Jeudi 31 mars

La grève

Les médecins traitants protestent contre la politique de santé

Depuis lundi dernier, les médecins traitants sont en grève dans plusieurs régions bulgares. Hier, les protestations ont gagné nombre de grandes villes dont Bourgas, Dobritch, Khaskovo, Pleven, Sandanski, Silistra, Stara Zagora, Targovichté, Vidin, ainsi que la région de Sofia. Aujourd’hui, les médecins de Sofia, Plovdiv et Varna ont arrêté leur travail pour quelques heures.

Le chaos régnant dans la réglementation de la médecine de ville augmente non seulement la charge de travail des médecins, mais les expose constamment à des confrontations avec leurs patients. La goutte qui a fait déborder le vase est l’entrée en vigueur de dispositions nouvelles qui, bien qu’encore non publiées, sont censées être appliquées à partir du 1er avril. Le ministère a fait depuis marche arrière en ajournant les changements pour 2017.

Hier, deux rencontres ont eu lieu entre les protestataires et le ministre de la santé. Un consensus a été atteint sur à peine 4 des 19 revendications formulées, mais rien n’a été consigné par écrit. Parmi les problèmes les plus difficiles à régler figurent la durée minimum d’une consultation chez le médecin traitant (15 minutes selon l’assurance-maladie, mais selon les médecins c’est souvent trop), l’obligation d’informer le patient sur les médicaments les moins chers ou complètement gratuits, la réduction de la paperasse (nombre de copies délivrées par le médecin), etc.

En outre, la grande question du financement par l’assurance-maladie de la médecine de ville reste entière. A la veille des protestations, le ministère de la santé ne prévoyait qu’une modeste augmentation de 2 millions de leva par rapport à 2015, le budget des soins paramédicaux étant de 180 millions de leva et celui de l’assurance-maladie de 3,2 milliards de leva. Face au mécontentement généralisé des médecins, l’augmentation prévue pour 2016 a été réajustée à 13 millions de leva. En outre, sous la pression, le ministère a consenti à augmenter de 158 000 le nombre des consultations gratuites pour les enfants (une consultation tous les mois pour les bébés et une seule par an pour les enfants en bas âge).

Dans une déclaration rendue publique aujourd’hui, l’Union bulgare des médecins (UBM) appelle tous les médecins à une manifestation nationale le 6 avril, devant le Conseil des ministres, et à la suspension dans les hôpitaux des soins à caractère non urgent « en raison des règles confuses d’évaluation et de rémunération du travail des médecins ».

Pour l’instant, l’ordre des médecins ne demande pas la démission du ministre de la santé. Selon le président de l’UBM, Ventsislav Grozev, « une démission ne résoudra pas les problèmes. En revanche, les excuses que le ministre doit aux médecins sont une chose qui s’impose entre collègues ».

Sega critique le ministre de la santé pour la mise en place chaotique des réformes et pour sa dernière décision de les reporter à 2017 (séparation des soins en deux paquets, introduction de l’empreinte digitale du patient en tant que moyen d’identification, modification des modalités de remboursement des médicaments, etc.) « Le seul changement qu’on verra mis en œuvre à partir du 1er avril, c’est l’introduction de la cartographie nationale des lits d’hôpital, quoique la carte hospitalière ait subi elle aussi plusieurs métamorphoses, de sorte que le nombre des lits et des unités à supprimer a été sensiblement réduit. Tout le reste ‘sera ajourné’. Une façon de dire ‘échouera’. Après tous les menaces, sermons et promesses prodigués par lui, le ministre Moskov a échoué. Une fois encore, il n’y aura aucun changement réel », conclut avec amertume Sega.

Les ripoux

Deux policiers trafiquants de stupéfiants arrêtés à Sofia

« Sous prétexte d’avoir trouvé de la drogue dans une chambre d’étudiant à la cité universitaire deux flics arrêtent un étudiant, le harcèlent, le rackettent pour enfin parvenir à le contraindre à devenir leur dealer de drogue, trouver des filles qui vendent de la drogue et se prostituent à la fois. A la suite d’un signalement adressé au parquet par le malheureux étudiant, les bœuf-carottes lancent une enquête qui aboutit quelques mois plus tard à l’arrestation des flics. L’un essaie de s’enfuir en tirant sur ces collègues. Il sera accusé d’avoir demandé des dessous-de-table en abusant de sa fonction, alors que son complice - de vente et de distribution de stupéfiants. »

Non, il ne s’agit pas de la synopsis d’un film américain. Il s’agit bien d’une histoire réelle qui s’est déroulée en Bulgarie. Les héros en sont des policiers du 7ème commissariat de police de Sofia relevant de la direction de la sécurité publique. « Ils n’ont pas agi ensemble en tant qu’une association de malfaiteurs. Ils géraient différents quartiers et se faisaient même la concurrence en se dénonçant », a déclaré Pavlin Kodjahristov, directeur adjoint de la Sécurité intérieure au ministère de l’intérieur (le service qui enquête sur des faits commis par des fonctionnaires des différents services de ce ministère) à la conférence de presse conjointe du ministère de l’intérieur et du parquet.

Roumiana Arnaoudova, porte-parole du parquet, a précisé que les écoutes mises en place par la direction de la sécurité intérieure ont permis d’établir que Bojidar Milev, 24 ans, qui a été le premier à avoir racketté l’étudiant, lui avait présenté plus tard son collègue Nikolaï Apostolov, 30 ans, « un ami qui contrôle la distribution de stupéfiants dans le quartier du théâtre national et qui travaille pour Zlatomir Ivanov-le-Commando et Dimitar Jeliazkov – les - Yeux ».

Gueorgui Kostov, secrétaire général du ministère de l’intérieur, a confirmé que les policiers sont effectivement impliqués dans un réseau criminel de trafic de stupéfiants en précisant qu’il s’agit tout de même de « policiers qui ont travaillé au plus bas niveau de la hiérarchie de la direction de la sécurité publique, qui jusqu’à maintenant n’ont rien eu à voir avec les enquêtes relatives au business de stupéfiants. Ils ont participé à ce business ».

« Le problème de la participation du plus bas niveau de la police au trafic de stupéfiants est un vieux sujet. Ce n’est pas la première fois que la direction de la sécurité intérieure fait face à des dealers en tenue. Le problème le plus important se situe aux plus hauts échelons du ministère de l’intérieur qui dissimulent la distribution des stupéfiants », considère Tihomir Bezlov, analyste au Centre d’études de la démocratie, dans une analyse intitulée « Les stupéfiants sous les épaulettes : il est grand temps de s’attaquer aux plus hauts échelons des policiers mafieux ».
M. Bezlov rappelle qu’on a constaté lors de la publication de la carte de la distribution des stupéfiants à Sofia que celle-ci correspondait à la carte des commissariats de police à Sofia : les chefs des commissariats de police de Sofia coïncidaient avec les leaders des différentes bandes de trafic de stupéfiant.

Ce phénomène de contrôle et de coïncidence, cas unique dans l’histoire mondiale de la criminologie, a cessé d’exister en 2009. Entretemps, beaucoup de leaders de réseaux de trafics de stupéfiants et de dealers, connus sous leurs alias surtout pour éviter les problèmes juridiques, ont été tués ou mis en prison.

La situation a ainsi évolué car les différentes directions politiques et professionnelles du ministère de l’intérieur ont essayé de limiter l’influence de la mafia des stupéfiants au sein du ministère. Au prix de recours à des méthodes internes consistant à révoquer les policiers sans trop de bruit. En outre, les programmes de soins à la méthadone ont diminué l’importance de la distribution d’héroïne qui constitue le soubassement du trafic de stupéfiants, souligne M. Bezlov.

Des opérations comme celle qui a abouti à l’arrestation des deux dealers en tenue ont un effet positif. D’une part, le ministère de l’intérieur se met à révéler des délits commis par ses fonctionnaires tout en assumant le risque de voir les criminels tirer sur leurs collègues. De plus, de telles opérations ont en général un caractère dissuasif à l’égard d’autres policiers qui sont impliqués dans des trafics. Cette tendance positive impliquerait qu’on s’attaque à des policiers des plus hauts échelons. Certes, ceux-ci sont plus expérimentés et connaissent les méthodes d’enquête dont ils pourraient faire l’objet, ce qui complique la tâche des enquêteurs. « La situation en Bulgarie, selon mes interlocuteurs américains et britanniques, est comme chez eux il y a 20-30 ans », souligne l’analyste. « Des pouvoirs exceptionnels ont été attribués aux services d’enquête homologues à la direction de la sécurité intérieure du ministère de l’intérieur si bien que les choses ont changé », explique Tihomir Bezlov. Mais il y aura toujours un pourcentage de policiers qui céderont à la pression.

La publicité des opérations contre la corruption policière est un sujet controversé dans les pays d’Europe occidentale dans la mesure où celle-ci est sensée éroder la confiance dans les forces de l’ordre. Son rôle dissuasif est cependant souligné par les défenseurs de la thèse contraire. En Bulgarie, il est difficile de l’éviter car ce sont les collègues des policiers arrêtés qui vont eux-mêmes informer leurs amis journalistes, conclut Tihomir Bezlov. (tous journaux, mediapool.bg)

La communication

Là où règnent les « spécialistes de la com », la liberté de la presse est le grand absent

Dans les pages de Sega, le journaliste Svetoslav Spassov s’indigne des multiples difficultés savamment dressées par les spécialistes d’une certaine forme de « communication » qui n’ont d’autre but que d’empêcher l’accès des journalistes à l’information.

Sur le plateau de Nova TV (voir notre revue du 22 mars), le premier ministre avait récemment déclaré qu’en Bulgarie, il n’y avait pas de politiciens corrompus et que le pays surpassait la Roumanie sur tous les critères. Ou encore que ni lui, ni le GERB n’avaient rien contre les médias, voire contre les critiques des médias d’opposition. « Quelle que question que vous me posiez, je n’ai aucun problème pour vous répondre », avait-il déclaré à Nova TV. Si M. Borissov s’illusionne sur la disposition du plus grand parti bulgare à laisser libre champ aux médias de faire leur travail, il est grand temps que quelqu’un lui ouvre les yeux, observe M. Spassov.

M. Borissov, lui-même, est passé maître en matière de communication. Un jour, peut-être, on étudiera son talent à esquiver les questions embarrassantes en orientant l’entretien vers les autoroutes, les milliards recouvrés par le fisc, les filières criminelles démantelées... Mais son parti reste enchaîné par un ordre hiérarchique strict dans ses relations avec la presse. Par exemple, les 84 députés du groupe parlementaire doivent recevoir au préalable la permission du service de communication du GERB (et non de M. Tsvetan Tsvetanov, ni de son adjointe à la tête du groupe) s’ils veulent s’exprimer devant les médias. Il ne manque pas de cas comiques où le député X consent à donner une interview sur une question qui lui tient à cœur et, quelques minutes après, le journaliste se voit contacter par le service de presse qui veut annuler le rendez-vous : soit M. le député est trop pris, soit ce n’est pas le bon moment.

Le spécialiste de la communication est celui qui décide de qui s’exprime, quand et devant quels médias. En Bulgarie, il n’est presque pas possible d’interviewer un leader politique sans que le service de presse n’examine les questions ou ne coordonne les réponses. Le GERB, le MDL et d’autres partis politiques appliquent fidèlement cette règle. Seules exceptions : le Front patriotique, le quota citoyen du Bloc réformateur et deux non-inscrits, Gueorgui Kadiev et Velizar Entchev. Après avoir interviewé la personnalité politique, le journaliste doit envoyer, avant de procéder à la publication, les réponses. Ce qu’il reçoit ensuite, c’est son travail complètement refait : parfois non seulement les réponses sont réécrites, mais aussi les questions ! Des batailles titanesques se livrent entre les chargés de communication et les rédactions des journaux sur la photo de la personnalité à mettre ou le titre à retenir.

Dans les médias audiovisuels, le journaliste est censé se borner aux questions préalablement établies (le plus souvent schématiques) et surtout ne pas répliquer. Sinon, l’invité ne mettra plus les pieds chez lui !

Le soir, à la télévision, les spectateurs voient un ministre ou un chef de groupe parlementaire sur lequel sont braqués d’innombrables microphones. Mais il n’y a qu’un ou deux journalistes qui posent une question sensée, les autres ne font que prendre des notes passivement.

Lorsque M. Borissov affirme que personne dans son parti ne crée d’obstacles aux médias, il faut lui rappeler la loi sur l’accès à l’information publique. Ce texte, plein d’embûches, prévoit par exemple que l’autorité questionnée peut répondre dans un délai de quatorze ( !) jours à compter de l’enregistrement de la demande d’information. Un délai rarement respecté et cela, pour des informations qui en principe doivent être accessibles au public.

Que gagnent les gouvernants de cette obsession à contrôler l’information ? Rien. L’absence d’information crée un terrain propice aux rumeurs et aux intrigues. D’autre part, même les campagnes de presse les plus dirigistes (sur la taxe « week-end », les vignettes pour les véhicules, etc.) ont tourné court devant l’indignation et la défiance des citoyens. Et que dire de la réforme judiciaire ? Il n’y a pas un seul citoyen qui n’en soit informé. Alors pourquoi le GERB ne veut-il plus en parler, ni entendre des critiques ? (Sega)

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Dernière modification : 31/03/2016

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