Jeudi 21 avril

Le vote

L’Assemblée nationale est en train d’examiner des amendements à la loi électorale susceptibles de décourager les Bulgares d’exercer leur droit de vote

Des textes « absurdes » et « hideux » selon la presse bulgare, risquant de priver de leur sens les prochains scrutins électoraux et d’amoindrir les droits des électeurs, ont été adoptés en deuxième lecture en commission parlementaire. Ils passent aujourd’hui au vote définitif en salle plénière. Les amendements suivants retiennent l’attention :

§ Devoir civique, le vote est obligatoire. Les votants seront récompensés et les noms de ceux qui ne participent pas au vote sans raison valable seront retirés des listes électorales. Rétablir son droit de vote impliquera de déposer à l’administration municipale une demande écrite, accompagnée d’un document justifiant leur absence à la précédente échéance électorale, dans un délai de 30 jours au plus tard avant le scrutin. Le recours contre la décision de supprimer des listes les non votants reste possible auprès de la Commission électorale centrale et de la Cour administrative suprême en fonction de la situation.
C’est ainsi qu’on peut résumer ce premier paragraphe des amendements au Code électoral qui vient d’être adopté définitivement à l’issue de deux heures et demie de débats en salle plénière avec les voix de 109 parlementaires (dont 72 du GERB, 2 du Bloc réformateur, 18 du Front patriotique, 7 du Centre démocratique bulgare, 2 d’Ataka, 10 d’ABC). 74 (dont 1 du GERB qui a demandé après le vote que sa voix soit compter « pour », 25 du PSB, 27 du MDL, 13 du Bloc réformateur, 3 du Centre démocratique bulgare et 5 non-inscrits) ont voté contre et 10 (5 du Bloc réformateur, 2 du Centre démocratique bulgare, 2 d’Ataka et 1 non-inscrit) se sont abstenus.

Selon Valeri Simenov, co-président du Front patriotique, « même si ce n’est pas une panacée, l’obligation de voter constitue un premier pas dans la lutte contre des évènements rétrogrades comme l’achat de voix et le vote sous la pression de l’employeur ».
« Un droit consacré par la Constitution a été érigé en devoir pour la première fois depuis l’adoption de la Constitution (1991). Le PSB insiste pour qu’on consulte les citoyens et promet d’approuver leur volonté », a déclaré Yanaki Stoïlov avant le vote.
Selon Tchetin Kazak du MDL cette proposition est inadmissible et non constitutionnelle. Son admission impliquerait la convocation de l’Assemblée nationale constituante. « Indépendamment de son libellé ce texte sera immédiatement annulé par la Cour constitutionnelle », a-t-il prévenu.
Le vote obligatoire ne pourra pas remplir l’abîme qui existe entre la classe politique et les électeurs, a considéré Radan Kanev des Démocrates pour une Bulgarie forte.
« La potion magique du vote obligatoire ne pourra pas guérir la démocratie de la maladie dont elle souffre en Bulgarie. Le droit de vote est un choix libre et réfléchi. », a souligné Naïden Zelenogorski, vice-président du mouvement Bulgarie aux citoyens (Bloc réformateur) et a rappelé que cette décision est précipitée dans la mesure où un référendum sur le vote obligatoire aura lieu cette année (voir les revues des 8 et 13 avril 2016)

§ Si un referendum à l’initiative des citoyens est organisé pendant l’année d’une échéance électorale, les deux votes ne peuvent pas se tenir à la même date.

Ce deuxième amendement a été unanimement adopté aujourd’hui par les députés du GERB, du PSB, du MDL et du Front patriotique. Seuls les représentant du Bloc réformateur s’y sont opposés.
« L’idée du référendum a ainsi été compromise dans l’objectif d’étouffer la voix des citoyens », s’est indigné Martin Dimitrov, député du Bloc réformateur.

§Créer une nouvelle circonscription des Bulgares à l’étranger

Cette proposition introduite par le GERB et adoptée il y a deux jours en commission parlementaire a été rejetée aujourd’hui en séance plénière par ce même parti soutenu par tous les autres partis à l’exception du Bloc réformateur. Les voix des Bulgares de l’étranger vont donc rester dispersées entre les circonscriptions du pays.

Les paragraphes sur le seuil du vote préférentiel fixé à 7% des bulletins valides, sur l’interdiction des coalitions locales de partis, sur la publication des sondages pendant toute la campagne électorale et sur la réduction de celle-ci à 21 jours, adoptés en commission parlementaire il y a deux jours, sont soumis aujourd’hui au vote définitif en salle plénière, où leur examen est toujours en cours.(tous journaux, mediapool.bg)

Arrêt sur cadre

Un sondage annuel réalisé auprès d’investisseurs allemands montre des problèmes récurrents depuis des années et l’absence de volonté politique pour les résoudre

Un nouveau sondage annuel de la Chambre germano-bulgare de commerce et d’industrie jauge le climat des affaires en Bulgarie. Régulièrement organisé dans seize pays de l’Europe centrale et orientale, cette fois-ci il a couvert un échantillon de 1311 entreprises qui, en règle générale, possèdent les plus grands sites industriels dans la région.

En Bulgarie, les maillons faibles restent la corruption et l’inapplication des lois, ainsi que la formation professionnelle et l’enseignement supérieur, selon les industriels allemands. Les avantages qu’ils indiquent sont les mêmes que dans le passé : taux unique d’imposition (10%) et main-d’œuvre bon marché. On apprécie également la stabilité politique et sociale : en un an, la Bulgarie a progressé de la 14e à la 10e place selon ce critère, tout en restant en-dessous des notes moyennes accordées aux pays de l’Europe centrale et orientale.

Les entreprises allemandes restent réservées mais optimistes quant aux perspectives des affaires en Bulgarie. 84% des investisseurs allemands ne regrettent pas de s’être implantés dans le pays. En règle générale, les rémunérations qu’ils pratiquent dans le pays se situent légèrement au-dessus de la moyenne nationale.

En 2015, les investissements allemands en Bulgarie ont atteint 176 millions d’euros, une avancée importante par rapport à 2014 lorsque leur valeur était négative (-276 millions d’euros). En outre, les échanges commerciaux ont progressé jusqu’au montant record de 6,3 milliards d’euros. Une explication du retour des investisseurs allemands dans le pays est la solution positive trouvée en janvier dernier à un vieux différend entre l’administration bulgare et un investisseur allemand (l’affaire Kloesters-Cemeco). A cette date, l’Allemagne est le deuxième plus grand investisseur dans le pays. Les 1500 entreprises allemandes opérant sur le marché bulgare ont créé quelque 65 000 emplois au total.

Néanmoins, plus de la moitié des entreprises n’envisagent pas d’augmenter leurs investissements ou leurs effectifs en 2016. Selon 57% d’entre elles le climat des affaires est satisfaisant, selon 29%, il est mauvais et il n’y a que 14% qui l’estiment bon. Les domaines à problèmes restent identiques à ceux indiqués lors des précédents sondages : administration publique, éducation, justice, corruption, manque de main-d’œuvre qualifiée, opacité des marchés publics. Les entreprises allemandes se plaignent non seulement des procédures non transparentes des marchés publics, mais également de la façon dont sont répartis les fonds européens. Selon les personnes interrogées, des mesures urgentes s’imposent dans tous ces domaines.

Un problème sérieux pour la compétitivité de la Bulgarie, en comparaison avec les autres pays de la région, reste le manque d’une main-d’œuvre qualifiée. D’après les notes accordées par les entreprises à l’enseignement professionnel ou universitaire, la Bulgarie traîne à la queue du classement. Voilà pourquoi la Chambre germano-bulgare travaille sur un projet d’introduction d’éléments du dispositif allemand de formation par alternance (formation duale) en Bulgarie.

Par ailleurs, l’infrastructure sous-développée est une autre faiblesse pointée du doigt par les investisseurs allemands. Sur cet indicateur, la Bulgarie est devancée par des pays comme le Kosovo et la Macédoine, malgré son appartenance à l’UE.

Ces problèmes récurrents, régulièrement identifiés depuis des années dans les sondages de la Chambre germano-bulgare de commerce et d’industrie, montrent l’absence de volonté politique, conclut la presse. Au lieu de chercher des solutions, la Bulgarie préfère continuer de compter sur les impôts et les salaires bas pour attirer des investisseurs étrangers. (Capital, Sega)

La chute libre

La Bulgarie s’effondre dans le classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse

Le classement mondial de la liberté de la presse en 2016, réalisé par l’organisation Reporters sans frontières, montre une nette dégradation de la situation en Bulgarie. Organisée depuis 2002, cette étude prend en compte toute une série d’indicateurs, dont indépendance des médias, autocensure, cadre juridique, transparence de la propriété, etc.

Depuis 2015, le pays a reculé de sept places jusqu’à la 113e position sur 180 pays et son score global a baissé de 1,55 points pour atteindre 31,36. Qualifié de « lanterne rouge des 28 de l’UE » par les auteurs du classement, le pays détient le plus mauvais score de l’Union européenne.

En 2006, à la veille de son adhésion à l’UE, la Bulgarie était classée 35e sur 161 pays. Depuis lors, elle ne cesse de dégringoler : 68e position en 2009, 100e en 2013, 106e en 2014, 107e en 2015. Devancée par ses voisins balkaniques (Roumanie, 49e ; Serbie, 59e ; Croatie, 63e ; Bosnie et Herzégovine, 68e, Albanie, 82e ; Grèce, 89e ; Monténégro, 106e), la Bulgarie peut se targuer d’être devant la Macédoine (118e), la Russie (148e), la Turquie (151e) et la Biélorussie (157e).

Des hommes politiques et des groupes oligarchiques contrôlent la presse bulgare dans un environnement dominé par la corruption et la collusion entre médias, soulignent les experts. Selon Christian Mihr, responsable de la section allemande de RSF, en Europe du Sud-Est et notamment en Bulgarie, les médias restent économiquement dépendants et concentrés entre les mains d’un cercle restreint d’acteurs. « Un des facteurs dont tient compte notre classement, c’est l’indépendance de la presse, et la dimension économique de cette indépendance est très importante. La position de la Bulgarie s’est détériorée parce que c’est l’un des pays où la tendance de contrôle des médias par des oligarques est la plus prononcée », souligne-t-il. Pour s’en sortir, le pays devrait résoudre en tout premier lieu le problème de la transparence de la propriété des médias. La diversité actuellement existante entre les différents éditeurs n’est qu’apparente. Une des solutions possibles serait de mettre en place un registre général et transparent des propriétaires de médias. C’est un problème particulièrement sérieux pour l’état de la démocratie dans le pays, ajoute l’expert.

Le deuxième facteur qui explique la mauvaise performance de la Bulgarie, indique M. Mihr, c’est la violence exercée à l’encontre de journalistes, inacceptable dans un Etat membre de l’UE. Il faudrait sévèrement condamner toute agression ou attaque dirigée contre les professionnels de la presse et ne plus laisser de tels cas impunis, conclut-il. (Sega, Capital Daily, https://rsf.org/fr/bulgarie)

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Dernière modification : 21/04/2016

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