Jeudi 28 avril

Le flot de retour

Qu’est-ce que la tension autour des amendements au Code électoral révèle ?

L’examen des amendements constitutionnels en cours au Parlement suscite depuis la semaine dernière de plus en plus de conflits entre les groupes politiques soutenant le gouvernement et entre ceux-ci et les partis de l’opposition. Mécontents du chaos dans la salle et de l’arrogance des partis de la coalition gouvernementale, les députés du MDL ont quitté la salle.

« L’examen des amendements au Code électoral est devenu une farce. Les gouvernants essaient d’imposer des ultimatums. Cela provoque le mécontentement de la société civile et révèle l’impasse dans laquelle se trouve le gouvernement qui manque de perspective claire et à long terme », a déclaré Tchetin Kazak. Son collègue Ramadan Altaï a précisé que ce comportement des gouvernants ne peut conduire qu’à des élections législatives anticipées.

Dans ce contexte ont été adoptés hier trois autres amendements. Les députés ont décidé que les bulletins cochés « Je ne soutiens aucun de la liste » soient considérés comme étant valides mais ne soient pas comptés pour la répartition des sièges. Le vote électronique pilote a été repoussé au début de 2018. Les parlementaires ont également décidé que seules les localités de plus de 400 habitants et non pas 100 (selon le précédent amendement du Code électoral) pourront élire directement leur maire. Le seuil du vote préférentiel a été porté à 7% (contre 5% actuellement) et impliquera de 5 à 10 fois plus de suffrages qu’actuellement pour qu’un candidat favori de la liste soit élu.

Aujourd’hui, le Parlement continue à examiner le reste des amendements dans un contexte de tension et de désordre dans la salle plénière. Les dispositions relatives à la situation et au nombre des bureaux de vote à l’étranger et à la tenue des référendums, que les députés avaient décidé de réviser par l’intermédiaire des dispositions finales et transitoires du Code électoral, continuent de faire débat, si bien que la présidente de l’Assemblée nationale a été obligée d’interrompre à plusieurs reprises la séance afin que l’ordre soit rétabli.

« Les fortes tensions qui ont cours actuellement sur la scène politique bulgare pourraient bien faire quelques victimes. Cela sent les élections », a observé Parvan Simeonov, politologue et directeur exécutif de Gallup International Bulgarie dans une interview à la radio nationale. « Le GERB n’est plus le même, la tension entre Tsvetan Tsvetanov et Boïko Borissov est évidente. Tsvetanov est la seule figure politique que Borissov n’a pas encore écartée. L’espace ethnique n’est plus le même non plus. L’ambition de DOST est très importante dans un contexte où le MDL vit une période mouvementée qui peut également aboutir à des cadavres non plus seulement politiques ». Tel est le paysage décrit par M. Simeonov, qui présente ses excuses pour « l’humour le plus noir » dont il est capable. Le besoin de reformater la coalition au pouvoir se fait de plus en plus sentir et « Borissov devrait y penser d’ores et déjà ». Il n’exclut pas la possibilité d’élections législatives anticipées bien que leur tenue cette année reste encore peu probable.

Deux philosophies se heurtent dans l’examen de ces amendements au Code électoral selon M. Simeonov. Il s’agit d’un conflit de valeurs et de deux lectures différentes de la politique : les réformateurs ont raison de vouloir assurer la possibilité à tous les Bulgares dans le monde de voter : dans le même temps les patriotes, de manière sensée, veulent réduire les ingérences extérieures dans le processus électoral bulgare, qui deviennent une question de plus en plus importante. « La République de Turquie, quelle qu’elle soit, est un pays étranger et ses intérêts ne coïncident pas toujours avec ceux de la Bulgarie », dit-il, en précisant que le risque pour la Bulgarie n’est pas de devenir la « périphérie de Bruxelles et de Washington mais bien celle d’Ankara ou de Moscou ».

Daniel Smilov, politologue et professeur à l’Université de Sofia, considère que la controverse autour du Code électoral révèle la tentative du GERB d’amender les règles électorales de manière à ce qu’elles lui soient favorables en cas d’élections législatives anticipées. La nature des amendements discutés et l’esprit d’urgence dans lequel ils sont adoptés font penser à la perspective d’élections législatives anticipées. Ainsi le vote obligatoire augmenterait la participation électorale qui est dans l’intérêt des grands partis.

En outre, le jeu stratégique entre le GERB et le Front patriotique consistant à soutenir d’abord les propositions controversées du Front patriotique et à s’y opposer ensuite en les ajustant profiterait également au GERB en cas d’élections anticipées. En effet, le GERB se pose ainsi comme l’alternative pro-européenne aux nationalistes radicaux. Une telle situation est susceptible de permettre au GERB d’entrer en coalition avec le MDL au motif d’ « arrêter les excès nationalistes ». M. Smilov rappelle que des élections anticipées trois mois avant l’arrivée à échéance du mandat du président de la République ne permettraient pas la dissolution du Parlement.

Enfin, M. Smilov évoque l’hypothèse d’une présence plus nombreuse des nationalistes dans une future législature s’ils parvenaient à imposer « le thème de la burqa » dans le débat politique, alors qu’imposer celui de la corruption serait un bon point de départ pour certains partis du Bloc réformateur. (tous journaux, mediapool.bg)

Le décret

Pazardjik est devenu la première ville bulgare à interdire le port du voile intégral

« Pazardjik : ville sans niqabs », titre 24 tchassa pour annoncer la décision du conseil municipal de cette ville du sud du pays d’interdire le port du niqab à l’intérieur des bâtiments publics de cette ville, dans l’espace public (rues, parcs), dans les transports en commun et les véhicules privés. Le port du voile intégral est permis uniquement dans les logements privés et les espaces de prière. Le non-respect de cette interdiction sera sanctionné par une amende de 300 leva ou, en cas de récidive, de 1 000 leva.

Todor Popov, maire de Pazardjik, s’est dit « fier » de cette décision qu’il a justifiée par la nécessité de protéger la sécurité des citoyens et de sauvegarder les traditions. Le journal rappelle que le procureur général s’est également récemment prononcé en faveur d’une telle décision. Dans une interview, Sotir Tsatsarov avait fait état d’informations détenues par le Parquet selon lesquelles des femmes de cette ville s’étaient vu proposer de l’argent pour porter le niqab. « Le port du niqab à Pazardjik a commencé pour des motifs financiers. Au début, on offrait 120 leva par mois », avait-il précisé (voir notre revue du 18 avril).

Le site d’information régionale kmeta.bg annonce que la commune de Stara Zagora envisage de prendre une décision semblable. Un amendement au règlement relatif à l’ordre public prévoyant l’interdiction du « port de vêtements ou accessoires qui empêchent la vérification de l’identité » est déjà déposé.

Un projet d’amendements à la loi sur les cultes, qui interdirait de couvrir son visage sur la voie publique et dans les institutions et établissements publics, a été introduit par les députés d’ORIM (parti appartenant à la coalition du « Front patriotique ») la semaine dernière, annonce la BNR. Un amendement au Code pénal a également été déposé, prévoyant une peine de 3 ans d’emprisonnement pour encouragement, y compris de nature financière, du port du niqab.

Troud publie des informations complémentaires, reprenant les propos de M. Mohd Abuassi, docteur en sciences politiques et directeur du Centre de recherches du Moyen-Orient, une ONG pro-palestinienne militante, selon lesquels l’Arabie Saoudite allait investir 9 M€ en Bulgarie pour y développer des activités religieuses. Selon l’expert, qui s’exprimait hier à Sofia dans le cadre d’une conférence sur le terrorisme, ces fonds allaient être utilisés pour l’ouverture d’établissements enseignant l’islam radical.

Abdul Aziz bin Abdullah Al-Matar, chargé d’affaires de l’ambassade de l’Arabie Saoudite, ouverte à Sofia il y quelques mois, a refusé de commenter ces propos, souligne le journal. M. Al-Matar a simplement confirmé que l’ambassade avait demandé à la municipalité de Sofia une liste d’orphelinats et d’écoles, afin de pouvoir aider à leur financement, mais qu’elle n’avait pas encore reçu réponse. Selon M. Al-Matar, l’intention de l’Arabie saoudite n’était pas de financer des activités religieuses mais caritatives. (tous journaux, bnr.bg, kmeta.bg)

Le constat

Open Society Institute : la Bulgarie progresse dans la régression

Comme chaque année, l’OSI (Open Society Institute) a fait part des conclusions de son étude sur la convergence des pays européens dans les domaines politiques et économiques. En se basant sur quatre indicateurs (la démocratie, l’économie, la gouvernance et le niveau de vie), l’étude tente d’évaluer le degré de convergence ou de divergence qu’entretiennent les pays européens, membres ou non de l’Union européenne. Selon leur rapprochement ou leur éloignement, ces indicateurs permettent alors de classer les différents pays parmi six catégories de développement, puis d’évaluer dans le temps si ces pays sont en situation de progression, de stagnation ou de régression par rapport à la moyenne européenne.

Sans surprise, les pays des Balkans arrivent en queue de peloton en ce qui concerne les niveaux de développement et ce quel que soit l’indicateur sélectionné. La Bulgarie fait figure de plus mauvaise élève parmi les Etats membres de l’UE, précédée par la Roumanie, la Grèce et la Croatie, mais Pourtant, elle s’en sort mieux que le Monténégro, la Macédoine, la Serbie, la Turquie, l’Albanie et la Bosnie-Herzégovine. L’étude attribue donc ce décalage entre Etats-membres et Etat non membres à l’impulsion économique et démocratique du processus européen.

Mais la spécificité de la situation bulgare tient à ce qu’elle s’éloigne, depuis 4 années consécutives, de la moyenne européenne de développement, ce qui amoindrit, d’année en année, ses chances de rejoindre les standards européens. « La situation n’est pas dramatique », a affirmé Daniel Mitov, ministre des affaires étrangères, présent lors de la remise du rapport. « Les problèmes de l’UE et de la Bulgarie sont de la même nature », a ajouté Meglena Kouneva, vice-première ministre, responsable des affaires européennes.

De son côté, Ognian Mintchev (rappeler ses fonctions) a souligné que « la vision du développement est un processus politique » et que celle-ci a « évolué depuis la fin de l’idéologie communiste ». Or, selon le politologue, l’un des plus grands problèmes est justement le manque de vision politique quant au développement de la Bulgarie. Selon le commentaire de Capital, les propos de M. Mintchev visaient la faiblesse du choix pro-européen chez les responsables politiques bulgares.

Les médias bulgares préfèrent insister sur la comparaison entre la Bulgarie et la Roumanie. En effet, la Bulgarie ne présente, à l’inverse de la Roumanie, aucune perspective autre que la régression : alors qu’elle avait une « note » de 40 en 2011, elle est aujourd’hui à 34, quand la Roumanie est passée de 24 à 36 (soit une hausse de 12 points).

Le plus graves échecs de la Bulgarie sont liés à la gouvernance de l’Etat, principale raison pour laquelle le développement du pays marque un retard constant, commente Sega. Le journal souligne que, pour certains indices, le pays se range même derrière les pays candidats. Le journal qualifie la 29ème position du pays en matière de démocratie comme « insultante », mais fidèle à la réalité. (tous journaux, www.thecatchupindex.eu)

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Dernière modification : 28/04/2016

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