Jeudi 4 juin

LE SONDAGE

LES FINANCES, LA SANTE ET LE SYSTEME JUDICIAIRE MONTRES DE DOIGT PAR LES BULGARES

L’agence sociologique Exacta Research a présenté hier un sondage sur l’opinion des Bulgares du travail des différentes institutions. Selon les résultats, un développement positif peut être perçu dans seulement quatre sphères de la vie publique : l’absorption des fonds européens (pour 41% des sondés) ; les télécommunications (38%) ; le transport (36%) et le développement régional (30%). Sans surprise, ces sphères coïncident avec les points forts médiatisées par le gouvernement Borissov, commente Capital Daily.
Les secteurs les plus critiqués sont les finances, l’énergie, l’économie, la santé et le système judiciaire (montrés de doigt par un Bulgare sur deux). Le manque de reformes est le plus visible dans les domaines de la sécurité, la protection environnementale et la culture, selon les sondés.
Selon Exacta, si les élections législatives s’étaient déroulées fin mai, GERB aurait été de nouveau la première force politique. A l’Assemblé nationale seraient représentées les formations politiques suivantes : GERB avec 24,5% des suffrages, le PS (14,4%), le MDL (7,3%), et le Bloc réformateur ( 6,2%) et le Front patriotique (5,1%). Parmi les plus petites formations politiques, Ataka aurait recolté 3,4% et ABC 2,8%.
Le parlement continue à être l’institution qui reçoit le plus faible niveau de soutien – seulement 18% (en baisse de 4% par rapport au mois dernier). Ce résultat est dû au sentiment des gens que pendant ce dernier moi, l’Assemblée nationale était placée sous le signe des conflits politiques et la confrontation.
Quant au gouvernement, 53% considèrent qu’il s’éloigne dans son travail des sujets d’importance publique. Le premier ministre Boïko Borissov a le soutien de 44% des Bulgares. Il est devancé par la maire de Sofia Yordanka Fandakova (66%) et par les ministres du développement régional et de la santé Liliana Pavlova (55%) et Petar Moskov (46%). Le président de la République Rossen Plevneliev est soutenu par 31%, devancé par le leader d’ABC et ancien président de la République Gueorgui Parvanov (37%, en hausse de 6% par rapport au mois dernier). Aucune personnalité du PSB ou du MDL ne figure parmi les 10 premières positions.
La raison d’une certaine hausse de la cote de popularité de certains des ministres du gouvernement et de leaders de partis politiques est due au fait que, même si la campagne électorale pour les élections municipales du 25 octobre n’a pas été lancée officiellement, elle a déjà débuté aux yeux des électeurs, explique Lidia Yordanova, directrice d’Exacta. La sociologue observe aussi un durcissement du noyau principal des partis politiques. (tous journaux, focus-news.net)

LE DEBAT

AU PARLEMENT, CONCOURS DE POSTURES POUR LUTTER CONTRE « LE TOURISME ELECTORAL »

A six mois des élections locales, environ 100 000 personnes ont changé de domicile en toute légalité, selon des données publiées sur le site du ministère du développement régional. Et contrairement aux tendances démographiques de fond, cet exode se fait au profit des zones rurales et des plus petites communes et mairies (voir notre revue du 21 mai).
Le phénomène inquiète les forces politiques, même si elles se montrent dubitatives au sujet de l’acteur à qui cet exode profiterait. Le Front patriotique (FP) et le Bloc réformateur (BR) considèrent que cet exode, « surtout de Roms », est instrumentalisé par le MDL. Ce dernier se refuse à tout commentaire mais précise que les Roms vivant dans des constructions illégales sont exclus de la vie sociale. Le PSB s’indigne pour le principe, sans tout de même accuser directement le MDL. Le GERB considère que le PSB est à l’origine de cette migration des grandes villes vers les villages de plus de 100 habitants. Cependant, tous les partis politiques reconnaissent qu’on ne peut pas passer sous silence l’enregistrement de 50 personnes à l’adresse d’une grange.
Des mesures doivent donc être prises. Le GERB refuse d’initier des amendements au Code électoral mais est enclin à étudier les propositions d’annulation des enregistrements irréguliers. Selon ce parti, la loi sur l’aménagement administratif et territorial doit être amendée afin de diminuer le nombre de localités au sein d’une commune pouvant élire un maire, en augmentant le seuil d’habitants de 100 à 250. Le BR et le FP ont déposé un projet d’amendement à la loi sur l’enregistrement de la population afin d’annuler tous les enregistrements non conformes à la législation en vigueur. Un projet d’amendements qui va dans le même sens a également été déposé par le PSB. Les nouvelles dispositions permettront d’effectuer un contrôle sur la légalité des changements d’adresses et par conséquent de radier les enregistrements irréguliers. Ce contrôle pourra être initié à la demande du propriétaire du domicile ou du maire. Ces dispositions prévoient une amende de 500 à 3 000 leva.
Hier, lors d’une session de contrôle à l’Assemblée nationale, Maya Manolova, députée du PSB, a pointé du doigt le problème en accusant les maires de tous les partis d’être impliqués dans « le dispositif du vote contrôlé ». Elle a rappelé avoir proposé des amendements afin de remédier à ce problème. Le premier ministre a pris alors la parole pour ordonner au groupe parlementaire de GERB de soutenir le projet d’amendement à la loi sur l’enregistrement de la population déposé par le PSB « afin de mettre fin à cette difformité ». Il a tout de même précisé que le GERB n’a jamais été impliqué dans de telles pratiques, ce que ses pertes les plus graves aux élections dans les petites localités le démontraient. (tous journaux, life.bg)

L’ANALYSE

LES AMBITIONS REFORMATRICES DU CABINET BORISSOV II : UNE COMPARAISON AVEC LE PRECEDENT GOUVERNEMENT

Le portail kultura.bg a publié récemment un article du politologue Daniel Smilov qui fait la synthèse des engagements de réforme déclarés par le gouvernement de Boïko Borissov (Borissov II) en les opposant au piètres résultats du gouvernement précédent, celui de Plamen Orecharski (2013-2014).
Il y a deux semaines, note avec humour M. Smilov, le cri de guerre des partis en opposition était : « Mais où sont ces réformes ? ». Maintenant, après la série de réformes annoncée par le gouvernement Borissov, le cri semble devenir : « Mais est-ce cela vos réformes ? », offrant ainsi le choix d’interprétation entre « les réformes sont trop radicales » ou « rien ne changera ».
En matière de justice, les ambitions de l’équipe au pouvoir sont de diviser le Conseil supérieur de la magistrature en deux chambres, d’introduire la possibilité d’engager la responsabilité professionnelle des magistrats, de permettre la destitution des trois premiers magistrats (chef de la Cour suprême de cassation, chef de la Cour administrative suprême et procureur général), de mettre en place une procédure parlementaire de mise en accusation (impeachment) du procureur général, etc.
Sur le plan de la lutte contre la corruption, les gouvernants proposent la création d’une nouvelle autorité chargée du contrôle de l’intégrité des hommes politiques et fonctionnaires, l’extension du champ de contrôle et des compétences des instances de contrôle, en y incluant la compétence d’établir des écarts entre train de vie et recettes.
Dans le domaine de la santé, la réforme prévoit le regroupement d’établissements hospitaliers en vue de rationaliser leur gestion administrative, de nouvelles possibilités de financement du secteur, etc.
La réforme des retraites, reposant sur un consensus difficilement atteint avec les syndicats, se limite à un recul en douceur de l’âge de départ à la retraite et à une hausse graduelle des cotisations sociales, sans mettre en question les avantages actuels de certaines catégories de travailleurs (mineurs, agents du ministère de l’intérieur, etc.).
La réforme de l’éducation vise à classer les universités en fonction de la qualité de leur activité de recherche et d’enseignement et à repenser leur financement sur cette base. Au niveau du secondaire, on prévoit de restructurer la formation professionnelle pour mieux répondre aux besoins des entreprises.
Les intentions de réforme du gouvernement Borissov II sont ambitieuses. Leur mise en œuvre pourrait sortir le pays de l’inertie et de la torpeur. Sinon, le résultat serait : Borissov II = Orecharski, souligne M. Smilov.
Quels sont les écueils qui risquent de saborder le navire ? En premier lieu, c’est le dossier KTB. Toute tentative de balayer cette affaire sous le tapis compromettra les réformes. Deuxièmement, l’échec des reformes dans des domaines confiés au partenaire de coalition, le Bloc réformateur déclenchera logiquement des appels à l’évincement des réformateurs du gouvernement. Si Borissov s’y soumet, il n’aura qu’à s’appuyer, ouvertement ou via des majorités fluctuantes, sur le MDL, consacrant ainsi le triomphe du modèle « qui ? » caractéristique du cabinet précédent.
Troisièmement, la fragmentation des réformes. C’est peut-être le plus important des écueils, indique M. Smilov, puisque les deux premiers sont d’ordre politique. Celui-ci est beaucoup plus compliqué : allant au-delà de la volonté politique, il suppose l’existence de savoir-faire et de capacités administratives.
Et, dernier écueil à surmonter, les minorités motivées cherchant à torpiller les réformes. Leur stratégie est de convaincre la majorité pro-réformatrice parmi les citoyens que tous les politiciens sont des bons à rien et que l’action citoyenne ne mène qu’à l’impasse. L’important pour ces minorités motivées est que Borissov II = Orecharski, conclut le politologue. (kultura.bg)

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Dernière modification : 04/06/2015

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