Lundi 05 janvier

L’HOROSCOPE
L’ANNEE 2015 : PROSPERE OU DIFFICILE POUR L’ECONOMIE BULGARE ?

En début d’année, la presse fait traditionnellement place aux prévisions pour l’économie nationale.
Pour Capital Daily, c’est une « année « difficile, avec peu d’espoir » qui s’annonce. Face aux nombreux risques latents – déficits intérieurs, dette extérieure, crise russo-ukrainienne, insécurité des approvisionnements en gaz, problèmes au niveau des fonds européens, déflation, lent rétablissement de l’économie européenne – l’économie bulgare connaîtrait des difficultés à renouer avec la prospérité. Il faut ajouter à ce tableau tout en noir les séismes qui ont secoué le pays en 2014 et leurs effets néfastes – effondrement de la KTB, renflouement avec des fonds publics de la Fibank, déficit sans cesse croissant dans le secteur de l’énergie, modifications au sein du système des retraites menaçant le marché local des capitaux. Dans un tel contexte difficile, résume le journal, la stabilité politique serait primordiale pour la santé de l’économie. Mais si le gouvernement n’entame pas des réformes, le pays sombrerait dans l’immobilisme pour des années en avant.
Selon les prévisions du gouvernement bulgare, le taux de croissance en 2015 serait de 0,8%. Les attentes de la Commission européenne et de l’agence de notation Standard & Poor’s sont respectivement de 0,6% et de 0,5% – « un taux de croissance proche de l’erreur statistique », indique Capital Daily.
« Les prévisions pour 2015 ne sont pas bonnes. Mêmes les attentes les plus optimistes présagent soit un maintien, soit une très faible accélération des rythmes lents de développement », indique l’économiste Gueorgui Anguelov de l’Institut Open Society. Toutefois, il semble apercevoir une faible lueur d’espoir dans la baisse des taux d’intérêts qui pourrait encourager l’activité de crédit des banques et, donc, les investissements.
Les prévisions du ministère des finances pour 2015 envisagent une réduction du chômage en général. D’après l’économiste Latchezar Bogdanov d’Industry Watch, cette tendance s’était déjà fait sentir en 2014 grâce aux programmes d’« emploi subventionné ». Mais la moindre erreur ou retard dans le lancement des projets d’emploi subventionné pourrait renverser la tendance, prévient-il
L’économiste Peter Ganev de l’Institut de l’économie de marché se dit optimiste quant aux entreprises compétitives qui disposent de marchés et continueront à exporter en 2015. « L’économie réelle réussira à créer de nouveaux emplois. Mais l’économie distordue – l’économie d’Etat – aura des problèmes liés aux fonds européens bloqués, à la débilité politique, etc. », souligne-t-il.
Selon Monitor, pour la première fois depuis deux ans, 2015 peut s’avérer une année calme. Soulignant le déblocage des paiements européens et les prévisions d’un gouvernement stable, le journal en augure un retour de l’intérêt des investisseurs. « Le gouvernement doit maintenir sa pression sur les fonctionnaires de Bruxelles afin d’obtenir assez de fonds et du soutien politique pour terminer les projets d’interconnexion en matière d’énergie. Mais il serait bien de continuer à travailler avec les Russes sur la création d’un trajet beaucoup moins coûteux pour le gaz – via la Crimée », observe ce journal qui, en outre, salue sur un ton dithyrambique le « changement visible » dans l’attitude du premier ministre Boïko Borissov, gage de la stabilité du pays : « Il se comporte en réunificateur qui permet à tous les acteurs (parlement, gouvernement et institutions indépendantes) de changer et de se mettre à travailler dans l’intérêt général ». (Capital Daily, Sega, Monitor)

LA PROSPECTIVE
L’ANNEE POLITIQUE 2015

Les prévisions des observateurs politiques pour l’année 2015 sont contradictoires et conditionnelles. A l’issue d’une année de luttes politiques acharnées ayant creusé un abîme entre la société civile et les pouvoirs publics, les gouvernants et la société bulgares aspirent au rétablissement de la confiance et à la paix sociale. Or, cela paraît irréaliste dans la perspective des élections locales en automne prochain qui seront d’ailleurs décisives pour l’évolution de la situation politique en Bulgarie selon la majorité des sociologues et politologues, interviewée par Sega.
En effet, ce gouvernement éclectique, aussi fragile qu’il puisse paraître, est la seule formule réussie qui peut d’ailleurs s’avérer selon les observateurs plus stable que ce à quoi on s’attendait. Toutefois, des crises comme celle qui est survenue à la suite de la décision de modifier le dispositif des retraites tire le signal d’alarme. Le gouvernement est en mesure de s’autodétruire à tout moment soit de l’intérieur, soit de l’extérieur et de mettre ainsi fin aux espoirs de réforme. Borissov doit se rendre compte que le confort dans lequel il baignait lors de son premier mandat n’est plus possible. Les mouvements de protestation sont devenus partie intégrante de la vie politique et de la prise de décisions. Toute décision prise de manière occulte et mal communiquée risque de donner lieu à une réponse comme celle dont a fait l’objet la réforme des retraites. Par conséquent, ce gouvernement pourrait suivre le sort du gouvernement Orecharski, s’il ne se distinguait pas des pratiques de celui-ci.
Le processus de révélation des dépendances et de déchirement des liens entre le public et le privé est irréversible et se poursuivra jusqu’à ce que les institutions et les ressources publiques ne soient extraites des mains privées et mises au service de l’intérêt général, considèrent les analystes. En revanche, cela entraînerait l’effondrement brutal de l’économie et le collapse de l’actuel modèle politique.
Par ailleurs, il est difficile de dire si le premier ministre et ses ministres vont comprendre que les évènements dans le domaine des banques, de la santé, de la justice commencent à susciter des résistances et des ripostes, voir des séismes. Les observateurs voient Borissov dans son nouveau rôle de meneur de jeu animé par le désir d’assurer l’équilibre au sein de son gouvernement ainsi que d’un homme politique soucieux de l’Etat qu’il dirige. Or, ceux-ci ne perdent pas de vue sa deuxième face impliquant « les autoroutes », « les rubans », les matchs de foot de l’après-midi et les vantardises du genre « j’étais le plus fort de la bande, quand j’étais adolescent ». Laquelle de ces deux faces prendra le dessus ? La réponse à cette question est importante car elle conditionnera les succès et les échecs de ce gouvernement. Il est à voir si Borissov aura l’audace de procéder aux réformes les plus importantes et à la fois les plus difficiles, notamment celle de la justice, malgré les farouches résistances et les bouleversements que celles-ci pourraient susciter ou s’il se contentera de ne pas sortir de l’ornière confortable du statu quo tentant de concilier les intérêts de la société civile avec ceux des puissances mafieuses et oligarchiques ? Malheureusement, l’action en force dont les décideurs ont fait preuve afin d’imposer la réforme des retraites ne s’inscrit pas dans l’esprit de cette première hypothèse. (Capital Daily, Sega)

LA POLEMIQUE
ENDIGUER LES FLUX D’IMMIGRANTS CLANDESTINS : A QUI LA RESPONSABILITE ?

Dans son numéro de samedi, Troud donne tribune au ministre de l’intérieur Vesselin Voutchkov qui expose son point de vue sur l’obligation imposée à son ministère d’endiguer les flux d’immigrants clandestins sur la frontière avec la Turquie.
Qualifiant d’« aventure » l’opération spécialisée lancée en novembre 2013 par la police bulgare à la frontière bulgaro-turque, M. Voutchkov estime que le ministère de l’intérieur devrait y mettre fin le plus vite possible. « Même l’armée [bulgare] n’a pas connu, dans les vingt-cinq années dernières, une mobilisation d’une telle ampleur […] Il y a 14 mois, la direction du ministère de l’intérieur a décidé d’envoyer à la frontière 900 policiers de tout le pays [à l’exception de la direction de Sofia-ville]. Ensuite, 500 agents de la police aux frontières (PAF) ont été redirigés vers la frontière turque. Et tout cela, sans préparation sérieuse des effectifs, sans mise en place de moyens logistiques, sans matériel de transport adéquat », souligne le ministre.
Les effets de cette « aventure » n’ont pas tardé à se manifester – absence de sécurité au travail pour les policiers détachés à la frontière et absence de policiers dans les villes et à la campagne.
Après avoir analysé les rapports soumis par plusieurs groupes de travail, la direction du ministère de l’intérieur a conclu que l’opération spécialisée ne répondait plus ni par sa forme, ni par son contenu à l’objectif visé. Pour remédier au problème de l’immigration clandestine, le 23 décembre dernier, le ministère a proposé au gouvernement quatre solutions : poursuivre la construction de la clôture de barbelés sur 131 km de la frontière terrestre afin de réduire la pression migratoire et réorienter les immigrants clandestins vers les postes-frontière ; construire une infrastructure routière adéquate le long de la frontière, susceptible de permettre aux policiers de se déplacer en toute sécurité pour appréhender les clandestins (il s’agit de près de 110 km de routes et d’un investissement de près de 2,2 millions de leva) ; demander à l’armée bulgare d’assurer le matériel de transport nécessaire ; engager à titre temporaire 700 nouveaux agents au sein de la PAF qui peuvent être recrutés parmi d’anciens cadres de l’armée ou de la police.
« La décision d’arrêter par étapes le détachement de policiers bulgares à la frontière bulgaro-turque est inébranlable parce que les risques permanents d’accidents tragiques sont inacceptables », souligne le ministre. D’ici mi-janvier, seuls des agents de la PAF et des policiers relevant de directions limitrophes de la police continueront à patrouiller le long de la frontière turque. En outre, des agents et du matériel du ministère de la défense devraient être intégrés à ces patrouilles, conclut M. Voutchkov.
Les propositions du ministre de l’intérieur n’ont pas suscité d’approbation auprès du ministère de la défense, indique Mediapool. Selon le ministre de la défense Nikolaï Nentchev, il n’y a pas de fondement législatif susceptible de justifier l’envoi de militaires bulgares à la frontière. En revanche, l’armée serait prête à participer avec du matériel de transport au maintien de l’ordre dans les zones de passage d’immigrés clandestins.
La proposition visant la poursuite de l’érection de la clôture sur 131 km de la frontière [actuellement, il n’y a que 30 km d’achevés] paraît aussi mal fondée faute de financement et le ministère de la défense n’est pas prêt à s’en charger. Selon M. Nentchev, cette responsabilité pourrait être partagée soit entre le ministère de l’intérieur et celui du développement régional, soit entre les gouverneurs des régions concernées.
« Nous devons renforcer nos relations avec la Commission européenne – il faut beaucoup plus de professionnalisme et une meilleure interaction avec les autres Etats membres et leurs services », a déclaré la vice-premier ministre Meglena Kouneva sur la radio nationale. La Bulgarie demande depuis des mois la signature d’un accord tripartite avec la Turquie et la Grèce en matière d’immigration illégale.
Le président de la commission parlementaire de la défense Mikho Mikhov (ABC) a parlé, pour sa part, d’une répartition claire des responsabilités entre les institutions impliquées dans la protection de la sécurité nationale. « Il nous faut une loi fondamentale régissant la sécurité nationale, une loi susceptible de subordonner les structures d’organisation et les éléments relevant de cette sécurité ». Selon lui, dans le contexte actuel, la PAF est la mieux préparée à garder la frontière et la participation de l’armée ne devrait être que logistique. (Troud, mediapool.bg)

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Dernière modification : 06/01/2015

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