Jeudi 8 octobre

Le concours

Surenchère au parlement sur la levée des sanctions contre la Russie : du PSB ou d’Ataka, qui est le plus russophile ?

Une proposition du groupe parlementaire du PSB, appelant l’Assemblée nationale à prendre une position à l’encontre des sanctions européennes contre la Russie et à initier leur levée, a fait exploser le parlement bulgare.

Le projet de résolution, déposé en décembre 2014 par onze députés socialistes conduits par le leader du PSB Mikhaïl Mikov, ne contenait que trois points : que l’Assemblée nationale s’oppose à l’extension des sanctions de l’UE contre la Russie ; que le Conseil des ministres élabore un plan de levée par étapes des sanctions et qu’il le soumette pour approbation au Conseil des affaires étrangères de l’UE ; que l’interdiction d’entrée dans l’UE de députés russes soit immédiatement annulée en vue de faciliter le dialogue interparlementaire.

En janvier 2015, la commission parlementaire des affaires étrangères avait examiné le projet de résolution et, se fondant sur un avis du ministre bulgare des affaires étrangères, l’avait rejeté avec 12 voix « contre » et 4 « pour ».

Depuis, à plusieurs reprises, des députés socialistes avaient demandé en vain un débat en audience plénière sur ce projet. Finalement, hier, le point est entré à l’ordre du jour. Mais le résultat n’a pas été celui que les auteurs du projet de résolution auraient pu escompter.

Un énorme scandale entre Mikhaïl Mikov (PSB) et Volen Siderov (Ataka) a réjoui le parterre : lequel de ces deux partis est-il plus conséquent dans son amour pour la Russie ?

Selon M. Mikov, les sanctions avaient prouvé leur inefficacité et la Bulgarie, l’un des pays les plus lésés par cette politique, devait clairement s’y opposer.

Le leader d’Ataka Volen Siderov, annonçant qu’il était favorable à la levée des sanctions, a rappelé que c’était un gouvernement socialiste, celui de Plamen Orecharski, qui avait soutenu les sanctions. « Vous ne pouvez pas mener une politique russophobe quand vous êtes au pouvoir et vous prétendre russophiles quand vous êtes en opposition », a lancé M. Siderov.

« La belle ‘russophilie’ d’Ataka ne sert que les intérêts de ceux qui s’opposent à un vrai débat sur la Russie. […] Hier, vous avez déposé votre proposition belliqueuse d’implication des citoyens bulgares, avec leurs deux avions et fusils en bois, dans la guerre en Syrie. Vous avez beau hausser le ton, c’est une farce », a riposté M. Mikov, en faisant allusion à la proposition de participation de la Bulgarie à la coalition guidée par la Russie en Syrie, déposée par Ataka au parlement il y a quelques jours.

Revenant à la charge, Volen Siderov a accusé les socialistes d’avoir empêché eux-mêmes pendant toute une année la solution de la question des sanctions, une « pure hypocrisie et du théâtre ».

Après ces tirs croisés, l’Assemblée nationale a fini par soumettre au vote le projet de résolution du PSB. Soutenu seulement par le PSB, Ataka, ABC et quelques députés du Front patriotique, il a été rejeté par le GERB, le Bloc réformateur et le MDL, le Centre démocratique bulgare s’étant abstenu. (parliament.bg, mediapool.bg, Sega)

La pelote

En posant la question du salaire des magistrats, les « trois grands « soulèvent celle du statu quo dans le système judiciaire

La polémique relative à l’augmentation des salaires des magistrats a réuni les trois grands du système judiciaire (le procureur général, les présidents des deux cours suprêmes) et les ministres de la justice et des finances. A l’issue de cette réunion qui s’est tenue « symboliquement » au bureau du président de la Cour suprême, Lozan Panov, celui-ci a informé la presse du refus du ministre des finances de satisfaire les revendications du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) d’une augmentation de 12%. La longue prise de parole de M. Panov pouvait être résumée en une phrase, « Le dialogue continue », précise mediapool.bg, qui fait un retour en arrière pour présenter le problème.

Il y a un mois, le CSM, se référant à la loi sur le pouvoir judiciaire en vertu de laquelle les salaires les plus bas au sein du système judiciaire doivent correspondre au montant d’au moins deux salaires moyens d’agents publics, a décidé une hausse salariale de 12% sur la base d’un excédent budgétaire pour l’année en cours. Cette augmentation ayant été décidée sans tenir compte du projet de budget national pour 2016 ne pourra pas être appliquée pour l’année prochaine.

Même si les salaires des magistrats n’ont pas été indexés pendant les trois dernières années à la différence de ceux des autres fonctionnaires, le ministre des finances Goranov s’est dit prêt à faire du lobbying pour annuler les dispositions légales régissant les salaires des magistrats plutôt que d’assurer les crédits nécessaires pour 2016.

Lozan Panov, président de la Cour suprême de cassation (CSC), a défendu la thèse selon laquelle l’augmentation des salaires des magistrats est importante pour garantir leur indépendance et leur sécurité. « Pourvu qu’un magistrat, qui touche entre 1600 et 1800 leva, n’ait pas à juger quelqu’un dont la voiture coûte l’équivalent de trois années de son salaire », a lancé M. Lozanov. Cependant, il a précisé que maintenir cette augmentation pendant les années à venir impliquerait de redéfinir la carte judiciaire. Il a appelé à ce que la CSM se penche sur ce problème qui traîne depuis cinq ans à cause de la réticence du haut collège à fermer les juridictions à faible charge dans les petites villes. Le président de la CSC a rappelé avoir promis « dans sa professions de foi de mettre fin au socialisme au sein du système judiciaire ... le problème est sérieux car les juges d’instance à Sofia et à Malko Tarnovo touchent les mêmes salaires, même si ceux à Sofia sont chargés de 82 affaires tous les mois, alors que ceux de Malko Tarnovo [Ndr. une petite ville à la frontière de la Turquie, « malko » signifiant d’ailleurs « petit »] – de seulement 9.

Enfin, M. Panov a relevé que le rapport du pouvoir exécutif au budget du pouvoir judiciaire démontre la façon dont l’indépendance de celui-ci est perçue par celui-là. Avant-hier, le premier ministre avait demandé si le salaire des magistrats pouvait être plus élevé que le sien. (tous journaux, mediapool.bg)

L’accueil

La Bulgarie se prépare à accueillir le premier groupe de 850 migrants au titre de son quota

En ce moment, c’est la Turquie qui sauve l’Europe, et la Bulgarie en particulier, des réfugiés, a déclaré aujourd’hui le premier ministre à la veille de son entretien avec le président du Conseil européen Donald Tusk. M. Tusk se rend aujourd’hui en Bulgarie pour évoquer la crise des réfugiés. « Rien de bon ne nous attend avec tout ce qui se passe en Syrie. La guerre est en plein essor et si une solution n’est pas trouvée dans les plus brefs délais, le flux de réfugiés n’est pas près de cesser », a dit M. Borissov.

Le premier ministre a également commenté l’appel, lancé au Parlement européen par le président français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel, à l’unité de l’UE face aux crises, notamment celle des réfugiés. M. Borissov a qualifié leur discours de manifestation sans précédent. « Il apparaît que l’Europe se rend compte de ses problèmes et de la gravité de l’impact qu’ils pourront avoir sur elle et se met à prendre des décisions », a déclaré le premier ministre.

Au même moment, les médias annoncent que 850 migrants, constituant la première partie du quota bulgare, vont arriver dans le pays dans les semaines à venir. Ils seront envoyés par l’Italie (201) et la Grèce (651). Le nombre total de migrants que la Bulgarie doit accueillir s’élève à 1 549 personnes. Le reste des migrants (699 personnes) sera accueilli dans 12 mois.

La Bulgarie a demandé à l’Italie et à la Grèce de lui envoyer pour réinstallation des familles avec des enfants. Compte tenu de ce que la Bulgarie accueille pour le moment surtout des hommes ou de femmes seuls, par l’effet du règlement de Dublin et du regroupement familial, le nombre total est rapidement destiné à augmenter considérablement, argumente le président de l’Agence d’Etat pour les réfugiés Nikola Kazakov dans une interview pour 24 Tchassa. Ces migrants seront accueillis dans un centre d’accueil et la procédure d’octroi de statut commencera. Ensuite viendra l’étape de leur intégration, car ces gens n’auront pas le droit de quitter le pays. Avant d’arriver, ils devront signer une déclaration les engageant à y rester, explique M. Kazakov.

Le président de l’Agence revient sur la hausse de la pression migratoire en direction du pays : en 2014, 11 081 personnes ont franchi la frontière bulgare, tandis que pour les seuls neuf premiers mois de 2015, ils sont déjà 11 742. M. Kazakov s’attend que d’ici la fin de l’année, leur nombre atteigne les 15 000. A l’heure actuelle, le pays est prêt à accueillir 7 500 personnes sans qu’une crise humanitaire n’éclate. La Bulgarie est par ailleurs en train d’augmenter sa capacité d’accueil.

A une question sur l’éventuelle installation d’un « hot spot » en Bulgarie, M. Kazakov répond : « [Cela ne changera] rien. Tout simplement, des équipes d’autres pays européens viendront en Bulgarie pour aider sur place à l’enregistrement et à la prise des empreintes digitales des migrants. C’est cela que représente le « hot spot » : une aide pour un pays qui en a besoin pour traiter les documents des gens en cas d’important flux migratoire. A l’heure actuelle, la Bulgarie s’en sort très bien. »

La Bulgarie avait dénoncé les informations relatives à l’éventuelle construction d’un « hot spot » sur son territoire (revue de presse du 16 septembre). Les publications des médias allemands, reprises par les médias bulgares, selon lesquels, citant Mme Merkel, la Bulgarie « a déclaré son empressement à voir construire un « hot spot » sur son territoire », ont suscité des réactions négatives à Sofia et des explications vives de la part du premier ministre (revues de presse des 24 et 25 septembre). (tous journaux, dnevnik.bg)

Dernière modification : 20/12/2016

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