Lundi 06 octobre

LE SCRUTIN

UNE ASSEMBLEE BIGARREE : HUIT PARTIS FRANCHISSENT LE SEUIL PARLEMENTAIRE

La 43e Assemblée nationale, qui sera formée sur la base des résultats du scrutin tenu hier, 5 octobre, comptera huit formations politiques en son sein.
6,8 millions d’électeurs étaient appelés à faire leur choix parmi 18 partis, 7 coalitions et 3 candidats indépendants. Le taux d’activité enregistrée à la fin du scrutin était de 49% ou 3,6 millions de personnes. La moitié des gens qui se sont rendus aux urnes ont recouru au vote préférentiel pour réarranger l’ordre des candidats sur les listes de parti (d’après Sega).
Selon les données après le dépouillement de 97,2%% des procès-verbaux dressés par les bureaux de vote, le GERB obtient 32,66% des votes exprimés. Suivent après le PSB (en coalition) et le MDL avec un score très rapproché : 15,34% et 14,79% respectivement.
La quatrième force politique qui émerge du scrutin est le Bloc réformateur (coalition de cinq partis de droite) : 8,92%. Les autres sièges parlementaires seront partagés entre le Front patriotique, coalition nationaliste (7,3%), Bulgarie sans censure, en coalition (5,69%), Ataka (4,53%) et ABC (4,16%).
Le scrutin à l’étranger a été dépouillé à 87,1%, annonce ce matin la Commission électorale centrale (CEC). Les citoyens bulgares à l’étranger ont soutenu massivement le MDL (47,49%), le GERB (25,72%) et le Bloc réformateur (10,3%).
Parmi les formations n’ayant pu entrer au parlement, il n’y aura très probablement que deux partis qui franchiront le seuil de 1% des votes recueillis, ce qui leur permettra de s’assurer une subvention de la part de l’Etat. Ce sont le Mouvement 21 de l’ancienne députée PSB Tatiana Dontcheva (1,22%) et Voix du peuple du chanteur Svetoslav Vitkov (1,16%). Les partis restant au-dessous de la barre de 1% engrangent ensemble près de 6% des votes.
L’analyse géographique des résultats du scrutin montre que le GERB arrive en tête dans toutes les circonscriptions électorales dans le pays, à l’exception de cinq où triomphe le MDL (Kardjali, Razgrad, Silistra, Targovichté et Choumen).
Le recensement par groupes d’âge des électeurs montre que les plus actifs étaient ceux de plus de 65 ans. Les plus passifs se sont montrés les jeunes de 18 à 25 ans.
L’enseignement tiré par Capital Daily des résultats du scrutin se résume en un mot : vote-sanction. Les électeurs ont exprimé leur rejet de la cavalcade au pouvoir des grands partis au cours des cinq dernières années ; l’entrée au parlement de quatre nouvelles formations – Bloc réformateur, Bulgarie sans censure, Front patriotique et ABC – montre que les citoyens se sont rendus aux urnes pour protester contre le statu quo. (www.cik.bg, tous journaux, mediapool.bg)

LES HYPOTHESES

LA FRAGMENTATION EXTREME DE LA NOUVELLE ASSEMBLEE NATIONALE SEMBLE PRESAGER UN GOUVERNEMENT INSTABLE

Le GERB tentera de former un gouvernement minoritaire avec en tête le leader de ce parti Boïko Borissov, annonce aujourd’hui Mediapool.bg. La nouvelle, lancée par Roumiana Batchvarova de la commission exécutive de ce parti lors d’une conférence de presse officielle, a été présentée comme « l’unique compromis » que le GERB soit prêt à faire. « Nous ferons tout notre possible d’obtenir un soutien maximal à hauteur de 120 députés pour former un gouvernement minoritaire. Mais le risque sera beaucoup trop grand au-dessous de 110 députés », a précisé Mme Batchvarova.
Selon elle, les « conditions » formulées par le Bloc réformateur pendant la campagne électorale et visant la composition du nouveau gouvernement, sont inacceptables (voir notre revue du 11 septembre).
« Le GERB assumera ses responsabilités pour former un cabinet, mais ne participera pas à tout prix au pouvoir », a souligné Tomislav Dontchev, un des eurodéputés de ce parti.
Quelles sont les autres hypothèses pour la formation du nouveau gouvernement ? La fragmentation excessive des sièges au parlement montre qu’un gouvernement majoritaire devrait bénéficier de l’appui d’au moins trois forces parlementaires, ce qui présage des négociations difficiles et des lendemains peu radieux pour les nouveaux gouvernants, estime Capital Daily.
D’après les déclarations faites par le leader des socialistes, Mikhaïl Mikov, lors d’une conférence de presse, le PSB choisira l’opposition. Reconnaissant la « grave défaite électorale » essuyée par son parti (le résultat le plus bas depuis les premières élections démocratiques en 1990), M. Mikov a assuré que les socialistes formeront une opposition constructive et loyale et soutiendront au parlement « toute décision nationalement responsable et nécessaire ».
Le MDL a su sortir indemne de sa participation au gouvernement Orecharski et des scandales déclenchés par la personnalité de son député Delian Peevski. Il améliore son score par rapport aux dernières élections législatives (2013) et se dit prêt à soutenir tout gouvernement qui réhabilitera l’image de la Bulgarie en tant que membre de l’EU et de l’OTAN. Selon Lioutvi Mestan, cité par 24 Tchassa, son parti choisira entre programmes, priorités et valeurs et non entre personnalités. Il est possible de former au parlement une majorité arithmétique en excluant le MDL ; mais il est impensable d’avoir une majorité de valeur sans le MDL, a-t-il souligné.
De son côté, cependant, le GERB a fait savoir qu’une alliance avec le MDL n’est pas envisageable, étant donné la sulfureuse réputation depuis des années du mouvement en tant que partenaire de coalition.
Le Bloc réformateur, ayant enregistré un succès encourageant après une campagne électorale minée de luttes intestines, semble devenir incontournable dans les supputations visant à la formation d’un gouvernement stable. « Nous ne posons pas d’ultimatums, il faut voir ce que le GERB va proposer », a déclaré Bojidar Loukarski dans la nuit après les élections. Mais selon Radan Kanev, les réformateurs ne participeront pas à une coalition GERB-PSB.
Si le GERB décide de s’allier avec les réformateurs, estime Capital Daily, un troisième partenaire possible pourrait être le Front patriotique (une coalition de 14 formations créée autour du Front national pour le salut de la Bulgarie et de l’ORIM). Mais les pourparlers ne seront pas faciles : dès maintenant l’ORIM ne cache pas son animosité envers un des membres du Bloc réformateur, à savoir le Parti populaire « Liberté et dignité » de Kassim Dal et Korman Ismaïlov (anciens députés MDL) qui entend concurrencer le MDL dans la représentation de la minorité turque.
Une alliance avec Bulgarie sans censure de Nikolaï Barekov ne serait non plus envisageable, observe le même journal : un mix entre Boïko Borissov, populisme et nationalisme serait très instable et dépourvu de toute légitimité.
ABC, déclare aujourd’hui son leader Gueorgui Parvanov (président de la république 2002-2012) lors d’une conférence de presse, est ouvert à un partenariat constructif avec les forces parlementaires ; le parti est prêt à participer à des négociations sur la formation d’un gouvernement.
Selon M. Parvanov, tous les partis parlementaires doivent s’unir autour les priorités qui aideront la Bulgarie à sortir de la crise. Les sujets sur lesquels on pourrait chercher une réconciliation nationale serait le collectif budgétaire 2014, l’adoption de la loi de finances 2015, les problèmes dans le secteur de l’énergie, la stabilisation du secteur bancaire après la crise de la KTB, l’encouragement des entreprises, ainsi que des mesures sociales. Interrogée sur l’éventualité d’une coalition avec le GERB, M. Parvanov a répondu : « L’initiative appartient au vainqueur ; nous n’allons pas nous offrir ». (www.cik.bg, tous journaux, mediapool.bg)

LA DENONCIATION

TENTATIVES DE VOTE CONTRÔLÉ ET VIOLATIONS DU PROCESSUS ELECTORAL

La presse rend compte à chaud de fraudes et de manquements affectant la qualité et la sincérité du processus électoral.
Le jour du scrutin, de nombreux signalements et plaintes étaient adressés à partir du territoire national et de l’étranger à la Commission électorale centrale (170) et au ministère de l’Intérieur (200). Le plus souvent, des électeurs signalaient des cas de propagande électorale de la part de candidats aux élections, d’instructions données aux électeurs par les commissions dans les bureaux de vote de ne rien marquer dans la partie droite du bulletin de vote (c’est-à-dire de ne pas avoir recours au vote préférentiel), de manipulations ou tentatives de contrôle du vote. Plus de 70 enquêtes préliminaires ont été ouvertes, selon des sources du parquet.
Selon le politologue Ognian Mintchev, la moitié des infractions le jour du scrutin seraient dues à des problèmes d’organisation et à la faible formation des membres des commissions électorales dans les bureaux de vote. Son association Transparency International signale, en outre, une augmentation des cas d’achats de voix par rapport aux niveaux de ce phénomène constatés lors des élections antérieures. Les petits partis auraient concentré les achats de voix.
Trois condamnations ont été prononcées en référé pour incitation à voter en faveur d’un parti. Des peines de probation ont été imposées.
Des achats de voix dans le quartier rom de Kioustendil ont mené à l’ouverture d’enquêtes par le parquet.
Selon le leader d’ABC, Gueorgui Parvanov, à l’étape actuelle on ne saurait prétendre que les élections aient été équitables et démocratiques. Au contraire, de nombreuses données témoignent d’un « processus à grande échelle d’achat de voix organisé dans des régions entières par quelques partis dont notamment un parti qui se vante d’avoir élargi son influence auprès de l’ethnie rom » (cité d’après Sega qui identifie ce parti comme étant le MDL).
Le village de Dolni Tsibar (région de Montana), en majorité peuplé par des Roms, a boycotté le suffrage en signe de protestation. Quelques jours avant le scrutin, des gardes champêtres avaient tabassé les habitants locaux sur des soupçons de vol de maïs. « Les gens sont désespérés et pleins de rage. Ils n’ont pas de travail depuis des années et émigrent à l’étranger. Et quand on les agresse, il n’y a personne pour les protéger », a expliqué le maire (tous journaux).

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Dernière modification : 06/10/2014

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