Jeudi 24 novembre

Les consultations

Le Front patriotique se dit prêt à former un gouvernement dans le cadre de la législature actuelle

Les consultations du président de la République avec les groupes parlementaires se poursuivent afin d’évaluer la possibilité de trouver une nouvelle assise pour former un gouvernement dans le cadre de l’actuelle législature (voir la revue d’hier et du 18 novembre). Hier Rossen Plevneliev a reçu les représentants du Front patriotique (ORIM et Front national pour le salut de la Bulgarie) et du Centre démocratique bulgare. Mediapool résume les réactions qui ont suivi les entretiens : « le Front patriotique est prêt à recevoir le mandat pour former un nouveau gouvernement dans le cadre de l’actuel Parlement, si le président décide de le lui remettre. Le groupe parlementaire du Centre démocratique bulgare est prêt à soutenir un cabinet d’experts. Selon le Bloc réformateur cette idée mériterait d’être évaluée, vu le risque de ne pas bien préparer la présidence de l’UE en 2018 faute de suffisamment de temps. Mais à présent un tel gouvernement ne recevra pas le soutien de GERB et du PSB ».

« Le Front patriotique se déclare prêt à former un gouvernement, avant même qu’un mandat ne lui soit proposé », ironise Sega. L’annonce a été faite par les deux co-présidents du Front. Valeri Simeonov (président du Front national pour le salut de la Bulgarie) et Krassimir Karakatchanov (président de l’ORIM, qui a obtenu 15% et s’est rangé en troisième position au premier tour de l’élection présidentielle) se sont déclarés prêts à assumer cette responsabilité au cas où le président de la République déciderait de leur remettre le mandat et ont proposé deux options possibles. La première est de former un gouvernement d’experts ; la deuxième consisterait à garder l’équipe du cabinet actuel en changeant uniquement le premier ministre. « Cette crise a été créée à cause de l’irresponsabilité du premier ministre qui a fait preuve de son complexe de Napoléon », a tranché M. Simeonov.

Les deux principaux partis (le GERB et le PSB) ont déclaré qu’ils ne soutiendront pas et ne participeront pas à un gouvernement formé dans le cadre de la législature actuelle. Puisque GERB a 84 députés, le PSB 38 et le Front patriotique seulement 17, il sera mathématiquement impossible pour les patriotes de former un cabinet sans le soutien direct ou indirect d’un de ces deux partis, souligne Mediapool. Le Front patriotique utilisera une éventuelle remise du mandat pour le lancement de sa campagne électorale pour les élections législatives anticipées, commente pour la BNR Dimitar Ganev. Selon le politologue, « les patriotes sont conscients que la formation d’un gouvernement est impossible, mais ils utiliseront ces sept jours [prévus par la Constitution, et lors desquels un parti auquel le président a remis le mandat doit essayer de former un cabinet] pour envoyer le message : voici ce que nous ferons [si nous avons le pouvoir]. Ils diront qu’ils vont chasser tous les migrants du pays, qu’ils mettront fin aux programmes de soutien social pour les Roms, qu’ils porteront le minimum retraite 300 leva ».

Boïko Borissov a qualifié l’idée de garder l’équipe actuelle de gouvernement en changeant le premier ministre d’attaques personnelles. Il a ajouté qu’il ne voit personne au sein du GERB qui soit plus préparé [pour gouverner] que lui. Ce matin, la vice-première ministre Roumiana Batchvarova a estimé sur Nova TV qu’il est « impossible que le GERB participe à un gouvernement sans que Boïko Borissov en soit premier ministre. Il ne s’agit pas de questions d’ego, mais du fait d’assumer la responsabilité envers les citoyens », a-t-elle ajouté.

Le Centre démocratique bulgare est prêt à soutenir un gouvernement d’experts. Selon Roumen Yontchev, co-président du groupe parlementaire du Centre, en cas de refus du GERB et du PSB, M. Plevneliev devrait remettre le mandat au Front patriotique, au motif que le président de l’ORIM s’est classé en troisième position à l’élection présidentielle. Naïden Zelenogorski du Bloc réformateur a souligné devant la BNR qu’il trouve raisonnable l’idée de former un gouvernement d’experts. Son argument : en cas d’élections anticipées, le nouveau gouvernement sera formé vers juin-juillet 2017, ce qui posera un risque sur la préparation de la présidence bulgare de l’UE. (tous journaux, mediapool.bg, bnr.bg, nova.bg)

Le commentaire

Sega : le président de la République en exercice sera obligé de former un gouvernement intérimaire, même si toutes ses manœuvres démontrent son désir de faire traîner la procédure

Sega se penche sur le rôle et les manœuvres du président de la République dans la situation politique actuelle, créée par la démission du gouvernement Borissov II dans un contexte de fin de mandat présidentiel et de parlement non dissout. A présent tout le monde se pose les questions suivantes, selon le journal : que se passe-t-il au sommet de l’Etat ? est-ce que le gouvernement démissionnaire sera au pouvoir encore deux mois [le président élu Roumen Radev doit prendre ses fonctions le 22 janvier] ? est-ce que M. Plevneliev va former un gouvernement intérimaire ou essayera-t-il de faire traîner la procédure jusqu’au dernier moment possible ?

Le journal souligne la « confusion » créée par les interventions médiatiques du président et d’une de ses secrétaires. Il y a quelques jours, la conseillère de M. Plevnliev, Roumiana Kolarova, avait affirmé que le nouveau gouvernement sera prêt avant Noël (voir la revue du 18 novembre). Mais peu après le président lui-même avait dit qu’à présent la formation d’un gouvernement intérimaire n’est pas sa préoccupation principale, car il souhaitait « trouver une solution durable dans le cadre de l’actuel parlement ». « Ainsi une absurdité a été créée : le président est à la recherche d’un gouvernement dans le cadre de la législature actuelle, tandis que sa conseillère explique qu’il y aura un nouveau gouvernement [intérimaire]. Il est évident que l’une des deux thèses est fausse », commente le journal.

Sega voit dans la décision de M. Plevneliev de saisir la Cour constitutionnelle l’indice de « petits jeux » qui démontre qu’il préfère prendre son temps. [M. Plevneliev avait demandé une interprétation à la Cour sur la question de savoir qui, de lui-même ou de son successeur élu, peut convoquer les élections législatives anticipées. Mais la Cour a jugé hier la demande d’interprétation irrecevable, car selon les juges constitutionnels, les dispositions de la Constitution sont suffisamment claires et indiquent que M. Plevneliev ne peut pas convoquer des élections dans les trois derniers mois de son mandat avec un parlement non dissout, voir notre revue d’hier]. Normalement une telle décision prend entre deux et trois semaines, ce qui aurait assuré un peu de temps à M. Plevneliev, mais cette fois-ci il a été surpris par la Cour, commente Sega.

Le président a raison de se sentir mal à l’aise : le rôle principal d’un gouvernement intérimaire est d’organiser des élections. Alors quel sera le rôle de celui-ci ? « Il risque de devenir un gouvernement mis sous des pressions constantes en vue de lui faire conclure ou de rompre des accords ; il risque d’être un futur client du Parquet et il servira de paratonnerre à l’opinion publique », ajoute le journal.

Mais après une telle réponse de la Cour constitutionnelle, M. Plevneliev sera obligé de former un gouvernement. Reste la question de savoir si le mandat de celui-ci durera jusqu’aux élections ou si le nouveau président décidera de le changer. M. Plevneliev avait déclaré que la solution la plus responsable serait de trouver un accord avec M. Radev. Mais il y deux jours, ce dernier avait déclaré que « la responsabilité du gouvernement intérimaire revient à M. Plevneliev ». En se laissant la possibilité de manœuvrer, il avait ajouté « que si M. Plevneliev ne forme pas un bon gouvernement », il pourrait le dissoudre et en former un nouveau. Ainsi les « joueurs constitutionnels » sont devenus encore plus nombreux ; il est également clair que la pression exercée derrière les coulisses est énorme, commente Sega. Reste à voir le développement de cette pièce de théâtre et espérer qu’elle n’aura pas une mauvaise fin pour les spectateurs, conclut le journal. (Sega)

La polémique

Recasages à grande échelle après la démission du gouvernement

Le ministre de l’économie Bojidar Loukarski est en train d’effectuer des remaniements sérieux au sein des organes d’administration des entreprises publiques qui relèvent de son autorité, annonce aujourd’hui la presse.

Peu de temps avant l’élection présidentielle, deux des trois membres du conseil d’administration de la Compagnie d’Etat de consolidation ont été libérés de leurs fonctions et des personnes « sans la moindre expérience », selon le député PSB Dragomir Stoïnev, ont été nommées à leur place jusqu’au 30 avril 2017, date à laquelle expire le mandat du conseil. Au lendemain de la démission du gouvernement, l’entreprise LB Bulgaricum, qui fabrique et exporte des ferments lactiques pour le yaourt bulgare, a vu son conseil d’administration intégralement remanié, à une personne près. A la Compagnie nationale des zones industrielles, qui gère plusieurs zones publiques dans le pays, le président du conseil d’administration a été remplacé par Vladimir Karolev, conseiller du ministre Loukarski. Contacté par Capital Daily, le président sortant a expliqué qu’il n’a pas été informé des motifs de la décision de son ministre de tutelle. Des changements ont affecté l’équipe dirigeante de deux entreprises publiques d’armement, Kintex et VMZ Sopot, cette dernière accueillant désormais dans son conseil d’administration le leader local du GERB.

Hier, lors d’une conférence de presse improvisée, des députés du PSB ont appelé le gouvernement démissionnaire à mettre fin à ces pratiques. Parmi les exemples mis en avant figuraient, entre autres, celui de l’épouse de l’ancien ministre des affaires étrangères Nikolaï Mladenov (gouvernement Borissov I), qui avait intégré le conseil d’administration de la société chargée de la construction de l’interconnexion gazière avec la Grèce (ICGB), ainsi que le remaniement total du conseil d’administration de l’hôpital régional de Bourgas.

Le PSB proteste également contre l’envoi d’ambassadeurs par un premier ministre partant. En effet, juste après le scrutin, M. Borissov avait désigné ambassadeurs en Suède et aux Pays-Bas les vice-ministres des affaires étrangères Valentin Poriazov et Roumen Alexandrov. Selon le député Jelio Boïchev, les nominations « scandaleuses » actuellement en cours au sein de l’administration centrale de ce ministère risquent d’empêcher le prochain ministre de suivre sa propre politique. (Capital Daily, Douma, Standard)

Rubrique France

Standart relate la présentation à Sofia de l’ouvrage Maman… de Sylvie Vartan. La grande dame de la chanson française est venue à Sofia spécialement pour cette occasion. Troud note la longue file formée par ses admirateurs en attente de dédicace.

Dernière modification : 24/11/2016

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