Jeudi 26 mai

Le salon

Industrie de l’armement : les exportations explosent

La 12e édition du salon Hemus a été inaugurée hier à Plovdiv. Tenu tous les deux ans et consacré aux nouveaux équipements et techniques dans l’industrie de l’armement, il réunit cette année 63 exposants, dont 41 entreprises bulgares et 22 étrangères. Parmi ces dernières, figurent pour la première fois des représentants de la Chine et du Japon. Vingt pays ont envoyé des délégations officielles.

En 2015, les exportations bulgares de production industrielle à usage militaire ont augmenté de 50% par rapport à l’année précédente pour atteindre 640 millions d’euros. En outre, les exportateurs bulgares ont pénétré sur de nouveaux marchés, a souligné Liouben Petrov, vice-ministre de l’économie, lors d’une conférence de presse. A titre de comparaison, en 2012 et 2013, les exportations d’armes et de munitions se chiffraient respectivement à 219 millions et 233 millions d’euros. C’est en 2014 que le pas a été franchi et que les ventes ont explosé parallèlement avec l’extension des conflits militaires à travers le monde. Selon M. Petrov, trois facteurs expliquent cette réussite de l’industrie bulgare : la demande accrue, la qualité des produits bulgares et l’ouverture de bureaux des plus grands fabricants d’armements bulgares à l’étranger, notamment en Algérie et en Inde.

Une analyse de la structure des ventes à l’étranger montre la part importante des armes de tir et des munitions, suivies par les moyens de protection pare-balles et les pièces de rechange pour le matériel des forces terrestres. Les exportations sont réalisées majoritairement vers l’Irak, l’Arabie saoudite, l’Afghanistan, l’Algérie, l’Inde, et les Etats-Unis. Capital Daily cite les noms des plus grands exportateurs parmi lesquels figurent les entreprises privées Apolo Engineering, Arsenal, Armitrans et Emko, ainsi que la société publique Kintex.

L’essor de l’industrie de l’armement bulgare a mené à la création de 1 000 nouveaux emplois à VMZ-Sopot, l’entreprise publique qui, en 2015, a enregistré un premier résultat positif depuis des années – 38,3 millions de leva. Le carnet de commandes est rempli à hauteur de 250 millions de leva à réaliser d’ici la fin de l’année.

Le salon Hemus 2016 se déroule dans un contexte d’intérêt accru pour la Bulgarie à la suite de la décision prise par le gouvernement d’investir près de 2,5 milliards de leva dans l’acquisition d’avions de chasse et de bateaux patrouilleurs polyvalents pour l’armée bulgare. Un montant important si l’on le compare à la période 2010-2013, pendant laquelle les dépenses des commandes pour l’armée s’élevaient à près de 60 millions de leva par an, dont 30% revenaient aux fabricants bulgares, précise Capital Daily.

Selon Orhan Ismaïlov, vice-ministre de la défense, il serait pratiquement impossible pour l’armée bulgare de se doter dès cette année de nouveaux chasseurs pour les forces aériennes, le temps « technique » nécessaire pour l’acquisition et la mise en état opérationnel étant de quatre ans en moyenne. (Capital Daily, Sega)

La critique

Les fonds européens ne sont pas une « potion magique » pour le développement économique

Il est communément admis que lorsqu’on donne de l’argent à un Etat, il vaut mieux le prendre indépendamment de la façon dont on il sera utilisé. C’était en tout cas la perception de la Bulgarie lorsqu’elle consentait des efforts pour obtenir cet argent. Hélas, il s’est avéré que l’absence de stratégie relative à l’affectation de cet argent peut avoir des répercussions négatives. Telle est la thèse que défend Yordan Ivanov dans un article de son blog que Sega publie.

Selon M. Ivanov, la façon dont les fonds européens sont absorbés en Bulgarie produit des effets négatifs tant pour les administrations publiques comme pour le secteur privé.
Obsédés par l’idée d’obtenir à tout prix des fonds européens, les maires ne cherchent plus à résoudre les problèmes rencontrés par la commune mais élaborent leurs politiques en fonction de la vocation prédéterminée des financements européens. Il est vrai que dans un pays aussi centralisé que la Bulgarie où un énorme pourcentage des impôts et des taxes est redistribué par le pouvoir central, les collectivités territoriales ne disposent pas d’une importante marge de manœuvre.

Rares sont donc les communes qui financent par ces fonds des projets pertinents. On est souvent témoins de toute sorte de projets absurdes dont le seul objectif consiste à absorber les fonds. Cette approche est favorisée par la faiblesse des mécanismes de contrôle européen et nationaux qui n’impliquent pas l’évaluation ex post des résultats d’un projet ayant bénéficié de financements européens.
Les projets peuvent dans certains cas représenter une bombe à retardement pour les petites communes (15 000 habitants) qui ne disposent pratiquement pas de ressources propres mais aspirent à réaliser des projets d’envergure comme par exemple la construction d’un système d’alimentation en eau, d’assainissement et d’épuration pour un montant de 50 000 000 leva. Une petite erreur dans la gestion du projet suffit pour qu’une correction financière de 5 000 000 soit infligée par la Commission européenne à l’autorité centrale du programme opérationnel dont relève le projet en question. Afin de ne pas porter atteinte au budget national, cette dernière l’imputera à la commune.

Enfin, les fonds européens sont à l’origine de certaines distorsions sur le marché. Les entreprises s’habituent à compter sur les financements européens au point de ne plus chercher d’autres sources de capitaux. Elles abandonnent certaines bonnes idées à réaliser si celles-ci ne sont pas conformes aux exigences de l’autorité centrale. En outre, ces exigences sont élaborées par des fonctionnaires qui ne connaissent pas les défis du marché. Ainsi, deux entreprises dans le domaine du verre situé à une distance de 50 km l’une de l’autre montent des projets leur permettant d’obtenir des fonds afin de moderniser leurs équipements. Celle qui utilise la notion de « croissance » dans la motivation de son projet remporte le concours et obtient 1 million d’euros. Le jeu de la concurrence est ainsi faussé et se soldera forcément par la faillite du concurrent ayant échoué à obtenir la subvention.

L’approche consistant à considérer les fonds européens comme étant la seule source de financement et la potion magique pour le développement de l’économie est erronée. L’effet positif de cette manne ne sera ressenti que lorsque la Bulgarie aura réformé la justice, procédée à une décentralisation réelle et créé un environnement compétitif et honnête pour ses entreprises. (Sega)

La satire

Vagabond cerne les traits fondamentaux de la pensée politique bulgare

Oscillant entre clichés et franche plaisanterie, idées reçues et portrait fidèle, le magazine culturel anglophone Vagabond entreprend d’établir la psychologie type de la mentalité bulgare. Anthony Georgieff, directeur de la publication, ne prend ni précautions ni pincettes pour définir les canons de la pensée bulgare en se basant à la fois sur des situations issues du quotidien, des anecdotes sur les hommes politiques ou les oligarques, ou plus généralement sur les conséquences de l’histoire de la Bulgarie sur la mentalité locale. Le tout est résumé en dix principes : « les théories conspirationnistes », « l’histoire (et spécialement celle des « grandes puissances ») », « la victimisation », « oublier, mais ne jamais pardonner », « ne jamais jamais jamais avouer que l’on a tort », « les monstres réels ou imaginaires », « qui te donne de l’argent ? », « faire des listes de tout », « le nouveau patriotisme » et « la (in)justice ».

L’auteur insiste particulièrement sur l’esprit de suspicion par rapport à tout ce qui peut apparaître comme une information d’origine « officielle ». D’où la tendance, en Bulgarie, à apporter du crédit aux théories du complot et aux explications aliénantes, notamment si elles mettent en cause les Etats-Unis. A l’inverse, la Russie est toujours perçue par le prisme de la libération du joug ottoman au XIXe siècle et par celle de 1944, et jouit donc perpétuellement de l’image du grand frère bienveillant. La persistance de cette idée peut s’expliquer par la prolifération de sites en ligne qui se présentent comme des sites « informatifs », mais qui correspondent plutôt à un subtil « mélange de vérités, de demi-vérités et de mensonges éhontés ». Apparenté à cette capacité intrinsèque à la méfiance, l’idéal-type du Bulgare serait reconnaissable par son sens aigu de la victimisation, lié entre autres choses au fait que le pays n’a jamais vraiment eu la possibilité de prendre en main sa propre histoire, mais plutôt de suivre celle que lui dictait les « grandes puissances ».

Un autre trait distinctif serait l’impossibilité totale d’admettre ou de reconnaître une erreur, et ce jugement ne se limiterait pas à la vie personnelle, mais évidemment à la vision de l’histoire, à l’économie et, bien entendu à la politique. L’incapacité d’avouer ses torts recouvre tous les aspects de la vie publique comme de la vie privée. En témoignerait comme par coïncidence les talents et les aptitudes de Boïko Borissov à la mauvaise foi et à l’autosatisfaction. Le fonctionnement pratique de cette idée, comme le montre jour après jour le premier ministre, consiste à chercher des responsables, des coupables, et à les blâmer publiquement. Le Bulgare a compris que pointer du doigt, c’est au moins avoir la certitude d’être du bon côté du doigt.

Anthony Georgieff avance également une vision intéressante du rapport des Bulgares à l’argent et au respect de la loi : « Il est impensable pour la plupart des Bulgares que des gens puissent gagner de l’argent sans en voler dans le même temps à quelqu’un d’autre ». De même, le fait d’aller voter, la publication d’un livre, la réalisation d’un film, tout cela ne peut s’expliquer et se justifier que par « un financement de la CIA, du KGB, du Mossad, des services secrets turcs ou de George Soros ». Le contraste décrit avec l’Europe de l’Ouest est saisissant : alors que dans les pays de l’Ouest, le principe d’une nouvelle législation commande de s’y adapter, la mentalité bulgare chercherait au contraire instinctivement le meilleur moyen de la contourner pour ne surtout pas l’appliquer. En effet, « les lois sont faites pour les imbéciles », alors que « les personnes intelligentes trouvent toujours un autre moyen ».

Enfin, le rapport qu’entretiennent les Bulgares au patriotisme est éminemment particulier, bien qu’il soit souvent lamentablement difficile à démêler du nationalisme, comme en témoignent par exemple les comportements excessifs des milices locales qui s’en sont récemment prises aux réfugiés à la frontière turque. (Vagabond)

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Dernière modification : 27/05/2016

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