Jeudi 27 octobre

L’émoi

Le premier ministre inquiet pour l’issue de la présidentielle détourne l’attention du cœur du débat électoral

L’interview du premier ministre, accordée à la chaîne de télévision Nova, lundi 24 octobre, dont notre revue rendait compte (voir la rubrique du 25 octobre) a suscité la réaction de plusieurs responsables politiques.

Indigné des propos du Premier ministre concernant sa nomination au poste de ministre du développement régional au premier gouvernement Borissov à la suite de l’intervention du cercle « Capital », Rossen Plevneliev, président de la République, a précisé être rentré en politique non parce qu’il avait été recommandé ou parce qu’il serait dépendant de quelqu’un, mais parce qu’il voulait aider la Bulgarie. « Je ne fais pas et n’ai jamais fait partie des cercles occultes », a déclaré le président en soulignant que si cela avait été le cas, les deux gouvernements intérimaires qu’il avait formés en aurait été marqués. « Il conviendrait que le Premier ministre se rappelle que j’ai été investisseur de l’année en 2008, membre des conseils d’administration des chambres américaine et allemande, de la confédération des employeurs et des industriels de Bulgarie, de l’équipe économique du parti politique GuERB en 2009…en effet, c’est l’incapacité de la coalition tripartite (2005-2009) d’apporter les réponses nécessaires qui est à l’origine de ma politisation », a souligné M. Plevneliev. Il a tout de même précisé que « le message du Premier ministre n’est pas personnalisé et que chacune de ses interviews est l’avant-dernière et qu’il faut s’attendre à ce qu’il dise quelque chose de différent dans sa prochaine interview, mais je condamne le fait de tenter, au cœur de la campagne électorale, de détourner l’attention des Bulgares de ce qui est important ».

Cette tactique du Premier ministre a également été évoquée par Roumen Radev, candidat à la présidentielle, qui y voit une incertitude de la part du Premier ministre quant à l’issue de l’élection présidentielle.

« J’ai tellement envie de voir comment le premier ministre communique avec des gens comme M. Prokopiev », a réagi Traïtcho Traïkov, candidat à la présidentielle du Bloc réformateur, également considéré par le Premier ministre comme une nomination du cercle « Capital », dans une interview à la télévision Bit. Il a également expliqué avoir fait la connaissance d’Ivo Prokopiev en tant que reporter dans le journal « Argent » et plus tard avoir été invité pour occuper le poste de ministre de l’économie dans le premier gouvernement GuERB par Simeon Diankov, ministres des finances dans ce même gouvernement et également considéré par M. Borissov dans son interview de lundi comme une nomination du cercle Capital.

Kornelia Ninova, présidente du PSB, s’est également attaquée au Premier ministre dans le bloc matinal de la chaîne Nova. Elle l’a accusé d’avoir vendu pour la somme de 100 M€ l’entreprise publique Bulgartabak qui à l’époque disposait de 600 M€ dans ses comptes en banque, aux mêmes personnes qui avaient insisté auprès d’elle, à l’époque où elle était vice-ministre de l’économie (2005-2007), de la leur vendre pour ce prix ridicule. Ses refus de brader cette entreprise publique, de vendre du blé relevant de la réserve d’Etat et de délivrer une licence à une compagnie de jeux de hasard, lui avaient valu d’être révoquée de son poste. « J’ai donc été la seule à m’opposer à Delian Peevski qui m’a écrasé », a-t-elle déclaré. Pour rappel, Delian Peevski était à cette époque vice-ministre des catastrophes naturelles et responsable de la réserve d’Etat.

Toutes ces réactions ont provoqué la colère du Premier ministre qui a tenu à s’expliquer durant le conseil de ministres. A l’accusation de Mme Ninova, il a opposé une fois de plus la thèse selon laquelle la décision de privatiser Bulgartabak relevait de la responsabilité personnelle de Traïtcho Traïkov, à l’époque ministre de l’économie dans son premier gouvernement, et que lui n’y était pour rien (il aurait été « incapable de nommer une femme de ménage sans l’accord du ministre compétent »). Sega rappelle que Bulgartabak a été vendue en 2011 pour 101,1 M€ à la société offshore « BT Invest » appartenant formellement à la Vnechtorgbank (VTB) qui à cette époque était partenaire de la KTB et par conséquent de Tsvetan Vassilev et de Delian Peevski.

M. Borissov a menacé d’ordonner après l’élection présidentielle à l’Agence d’Etat de la sécurité nationale (DANS) et au ministère de l’intérieur de procéder à une inspection de toutes les opérations de privatisation depuis le début de la transition. La presse précise que le nombre des opérations de privatisation effectuées entre le 1er janvier 1993 et la fin de 2015 s’élève à 5 266.

Concernant la réaction du président de la République, de Traïtcho Traïkov et d’Ivo Prokopiev, le premier ministre a exprimé son étonnement et son incompréhension. « J’ai tout simplement dit la vérité au sujet du cercle Capital. Secrétaire général du ministère de l’intérieur, ensuite maire de Sofia, il était légitime que je m’adresse, fraichement nommé premier ministre, à la confédération des employeurs et des industriels de Bulgarie (KRIB) dont M. Prokopiev était président à l’époque pour demander de l’aide…. Je devais après tout trouver 16 ministres et 50-60 vice-ministres et chef d’agences. J’ai toujours dit du bien au sujet du Président et de son institution. »

Enfin, Sega analyse également une partie de l’interview de lundi du Premier ministre dans un article intitulé « Le virage du MDL vers « Positano »[ le siège du PSB] est inévitable. L’union avec le PSB reste la seule chance pour le MDL d’accéder au pouvoir. La question est de savoir si le PSB osera assumer un tel risque ». La rhétorique « anti-GuERB » est de plus en plus présente depuis un mois dans les propos des membres du MDL pour qui « le parti de Borissov est devenu la source de tout ce qui est mauvais, antidémocratique et discriminatoire ». Le GuERB ne peut plus se cacher derrière les nationalistes et se justifier toujours par leurs revendications, a déclaré Moustafa Karadaïa, président du MDL, en déclarant son soutien au candidat Plamen Orecharski. Ce durcissement de ton à l’égard du GuERB rapproche de manière naturelle le MDL du PSB. Pour sa part, le PSB a besoin des électeurs du MDL pour rattraper le candidat du GuERB, d’autant plus qu’une éventuelle défaite du GuERB à la présidentielle peut déstabiliser le gouvernement et ouvrir la voie à des élections législatives anticipées. Dans le même temps, les membres du PSB ne sont pas chauds à l’idée de l’avoir comme partenaire. Il y a quelques mois seuls 13% des membres interrogés avaient adhéré à cette idée. Une éventuelle union avec le MDL reste donc une question complexe et délicate, pouvant donner lieu à des luttes internes au sein du PSB. (tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg)

Le commentaire

Comment les candidats à l’élection présidentielle exploitent la crise migratoire à des fins électorales

La rédaction bulgare de la Deutsche Welle revient sur la crise migratoire et la manière avec laquelle les candidats à l’élection présidentielle exploitent la situation à des fins électorales. « Pourquoi mentent-ils en prétendant que la Bulgarie est inondée par des réfugiés », titre son article le journaliste Gueorgui Papakotchev. Une grande partie des candidats dessinent une image sinistre, mais en réalité le pays est « inondé par d’autres problèmes » et le sujet migratoire est utilisé pour détourner l’attention, estime l’auteur de façon catégorique.

Il revient sur les propos de certains des candidats. Pour le général Roumen Radev, soutenu par le PSB, les anciennes casernes ne doivent pas être tournées en des centres de réfugiés [Ndr le gouvernement a annoncé un plan de création de trois nouveaux centres, mais le ministère de l’intérieur refuse toujours de préciser leur localisation. Selon la presse, il s’agirait d’anciennes casernes à la frontière avec la Turquie, voir notre revue du 29 septembre]. M. Radev a également prévenu qu’il « y a des endroits où les gens ont peur de rentrer chez eux après la tombée de la nuit à cause de la présence de migrants », écrit la Deutsche Welle. Krassimir Karakatchanov est allé encore plus loin, commente le média. Le candidat de la coalition nationaliste a déclaré que la Bulgarie n’était pas juridiquement contrainte d’accueillir et d’installer des réfugiés sur son territoire et que la présence des migrants approfondira la crise démographique dans le pays. Le premier ministre lui-même prévient depuis le début de la campagne électorale d’un grand danger : « la présence de 3 millions [de migrants] qui se trouvent à 40-50 km de la frontière bulgare ».

Toutes ces spéculations ont été démenties par le vice-ministre de l’intérieur lui-même. La Deutsche Welle cite Filip Gounev qui avait déclaré devant la presse bulgare que « certains des candidats à la présidence ne connaissent pas ou faussent les faits afin de jouer avec la peur des gens. La Bulgarie n’est pas inondée de réfugiés ». Le vice-ministre a reconnu que les centres d’accueil étaient pleins, mais selon lui tel avait été également le cas en 2013 et 2014. 60 000 personnes ont demandé l’asile en 4 ans et seulement 1 000 d’entre elles sont restées dans le pays, précise M. Gounev.

Le sujet migratoire est exploité de la même manière que la question rom, indique de son côté Svetla Entcheva. La journaliste et défenseure des droits de l’homme y voit une stratégie pour distraire l’attention des gens des grands problèmes, tels que la corruption et l’échec de la réforme judiciaire. Borislav Dimitrov, juriste et bénévole travaillant avec les réfugiés, ajoute : « Pendant les trois dernières années, les autorités et les médias n’ont cessé de répandre la peur d’un flux migratoire tandis que dans cette période la KTB a fait faillite et tant de faits démontrent que de fortes dépendances dans le système judiciaire ont surgi ». M. Dimitrov ajoute que le débat a été faussé à tel point qu’à présent aucun candidat à l’élection présidentielle ne risquera d’adopter un discours plus humaniste et qui serait fondé sur des faits et des chiffres, de crainte de perdre son électorat.

Selon les deux militants, les réels problèmes auxquels font face les migrants ne sont également jamais mentionnés. Le nombre des places dans les centres d’accueil est insuffisant et les migrants sont directement réorientés vers les centres de type fermé qui fonctionnent pratiquement comme des prisons, souligne Mme Entcheva. Elle déplore également les conditions dans les centres de type ouvert, gérés par l’Agence pour les réfugiés où, entre autres, existeraient des maladies et des épidémies. Il manquerait aussi un dispositif d’intégration des migrants. Aucun effort n’est fait pour intégrer les enfants réfugiés dans le système scolaire, ajoute la journaliste. Après l’obtention du statut de réfugié, les migrants doivent quitter les centres et sont pratiquement mis à la rue, ajoute M. Dimitrov. Il n’y a pas d’offre de cours de langue ni des intermédiaires pour les aider à trouver un logement et du travail, termine le juriste. (dw.com)

Le classement

Doing Business : la Bulgarie se range 39e parmi 190 pays du monde

Le rapport Doing Business de la Banque mondiale compare tous les ans la facilité de faire des affaires dans le monde à partir d’études détaillées portant sur des caractéristiques comme le système de réglementation, l’efficience de l’administration ou les contraintes réglementaires qui pèsent sur les petites et moyennes entreprises aux différents stades de leur vie.

Le classement des 190 économies, englobées par le rapport de 2017, constate la mauvaise performance de la Bulgarie sur huit des dix indicateurs examinés. Capital Daily et Dnevnik en donnent les détails.

Par rapport à l’année précédente, la Bulgarie a enregistré des progrès sur deux critères : le raccordement à l’électricité et le paiement des taxes et impôts. Ainsi par exemple, elle a monté de six positions en ce qui concerne le raccordement à l’électricité : 6 procédures, 130 jours de délai et, en termes de coût, 318,3% du revenu par habitant. Dans le groupe de l’Europe et de l’Asie centrale, le score est respectivement de 5,6 procédures, 112,3 jours et 375% du revenu par habitant.

Sur l’indicateur « paiement des taxes et impôts », la performance de la Bulgarie est de 14 paiements au cours de l’année, 453 heures par an nécessaires à une entreprise pour s’acquitter de ses dettes et 27% de fardeau fiscal par rapport au bénéfice (17,6 paiements, 221 heures et 33,8% en moyenne pour l’Europe et l’Asie centrale).

Créer une entreprise en Bulgarie reste difficile. Sur cet indicateur, le pays est descendu de quatre positions. Bien que la procédure reste relativement accessible (6 procédures administratives, 23 jours de délai, 1,3% du revenu par habitant contre, respectivement, 4,9 de procédures, 10,2 jours et 4,7% du revenu en Europe et Asie centrale), la Bulgarie n’occupe que la 82e position dans le monde.

Un léger progrès a été atteint sur l’indicateur d’obtention d’un permis de construire, bien que la position du pays ait été abaissée d’un cran : pour obtenir un permis de construire une entreprise en Bulgarie devrait effectuer 16 procédures et perdrait 105 jours et 3,9% du revenu (contre 15,1 procédures, 16,7 jours et 4,2% en Europe et Asie centrale).

La position de la Bulgarie sur l’indicateur de règlement de l’insolvabilité a bougé de deux positions vers le haut (83e position) : la procédure prend en moyenne 3,3 ans, coûte 9% de la valeur de la masse des biens du débiteur et les créanciers n’arrivent à recouvrer que 34,9 cents par dollar. Par contre, l’obtention de prêts reste un parcours du combattant pour de nombreuses entreprises.

Sur l’indicateur protection des investisseurs minoritaires, la Bulgarie a perdu trois positions : cette année elle n’est que 13e.

Le rapport 2017 place en tête du classement la Nouvelle Zélande, Singapour, le Danemark, Hong Kong et la Corée du Sud. Dans le classement général, la Bulgarie se range 39e, alors qu’elle était 37e l’année précédente. Le pays est devancé par la Roumanie (36e), la Tchéquie (27e), la Pologne (24e) et la Macédoine (10e). Mais elle laisse derrière elle la Russie (40e), la Hongrie (41e), la Serbie (47e), la Grèce (61e) et la Turquie (69e). (Capital Daily, Dnevnik, www.doingbusiness.org)

Rubrique France

Capital Daily consacre un article à la position de l’ancien premier ministre français, Alain Juppé, selon laquelle la France devrait corriger ses « multiples erreurs en matière de fiscalité » si elle veut profiter de l’exode des entreprises de Grande-Bretagne après le Brexit.

Sous le titre « Les migrants ne sont pas des réfugiés. Pourquoi n’appliquons-nous pas les lois ? », Troud reprend une publication de Xavier Saincol dans Le Figaro consacrée au démantèlement de la « jungle » de Calais (titre original : « Il faut dire la vérité, la plupart des migrants de la jungle de Calais ne sont pas des réfugiés ».

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Dernière modification : 27/10/2016

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