Les crises ont toujours été des occasions d’avancer pour l’UE

Intervention de M. Xavier Lapeyre de Cabanes, ambassadeur de France en Bulgarie, lors de la table ronde « Dimensions internes et externes de la crise des réfugiés en Europe : crise de solidarité ou crise de la politique étrangère européenne ? », organisée par le Conseil européen pour les relations étrangères et la fondation Capital (Sofia, 24 novembre 2015).

Les crises ont toujours été en même temps des occasions d’avancer pour l’Union européenne.

Les attentats de Paris donnent une dimension nouvelle au combat contre un pseudo-Etat qui a les ambitions d’un Etat, mais des ambitions mondiales ou planétaires et qui a, en outre, une vision eschatologique : le but de Daech est la guerre, pour faire survenir le moment, soi-disant annoncé par le Coran, où les armées de l’Islam et celles des infidèles se rencontreront – et, naturellement, ce sont les « infidèles » qui seront défaits.

L’objectif de cet ennemi est donc de nous entraîner dans la guerre parce qu’il est persuadé qu’il en sortira vainqueur : nous connaissons ce genre de prophétie, ce n’est pas la première que l’histoire nous fournit – ce n’est pas la dernière non plus. Les motivations de l’ennemi doivent être connues pour que nous puissions le combattre efficacement.

En portant la « guerre » chez nous, directement, en France d’abord, Daech nous a confirmé que son ambition territoriale nous incluait : l’objectif de Daech est de nous détruire, au besoin de l’intérieur, en commençant par l’intérieur. Et ce « nous », ce n’est pas seulement la France, c’est l’ensemble de ceux qui ne sont pas soumis à ce prétendu califat – donc toute l’Europe. Les peuples d’Europe ne s’y sont pas trompés en faisant spontanément montre d’une grande solidarité à l’égard de la France, partout, dans toutes les capitales.

Daech se moque de nos réactions, de notre solidarité… parce qu’il est persuadé d’être victorieux à la fin : c’est Dieu qui le dit.

Il n’y a qu’une seule chose qui peut arrêter Daech et son idéologie : c’est la défaite.
Nous n’avons donc pas le choix : delenda est Cartago ; il faut détruire Daech. C’est le choix politique qui a été fait par le Président de la République française la semaine dernière.

Et le Président a analysé que les attentats de Paris sont une attaque contre toute l’Europe. C’est pourquoi mon pays a demandé, en invoquant l’article 42-7 du traité sur l’Union européenne, la solidarité politique de l’ensemble des autres Etats-membres.

A l’unanimité, les 27 partenaires de la France lui ont apporté leur soutien politique.
Voilà deux avancées : pour la première fois depuis l’adoption du traité de Lisbonne, l’article 42-7 est utilisé par un Etat et tous les Etats ont répondu de la même façon.
A présent, mon gouvernement va demander un soutien plus direct à chacun des Etats-membres, à ceux qui participent déjà à la coalition militaire contre Daech comme aux autres.

Nous avons donc une occasion unique de montrer que l’Union européenne n’est pas seulement une bourse à financer des infrastructures, mais qu’elle est un projet européen.

Par ailleurs, au conseil JAI extraordinaire de vendredi, les propositions françaises ont été validées par les Etats membres : PNR, législation européenne en matière d’armes à feu, renforcement des contrôles aux frontières extérieures…

Permettez-moi une remarque paradoxale pour terminer.

Il y a un pays qui s’oppose ouvertement à la progression de la construction européenne et qui souhaite que soit supprimée des traités la mention du but de cette construction, à savoir une « union sans cesse plus étroite entre les peuples ».
Or, le Premier ministre de ce pays était hier à Paris et il a déclaré, le premier de tous les Européens, qu’il soutenait les frappes aériennes menées par la France et sa « ferme conviction que le Royaume Uni doit faire de même », appelant à « une frontière extérieure de l’UE plus forte afin d’assurer plus efficacement notre sécurité avec des contrôlés de sécurité systématiques et un plus grand échange de données entre les Etats membres ».

Je vois, dans cet accord entre un Etat dont les citoyens seront appelés à dire, l’an prochain, s’ils veulent rester ou non dans l’Union européenne, et l’un des Etats membres les plus déterminés à renforcer l’unification politique du continent, un élément de nature à penser que l’Union va savoir profiter de cette crise./.

Dernière modification : 25/11/2015

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