Lundi 09 mai

L’actualité

Un veto présidentiel sur certains amendements au Code électoral redistribue les cartes au sein de la majorité

Le président de la République va opposer son veto à certaines dispositions récentes du Code électoral limitant les droits de vote des Bulgares à l’étranger (voir notre revue du 5 mai), a annoncé ce week-end son service de presse.

Les règles électorales n’ont pas pour objectif d’assurer l’équilibre entre les partis politiques au Parlement, mais de créer le maximum de possibilités pour les citoyens de choisir ceux qui vont les représenter, estime M. Plevneliev selon le communiqué officiel. Saluant toute modification démocratique du Code électoral, le président s’oppose cependant au « traitement inéquitable des citoyens bulgares établis à l’étranger ».

Appréciant positivement l’introduction du vote électronique, il dirige tout spécialement ses critiques contre le nouvel article 14 du Code électoral qui « crée de l’inégalité entre les citoyens bulgares en matière de droits de vote, en fonction de leur situation individuelle, à savoir s’ils vivent ou non à l’étranger. Alors que conformément à l’art. 6 de la Constitution, tous les citoyens demeurent égaux devant la loi ».

Le président voit, en outre, de l’incohérence dans le traitement différent des citoyens bulgares résidant dans des villes de l’UE où il n’y a pas d’ambassade ou de consulat bulgare (selon l’alinéa 2 de l’art. 14 y pourront être ouverts des bureaux de vote en nombre illimité à condition qu’il y ait au moins 100 demandes d’électeurs) et de ceux établis dans un pays non membre de l’UE. Ces derniers ne pourront demander l’ouverture de bureaux de vote que dans des villes de plus d’un million d’habitants. « L’Etat bulgare doit à ses citoyens, où qu’ils se trouvent dans le monde, des règles électorales susceptibles de les motiver à voter, sans leur créer des entraves », indique le président tout en se disant prêt, au cas où l’Assemblée nationale rejette son veto, à saisir la Cour constitutionnelle.

« Le sens de la politique est de conférer du pouvoir aux citoyens, de créer une société éclairée, libre et tolérante. Etre patriote, c’est aimer sa patrie et croire dans les valeurs démocratiques et universelles, à la différence du faux nationaliste qui ne sait que haïr et restreindre les droits d’autrui », avait déclaré le président Plevneliev un peu plus tôt, dans son allocution à l’occasion de la fête de l’armée. Cette attaque visiblement adressée au Front patriotique, porteur de l’amendement controversé, lui a valu immédiatement une riposte cinglante. Répétant sa thèse que l’objectif de cet amendement était de contrecarrer l’ingérence de la Turquie dans le scrutin national, l’ORIM, l’une des composantes du FP, a accusé le chef de l’Etat de prendre une position « irresponsable, inacceptable et dangereuse pour la sécurité nationale ». Selon Valeri Simeonov, co-président du FP, M. Plevneliev a visiblement décidé de briguer un second mandat et cherche l’appui du MDL, une « haute trahison commise au nom de ses propres ambitions politiques ».

Entre-temps, les consultations en vue d’un réexamen par les députés des dispositions relatives au scrutin à l’étranger vont bon train sous la houlette de la médiatrice de la République Maya Manolova. Des rencontres sont tenues aujourd’hui avec ABC, le Bloc réformateur et le PSB. Toutefois, la décision majeure devrait venir du GERB dont le groupe parlementaire se réunira demain. Après avoir expliqué la semaine dernière que le soutien de son parti à un amendement discutable répondait au souci de préserver la solidité de la coalition au pouvoir, hier M. Borissov a changé de pied. « Il serait dommage que notre image de parti éminemment démocratique pâtisse d’accusations selon lesquelles nous aurions restreint ces droits », a-t-il déclaré. « S’il faut choisir entre la stabilité d’un côté et la démocratie et les droits des citoyens de l’autre, je choisirai la démocratie et les droits », a-t-il martelé devant des journalistes. « Il y a des solutions possibles, la Commission électorale centrale pourrait par exemple déléguer au conseil des ministres la compétence de décider où ouvrir des bureaux de vote. Je ne sais pas si une telle solution est cohérente du point de vue juridique, mais je suis prêt à assumer cette responsabilité », a-t-il indiqué.

La radio nationale a informé qu’une pétition circulait actuellement entre les expatriés bulgares en Europe occidentale, aux Etats Unis et en Turquie. Appelant au rejet des dispositions discriminatoires, elle sera adressée au président de la République, à la présidente de l’Assemblée nationale et au premier ministre.

Pour rejeter le veto présidentiel, les courants favorables à cette réforme devront réunir au moins 121 voix à l’assemblée. Parmi les adversaires des nouvelles dispositions figurent le MDL, M. Lioutvi Mestan et les affiliés au nouveau parti DOST, ABC, des députés du BR et du PSB. Le MDL demande également que le président mette son veto aux dispositions introduisant le vote obligatoire. (www.president.bg, tous journaux, mediapool.bg)

Le lifting

Kornelia Ninova est le nouveau leadeur du PSB

Kornelia Ninova est la nouvelle présidente du Parti socialiste bulgare (PSB) et la première femme à la tête de ce parti depuis 125 ans. Deuxième au premier tour avec 280 voix contre 329 pour le président sortant, Michaïl Mikov, qu’elle a finalement devancé au ballotage de 46 voix, elle a triomphé à l’issue des deux jours du 49ème congrès du PSB qui s’est tenu samedi et dimanche à la salle une du Palais national de la culture (NDK). Avant même que les résultats officiels ne soient annoncés, les délégués l’ont applaudie en criant « victoire » et en la couvrant de fleurs.

« Je vous remercie de la confiance. Je ne vous décevrai pas. Je ne vous trahirai pas. Ensemble nous changerons le PSB, nous le rendrons plus uni afin de constituer la force capable d’unir la Bulgarie », a déclaré après son élection Mme Ninova.

Cet avènement au trône du parti centenaire de Kornelia Ninova, constitue-t-il un changement ou il s’agit du « lifting », se demandent sociologues, analystes et journalistes dans la presse d’aujourd’hui.

« Malheureusement, l’élection de Kornelia Ninova n’est porteuse d’aucun nouveau souffle dans la mesure où elle s’inscrit dans la logique d’évolution du parti socialiste pendant les 10 dernières années. Ce nouveau visage du parti n’est rien d’autre que le produit de tout le parcours du parti depuis Parvanov et Stanichev (anciens président du PSB), de ses liens de dépendance et de ses problèmes » répond Christo Christev, ancien vice-président des jeunes socialistes (2000-2006) et membre de l’organisation de la jeunesse du Parti des socialistes européens (2004-2009), ayant démissionné du PSB en 2007 avec d’autres membres du parti à cause de son désaccord avec la politique de Sergueï Stanichev.

Qui est-elle ? Diplômée de la faculté de droit de l’Université de Sofia, Mme Ninova devient juge-junior au TGI de Sofia (1995), puis conseillère juridique à la municipalité de Sofia (1995-1996), enquêteur au service d’instruction de Sofia (1996-1997) et conseillère juridique à la BTK. Sa carrière prend son élan en 1997 sous le gouvernement d’Ivan Kostov lorsqu’elle devient directrice générale de Technoimpex et de Technoimportexport, entreprises publiques à la privatisation desquelles elle a participé. « C’est ce schéma, lié selon les mauvaises langues à certains cercles de l’ancienne Sûreté d’Etat et à la nomenclature communiste, qui lui a sans doute permis d’acquérir l’expertise nécessaire en matière de management dans le domaine de l’économie », ironise M. Christev.

En dépit de ses liens avec l’Union des forces démocratiques (la droite) et le gouvernement d’Ivan Kostov (1997-2001), elle devient membre du PSB en 2003, « alors que ce parti n’était pas au pouvoir et pas à cause du pouvoir » (précise-t-elle) et deux ans plus tard vice-ministre de l’économie et de l’énergie (2005-2007), chargée de la politique économique extérieure. En 2005, cette adjointe de Roumen Ovtcharov, ministre de l’économie et de l’énergie, devient présidente du Conseil d’administration de Bulgartabac Holding SA et assure la supervision de l’industrie militaire et de la foire internationale à Plovdiv. Pendant cette même période son nom est impliqué dans plusieurs scandales dont une accusation de trafic d’influence dans le cadre de l’enquête ouverte à l’encontre de l’ancien directeur du Chauffage de Sofia, Valentin Dimitrov, et de l’homme d’affaires Krassimir Gueorguiev, proche de Roumen Ovtcharov. Des communications entre la vice-ministre Ninova et Tatiana Charlandjieva, chargée de l’enquête contre ledit homme d’affaires, poursuivi pour blanchiment d’argent, sont interceptées et alimentent le doute sur l’influence exercée par la vice-ministre sur l’évolution de ladite enquête. Un scandale qui l’oblige à démissionner de son poste de vice-ministre mais ne l’empêche pas d’intégrer la direction du PSB et de conserver une position éligible dans les listes de ce parti à chaque échéance électorale.

« On peut en conclure que l’élection de Kornelia Ninova à la tête du PSB est le résultat de ses qualités personnelles mais également des marchés conclus entre certains lobbys au sein et à l’extérieur du PSB afin de se débarrasser de Michaïl Mikov. On ne peut donc pas s’attendre à un changement », observe M. Christev.

Selon les sociologues le remplacement de M. Mikov par Mme Ninova constitue une tentative de ranimer le parti. Ils prévoient une éventuelle ouverture du PSB à l’espace gauche et au centre. Parvan Simeonov, directeur de Gallup International Bulgarie, considère que l’objectif poursuivi tant par le président sortant que par la nouvelle présidente est une collaboration plus étroite avec le GERB. En revanche, le sociologue Iouriï Asslanov, membre du Conseil national du PSB impliqué dans la campagne de Mme Ninova, considère que celle-ci renforcera sa politique d’opposition aux partis au pouvoir. (tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg, terminal3.bg)

L’accord

Sofia et Ankara ont signé un protocole bilatéral relatif à l’application de l’accord de renvoi vers la Turquie de tous les migrants en transit

La Bulgarie a été le premier pays membre de l’UE à signer avec la Turquie un protocole bilatéral d’application de l’accord général prévoyant le renvoi des migrants entrés en Europe vers la Turquie.

Cet accord, qui avait été signé entre l’UE et Ankara au mois de mars, prévoit également que pour chaque Syrien renvoyé vers la Turquie, un autre Syrien soit réinstallé depuis la Turquie vers l’UE (voir la revue du 21 mars). Le protocole d’application a été signé jeudi dernier à Ankara par Roumiana Batchvarova, ministre de l’intérieur et son homologue turc, Efkan Ala.

Le but principal de la signature de ce protocole est d’assurer le renvoi vers la Turquie des migrants qui sont entrés clandestinement en Bulgarie ainsi que de lutter contre les trafiquants de migrants et de couper les voies de passage clandestin, explique Mediapool. Mme Batchvarova a souligné que ce protocole donnera des résultats réels qui sont dans l’intérêt des deux pays. Cette signature prouve que Sofia et Ankara partagent la volonté de répondre par des mesures communes à la crise migratoire et d’envoyer un message fort aux migrants et aux trafiquants, a ajouté la ministre.

Elle a informé que la pression migratoire vers la Bulgarie a baissé de 20% lors des trois derniers mois suite aux mesures communes. Mme Batchvarova a également rappelé le projet de création d’un centre tripartite pour la coopération policière et douanière entre la Bulgarie, la Turquie et la Grèce.

Cependant le premier ministre a appelé les autres pays de l’Est de l’UE qui refusent le plan européen de partage de réfugiés à plus de solidarité tout en réaffirmant son engagement à accueillir le quota de migrants prévu par ce système de répartition. Le quota attribué à la Bulgarie est de 1 200 migrants.

Dans un entretien à l’AFP, repris par les médias bulgares, Boïko Borissov a souligné que la solidarité ne pouvait pas être à sens unique pour « les pays qui, comme nous, comptent sur la solidarité européenne » en matière de fonds structurels. « Nous sommes heureux quand de l’argent est versé » pour le développement des Etats les plus pauvres de l’UE mais en retour, quand les pays les plus riches « ont un problème parce que le flux migratoire se dirige chez eux, nous aussi devons faire preuve de solidarité et d’entraide », a insisté M. Borissov. Mais jusqu’à présent uniquement deux Irakiens sont venus dans le pays et l’un en est reparti, a-t-il indiqué.

Alors que la Bulgarie craint de devenir un lieu de passage des migrants depuis la fermeture de la route des Balkans occidentaux, rien n’indique à ce stade, selon le premier ministre, une hausse de la pression migratoire. « Aujourd’hui la Bulgarie protège très bien les frontières de l’espace Schengen », dont elle ne fait pourtant pas partie, a souligné M. Borissov en faisant de nouveau un lien entre la protection de la frontière et l’adhésion du pays à cet espace. (mediapool.bg, dnevnik.bg, afp.com)

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Dernière modification : 09/05/2016

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