Jeudi 28 juillet

L’imprévu

La Bulgarie assumera la présidence du Conseil de l’UE à partir du 1er janvier 2018

La Bulgarie exercera la présidence de l’Union européenne six mois plus tôt que prévu, à partir du 1er janvier 2018. C’est ce qu’a décidé hier le gouvernement en approuvant la version révisée par le Conseil européen de la décision 2009/908/EU relative à l’ordre prédéterminé dans lequel les Etats-membres se relaient à la tête du Conseil par groupes de trois (les « troïkas ») pour des périodes consécutives de dix-huit mois.

Après le referendum britannique et la décision prise par la Grande-Bretagne de renoncer à la présidence qu’elle devait assumer pendant le second semestre de 2017, les Etats membres ont décidé d’avancer de six mois le calendrier préétabli de la présidence tournante. Ainsi la Bulgarie présidera aux destins de l’Union durant le premier semestre de 2018 et non plus pendant le second.

La nouvelle décision européenne redéfinit l’ordre d’exercice de la présidence du Conseil de 2017 à 2030, en incluant également la Croatie, qui ne figurait pas dans la décision de 2009. La Bulgarie formera sa troïka avec l’Estonie (à partir du 1er juillet 2017) et l’Autriche (à partir du 1er juillet 2018).

Selon la vice-premier ministre Meglena Kouneva, chargée de la coordination des politiques européennes, cette révision du calendrier rendra la tâche bulgare « plus difficile, plus coûteuse et plus longue ». Jusqu’à présent, le coût de la présidence était estimé à 100-150 millions de leva, mais il est probable que l’avancement de la date entraîne des dépenses supplémentaires. « Pendant le premier semestre de l’année, les institutions européennes fonctionnent davantage, des forums économiques sont organisés et, ne l’oublions pas, août est un mois de congés », a ajouté Mme Kouneva.

La remise à neuf dans des délais raccourcis des principaux bâtiments où doivent se dérouler les forums projetés nécessitera des fonds supplémentaires. Il s’agit notamment de la rénovation du palais national de la culture (NDK), du bâtiment administratif de l’Assemblée nationale (faisant face au conseil des ministres et à la présidence de la République) et des résidences gouvernementales à Boyana et Lozenets (Sofia).

Pour le moment, seuls les appels d’offres concernant les travaux à NDK et à son espace environnant ont été lancés. Le premier, ouvert en avril dernier, a été par la suite annulé. Depuis quelques jours, après une revue à la hausse du coût estimé (de 12,8 à 14 millions de leva), les soumissionnaires peuvent de nouveau envoyer leurs propositions. En ce qui concerne l’espace autour de NDK, la situation est identique : après un premier marché annulé (coût : 5 millions de leva), la mairie de Sofia n’arrive pas à choisir un maître d’œuvre puisque des « entreprises fantômes » attaquent la procédure en justice, écrit Dnevnik.

Sofia manque terriblement de salles capables d’accueillir les 20 000 personnes que la ville aura à accueillir pendant les six mois de la présidence, rappelle Troud en indiquant que les réunions de tous les groupes d’experts et des conseils doivent se dérouler parallèlement.

Toutefois, c’est loin d’être le seul problème. Sofia accueillera une quinzaine de rencontres du Conseil qui seront traduites en six langues. Il est prévu que la formation, y compris l’apprentissage de l’anglais, des agents bulgares qui formeront les équipes des présidents et des vice-présidents des conseils, débute en septembre. Selon Troud, il est très probable que la direction opérationnelle de l’état-major de la présidence soit confiée à Lioubomir Ivanov, ancien ambassadeur auprès de l’OTAN.

L’élaboration de la stratégie de communication est également en retard, indique Mediapool. Bien ciblée, elle devrait permettre aux Bulgares de mieux connaître l’UE et aux Européens de mieux connaître la Bulgarie.

Parmi les priorités de la présidence bulgare domineront les sujets économiques. La Bulgarie travaillera à la mise en place de l’union de l’énergie et d’une politique industrielle commune. Les politiques de sécurité, de migration et d’asile, ainsi que l’adhésion du Monténégro à l’UE seront également au centre de l’attention, relève 24 Tchassa tout en se hâtant d’indiquer le seul élément positif du chamboulement du calendrier : il ne sera plus nécessaire d’ajourner les élections législatives prévues pour automne 2018. (tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg)

La GRH

Election du responsable du parquet de Sofia : la raison du plus fort

Emilia Roussinova est la nouvelle responsable du parquet de la ville de Sofia. Sans surprise, huit des membres de la chambre spécialisée du parquet au sein du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) ont soutenu la favorite du procureur général, Sotir Tsatsarov. Elle est ainsi devenu la première femme à la tête de ce maillon clé du ministère public dont relèvent les crimes les plus graves commis sur le territoire de la capitale et qui est le seul compétent en Bulgarie pour poursuivre les personnalités protégées par une immunité – députés, magistrats ainsi que des ministres.

Magistrat-enquêteur, elle assurait l’intérim de Christo Dinev, dont elle était l’adjointe depuis deux ans, après la démission inattendue de celui-ci pour des raisons de santé en mai dernier. Elle a été préférée à Boïko Atanassov, seul autre candidat. La candidature de M. Atanassov, magistrat-enquêteur du Service de l’Instruction nationale qui avait dénoncé la « technologie de fonctionnement d’un parquet-massue », sous le contrôle personnel de Sotir Tsatsarov, que celui-ci exerce avec l’aide d’une « unité spéciale », qu’il avait comparée à « escadron de la mort » (voir notre revue du 23 février), n’a été soutenue par aucun des membres du CSM. 

Lors de la présentation de sa profession de foi, M. Atanassov a promis d’examiner toutes les procédures ouvertes contre les membres du CSM, notamment celles instruites par cette « unité spéciale » et qui demeurent pendantes comme des épées de Damoclès au-dessus des intéressés. Invité par les membres du CSM à fournir des informations plus précises, il a évoqué le cas de Kamen Sitnilski, membre du CSM révoqué sur la base de fuites d’écoutes, après qu’il s’est déclaré contre l’élection par le CSM de Sotir Tsatsarov au poste de procureur général, rétabli par une formation de la Cour administrative suprême et décédé subitement avant que la Cour ne se prononce définitivement par un arrêt d’interprétation sur la légalité de sa démission.
Selon mediapool.bg, face au choix entre la protégée de Sotir Tsatsarov qui n’avait aucune vision relative à la lutte contre la corruption et le magistrat-enquêteur qui avait décidé de jouer « banco » contre le procureur général et le CSM, la chambre spécialisée du parquet a suivi l’injonction de M. Tsatsarov « afin de ne pas approfondir les problèmes du parquet de la ville de Sofia ».

Iouliana Koleva et Elka Atanassova se sont démarquaient en votant contre. Elles se sont opposées à l’élection d’Emilia Roussinova au motif qu’elle manque de qualités de leader. Elles ont déclaré ne pas soutenir non plus celle de Boïko Atanassov bien que, selon Mme Koleva, ses critiques relatives à l’illégalité de l’unité anti-corruption soient justifiées dans la mesure où celle-ci est sous la responsabilité directe du procureur général et non pas sous celle du responsable du parquet de la ville de Sofia et que, selon Mme Atanassova, il ait bien et justement pointé certains problèmes. « J’aime sa déraison professionnelle. Il dit des choses qu’on n’ose pas dire ou qui se disent entre deux ou trois procureurs amis », a-t-elle ajouté en citant un paragraphe du roman Sous le joug d’Ivan Vazov (chef-d’œuvre de la littérature romanesque bulgare qui dresse un portrait de la Bulgarie en 1875-1876, alors que les Bulgares vivent depuis plusieurs siècles sous la coupe ottomane, à la veille de son basculement dans la modernité) : « Vive les fous, vive les fous. Cette folie fait partie du changement ».

« Les fous ne sont pas à même de réformer le parquet », a rétorqué M. Tsatsarov en précisant tout de même que Boïko Atanassov n’est pas fou et que « c’est quelqu’un qui sait très bien ce qu’il fait ». (Sega, Standart, 24 tchassa, mediapool.bg)

L’alerte

La Bulgarie en route vers la démocratie dirigée ?

Dans une analyse pour Sega, le politologue Antonii Todorov réfléchit sur les démocraties dirigées et le fait que, selon lui, la Bulgarie est en train d’en devenir une.

Après la Deuxième Guerre mondiale, beaucoup de régimes qui ont été créés, comme ceux en Egypte, Libye, Irak ou Indonésie, ont été qualifiés de démocraties dirigées. Ils partageaient beaucoup d’attributs de la démocratie représentative tels que le suffrage universel, un parlement, des partis politiques, une presse nationale. Mais en réalité ils étaient souvent dirigés avec fermeté par leurs leaders qui ont su assumer très vite les techniques de la manipulation de l’opinion publique et du contrôle efficace exercé sur le processus politique. Ces démocraties dirigées avaient le soutien d’une majorité, mais ne reconnaissaient pas l’opposition. Par la suite, beaucoup de ces régimes ont évolué en de pures dictatures.

Ces dernières années en Europe, beaucoup de projets politiques sont apparus qui ont commencé de ressembler de manière choquante aux démocraties dirigées. Le politologue donne l’exemple de la Turquie, la Russie, la Hongrie, la Pologne qui démontrent, selon lui, l’évolution de la démocratie dirigée vers « un tsarisme dirigé, une démocrature ». Cette nouvelle démocratie dirigée va utiliser tous les instruments de la démocratie pluraliste, en commençant par les élections et les référendums. Les leaders de ces régimes vont jurer qu’ils agissent au nom du peuple et de la majorité et vont réussir de plus en plus habilement à manipuler ce même peuple pour lui arracher son soutien. Mais en même temps, ils gouverneront d’une main de fer, seront intransigeants avec leurs adversaires et avec ceux qui « se permettront de se détourner de la nouvelle unité politico-morale de la nation ». C’est une direction « prise par pas mal de mouvements et de figures politiques en Europe et aux Etats-Unis, notamment Le Pen, Trump, Wilders, Farage qui sont les successeurs de l’eurasien russe Douguine, du néo-ottomaniste Davutoğlu et de tous les prophètes de la nouvelle société : la société de la soumission et de la force physique », tranche le politologue.

La Bulgarie a également pris cette direction, selon M. Todorov. Depuis 2009, le style de gouvernance du pays correspond au modèle de la démocratie dirigée, mais « dans une version qui est encore soft ». La façade démocratique existe, les institutions sont instaurées, des élections sont organisées régulièrement, les autorités sont divisées en apparence, les partis sont nombreux, les médias sont libres en apparence. Mais la confiance dans les institutions démocratiques souffre d’un recul sans précédent et le vide est surtout comblé par le soutien à des personnalités charismatiques dont on attend qu’elles redressent la situation : une attente purement autoritaire. Certes, le premier ministre n’a pas interdit l’opposition, il lui fait même des concessions ; il fait montre une préoccupation paternelle pour l’unité nationale ; il adopte une attitude de clémence par rapport aux critiques : certes il est un meilleur joueur qu’Erdoğan. Mais cela ne l’empêche pas d’annuler de son propre chef presque tous les marchés publics (voir notre revue du 16 février) ; de prendre des décisions unilatérales et même d’en tirer fierté.

Un nouvel ultra-conservatisme se traduit dans des demandes de nouvelles et nouvelles interdictions : des burqas à l’enregistrement du parti DOST. Des clôtures sont érigées ; les appels à rétablir le service militaire obligatoire deviennent de plus en plus nombreux (NDR : l’Assemblée nationale vient de rejeter une proposition en ce sens soumise par le Front patriotique), de même que ceux relatifs à l’introduction du catéchisme orthodoxe dans les écoles. La démocratie dirigée frappe à notre porte et des temps difficiles sont devant nous : des temps où notre choix sera limité entre « sois calme, modeste et croyant » ou « crois, obéis et bats-toi », conclut le politologue. (Sega)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
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Dernière modification : 28/07/2016

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