Le grand cinéaste franco-grec, Konstantin Costa-Gavras, était à Sofia les 8 et 9 mars pour présenter son nouveau film Le Capital au public bulgare

Qu’est-ce qui vous a motivé à réaliser ce film ? Quelles œuvres vous ont inspiré ?

K. C-G : Depuis très longtemps, je voulais faire un film sur l’argent et son influence sur la psychologie et les relations ente les hommes. Ceci m’a amené à m’interroger sur la concentration de l’argent et donc sur les banques. Les banques sont un carrefour, elles sont nécessaires dans nos sociétés… En faisant des recherches, je suis tombé sur le livre de Stéphane Osmont, Le Capital. Osmont a travaillé longuement dans la finance et l’a quittée, presque malade. C’est ce livre qui m’a inspiré, même si j’ai changé le personnage principal que je trouvais trop excessif.
J’ai ensuite rencontré beaucoup de banquiers, lu sur le sujet. L’économie et la finance sont des sujets très difficiles, une sorte de labyrinthe ou d’archipel.

Le Capital s’inscrit dans une actualité brûlante. En quoi, est-ce important pour vous de présenter ce film à l’étranger et en particulier en Bulgarie ?

K. C-G : Un film, ça appartient un peu à tout le monde. A partir du moment où un pays achète le film et veut le présenter et me demande de venir, je viens très volontiers pour rencontrer les gens. La Bulgarie, c’est différent d’autres déplacements, car je n’étais jamais venu.

Vous êtes né et avez vécu en Grèce, avant d’émigrer vers la France. Qu’est-ce que cela vous fait de revenir aujourd’hui dans cette région de l’Europe du Sud-Est ?

K. C-G  : C’est plutôt émouvant. On est proche de la Grèce ici. La Bulgarie est un pays tout particulier pour les Grecs. A l’époque du communisme, la Bulgarie était un grand ennemi, l’ennemi absolu. Dans ma mémoire d’enfant, c’était un pays inquiétant… Alors que les Bulgares sont des gens formidables.

Vous avez réalisé Z en 1969 sur la dictature des colonels en Grèce et L’Aveu en 1970 sur la dictature communiste en Tchécoslovaquie, ces films restent ancrés dans les mémoires comme des critiques virulentes face aux régimes tant communistes que militaires. Quarante ans plus tard, quel message peut-on encore en tirer ?

K. C-G  : Je n’aime pas beaucoup le mot « message ». Quand on fait un film, on ne pense pas au message, on pense à montrer des gens. Par exemple, des gens qui promettent tout et qui font tout le contraire, comme les régimes communistes ou la dictature des colonels, en imposant une sorte de dictature agressive, sans liberté, ni facilité de vie.
C’est une période historique qui a évolué, je pense que ça n’existe plus en Europe. C’est un progrès extraordinaire. J’espère que l’Union Européenne se poursuivra et permettra à cette nouvelle situation politique de s’améliorer encore.

Avec Music Box, vous réalisiez un très beau film sur le mensonge et le révisionnisme. Quel regard portez-vous sur ce thème aujourd’hui ?

K. C-G : Le révisionnisme reste un thème permanent, on le voit avec l’extrême-droite en Grèce, en Allemagne, un peu en France. Mme Le Pen semble avoir changé, mais son père était ouvertement révisionniste. C’est inquiétant de constater que toutes les preuves parfois ne suffisent pas pour convaincre les hommes, pour leur faire sortir de leur idéologie et de leurs convictions absurdes racistes.

Vous êtes ce qu’on pourrait appeler un "réalisateur engagé". Stéphane Hessel, mort il y a quelques jours, demandait aux citoyens de "s’indigner". Est-ce que c’est un message que vous suivez ? Quels sont les sujets sur lesquels vous souhaitez vous "engager" ?

K. C-G : Je pense que c’est un bon message de s’indigner. Il faut s’indigner et résister. S’indigner contre les choses qu’on n’accepte pas. Résister, mais sans violence, car je crois que celle-ci produit un effet négatif, elle affaiblit ceux qui s’indignent.
Ce n’est pas le rôle du cinéma d’informer, mais celui des médias. Le cinéma a le rôle, non pas de prouver, mais de faire comprendre, par l’intermédiaire de la métaphore, de la suggestion. C’est au spectateur, ensuite, de poursuivre ou de ne pas poursuivre. C’est sa responsabilité.

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Dernière modification : 13/03/2013

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