Jeudi 9 juin

Le discours

L’avenir du projet européen et la menace russe au centre du discours du Président Plevneliev devant le Parlement européen

Le président de la République Rossen Plevneliev s’est exprimé hier devant les députés européens à strasbourg. Des extraits de son discours sont repris par tous les médias. Il a abordé les thèmes de l’instabilité internationale croissante, du sens à donner au projet européen et du rôle important que les Balkans sont amenés à jouer dans la construction européenne.

Une part importante du discours s’est focalisée sur les tensions et les divergences entre l’Union européenne et la Russie. « Le Kremlin essaye de détruire et d’abattre les fondations de l’UE », résume en titre Dnevnik. N’hésitant pas à parler de « paix froide », notamment en raison de la recrudescence de la propagande pro-russe, le président est revenu sur la crise ukrainienne qui, selon lui, « a changé la donne » : « la Crimée est en Ukraine et l’Ukraine est en Europe », a-t-il affirmé. Une affirmation résumée par Standart qui titre : « Plevneliev : pour nous la Crimée est l’Ukraine ». M. Plevneliev a prévenu que la crise ukrainienne peut être perçue comme une tentative russe d’organiser une nouvelle conférence de Yalta, qui impliquerait une modification des équilibres de puissances entre l’Europe et la Russie. En réaffirmant ses convictions en faveur de l’Europe en particulier et de l’Occident en général, le président Plevneliev a vivement critiqué les développements récents de la diplomatie russe, qu’il perçoit comme un obstacle à l’essor du projet européen et à sa prospérité.

Il a évoqué par ailleurs les difficultés rencontrées par l’Union européenne et qui risquent de fragiliser durablement cette construction, comme par exemple la possibilité d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union, la crise des réfugiés, mais aussi la montée en puissance des partis extrêmes et des nationalismes. « Nous avons besoin de collaborer et de développer des stratégies communes plutôt que de construire des forteresses destinées à défendre des intérêts nationaux étroits » a précisé le Président, avançant que la seule réponse à apporter aux temps difficiles que connaît l’Union est de renforcer l’intégration et la coopération entre les différents Etats membres, qu’il qualifie de « plébiscite de tous les jours sur notre désir de vivre ensemble ».

Selon le Président Plevneliev, la construction européenne est une chance pour les pays des Balkans. A cet égard, il est longuement revenu sur le rôle essentiel de la Bulgarie en tant frontière de l’Union européenne et de sa confrontation avec plusieurs questions internationales extrêmement préoccupantes, telles que la montée en puissance de la Russie et la crise des réfugiés. La Bulgarie constitue ainsi « la ligne de front pour la stabilité et la prospérité, la tolérance et la coexistence pacifique ». Elle constitue « un havre de stabilité et un moteur pour un développement positif de l’Europe du Sud-Est. « Nous ne sommes pas parfait », a-t-il affirmé à propos des démocraties européennes, mais « nous sommes bien meilleurs que beaucoup d’autres ».

Enfin, le président Plevneliev a évoqué le nécessaire équilibre du monde qu’il est urgent de construire, car en effet « l’Europe ne peut être une île de stabilité dans un océan de crises ». Il a affirmé que l’Union était en mesure d’affronter ses difficultés, qu’elle allait certainement les surmonter, mais que la question cruciale restait avant tout le modèle politique et économique dont veulent se doter les pays européens pour les prochaines décennies, évoquant par exemple les questions de sécurité et de défense, l’énergie, le numérique.

Le discours de M. Plevneliev a été très important, commente la journaliste Adelina Marini sur le site d’information euinside.eu. Il fallait qu’un haut représentant bulgare définisse où exactement il voit la place du pays dans la situation géopolitique actuelle extrêmement compliquée. Mais il ne faudrait pas oublier que le président n’a pas des fonctions exécutives et que son opinion n’est pas partagée par tout le monde dans le pays. C’est la raison pour laquelle il est si important de s’unir autour du cadre dessiné par ce discours et de commencer à en élaborer les détails, écrit Mme Marini. Douma (organe du PSB) choisit de mettre à sa une un commentaire aux antipodes de cet éloge : « le Président a oublié la Bulgarie dans son discours ». (president.bg, tous journaux, dnevnik.bg, euinside.eu)

La riposte

Le projet de loi antiterroriste sur la corde raide entre répression et protection des droits de l’homme

La Bulgarie a augmenté les extraditions d’étrangers soupçonnés d’effectuer des activités terroristes. Les services spécialisés compétents en matière de lutte contre le terrorisme sont bien équipés, formés bien que les efforts soient surtout concentrés sur Sofia et qu’il y ait un manque de ressources dans les centres régionaux. Le tribunal spécialisé et le parquet auprès de celui-ci sont devenus compétents pour traiter toutes les affaires de terrorisme sur le territoire de la Bulgarie. Il ne reste plus aux professionnels qu’à acquérir l’expertise nécessaire. Le gouvernement consent des efforts pour améliorer les mesures de répression des activités terroristes et afin de renforcer ses capacités dans le domaine de la justice en inscrivant dans le Code pénal des textes relatifs aux combattants étrangers, élabore une nouvelle stratégie de lutte contre le terrorisme d’ici 2020 qui prévoit un programme national de déradicalisation et de réhabilitation des membres de groupes extrémistes violents, renforce les opérations de son centre national de lutte contre le terrorisme et annonce ses plans d’élaborer une loi à large portée de lutte contre le terrorisme. C’est ainsi qu’on peut résumer certaines des conclusions du département d’Etat des Etats-Unis sur la menace terroriste dans le monde, publié la semaine dernière.

Cette semaine, la Bulgarie rend compte, à son tour, dans un rapport sur la sécurité nationale en 2015, de la façon dont elle lutte contre la menace terroriste. 181 personnes pouvant constituer une menace pour la sécurité nationale, selon les renseignements des services spécialisés, ont été expulsées et interdites du territoire bulgare. Les services de renseignement n’ont pas enregistré d’informations confirmées établissant la participation de Bulgares dans des organisations terroristes. Ceux– ci ont dû tout de même vérifier des données dans ce sens. Selon les auteurs du rapport, « il ne convient pas d’exclure la probabilité que des actes terroristes soient organisés sur le territoire de la Bulgarie ou contre les intérêts bulgares à l’étranger. Il est également possible, dans la mesure où des actes terroristes se perpétuent dans les régions voisines, que des centres logistiques de soutien de groupes terroristes soient créés sur le territoire bulgare. »

Dans la foulée le gouvernement a publié pour consultation publique son projet de loi de lutte contre le terrorisme. Alexandre Kachamov et Michaïl Ekemdjiev en font respectivement dans Sega et Capital Daily une lecture très critique. Selon ces deux avocats le chapitre consacré aux mesures de prévention limite de manière drastique les droits de l’homme. En cas d’une menace virtuelle, définie dans la loi comme « une supposition fondée de menace terroriste », le projet de loi accorde au ministre de l’intérieur et au directeur de l’Agence d’Etat de la sécurité nationale (DANS) le pouvoir d’interdire le changement de lieu de résidence, les voyages à l’étranger, la fréquentation de certains lieux, la possession de plus d’un téléphone portable, l’accès à Internet, les contacts avec certaines personnes etc.

Selon Me Kachamov, la loi ne définit pas les limites de « la zone de l’opération antiterroriste » dans le cadre de laquelle les services spécialisés se font attribuer un large éventail de compétences. « Cette zone peut ainsi s’étendre sur l’intégralité du territoire bulgare. Cela équivaudra à un état d’urgence dont l’instauration ne peut être décidée que par l’Assemblée nationale », souligne l’avocat. En outre, le projet de loi impartit aux services spécialisés six fois plus de temps de surveillance et d’écoute par rapport aux délais actuels, sans pour autant les obliger de rendre compte de la façon dont ils utilisent les données ainsi recueillies. Ils pourront ainsi entreprendre des écoutes ou une surveillance à l’égard de quelqu’un pendant trois ans sans rendre compte de l’objectif de ces mesures. Les personnes victimes de mesures antiterroristes n’auront le droit d’être indemnisées que pour les dommages matériels subis et non pas pour les dommages immatériels. En outre, en l’état du projet le contrôle juridictionnel de la pertinence des décisions prises par les services de sécurité au regard des droits de l’homme semble formel, dans la mesure où la juridiction saisie est tenue de se prononcer dans les plus brefs délais et que par conséquent les victimes potentielles de ces mesures n’auront pas le temps de se défendre.
Selon les deux défenseurs des droits de l’homme, les auteurs de ce projet de loi n’ont pas pris en compte la mauvaise expérience institutionnelle de la Bulgarie en matière de techniques spéciales d’enquête. Il a été établi que le tribunal autorise de manière immotivée l’usage de ces techniques en réponse aux demandes tout aussi immotivées des services de sécurité et du parquet. Par conséquent, le président du tribunal spécialisé compétent en matière de terrorisme risque de devenir l’objet de pressions afin d’autoriser la mise en place de telles « mesures préventives » sans que les services requérants ne lui fournissent les preuves relatives au risque d’acte terroriste.

Enfin, si ce projet était adopté, estiment Me Ekimdjiev, il ne ferait que contribuer à atteindre les objectifs du terrorisme qui consiste notamment à changer la vie, les habitudes et les valeurs des gens.(tous journaux)

L’interview

Eric Rubin : Les Etats-Unis ne se résignent pas à la corruption en Bulgarie

Sega publie un entretien avec Eric Rubin, ambassadeur des Etats-Unis en Bulgarie. M. Rubin revient sur les sujets sensibles pour le pays comme la transparence de la propriété des médias, la corruption, les réformes, les investissements.

Il rappelle la nécessité d’avoir des médias transparents qui informent de manière correcte sur les événements dans le pays et à l’étranger pour que les citoyens bulgares soient informés et puissent prendre leurs propres décisions dans un pays démocratique. « Les journaux et les médias électroniques devraient informer de manière impartiale et correcte, ce qui est parfois un problème en Bulgarie », souligne M. Rubin. C’est pourquoi il est si important de connaître les propriétaires des médias et d’identifier ainsi qui gère l’ordre du jour. Les médias doivent être ouverts vers la société pour qu’in sache clairement qui les dirige. Cette remarque vaut aussi pour les médias en ligne. Il ne s’agit pas de censure ou de contrôle gouvernemental, mais il est devenu très facile de diffuser de fausses informations et c’est un vrai problème, souligne M. Rubin.

Concernant l’Etat de droit, l’ambassadeur se dit prêt à soutenir les efforts de la Bulgarie dans les réformes nécessaires. Il est important, non pas de faire des classements pour dire quel pays se trouve en quelle position, mais de répondre à la question : que faire concrètement pour obtenir des résultats. Il faut travailler pour un climat général qui stimule les investissements, et corrélativement les emplois et la croissance de l’économie. Les investisseurs devraient avoir la certitude qu’ils peuvent compter sur une protection dans le cadre de l’Etat de droit et de la transparence. Il y a parmi les investisseurs un certain intérêt à l’égard de la Bulgarie, mais si le système continue à s’améliorer, cet intérêt s’accroîtra. Les milieux d’affaires sont persuadés que la corruption est un problème qui devrait continuer à faire objet de politiques appropriées pour inciter les investissements, souligne M. Rubin.

A la question de savoir si les Etats-Unis ont exercé des pressions sur la Bulgarie à l’exemple de la Commission européenne pour l’arrêt du projet South Stream, l’ambassadeur souligne que c’est la Russie qui a interrompu l’exécution du projet. « Alors c’est aux Russes d’expliquer les raisons de cette décision et pas à nous », lance-t-il. Washington n’est pas contre tel ou tel projet ; il est pour la diversification des sources d’approvisionnement énergétique pour diminuer les risques politiques et économiques, ajoute l’ambassadeur. (Sega)

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Dernière modification : 09/06/2016

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