Jeudi 3 novembre

Le scénario

Les opérations spectaculaires d’arrestation de douaniers corrompus n’aboutissent pas à des condamnations

« Ali Baba et les 40 douaniers : arrêtés. Les membres de toute l’équipe ont été arrêtés avec des liasses plein les poches », « 31 douaniers ont été arrêtés au poste-frontière de Lessovo dans le cadre d’une opération conjointe de la GDBOP, de la DANS et du parquet spécialisé. Des dessous de table qui rapportaient 4000 euros par mois par douanier », titrent Standart et 24 tchassa à la une. Pour Sega « 300 policiers des services spécialisés ont arrêté 30 douaniers au poste-frontière de Lessovo. Cette opération spectaculaire est contre un groupe de malfaiteurs qui demandaient des dessous de table à des transporteurs ».

C’est ainsi que la presse résume l’intervention de plus de 200 policiers cagoulés de la Direction générale de la lutte contre la criminalité organisée (DGBOP) et de l’Agence d’Etat de sécurité nationale (DANS) et de représentants du Parquet spécialisé hier à l’aube au poste-frontière de Lessovo (à la frontière bulgaro-turque). Ils ont menotté une trentaine de douaniers comme dans un film d’action sous les regards sidérés des voyageurs étrangers qui ont dû attendre pendant des heures pour passer la frontière. Plus tard dans la journée, les inspecteurs des douanes arrêtés dont deux responsables ont été mis en garde à vue dans l’attente d’être interrogés.
« Les agents arrêtés relèvent de quelques équipes de travail et ont agi dans le cadre d’une organisation de malfaiteurs. Ils sont mis en cause pour avoir demandé des dessous de table de montants différents. Pendant des mois ils ont fait l’objet de surveillance par l’intermédiaire de techniques spéciales d’enquête. Nous avons ainsi pu établir des pratiques durables de corruption et avons l’ambition d’aller jusqu’aux plus hauts niveaux de la hiérarchie », a déclaré Ivan Guechev, responsable administratif du Parquet spécialisé. Il a également expliqué que des perquisitions sont en cours dans les locaux de ce service ainsi que dans les maisons des inspecteurs arrêtés à Yambol et à Bourgas.

Les chauffeurs et les transporteurs victimes de ces pratiques de corruption ont expliqué que « cette taxe tranquillité » leur permettait d’éviter les contrôles rigoureux, notamment le contrôle aux rayons X ainsi que de traverser la frontière en cas de problèmes concernant la marchandise transportée.

Selon Sega cette opération s’inscrit dans le cadre d’un même scénario d’interventions contre des policiers et des douaniers corrompus, qui voit les agents arrêtés de manière spectaculaires ensuite libérés et rétablis à leur poste, et les quelques accusés sont acquittés. Sega rappelle que ce même scénario s’est joué à la fin de 2014 au même poste-frontière de Lessovo. 21 douaniers avaient alors été arrêtés. Seuls 7 avaient été accusés et 5 mis en détention provisoire. Quelques mois plus tard tous avaient été libérés sous caution de 10 à 20 mille leva par personne. Les 7 responsables accusés dont le chef du poste-frontière de Lessovo, Dimitar Kolev, avaient été déférés au tribunal en janvier 2016 selon Standart.100 000 des 220 000 leva saisis lors des perquisitions avaient été découverts au domicile de M. Kolev.

« Ce qu’on a vu à Lessovo existe également aux autres poste-frontières », avait déclaré à l’époque Vanio Tanov, directeur de l’Agence des douanes, décédé subitement à l’âge de 58 ans en mars dernier (voir notre rubrique du 2 mars).
« Le métier du douanier est très vulnérable », a observé hier Boïko Borissov, premier ministre, en présentant ses excuses aux transporteurs. Il les a également assurés que « tout sauf les toilettes est sous surveillance » au poste-frontière. (tous journaux)

Le vote

Référendum : 80% des électeurs soutiennent la réduction de la subvention publique octroyée pour le financement des partis politiques

Ce 6 novembre, simultanément avec le premier tour de l’élection présidentielle sera organisé un référendum sur la réforme du système politique du pays. L’initiative appartient à Stanislav Trifonov, animateur de l’émission de variétés quotidienne « Le show de Slavi », et à son équipe. Soutenues par 572 650 signatures validées par le Registre de l’état civil (GRAO), les six questions originales portaient sur : le scrutin majoritaire à deux tours à la majorité absolue ; la diminution de moitié du nombre des parlementaires de 240 à 120 ; l’établissement du vote obligatoire et du vote électronique ; la réduction de la subvention publique octroyée pour le financement des partis et des coalitions de onze leva à un lev par suffrage ; l’élection au scrutin majoritaire à deux tours des directeurs régionaux du ministère de l’intérieur et des chefs de commissariat de police auprès des directions régionales (voir les revues des 8,13 et 15 avril).

Après que le président de la République avait saisi la Cour constitutionnelle, celle-ci avait jugé trois des questions non conformes à la Constitution. Ainsi les questions portant sur la diminution du nombre des parlementaires, le vote électronique et l’élection directe des directeurs régionaux du ministère de l’intérieur ne seront pas posées. (voir notre rubrique du 29 juillet).

L’agence sociologique Trend a publié hier un sondage sur l’intention de vote au référendum. Il ne mesure pas le taux de participation, mais le soutien des questions qui seront posées. L’étude a été réalisée entre le 19 et le 26 octobre. Selon les résultats, le plus grand taux de soutien, 80%, est accordé à la question portant sur la réduction de la subvention publique. 75% des sondés se disent en faveur du scrutin majoritaire à deux tours ; et 49% soutiennent le vote obligatoire.

Dans un commentaire Sega revient sur « l’énorme barrière posée devant le vote ». Selon la loi actuelle pour que la question posée à un referendum obtienne un caractère obligatoire, il faudrait qu’elle soit soutenue par plus de 50% des voix. Le taux de participation doit être le même que celui des dernières élections législatives (soit 3,5 millions de personnes), considéré par les spécialistes comme inatteignable lors d’un référendum. Mais, souligne le journal, quand le taux de participation au référendum est supérieur à 20% des électeurs ayant le droit de vote (1,37 millions de personnes) et si la question est soutenue par une majorité de plus de 50%, cette proposition doit être soumise à un débat parlementaire obligatoire. C’est pour cette raison que chaque voix compte, tranche Sega qui titre son article : « Le référendum est plus important que les élections ! ». L’argument principal du journal est que le fait que le pouvoir soit délégué à des élus est la raison pour laquelle l’Etat fonctionne mal, et il pourrait être remédié à ce dysfonctionnement par la démocratie directe. Cette dernière représente « un médicament et non pas un problème », en est convaincu le journal.

Dans un commentaire pour le site Egoist, la journaliste de Mediapool Polina Paounova défend la thèse opposée. Selon la journaliste, l’adoption éventuelle des trois questions cache des dangers pour le système politique du pays. Elle s’attaque surtout à la question portant sur la réduction de la subvention publique. Tout d’abord Mme Paounova juge une telle question comme populiste qui flirte avec la situation financière difficile d’une grande partie des Bulgares et leur mécontentement du travail des députés et le manque de confiance dans le Parlement. Le problème n’est pas, comme ceci a été indiqué à plusieurs reprises par les organisateurs du référendum, que les partis utilisent la subvention pour acheter des voix lors des élections. Le problème consiste dans le fait que des voix sont achetées avec l’argent de la KTB, de Belene, etc et l’influence parmi les électeurs est dirigée par des médias avec un financement et propriété non-transparents, commente la journaliste. Une visible réduction de la subvention « ferait en sorte qu’uniquement les grands partis comme le GERB, le MDL et le PSB pourront survivre. Les autres disparaitront ou seront obligés à se corrompre à tel point qu’ils légaliseront de différents schémas économiques uniquement avec le seul but de rester sur le terrain politique », conclut la journaliste. (rctrend.bg, tous journaux, egoist.bg)

L’étude

Bilan à mi-parcours de la couverture médiatique de la campagne présidentielle

Depuis six ans, l’Institut pour l’intégration sociale (IIS) exécute une veille de la couverture par les médias des campagnes électorales. Il s’agit d’un projet réalisé en partenariat avec la Fondation européenne d’études progressistes (Bruxelles), qui inclut trois volets : couverture médiatique des campagnes électorales, suivi de la législation électorale et veille sur des irrégularités le jour du scrutin.

Les résultats à mi-parcours de l’étude portant sur l’élection présidentielle du 6 novembre prochain ont été présentés hier. La veille quantitative a englobé vingt médias pendant vingt-cinq jours (BNT1, bTV, Nova TV et Bulgaria on Air TV ; sept grands hebdomadaires et neuf agences en ligne). Ont été analysés la couverture de la communication des principaux candidats et les principaux messages adressés par les responsables et les partis politiques dans le contexte de la campagne. L’étude a été effectuée avec l’assistance d’observateurs citoyens dans tout le pays, formés par l’IIS. Ceux-ci seront également présents dans les bureaux de vote le jour du scrutin.

Selon les experts de l’ISI, l’annonce tardive des noms des protagonistes dans la campagne électorale a influé sur la campagne elle-même. Au lieu d’un débat sur la vocation de l’institution présidentielle, on observe des messages ciblant les noyaux durs des forces politiques.

La veille quantitative montre un fort déséquilibre dans la couverture des différentes campagnes menées par les candidats. La présence dominante du GERB et du PSB dans les médias électroniques, la presse écrite et la presse en ligne est incontestable. Sur un ensemble de 3 500 publications analysées, les noms de ces deux partis ont été cités 3 113 fois pour le GERB et 2 130 fois pour le PSB. Suivent avec un écart important ceux du Bloc réformateur (860) et du MDL (821) et, en queue du peloton, ceux de l’ORIM (427), d’Ataka (328) et du Mouvement 21 de Tatiana Dontcheva (111 citations).

Malgré le caractère majoritaire de l’élection présidentielle, le nom du premier ministre a été mentionné au moins autant de fois que celui de la candidate à la présidentielle, Mme Tsatcheva. Il ne serait pas faux d’affirmer que la campagne électorale du GERB est centrée plus sur le premier ministre que sur sa candidate, constate l’étude. En outre, le GERB jouit systématiquement d’une image positive dans les médias couverts par la veille quantitative. La couverture est le plus souvent positive également à l’égard d’ABC, du Front national pour le salut de la Bulgarie et de l’ORIM (composantes du Front patriotique), d’Ataka et du Mouvement 21. Au contraire, l’attitude des médias envers le PSB, le Bloc réformateur et le MDL reste le plus souvent négative.

Le nom de Mme Tsatcheva est le plus cité (1 969 fois). Il est suivi par ceux de Roumen Radev (1 326), Ivaïlo Kalfine (717), Plamen Orecharski (553), Traïtcho Traïkov (485), Krassimir Karakatchanov (429), Tatiana Dontcheva (213). La couverture de leurs campagnes reste positive, à l’exception de celle de Plamen Orecharski, concluent les experts. (http://www.isi-bg.org/files/custom/presentation%20-%20Monitoring%20-%20ISI%20-%20FEPS.pdf)

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Dernière modification : 03/11/2016

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