Jeudi 30 juin

L’énergie

Le gouvernement attend de Bruxelles une position claire sur les projets énergétiques bulgares ; celui-ci plaide la démonopolisation du marché du gaz dans le pays

Hier à Bruxelles, lors de son entrevue avec le président du Conseil européen, Donald Tusk, le premier ministre bulgare a posé la question de certains grands projets énergétiques que le pays a voulus ou veut développer.

Selon M. Borissov, la Bulgarie, en tant que membre loyal et respectueux des directives de l’UE, doit connaître l’avis de la Commission sur la faisabilité des projets de Belene ou de South Stream pour mettre fin aux incertitudes. Elle attend en outre des conseils sur les démarches pertinentes à prendre après sa condamnation en arbitrage (600 millions d’euros à payer à la Russie). Le pays a également besoin d’un soutien clair à la nouvelle initiative de construction d’un centre de distribution de gaz (« hub ») près de Varna. Le Conseil européen devrait faire preuve de solidarité avec un pays qui a toujours été solidaire avec l’Union, a souligné le premier ministre devant des journalistes bulgares. La réponse européenne aux préoccupations bulgares, qui seront envoyées par écrit, devra être également écrite, a-t-il précisé.

Par ailleurs, un autre thème a provoqué hier l’ire du premier ministre. Lors des entretiens à Bruxelles de M. Borissov avec Margrethe Vestager, commissaire à la concurrence, et le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, la question a été soulevée du monopole existant en Bulgarie sur le réseau national de transport de gaz, appartenant aux entreprises publiques Bulgargas et Bulgartransgas, filiales de la Holding énergétique bulgare (BEH).

« On veut nous imposer une procédure sur la propriété des tuyaux et des stations de pompage. Nous ne pouvons admettre cela parce que ce sera un coup politique grave contre la Bulgarie. C’est inadmissible, quels que soient les montants des sanctions qu’on va nous infliger ! », s’est indigné M. Borissov après les entretiens.

En mars 2015, rappelle Capital Daily, la Commission européenne, dans le cadre d’une procédure préliminaire ouverte en juillet 2013, avait informé la BEH qu’elle estimait que la BEH violait les règles de l’UE en matière d’ententes et d’abus de position dominante en refusant l’accès aux infrastructures gazières à des concurrents. Cet avis de la commission visant directement la filiale d’approvisionnement en gaz de la BEH Bulgargas et sa filiale d’infrastructures gazières Bulgartransgas, celles-ci ont tout fait pour convaincre la Commission qu’il n’y avait pas d’abus de position dominante afin d’éviter à la Bulgarie d’importantes sanctions de l’ordre de 250 à 300 millions d’euros.

Apparemment pas convaincue, la Commission a proposé il y a quelques mois que la gestion du réseau bulgare de transport de gaz soit confiée à un opérateur tiers indépendant. Une solution qui permettrait à la BEH de garder la propriété sur l’infrastructure, mais la priverait de son contrôle sur les règles de gestion des flux gaziers.

D’après des sources proches du gouvernement, citées par le même journal, il s’agirait d’une pression de la part de la Commission visant la privatisation de Bulgargas et Bulgartransgas, ce que la Bulgarie ne pourrait pas se permettre à un moment de crise dans l’énergie parce que leur prix serait sous-estimé.

En outre, en décembre dernier, après une mystérieuse coupure des quantités de gaz fournis par la société russe Gazprom à Overgas, société de droit bulgare détenu à 50% par Gazprom, mais en procédure de « divorce » avec celui-ci, le gouvernement bulgare était intervenu pour demander que les livraisons programmées soient réorientées par le fournisseur russe vers les sociétés publiques Bulgargas et Bulgartransgas afin que le pays ne souffre pas de pénurie en plein hiver (voir nos revues des 7 et 12 janvier 2016). Overgas ayant immédiatement saisi la Commission européenne, qui a ouvert une procédure d’enquête pour vérifier si les acteurs publics, montrés déjà du doigt, avaient profité de la situation pour élargir leurs parts de marché sur le dos de l’entreprise privée.

Malgré les ambitions bulgares de construire sur son territoire un « hub » de libre-échange de gaz, la réaction du premier ministre à l’issue de ses entretiens montre que Bruxelles reste méfiant quant aux efforts du pays de libéraliser le marché du gaz, conclut Capital Daily. (Sega, Capital Daily)

L’élection

Les marchandages entre partis ont donné la composition de la Commission pour la protection de la concurrence

« La Commission pour la protection de la concurrence (CPC) fonctionnera de manière transparente, côte à côte avec les médias et les organisations non gouvernementales. Tous ses membres travailleront sous les projecteurs et ce sont la discipline, l’ordre et la loi qui règneront », a promis Youlia Nenkova, nouvelle présidente de la CPC, élue hier par 137 députés, 1 contre et 10 abstentions.

Seule candidate à ce poste, désignée par le GERB, mère du député GERB Alexander Nenkov et épouse du juge constitutionnel Roumen Nenkov, la juriste Youlia Nenkova est maire adjointe de Sofia depuis 2006 et présidente du conseil de surveillance de l’Agence de privatisation depuis 2010.Après avoir prêté serment, elle a déclaré que sa candidature est professionnelle dans la mesure où elle n’est pas membre du GERB et que c’est le défi professionnel qui la motive pour assumer cette responsabilité.

« Un choix honteux, négocié sur la base du principe de ‘tous autour de la table’ », a raillé Gueorgui Kadiev, député non inscrit.

Les six membres du collège sur les dix candidats ont été ensuite élus sans aucun débat par les députés, laissant ainsi l’impression d’une liste préalablement négociée. Tous les groupes parlementaires au parlement, à l‘exception d’ABC seront ainsi représentés, précise Capital Daily qui présente brièvement les nouveaux membres du collège.

Dimitar Kumurdjiev, désigné par le Front patriotique, ancien vice-ministre de la défense et ancien membre de la CPC (1997-2003), a été élu vice-président du collège.

La candidature de Krassimir Vitanov, gérant de l’entreprise publique Ecoengineering-RM, désigné par l’UDF (composante du Bloc réformateur) a été préférée à celle de Gueorgui Ganev, directeur de programme du Centre pour les stratégies libérales, désigné par les autres mouvances du Bloc. Ce choix a suscité le mécontentement de Martin Dimitrov qui a rappelé que « lorsque les gens protestaient contre le gouvernement Orecharski, il y en a qui gravissaient des échelons en son sein » en faisant allusion au poste de président du conseil de surveillance de Bulgartransgaz auquel Krassimir Vitanov avait alors été nommé par ce gouvernement contesté. Il a regretté que la candidature de Gueorgui Ganev, économiste émérite, soutenu la Chambre économique bulgare, l’Institut pour l’économie de marché, le Centres d’étude de la démocratie et le Centre pour les stratégies libérales et la plupart des députés du Bloc (à l’exception de l’UDF) n’ait pas été retenue. « Le GERB a préféré les candidats du PSB et du MDL », a-t-il conclu.

Capital Daily rappelle que le candidat du MDL, Plamen Kirov, a été conseiller juridique de Gueorgui Parvanov lors du deuxième mandat de celui-ci en tant que chef de l’Etat. Ensuite il a été nommé par le président Parvanov juge à la Cour constitutionnelle. Il a également été membre de la Commission électorale centrale (1995-2006) sur le quota du PSB.

La candidate du PSB, Anna Yaneva, ancienne vice-ministre de l’économie de la coalition tripartite (2005-2009) et dans le gouvernement Orecharski, a été la candidature la plus largement soutenue par les parlementaires – 156 voix par rapport aux 152 obtenues par le vice-président Kumurdjiev et les 137 de la présidente Nenkova.
Les deux autres membres élus, Gueorguitza Stoyanova et Krassimir Zafirov, ont respectivement été désignés par le GERB et le Centre démocratique bulgare.

Ainsi, plus de huit mois après l’expiration du mandat du président et des six autres membres de la Commission pour la protection de la concurrence et après une première tentative malheureuse de son renouvellement en avril dernier, le nouveau collège a vu le jour.
« Celui-ci sanctionnera les petites entreprises et tolèrera les monopoles. », s’est exclamé Grozdan Karadjov, député non inscrit du quota civil du Bloc réformateur. C’est donc un mauvais jour pour la concurrence et la lutte contre les ententes en Bulgarie, a tranché Petar Slavov de la même mouvance. (mediapool.bg, Capital daily)

L’analyse

L’attentat de l’aéroport d’Istanbul vise la politique de la Turquie en Syrie

La presse présente aujourd’hui le point de vue des spécialistes bulgares sur l’attentat à l’aéroport international Atatürk d’Istanbul.

Vladimir Tchoukov, arabisant, confirme dans une interview pour 24 Tchassa la principale piste qui pointe du doigt Daech, même si cette organisation n’a toujours pas revendiqué l’attentat. Pour autant il n’est pas d’accord avec la thèse d’Ankara selon laquelle la raison principale de cette attaque est son récent rapprochement avec la Russie et Israël. Selon l’arabisant, la raison principale de cet attentat est la guerre en Syrie et le rôle de la Turquie dans l’offensive très importante contre Daech à Manbij [Carrefour important sur la route de ravitaillement des djihadistes entre la frontière turque et leur bastion de Raqqa].

La ville se trouve au nord de la Syrie, à 30 km de la frontière avec la Turquie et elle est sur la route que les combattants étrangers prennent pour rejoindre Daech. Ce n’est pas par hasard que cette ville est appelée « le petit Londres », explique M. Tchoukov. Ces dernières semaines la Turquie avait « ouvert un parapluie sur cette ville qui la protégeait pour qu’elle ne soit pas conquise, car Ankara avait peur que les Kurdes puissent créer une zone autonome en liant le canton d’Afrin et le canton de Kobanê ». Mais la pression extrêmement forte de la part des Etats-Unis a obligé les Turcs de céder. La Turquie, les Etats-Unis et les Kurdes se sont mis d’accord et à présent il y même des signes que le succès de l’opération à Manbij prélude de la prise de Raqqa. Alors, en conclut l’arabisant, l’attentat est une opération-réponse pour punir la Turquie.

« Erdoğan a raté la lutte contre la terreur », titre Mehmet Umer, rédacteur en chef du journal Zaman-Bulgarie dans un article publié par Standart. Quand le plus grand scandale de corruption dans l’histoire de la Turquie républicaine, qui a coûté leur poste à quatre ministres, a éclaté fin 2013, le président turc a « fabriqué la thèse d’un Etat parallèle qui brigue le pouvoir ». Il a chassé ou déplacé 3 000 policiers. Une grande partie d’entre eux étaient spécialisés dans la lutte contre le terrorisme et à présent on voit le résultat de cette décision sur la capacité de la Turquie de faire face aux attentats, commente M. Umer.

Ces douze derniers mois il y a eu 17 attentats en Turquie qui ont fait 299 victimes et plus de 1 000 blessés. Certains spécialistes voient dans « cette activité sinistre un message de Daech pour la Turquie. Le but est de forcer Ankara de réviser sa politique en Syrie ». Tout comme l’attentat de janvier qui a eu lieu sur la place de Sultanahmet, dans un quartier fréquenté par les touristes étrangers, l’attentat à l’aéroport visait également les touristes. Ces attaques ont pour but de suggérer que ce pays est devenu un otage du terrorisme. Les expatriés bulgares qui en ont la possibilité quittent Istanbul pour y retourner en Bulgarie pour un certain temps. Cela prouve que la peur et la psychose commencent à les gagner, explique M. Umer. (Standart, 24 Tchassa)

Dernière modification : 30/06/2016

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