AECG : la Bulgarie soumet son appui au traité à la levée des visas pour ses ressortissants par le Canada

L’accord économique et commercial global (AECG, en anglais Comprehensive Economic and Trade Agreement ou CETA), négocié entre l’UE et le Canada afin de stimuler leurs échanges commerciaux, renforcer leurs relations économiques et créer des emplois, est actuellement examiné par les différents Etats membres de l’UE. Si le Conseil et le Parlement européen approuvent l’accord en 2016 et si les législateurs canadiens en font de même, l’accord pourrait être appliqué dès le début de 2017.

Sofia pose une condition pour soutenir cet accord, qui prévoit la suppression de 99 % des droits de douane et de nombreux autres obstacles au commerce. « La Bulgarie ne signera pas le traité de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le Canada (CETA) si elle n’obtient pas de garantie irréversible d’exemption de visa pour tous ses ressortissants. Seule une telle démarche permettra à la Bulgarie de bénéficier sur un pied d’égalité avec les autres Etats membres de l’UE de l’acquis de ce traité, et aux entités économiques bulgares d’être compétitives par rapport aux autres Etats membres et au Canada. » Cette position a été adoptée par le Conseil des ministres hier dans la perspective de la participation du premier ministre Boïko Borissov au Conseil européen des 20 et 21octobre à Bruxelles.

Mercredi, M. Borissov a concerté la position bulgare sur la signature de l’AECG avec celle de son homologue roumain Dacian Cioloș, informe 24 tchassa. Ce média rappelle que la Bulgarie et la Roumanie sont les seuls Etats de l’UE à ne pas être exemptés de visa par le Canada. La position de la Bulgarie a donc évolué par rapport à ce qu’elle était il y a une semaine lorsque le Premier ministre déclarait avoir reçu, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue canadien, la promesse d’une levée progressive des visas, à commencer par ceux pour les hommes d’affaires et des personnes ayant déjà visité le Canada, à compter du 1er mai 2017, et à en finir par la levée ultérieure des visas pour tous les citoyens Bulgares le 1er mai 2018. Une promesse en l’air qui ne repose sur aucune règle de droit ou contrat, conclut 24 tchassa.

L’adoption de cette position par le Conseil des ministres a été précédée de vifs débats à l’Assemblée nationale. Le PSB avait insisté pour que l’Assemblée nationale oblige le Conseil des ministres à effectuer une étude d’impact de l’AECG sur l’économie bulgare. Selon les socialistes, l’accord risque d’avoir un impact négatif sur l’économie, l’écologie, l’agriculture et la sécurité des aliments. « Accepter ces conséquences négatives au prix de la seule levée des visas n’est rien d’autre qu’une trahison nationale », a clamé Kornelia Ninova, présidente du PSB. Magdalena Tacheva, députée d’Ataka a appelé le gouvernement à ne pas signer « ce traité obscurantiste qui ruinera la démocratie et la souveraineté de la Bulgarie ». Ataka a proposé que l’Assemblée nationale oblige le Conseil des ministres à concerter sa position avec les députés. Soumise au vote, cette proposition n’a recueilli que 53 voix « pour » et a donc été rejetée.

Aujourd’hui, Daniel Mitov, qui a accueilli Kevin Hamilton, nouvel ambassadeur canadien en Bulgarie en poste à Bucarest, a réaffirmé l’insistance de la Bulgarie pour obtenir des « garanties claires en matière de libéralisation du régime de visa » afin de donner son feu vert à l’AECG. Il a adressé des propositions relatives à la façon dont le Canada pourrait officialiser sa position. L’ambassadeur canadien s’est dit prêt à « coordonner le travail conjoint sur cette question entre les deux pays ».(Standart, 24 tchassa, Mediapool.bg)

La présidentielle

Ognian Mintchev : une campagne avec des candidats sans personnalité, pour une institution présidentielle sciemment rabaissée

Dans une analyse sur Facebook, reprise par Mediapool, le politologue Ognian Mintchev se penche avec amertume et pessimisme sur la prochaine élection présidentielle. Un scrutin prévisible, complètement vidé de sa dimension majoritaire, et un résultat qui reflètera intégralement le rapport de force entre les partis y participant, souligne d’emblée M. Mintchev. Le rôle du président et ses positions ont été à tel point rabaissés dans la politique bulgare qu’on n’attache plus aucune importance ou influence politique à la personnalité du futur président.

« L’actuel président de la République (je ne mets nullement en question ses qualités personnelles) a été désigné [comme candidat] de la même façon scandaleuse que vient de l’être Tsetska Tsatcheva : un choix personnel de MM. Borissov et Tsvetanov, annoncé au tout dernier moment. Le résultat en est que l’institution présidentielle commence à être appréhendée comme fonction de l’ « homme fort » du gouvernement.

« Voilà pourquoi, au printemps 2013, la mafia affairiste a ouvert une guerre sans précédent de dénigrement et d’anéantissement des positions publiques du président Plevneliev au point de le pousser littéralement à aller à Vienne pour pouvoir tranquillement dresser le projet de liste du gouvernement intérimaire. Et ainsi jusqu’aujourd’hui, où tout voyou se permet d’invectiver le président parce que celui-ci ne lui plaît tout simplement pas, ni ses opinions, ni ses positions.

« La désignation de Mme Tsatcheva comme candidate, malgré sa faible cote de popularité, a été dictée par les mêmes comptes politiciens : envoyer à la présidence de la République quelqu’un qui écoutera et obéira au doigt et à l’œil, qui appliquera tout ordre venu du GERB. Tant mieux si le candidat n’a pas de qualités de leader. Quitte à ruiner le statut même de l’institution présidentielle.

« Du côté du PSB, le modèle est identique. Après la série de catastrophes que les anciens communistes ont infligée à la Bulgarie pendant le dernier quart de siècle, on ne trouve plus personne dans leurs rangs susceptible d’attirer la confiance du public ou de dépasser la cote collective bien en berne du parti. Voilà pourquoi Ninova&Со. ont consenti de mettre dans leur nid l’œuf pondu par Gueorgui Parvanov : un candidat à l’auréole romantique et héroïque de celui qui, au moins encore récemment, réussissait à décoller son avion.

« Bien sûr, pas l’avion politique. En politique, le général Radev reste un puceau. Si, par malchance, il se retrouve demain dans le fauteuil présidentiel, il sera encore plus démuni sans la commande manuelle du PSB que Mme Tsatcheva sans celle du GERB. Evidemment, je n’imagine pas un instant que l’un ou l’autre puisse être capable de prendre, en temps utile et de façon autonome, une décision politique compétente sur des sujets importants. Le général Radev, parce qu’il ne comprend toujours rien en politique, et Mme Tsatcheva, parce qu’elle manque de volonté. […] Toute décision de leur part sera prise sous le diktat de leurs chefs de parti.

« Si l’on se tourne vers les autres partis, on constate le même principe de dépersonnalisation de candidats désignés par les appareils. M. Karakatchanov, qui pendant toute sa carrière politique n’a pas pu dépasser la cote d’un ou deux pour cent d’influence politique, jouit aujourd’hui [dans les sondages] de 8,7%, un résultat entièrement dû à l’assemblage mécanique du vote nationaliste, y compris les voix d’Ataka. Comment expliquer cette alliance entre le nationaliste [pro-]russe Volen Siderov, le nationaliste bulgare Valeri Simeonov et l’héritier du mouvement de libération de la Macédoine ? [Ndr : allusion au nom historique du parti de M. Karakatchanov, ORIM.] Une question qui ne sera pas soulevée pendant la campagne.

« Quant à M. Kalfine, il reste le seul candidat un peu mieux identifiable par rapport à son propre parti [ABC], bien que moins identifiable par rapport à l’époque où il était le candidat du PSB.

« Deux conclusions peuvent être tirées de cette situation. Premièrement, la personne qui s’assoira dans le fauteuil présidentiel sera sans expérience ou impopulaire, dépourvue de l’étoffe de leader, soumise de façon humiliante aux personnages forts de son parti. Deuxièmement, la concentration illégitime de pouvoir dans les mains du premier ministre ou de la bande oligarchique PSB-MDL, qui avait pris la place de celui-ci à un certain moment, demeure la cause principale de la dégénérescence du processus politique démocratique et des institutions publiques soutenant ce dernier. Une situation particulièrement dangereuse dans les conditions d’une crise mondiale qui prend de la vitesse et dont le noyau se trouve tout près de nous », conclut le politologue. (mediapool.bg, https://www.facebook.com/ognyan.minchev.3/posts/10209605509308303)

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Dernière modification : 20/10/2016

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