Jeudi 29 septembre

L’aveu

Belene : éléphant blanc, chèques en blanc

Le Parlement bulgare a adopté hier en deuxième lecture un projet de loi relatif à l’octroi d’un prêt sans intérêts et sans échéancier à la Compagnie nationale d’électricité (NEK) afin que celle-ci puisse rembourser sa dette, établie par décision de la Cour internationale d’arbitrage auprès de la Chambre de commerce internationale du 16 juin dernier, à l’endroit d’Atomstroyexport (ASE), le fabricant russe des deux réacteurs nucléaires commandés par la partie bulgare dans le cadre du projet avorté de construction d’une centrale nucléaire à Belene, (voir nos revues des 17 juin, 14 septembre et, pour l’historique de ce projet, du 20 juin 2016).

« Vous avez signé un chèque en blanc », a déclaré Roumen Getchev du PSB dont la proposition, relative à l’inscription du montant d’1,2 milliard prévu dans la décision du Conseil des ministres du 20 septembre dernier et à la fixation d’un délai de remboursement de ce prêt par la NEK, n’a pas été adoptée.

« C’est vous qui avez signé un chèque en blanc en 2006 en violation des lois bulgare en concluant cet accord. Vous avez signé un chèque en blanc lorsqu’en 2008 à la veille des élections vous avez versé une avance pour l’équipement en cause sans qu’il y ait eu ni contrat signé, ni marché public », a rétorqué Menda Stoyanova, présidente (GERB) de la commission parlementaire du budget et des finances, en expliquant qu’il était précisé dans la loi adoptée que le montant du prêt correspondait à la somme prévue dans la décision de la Cour d’arbitrage. En outre, ce prêt constituant une aide d’Etat et la Commission devant se prononcer, les taux d’intérêt de 168 000 euros par jour vont forcément gonfler la somme due.

La proposition du Front patriotique et du Bloc réformateur d’exiger que l’équipement fabriqué pour la centrale nucléaire et la documentation afférente soient fournis avant le versement de la somme due a également été écartée. Capital Daily précise que la décision de la Cour d’arbitrage ne prévoyait pas de clause relative à la réception de l’équipement pour lequel la Bulgarie est condamnée à payer les 628 millions d’euros. La Russie n’a pas daigné répondre aux deux lettres de la ministre de l’énergie bulgare qui avait demandé que des experts bulgares se rendent en Russie pour voir sur pièce les deux réacteurs. Dans l’hypothèse où ils constateraient que ce qui aurait été fabriqué ne correspondrait pas à ce qui était décrit dans la décision de la Cour d’arbitrage, cela n’annulerait pas la décision de celle-ci et impliquerait d’intenter une nouvelle action en justice.

Dans ce contexte, Temenoujka Petkova a ainsi résumé la situation : « Quoi qu’il en soit nous avons deux réacteurs : un fabriqué à 100% et un autre à 90% et nous nous devons d’être pragmatiques afin de défendre au maximum les intérêts de la Bulgarie ». Sega précise que l’obtention réelle des deux réacteurs impliquera des coûts supplémentaires à verser à la partie russe dans la mesure où les calculs ont été faits sur la base de l’équipement fabriqué à la date du prononcé de la Cour.

Enfin la presse spécule sur l’usage que la Bulgarie fera de ces deux réacteurs. L’une des hypothèses consisterait à les exposer dans un musée. Le dernier numéro de l’hebdomadaire Capital fait les comptes dans un dossier consacré au projet Belene : tout bien calculé, la Bulgarie aura enterré 2,5 milliards de dollars dépensés par quatre gouvernements. (tous journaux)

Le contrecoup

La décision du gouvernement de changer de candidate au poste de secrétaire général des Nations unies provoque des remous politiques

Ce matin, l’Assemblée nationale n’a pas pu ouvrir sa séance régulière faute de quorum. En signe de protestation contre la décision du gouvernement de changer à la dernière minute la candidature d’Irina Bokova par celle de Kristalina Gueorguieva au poste de secrétaire général des Nations unies (voir notre revue d’hier), les députés PSB et MDL, présents dans la salle, ont décidé de ne pas s’enregistrer. Aux trois vérifications du quorum n’ont répondu que de rares représentants de la majorité qui se trouvaient sur place. « C’est un signe très sérieux du processus qui commence de désintégration de l’actuelle majorité. Comme chacun sait, la responsabilité d’assurer le quorum appartient à la majorité au pouvoir et pas à l’opposition », a commenté Aliosman Imamov (MDL).

Le PSB a annoncé son intention d’introduire une motion de censure contre la politique étrangère du gouvernement. Pour ce faire, le parti aura besoin du soutien de 48 députés, alors que son propre groupe parlementaire n’en dispose que de 38. Selon Dnevnik, il pourra solliciter l’appui du MDL (30 députés) et d’ABC (11 députés) qui ne semblent pas réticents à une telle initiative. Mais pour faire tomber le gouvernement de M. Borissov, les socialistes auront besoin d’au moins 121 voix.

Politiciens et politologues sont également divisés dans leurs commentaires, au point de former deux camps : pro-Bokova et pro-Gueorguieva. Comme le souligne le journaliste Ivan Bedrov de Deutsche Welle, « une guerre fait rage en Bulgarie. Non pas réelle, mais très exacerbée, à la vie et à la mort. Tout le spectre politique pro-russe s’est enflammé […]. Des anathèmes apocalyptiques ont suivi : abjection, trahison, abdication des intérêts nationaux ». En fait, estime M. Bedrov, la candidature de Mme Bokova a été inéligible dès le début (« à cause de son étiquette pro-Poutine ») et le dernier petit détail, à savoir sa décision de ne pas se désister à un moment où toutes ses chances sont compromises, montre clairement que le mobile de l’introduction de cette candidature dans la course au plus haut poste de l’organisation mondiale n’a jamais été qu’elle aboutisse. Il y a deux ans, Irina Bokova avait lancé elle-même sa candidature, rappelle-t-il, avant que le gouvernement Orecharski ne la soutienne pour la forme. Ensuite, la réticence évidente du gouvernement Borissov à y souscrire avait provoqué l’ultimatum de Gueorgui Parvanov (ABC) qui avait mis en jeu son départ de la majorité au pouvoir. Une candidature imposée dès le début de façon agressive, sans la possibilité d’entendre d’autres opinions, sans la chance de prêter l’oreille aux doutes, indique M. Bedrov.

Pour Solomon Passy, ancien ministre des affaires étrangères (2001-2005), la démarche du gouvernement de changer la candidature en lice est une « décision très ‘innovante’ et un pari risqué. Un jeu à la roulette. Il faut disposer d’une très bonne expertise, de très bonnes intelligences. Je doute que cela ait été le cas », a-t-il déclaré ce matin sur bTV.

« Hypocrisie et perfidie, bêtise, humiliation : les trois chapitres du volte-face du gouvernement bulgare », tacle pour sa part le sociologue Andreï Raïtchev (bTV).

Sur sa page Facebook, le politologue Ognian Mintchev se dit fier, en tant que Bulgare, du fait que deux femmes de son pays, aux qualités personnelles impressionnantes, soient en train de mesurer leurs forces pour le poste diplomatique le plus élevé dans le monde. Tout le reste n’est que « cartouches politiques à blanc tirées sur le sol natal ». Le choix d’un secrétaire général des Nations unies dépassait dès le début les compétences des politiciens bulgares. Un candidat désigné du point de vue formel par le gouvernement bulgare, mais dont les chances de gagner se jouent loin des frontières bulgares. Le changement de candidature, lui aussi, n’a pas été provoqué par des développements nationaux. Il traduit plutôt l’évolution des rapports de force au niveau international et des « alliances » fragiles en soutien de telle ou telle candidature. Par sa décision d’hier, le gouvernement bulgare n’a fait que prendre en compte le nouveau rapport de forces devenu évident après le dernier vote au Conseil de sécurité des Nations unies qui avait laissé exsangue la candidature de Mme Bokova, souligne M. Mintchev. (mediapool.bg, dnevnik.bg, dw.com, 24 Tchassa)

L’immigration

Les dernières annonces du gouvernement relatives à la protection des frontières et à l’accueil des réfugiés suscitent scepticisme et contestation

« Rien ne fonctionne à la frontière, mais il y a 160 millions d’euros à dépenser », écrit le journaliste Samouil Dimitrov dans un commentaire publié par Sega. Il analyse l’équipement que le ministère de l’intérieur prévoit d’acheter avec l’aide européenne octroyée à Sofia pour le contrôle de ses frontières. Selon le journaliste, avec cet argent, le gouvernement prévoit surtout d’acheter un an de tranquillité. Les formulaires des marchés publics pour l’achat des équipements nécessaires sont déjà publiés sur le site du ministère de l’intérieur. Les lire donne l’impression que la situation à la frontière est beaucoup plus grave que ce que les autorités veulent bien en dire depuis quelques années. Presque rien ne fonctionne, on manque d’équipement technique, les caméras ne sont pas exploitées pleinement et l’Etat semble ne pas avoir les moyens ou la volonté de continuer à financer une vaste opération policière à la frontière, conclut le journal.

La Bulgarie prend très au sérieux sa frontière avec la Turquie qui est également une frontière extérieure de l’UE, a souligné à nouveau le premier ministre bulgare lors de son entretien avec le ministre de la défense de la Grande-Bretagne, Michael Fallon, en visite à Sofia hier. M. Borissov a souligné la nécessité pour la Bulgarie d’avoir un accord de réadmission avec l’Afghanistan, compte tenu de ce que la majorité des migrants qui traversent actuellement les frontières bulgares viennent de ce pays. La signature d’un tel accord est une tâche prioritaire pour les ministres bulgares de la défense, des affaires étrangères et de l’intérieur, a ajouté le premier ministre.

Dans l’application du plan d’intégration des réfugiés adopté en août par le gouvernement, le rôle principal reviendra aux communes. Les premières communes qui seront prêtes à travailler dans le cadre du projet d’intégration durable des réfugiés désirant rester en Bulgarie ne sont pas encore connues, mais il est acquis qu’il s’agira de municipalités « présentant de graves caractéristiques démographiques », a annoncé dans une interview à la BNR la directrice de l’Union nationale des communes. Guinka Tchavdarova a souligné qu’il ne s’agira pas de construire des camps de réfugiés ou d’accueil de larges groupes de migrants, mais d’assurer les moyens d’intégration de ces réfugiés qui voudront rester et vivre en Bulgarie. Le PSB n’a pas hésité à interpréter ces propos comme « un plan de changement du paysage ethnique par le peuplement durable de familles de réfugiés ». Selon la présidente du parti Kornelia Ninova, ce plan est une invitation directe envoyée aux réfugiés et aux nouveaux migrants à venir dans le pays où ils « recevront des maisons, des écoles, des médecins, d’aide sociale et des emplois ».

D’autre part, les projets du ministère de l’intérieur d’ouvrir trois nouveaux centres de réfugiés sont accueillies avec froideur par la presse. « Nous allons devenir un hub de réfugiés » titre Troud. La ministre Roumiana Batchvarova a de nouveau expliqué, comme l’avait fait son vice-ministre Filip Gounev, qu’une partie de l’aide européenne planifié pour la gestion de la crise migratoire est prévue pour l’ouverture de nouveaux centres sur le territoire bulgare (voir notre revue du 21 septembre). 15 millions d’euros sont prévus pour la création et l’entretien de ces trois nouveaux centres, mais le ministère refuse toujours de préciser leur localisation. Selon Troud il s’agirait d’anciennes casernes à Elhovo, Sredets et Ravnets, à la frontière avec la Turquie. Sega ajoute quelques options : Yambol, Simeonovgrad et Gotse Deltchev. La raison principale qui motive cette décision est que la capacité des centres existants est désormais dépassée : les centres de l’Agence pour les réfugiés sont pleins à 104% et ceux de type fermé, gérés par la direction pour les migrations à 170%. En août, 2 776 nouveaux migrants de provenance de 18 pays ont déposé une demande pour obtenir le statut de réfugié.

Le gouvernement cherche d’urgence de nouveaux sites face au risque de nouvelles émeutes des citoyens, estime le journal. Sega rappelle que le projet de construction d’un nouveau centre à Telich a été gelé il y a quelques années à cause des protestations des riverains. Des familles syriennes ont également été chassées de quelques villages comme cela a été le cas en 2014 après le refus des habitants de Rozovo d’envoyer leurs enfants dans l’école où étaient scolarisés des enfants syriens. Le silence du gouvernement et son refus d’annoncer son choix de site peut être expliqué non seulement par sa crainte de réactions négatives de la part des citoyens, mais également par le fait que la crise migratoire est utilisée à des fins électorales par certains partis politiques. « A plusieurs reprises nous avons été témoins de tentatives de certaines forces politiques de retourner les habitants de certains villages ou quartiers contre les réfugiés », commente le journal. (tous journaux, bnr.bg, dnevnik.bg)

Word - 287.3 ko
(Word - 287.3 ko)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
© Tous droits de diffusion et de reproduction de cette revue de presse sont réservés à l’Ambassade de France en Bulgarie

Vous vous êtes inscrit ou avez été inscrit à la liste de diffusion presse.sofia-amba. Si vous souhaitez ne plus recevoir de message, cliquez sur ce lien et envoyez le message tel quel.

Dernière modification : 29/09/2016

Haut de page