Jeudi 8 septembre

L’agiotage

Refus persistant du GERB de nommer un candidat : stratégie habile ou crainte pré-électorale ?

A l’approche de l’élection présidentielle, le manque persistant de candidature officielle du parti au pouvoir, le GERB, fait l’objet de plusieurs articles dans la presse.

Sega commence par construire un portrait-robot du candidat potentiel souhaité par les électeurs. Le journal fonde ses réflexions sur les résultats du sondage de Market Links, publié la semaine dernière, selon lequel : 74% des sondés sont favorables à la Russie et à la politique menée par ce pays, 36% aux Etats-Unis ; 68% se prononcent en faveur de l’UE et uniquement 18% de la Turquie. La conclusion du journal est que l’électeur souhaite un « candidat-centaure » : patriote-internationaliste, russophile-admirateur de l’Occident, qui déteste Erdoğan. En outre il devrait être, selon le sondage, une nouvelle figure dans la vie politique. Dans ce contexte, il est difficile de ne pas se rendre compte de ce qui est évident : Boïko Borissov, président du GERB et premier ministre, n’a tout simplement pas de candidat qui correspond à ce profil, écrit le journal.

Selon l’hebdomadaire Capital, dans le refus ou l’incapacité du principal parti au pouvoir de nommer un candidat se cache également la peur de ce dernier d’une mobilisation du vote anti-GERB. Le journal argumente avec quelques calculs. Aux deux dernières élections législatives, GERB a reçu environ 1,1 million de voix, ce qui peut être tenu pour le seuil que le parti est en mesure d’obtenir. Ce résultat peut être suffisant pour assurer au parti la majorité au parlement, mais il ne suffira pas pour une victoire prononcée au premier tour de l’élection présidentielle (évaluée par le journal à 3,2 millions de voix, nombre bien plus important que le noyau dur du parti). Le GERB est conscient qu’il a besoin d’un candidat qui pourrait mobiliser un fort soutien national en dehors de ses électeurs traditionnels.

Selon le journal, le GERB se préoccupe autant du premier tour car il redoute, avec raison, de sérieux problèmes au deuxième tour. En 2011, rappelle Capital, le candidat du parti, l’actuel président de la République Rossen Plevneliev, devançait au premier tour de 11% son adversaire principal, Ivaïlo Kalfine. Mais M. Plevneliev a remporté le deuxième tour avec une différence d’uniquement 5%. Actuellement, selon le journal, il existe un danger beaucoup plus réel de consolidation du vote anti-GERB au deuxième tour qui pourrait atteindre des niveaux plus importants que ceux de l’élection précédente.

Selon l’analyse mensuelle de la situation politique intérieure de l’Institut de sociologie Ivan Hadjiiski, repris par Standart, le report constant de la nomination du candidat de GERB pourrait finalement être une stratégie bien choisie. Il serait possible que le parti attende que la gauche (PSB, ABC) et la droite (Bloc réformateur) s’engloutissent dans leurs propres conflits et contradictions internes et perdent leur élan électoral. A ce moment-là, le candidat du GERB sortirait « tout propre » et frais sur le terrain, selon l’analyse.

« La campagne électorale suit les clivages médiatiques et politiques : Russie contre Occident, le faux dilemme Russie (GERB) contre Russie (PSB), patriotes « authentiques » contre « faux » patriotes, patriotes pro-atlantiques contre patriotes pro-russes ». Mais, précisent les sociologues de cet institut, ce qui est intéressant c’est le faible intérêt accordé à cette élection ; l’intérêt principal à présent se porte d’ores et déjà sur « l’après-élection ». (tous journaux)

L’interview

La Bulgarie face au défi migratoire : une politique sans boussole

La Bulgarie n’a pas été livrée à elle-même face à la crise des migrants comme on entend souvent le premier ministre le répéter. Faute de stratégie à long terme et donc de politique cohérente avec celle-ci, la Bulgarie, tenant compte des enjeux du présent, a choisi de rester assise sur deux chaises en même temps : défendre une position contre l’immigration sur son territoire et en même temps flirter avec des gouvernants européens qui plaident pour le contraire comme Merkel, Renzi, Juncker. Telle est la thèse que défend Ognian Mintchev, politologue et professeur de sciences politiques à l’Université de Sofia dans une longue interview au magazine Ikonomist.

En effet, le gouvernement Borissov a décliné l’invitation de se joindre au groupe de Visegrád, à l’Autriche et aux autres pays des Balkans, en vue de la mise en place d’une politique anti-migratoire commune et a préféré les flirts court-termistes avec Merkel, Juncker ou Erdoğan, lesquels, bien que réussis sur le plan tactique, sont loin d’être en mesure de défendre les intérêts nationaux de la Bulgarie sur le long terme dans la mesure où ils mettent les Bulgares en position de requérant. Aujourd’hui, on demande à Erdoğan d’arrêter les flux migratoires et demain on demandera à Merkel des bateaux et des véhicules.

La politique de négociations bilatérales avec Ankara, qui est en soi importante pour garantir l’intérêt national, ne peut être efficace que si elle est menée à partir d’une position d’Etat doté d’une certaine force sachant contrôler la situation migratoire sur son territoire. Malheureusement, la Bulgarie n’est pas à même d’assurer ce contrôle. La clôture est toujours en cours de construction depuis quelques années et continue à absorber des montants astronomiques alors que la clôture hongroise, construite en quelques semaines, fonctionne de manière efficace.

La politique d’enregistrement rigoureux des migrants, qui a dissuadé beaucoup de gens de venir en Bulgarie et a donc conduit les passeurs à contourner la Bulgarie, a été presque abandonnée en 2016 et le trafic de migrants sur le territoire bulgare est monté en force.
I
l est évident que la Turquie se sert et se servira de la pression migratoire comme d’un levier puissant pour atteindre ses objectifs politiques à Bruxelles. Erdoğan est à la fois un homme politique très pragmatique et un visionnaire en matière de religion. Il accueille volontiers les réfugiés arabes car ils l’aident dans le processus d’islamisation et de désécularisation de la société turque. Dans le même temps, il est prêt à utiliser le potentiel de la vague des réfugiés pour atteindre des objectifs de politique extérieure comme le renforcement de l’islamisation (démographique) de l’Europe et de l’influence de la Turquie dans certains Etats européens clés par l’intermédiaire des communautés turques et islamiques qui y résident.

En outre, la longue attente dans l’antichambre de l’UE constitue pour lui une humiliation nationale et les arguments d’autojustification de Bruxelles ne sont pas valables.
La politique de l’Europe à l’égard de la Turquie est hypocrite, bien que l’accord entre l’UE et la Turquie, initié par Mme Merkel, mette le président turc dans la position du gagnant indépendamment du fait qu’il soit ou non respecté dans la mesure où Erdoğan conserve la ressource de la pression migratoire. S’il n’est pas respecté, Ankara peut toujours déclencher une crise comme en 2015 lorsque plus d’un million et demi de réfugiés ont pu traverser la mer d’Egée en route vers l’Europe de l’Ouest. Si un compromis relatif à la levée partielle des visas n’est pas trouvé et si la levée intégrale s’impose afin de préserver l’Europe du ravage de la vague des migrants, un autre flux difficile à contrôler de citoyens turcs cette fois, inondera l’Europe.
En outre, la possibilité qu’Ankara utilise la libéralisation du régime des visas pour délivrer des passeports turcs aux arrivants du monde arabe ainsi que pour repousser de grands groupes kurdes en Europe dans le contexte de la reprise de la guerre civile dans le sud-est de la Turquie est inquiétante.

Quant à une éventuelle coalition entre la Bulgarie, la Grèce et l’Italie pouvant s’opposer au quatuor de Visegrád, celle-ci ne pourrait reposer que sur une politique européenne efficace de restriction de la migration dont les chances sont aujourd’hui minimales à cause de l’absence d’une prise de conscience de l’intérêt commun européen. L’Europe est menacée d’une série de référendums qui sera le reflet de la brusque renationalisation des valeurs et des orientations politiques de beaucoup de Français, Néerlandais, voire d’Allemands.

Ainsi la Bulgarie aura à relever les nouveaux défis de son adhésion à l’Union européenne. Exprimer son appartenance aux valeurs et à l’unité européennes ne suffira plus. C’est à la lumière de celles-ci qu’il faudrait redéfinir l’intérêt national et tenter de contribuer à la reconstruction du projet européen sur la base de la nouvelle identité européenne ressuscitée. (Ikonomist)

La cassation

La condamnation d’Ahmed Moussa et de douze autres imams de Pazardjik pour salafisme, annulée par la Cour suprême de cassation

Fin juillet dernier, la Cour suprême de cassation a cassé et renvoyé à la Cour d’appel de Plovdiv l’arrêt prononcé par celle-ci sur l’affaire dite des « treize imams ». Ainsi, ce dossier sensible, ouvert en 2012 par le tribunal de grande instance de Pazardjik à la suite d’opérations très médiatisées de l’Agence d’Etat de la sécurité nationale (DANS) dans le quartier rom de cette ville, devra être rejugé.

Très critiques dans leurs conclusions, les juges de cassation ont constaté l’absence de motifs valables dans l’arrêt cassé. Le 1er juillet 2016, la Cour d’appel de Plovdiv avait confirmé la condamnation de l’imam Ahmed Moussa, prononcée par la juridiction du premier degré, et rehaussé sa peine de un à deux ans de privation de liberté, avait reconnu à son tour la culpabilité de dix autres religieux (condamnés à des amendes) et acquitté deux autres. Les chefs retenus, fondés sur les articles 108 et 109 du Code pénal, étaient au nombre de trois : profession d’une idéologie antidémocratique (le courant salafiste de l’islam), profession de haine religieuse et participation à une association criminelle.

Le site en ligne Legalworld souligne le fait que la CSC a réfuté le fondement même de l’accusation, à savoir la profession de salafisme, considéré par la Cour d’appel comme une idéologie antidémocratique et sous-tendant tous les trois chefs d’accusation. « Le Parquet a indiqué et les juges ont accepté sans objection que l’idéologie antidémocratique professée par Ahmed Moussa était du salafisme. Mais cette ‘idéologie’ ne figure pas parmi les doctrines reconnues de façon incontestable comme antidémocratiques. [La Cour d’appel] ne répond pas à la question essentielle de savoir si les idées et les opinions professées ne relèvent pas de la liberté de confession, reconnue par nombre d’actes internationaux auxquels la Bulgarie est partie, par la Constitution et par le droit interne », souligne la CSC dans son arrêt. Et demande aux juges d’appel de statuer clairement si le salafisme est une idéologie et, si oui, de démontrer son caractère antidémocratique.

En ce qui concerne l’accusation de l’appartenance des imams à une association criminelle dirigée contre les fondements de l’Etat, la CSC a estimé qu’elle n’était pas fondée non plus et a demandé à la Cour d’appel de démontrer en quoi les relations entre imams, au service du culte musulman officiellement enregistré dans le pays, présentaient un caractère subversif et en quoi concrètement consistait l’activité non conforme à l’islam officiel de l’association criminelle.

Selon la CSC, l’accusation de profession de haine religieuse n’était pas non plus motivée. Les juges de cassation ont réfuté l’affirmation générale selon laquelle la haine religieuse professée par Ahmed Moussa et les autres imams consistait en propos hostiles contre toute négation du salafisme, en propagation d’idées religieuses, en conférences et entretiens dans les cafés. La CSC a demandé de savoir sur quels actes reposaient concrètement ces affirmations et quelles étaient les idées religieuses qui véhiculaient, selon les juges de Plovdiv, la haine religieuse.

Le pourvoi en cassation était formé par Ahmed Moussa qui objectait contre l’absence de preuves indiscutables dans le jugement, ainsi que contre la violation de la liberté des cultes par celui-ci. Mais comme M. Moussa était condamné pour participation à une association criminelle, l’annulation de sa condamnation signifie également l’annulation des condamnations des douze autres imams.

Dans une analyse pour le site en ligne Revue libérale, la sociologue Madlen Nikolova critique le choix des experts ayant rédigé les expertises sur lesquelles repose le jugement cassé. Ce choix n’est pas neutre, on voit facilement la similitude entre la position du Parquet et celle des experts, estime-t-elle. Parmi les auteurs des expertises ne figuraient pas de spécialistes des communautés musulmanes en Bulgarie. On leur avait préféré des experts médiatiques en matière de radicalisme, démocratie, religion, libéralisme, terrorisme, géopolitique etc., ce qui explique les multiples incohérences et contradictions internes dans les thèses du Parquet, conclut-elle. (legalworld.bg, librev.com)

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Dernière modification : 08/09/2016

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