Jeudi 24 mars

Les réactions

La classe politique bulgare commente les attentats de Bruxelles : de la solidarité, quelques amalgames et un peu d’opportunisme

L’Europe entière a sombré dans la consternation et la tristesse après les attentats sanglants à l’aéroport de Zaventem et dans le métro de Bruxelles. La Bulgarie exprime sa solidarité avec la Belgique ainsi que les familles et les proches des victimes.

Le Président de la République a envoyé un télégramme de condoléances au Roi des Belges. Il y exprime sa consternation et sa profonde tristesse devant la nouvelle des actes terroristes et présente ses condoléances aux familles et aux proches des victimes. « La République de Bulgarie condamne sévèrement ces actes de violences. Rien ne peut justifier de tels actes contre des citoyens paisibles ».

De retour de Bruxelles, où elle était en déplacement lors des attentats, Tsetska Tsatcheva, présidente de l’Assemblée nationale, a exprimé son indignation « du fait que nous, les Etats européens, avons mis à la disposition nos territoires et en signe de tolérance nous nous sommes donnés la possibilité d’accueillir des citoyens qui fuient les foyers de conflits. Mais il s’est avéré que malgré toutes les mesures prises nous ne disposons pas de garanties contre de tels actes terroristes. Sur le plan personnel, j’éprouve de la compassion et de la solidarité avec les familles et les proches des victimes ».

Le premier ministre, que notre revue citait hier, a également exprimé son indignation devant ces actes « injustes ». « L’Europe est le seul continent qui dépense des milliards pour intégrer ces gens-là. Des mesures sont prises pour qu’ils se portent de mieux en mieux, tous les Etats membres ont donné leur argent et leur territoire et c’est donc injuste qu’ils nous frappent ainsi au cœur de l’Europe. Il est clair qu’on ne peut pas intégrer des terroristes, que ce qui se passe dans le monde arabe a indigné beaucoup de monde et c’est justifié lorsqu’on voit les destructions en Syrie et la situation en Libye et en Irak. Cela met en colère les gens et les rend méchants. » Selon M. Borissov, ces attentats sont la preuve de l’échec de la politique extérieure de beaucoup de pays européens.

« La situation est très inquiétante et le danger est élevé pour tous les Etats européens. Le signe politique est clair : des cibles à proximité des institutions européennes ont été visées. C’est donc une provocation qui vise la sécurité européenne », a déclaré Roumiana Batchvarova, vice-première ministre et ministre de l’intérieur.

« C’est un nouvel acte sans précédent qui vise à semer la peur et cible le cœur même de l’Europe. C’est un énième méfait difficile à qualifier dont l’objectif a été non seulement de priver de la vie mais de priver de la volonté en semant la peur dans le cœur de tous ceux qui partagent les valeurs européennes. Nous les condamnons de manière ferme et décisive », a affirmé Meglena Kouneva, vice-première ministre et ministre de l’éducation en appelant à garder le sang-froid.
Ivaïlo Kalfin, vice-premier ministre et ministre du travail et de la politique sociale, en déplacement à Bruxelles au moment des attentats, a également appelé à ne pas céder à la crainte et à la panique qui constituent l’objectif principal des terroristes. Selon M. Kalfin, ces actes terroristes viennent en réponse à la pression sur les organisations terroristes, y compris les opérations récentes à Bruxelles.

« C’est une attaque sans précédent contre la capitale de l’Europe qui reste unie dans sa solidarité avec le peuple belge. Tous, nous condamnons fermement cet acte brutal de terrorisme. L’Europe trouvera la meilleure façon pour défendre sa civilisation et sa culture. Bruxelles, qui est notre capitale et symbolise notre liberté et nos valeurs communes, sera défendue. Les Européens ne vont pas céder à la peur et ensemble ils l’emporteront sur le terrorisme. », a déclaré Daniel Mitov, ministre des affaires étrangères.

Sergueï Stanichev, président du Parti des socialistes européens, a appelé l’Europe à ne pas laisser aboutir l’objectif des terroristes de semer la peur et de changer nos sociétés. Pour cela, les forces de sécurité des différents pays membres devraient faire preuve de leur capacité de travailler ensemble. Aucun pays n’était en mesure de faire face seul au terrorisme.

Mikhaïl Mikov, président du Parti socialiste bulgare, a adressé des lettres de condoléances à l’ambassadeur du Royaume de Belgique en Bulgarie, Annick Van Calster, au président du parti socialiste belge, Elio Di Rupo, au président du Parti socialiste flamand, John Crombez, pour exprimer ses condoléances et sa solidarité aux familles des victimes de l’attentat. Il a souligné que tout cela s’est passé au cœur de l’Europe, dans la maison des institutions européennes. Toute la communauté internationale se solidarise en ce moment avec le peuple belge et reste unie contre ceux qui menacent de porter atteinte aux valeurs et de limiter les libertés fondatrices dans toute l’Europe. « Nous ne nous plierons jamais devant le fléau du terrorisme et ne devons pas permettre à ces actes écœurants de changer notre conscience et notre quotidien. »

Dans une interview à la BNT ce matin, Gueorgui Parvanov, président du parti politique ABC, a considéré que l’architecture européenne de la sécurité est impensable sans la participation de la Russie. « Il faut voir quels sont les paramètres de la nouvelle sécurité et frapper les terroristes sur le terrain sans attendre qu’ils viennent. Dans une telle situation, les dirigeants européens ne doivent pas se contenter de clichés. Il faut fermer les frontières au sens le plus efficace du mot. Le Vieux continent manque de vrais leaders politiques. J’avais été fier de les voir défiler main dans la main après attentats en France. Mais dès le lendemain, ils avaient oublié que le problème existe. On réagit de la même façon aujourd’hui en se contentant de condamner de manière énergique. Mais à quoi bon ? ».

Selon Krassimir Karakatchanov, président de l’ORIM, « les attentats terroristes à Paris et à Bruxelles démontrent la bonne organisation des terroristes. « Ces gens-là se sont cachés pendant quelques mois chez les musulmans ordinaires et pas dans les mosquées de l’islam radical. Le mufti de Bruxelles est actuellement en Syrie armé d’un pistolet mitrailleur. Il faut qu’on oublie toutes les utopies qu’on essaye de nous inculquer dans les têtes. »(tous journaux, focus-news.net, abv-alternativa.bg)

L’aguerrissement

Un exercice anti-terroriste et une information sur le site du consulat américain mettent Sofia en ébullition

Pendant la nuit de mardi à mercredi, un exercice du ministère de l’intérieur a eu lieu dans les rues de Sofia. Plusieurs mises en situation ont été testées en vue d’évaluer la préparation des forces de sécurité de réagir à une menace terroriste. La presse accorde une large attention à ces mesures préventives, le quotidien Sega en faisant sa une.

Dans le cadre d’un des scénarios, des militaires patrouillaient en binômes avec des policiers, comme on peut le voir désormais souvent dans les rues des grandes villes européennes. Selon le ministre de la défense, Nikolaï Nentchev, si la situation l’impose, l’armée est prête à appuyer la police.

Comme les contrôles d’identité et les interpellations aléatoires de simples passants avaient vite suscité l’émoi des réseaux sociaux, le ministère de l’intérieur s’est vu contraint d’informer les médias qu’un exercice était en cours et de présenter ses excuses pour les contraintes imposées à de nombreux citoyens. Toutefois, le but de l’exercice étant de simuler au maximum une situation réelle, le ministère n’a pas voulu annoncer les endroits où des contrôles allaient avoir lieu. Finalement, un point de filtrage a été mis en place près du palais national de la culture (NDK) et une mise en situation a eu lieu à la station de métro Konstantin Velitchkov.

« Il est tout à fait normal que dans de tels exercices, la police agisse de façon ferme, voire un peu plus sévère », a estimé la vice-premier ministre et ministre de l’intérieur Roumiana Batchvarova devant la commission parlementaire de la sécurité intérieure et de l’ordre public, tout en démentant les critiques de droits violés des citoyens. Comme c’est le premier exercice de ce genre dans le contexte des menaces terroristes, il est normal qu’il y ait des ratés qui seront corrigés, a-t-elle conclu.

Par ailleurs, hier soir, l’ambassade des Etats-Unis à Sofia a publié sur la page Facebook de son consulat une mise en garde contre une éventuelle menace dans les transports en commun, dans le quartier Iztok de la capitale, aux alentours de l’hôtel Pliska. Ce matin, les autorités bulgares (le secrétaire général du ministère de l’intérieur, la maire de Sofia, voire le premier ministre) se sont pressées d’affirmer que l’alerte était déplacée et que l’agence nationale de la sécurité (DANS) avait procédé à un contrôle judicieux. Plus tard dans la matinée, le message a été retiré de la page Facebook du consulat américain.

Par ailleurs, l’Assemblée nationale a adopté hier en seconde lecture les derniers amendements à la loi sur les mesures contre le financement du terrorisme. Les nouvelles dispositions élargissent le cercle des personnes à l’encontre desquelles ces mesures pourront être appliquées. Désormais y figureront notamment « les personnes à propos desquelles il existe suffisamment de données selon lesquelles ces personnes effectuent une activité liée au terrorisme ou au financement du terrorisme ». Leurs noms seront régulièrement consignés dans une liste tenue par le Conseil des ministres et modifiée sur proposition du ministre de l’intérieur, du président de la DANS ou du procureur général. En l’absence de toute définition de l’expression « suffisamment de données », les mesures applicables prévoient la saisie d’avoirs, d’actifs financiers ou de biens. (tous journaux)

La dissolution

La commission d’enquête sur l’ingérence de la Turquie et de la Russie dans la politique bulgare, un bébé mort-né

Clemenceau disait : « Si vous voulez enterrer un problème, nommez une commission ». Hier, c’est la commission elle-même que les députés bulgares ont choisi d’enterrer avant même qu’elle ne se réunisse. Il s’agit de la commission d’enquête sur l’ingérence de la Turquie et de la Russie dans la politique bulgare, créée le mois dernier à l’initiative du MDL (voir nos rubriques du 22 février etdu 1er mars). Son existence avait été immédiatement remise en cause par le premier ministre qui avait vivement critiqué sa pertinence. Selon lui, rien de bon ne sortirait de ses travaux et sa mise en place risquait de rompre « l’équilibre atteint dans les relations avec ces deux pays ».

Cette condamnation du premier ministre a alimenté les débats préalables au vote de dissolution de la commission, prononcée par 122 voix pour, 4 contre et 7 abstentions. Les députés du PSB ont déclaré qu’avec cette décision on apporterait une fois de plus la preuve que la Bulgarie est la « République du premier ministre ». Tasko Ermenkov a même proposé que Boïko Borissov se prononce sur les décisions à voter avant même que celles-ci ne soient soumises au vote, afin que les députés ne perdent pas leur temps. Iskren Vesselinov du Front patriotique s’est opposé à la dissolution de la commission et a suggéré d’intégrer d’autres pays dans son champ de compétence.

La presse rappelle que cette commission avait été le fruit des remous profonds au sein du MDL et de la tension des relations entre la Bulgarie et la Turquie. Dans ce même contexte, le site en ligne 24rodopi.com (se référant à une liste publiée sur un site turc) avait informé de l’interdiction de l’entrée sur le territoire turc de 143 citoyens bulgares, dont des dirigeants et des membres actuels du MDL et d’anciens députés, ministres, maires et religieux. Hier, Aliosman Imamov (MDL), vice-président de l’Assemblée nationale, a déclaré que ladite liste est fausse, dans la mesure où le fait qu’il y figurait ne l’avait pas empêché, ainsi que d’autres représentants du MDL de se rendre en visite en Turquie. Cette délégation qui comprenait également Rouchen Riza et Tchetin Kazak, coprésidents du MDL, Erdintch Haïroula, président du groupe d’amitié avec la Turquie, Hassan Azis, maire de Kardjali, a été reçue hier par le chef du Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition, Kemal Kılıçdaroğlu. La délégation a également rencontré le leader du Parti du mouvement national (MHP), Devlet Bahçeli. (Troud, Standart)

Dernière modification : 24/03/2016

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