Lundi 1 février

L’éviction

Le ministre de l’éducation contraint à la démission après la querelle sémantique sur les programmes scolaires

Todor Tanev, ministre de l’éducation nationale, a donné sa démission, quatre jours après qu’il avait appris par la presse que le premier ministre Borissov la lui demandait « à cause de problèmes se manifestant de manière systémique au sein du ministère et du secteur de l’éducation ». Dans le communiqué de presse que le Conseil des ministres diffusait, jeudi, 28 janvier, tout juste un jour après la publication du rapport de la Commission européenne, le premier ministre précisait qu’ « il était inadmissible que des changements dans le domaine de l’éducation nationale soient effectuées avant d’être soumis à une large consultation publique ». Il appelait aussi que le Bloc réformateur lui soumette « d’ici la fin de la journée une nouvelle équipe politique susceptible de poursuivre la réforme ».

« J’étais sur le point de mettre fin à de très graves schémas de corruption qui existaient au ministère de l’éducation. Nous payons 20 millions de leva par an pour des manuels scolaires, conçus toujours par les mêmes auteurs liés avec le ministère et puis leur demandons de se les évaluer. C’est monstrueux. Je n’ai pas voulu y participer et je suis devenu gênant », a réagi le ministre, interrogé sur les motifs de sa disgrâce. Concernant « les changements inadmissibles » auxquels le communiqué de presse faisait allusion, il a précisé que les nouveaux programmes scolaires dont la mise en œuvre lui incombait étaient déjà élaborés il y a trois ans et que selon les annales du ministère, entre 400 et 500 enseignants avaient été consultés.

Sega précise que « ces nouveaux programmes scolaires dont la mise en œuvre a donné lieu à des scandales » avaient été élaborés par l’équipe du premier gouvernement Borissov, dont le ministre de l’éducation, Sergueï Ignatov, et la vice-ministre, Milena Damianova, actuellement, présidente de la commission parlementaire de l’éducation, parmi les premiers critiques du ministre Tanev. Ces mêmes programmes contenaient le mot fatal « cohabitation » dans le contexte du thème relatif « aux exemples de cohabitation entre les traditions des chrétiens et de musulmans dans le quotidien des Bulgares : fêtes et rites, habitats, vestimentaire et culinaire ». Un contexte complètement différent du thème de la domination ottomane mis en avant pour justifier le renvoi de M. Tanev, et qui a fait l’objet de beaucoup de spéculations, précise Capital. Des spéculations entretenues y compris par le premier ministre qui a regretté, à l’issue de son entretien avec M. Tanev, « qu’un érudit, excellent expert, coryphée dans son domaine ne puisse pas communiquer et se permette de parler de ‘cohabitation’ et de ‘compatibilité’ - des choses qui font partie de la mémoire de chaque Bulgare, alors que cela suscite au moins des aspirations nationalistes, voire l’agressivité . ”

« Celui qui tente des réformes, en devient la victime », commente la presse bulgare après la troisième démission de ministre demandée par le cabinet Borissov au nom du statu quo [après celles du ministre de l’intérieur Vesselin Voutchkov et du ministre de la justice Christo Ivanov]. Le ministre Tanev a ainsi payé le prix pour la peur et l’incompétence de ses quatre prédécesseurs. Sa démission permet de les exonérer de leur incapacité à réformer le secteur de l’éducation.

Selon Daniel Smilov, politologue, deux facteurs ont contribué à ce qu’on réponde aux problèmes dans le domaine de la justice par la démission … du ministre de l’éducation : la domination [ottomane] et les médias bulgares (dont des grandes chaînes de télévision). Une coalition de médias s’est donné beaucoup de mal pour sauver la thèse de « la domination » [ottomane] mais n’a accordé que cinq minutes au rapport de la Commission européenne et a omis de voir que Roumiana Tchenalova, ancienne magistrate, venait d’accuser le procureur général d’abus de pouvoir.

Enfin, Ioulian Popov, journaliste, écrivain et ancien ministre de l’environnement et de l’eau (gouvernement intérimaire de Marin Raïkov) a ainsi résumé la situation sur sa page Facebook : « C’est à cause du rapport de la Commission, du retard de la réforme judiciaire, de l’assassinat du couturier Antov et des chutes abondantes de neige qu’on demande la démission du ministre de l’éducation. Ainsi va la politique ».

Aujourd’hui, un deuxième communiqué de presse du premier ministre a informé de la nomination de Meglena Kouneva, vice-première ministre, au poste de ministre de l’éducation, resté vacant après la démission déposée par le ministre Tanev plus tôt dans la journée. La candidature de Mme Kouneva sera soumise à l’Assemblée nationale mercredi, alors que l’ancien ministre Tanev deviendra conseiller du premier ministre. ( tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg)

La visite

Convergences entre les premiers ministres hongrois et bulgares sur la question de la gestion des frontières et de la crise migratoire

La presse revient sur la visite du premier ministre hongrois Viktor Orbán les 28 et 29 janvier en Bulgarie. La crise des réfugiés était au centre de l’entretien entre les deux chefs de gouvernement. Mediapool synthétise les propos tenus par les deux politiciens lors de leur conférence de presse : « Borissov et Orbán veulent fermer l’Europe pour les réfugiés ». « Orbán : la Bulgarie et l’ARYM doivent construire une clôture à leur frontière avec la Grèce », renchérit Dnevnik.

Ce journal explique que M. Orbán a effectué cette visite pour faire de la Bulgarie son allié et essayer de convaincre Sofia de soutenir son « plan B » pour la gestion de la crise des migrants. Budapest avait lancé l’idée de déplacer la frontière sud de l’espace Schengen au nord de la Grèce. M. Orbán et son ministre des affaires étrangères Péter Szijjártó (qui était également en visite en Bulgarie au mois de janvier) ont plaidé pour la mise en place d’une « ligne de défense » le long des frontières nord de ce pays avec l’ARYM et la Bulgarie.

Lors de sa visite, M. Orbán a fait le lien entre cette idée et l’adhésion de la Bulgarie à l’espace Schengen. En s’attaquant au « manque de respect mutuel au sein de l’UE » et au « double standard de Bruxelles envers la Bulgarie », il a souligné que le pays a réalisé le meilleur travail en termes de protection de ses frontières et doit être admis à l’espace Schengen. « C’est, bien sûr, une toute autre question de savoir si vous seriez d’accord d’adhérer à une institution qui est en train de mourir », a-t-il lancé au premier ministre bulgare et aux journalistes présents à la conférence de presse. En soulignant la capacité de Sofia de garder ses frontières des migrants, M. Orbán s’est référé également aux résultats du gouvernement dans la lutte contre la contrebande. La Bulgarie est le champion d’Europe et même, peut-être, du monde en termes de lutte contre la contrebande et contre le trafic d’êtres humains, selon ses propos. Une adhésion du pays à Schengen renfoncerait sa capacité de protéger les frontières de l’UE et de faire face à la crise des réfugiés.

De son côté, le premier ministre bulgare a de nouveau appelé à la fermeture des frontières de l’UE jusqu’à l’intégration des réfugiés qui se trouvent à présent en Europe. M. Borissov avait déjà durci le ton lors de la séance de questions-éclair à l’Assemblée nationale en janvier quand il avait insisté pour que l’Europe ferme immédiatement ses frontières et accueille sur son territoire uniquement les gens qui fuient la guerre (voir notre revue du 14 janvier). M. Borissov a soutenu les mesures entreprises par son homologue hongrois dans la gestion de la crise des réfugiés : « Pendant des mois il était montré de doigt et maintenant, en quelque semaine, sept pays ont suivi son exemple ». La différence entre la Bulgarie et la Hongrie est que M. Orbán est allé « plus loin » et a concrétisé plus vite dans sa décision de construire une clôture.

M. Orbán a invité son homologue bulgare à participer dans la réunion des pays du groupe de Visegrád (République tchèque, Hongrie, Slovaquie, Pologne) qui aura lieu le 15 février. A Prague, 3 jours avant la réunion du Conseil européen, les quatre pays essayeront d’élaborer une position commune sur la crise des réfugies. (tous journaux)

L’entente

Y a-t-il une concurrence faussée sur le marché des carburants ?

Tandis que les prix des carburants chutent dans le monde, ceux en Bulgarie restent stables. Les suspicions de collusion sur le marché des carburants deviennent de plus en plus lourdes.

Le président de l’Agence des doaunes, Vanio Tanov, ne cache pas sa conviction qu’il existe une entente entre producteurs et distributeurs de carburants sur le marché bulgare en vue de la fixation des prix. Selon lui, c’est la seule explication valable au fait que les prix aux stations-services ne réagissent presque pas aux baisses spectaculaires sur le marché international. « Je continue à penser qu’il existe une entente sur ce marché… Il n’y a pas de raisons objectives susceptibles d’expliquer les prix tels qu’ils sont aujourd’hui dans les stations-services », déclare-t-il dans une interview sur Nova TV. Si quelqu’un ose baisser les prix dans tout le pays, comme M. Marechki l’a fait à Varna, il risque d’avoir beaucoup d’ennuis, souligne le chef des douanes. « Ce n’est pas possible qu’un commerçant brade les prix et que les autres acceptent cela sans s’y opposer. Les monopoles utilisent tous les moyens. La concurrence doit être étouffée ».

Les propos de M. Tanov évoquent l’homme d’affaires Vesselin Marechki, propriétaire d’une chaîne de pharmacies pratiquant des prix particulièrement bas de gamme, ayant ouvert en automne dernier sa première station-service, à Varna, où les prix des carburants sont de 0,30 à 0,50 leva par litre en-dessous de ceux des concurrents). Quelques heures avant cette interview, un engin explosif a détruit les locaux d’une pharmacie de la chaîne Marechki.

Le thème d’une entente illicite sur le marché des carburants plane depuis l’été dernier. En juillet dernier, le premier ministre s’était indigné en conseil des ministres contre les données choquantes de la qualité des carburants vendus, des prix similaires et de l’absence de contrôle. Face à la colère de M. Borissov, la Commission pour la protection de la concurrence avait immédiatement initié une analyse sectorielle qui devait apporter plusieurs réponses, y compris à la question de l’existence d’une entente formelle entre les acteurs sur ce marché.

Sept mois plus tard, l’analyse du secteur des carburants est toujours au point mort. Mais comme les doutes de pratiques anticoncurrentielles persistent, trois organisations patronales appellent aujourd’hui à des mesures urgentes. Les entreprises veulent savoir dans les meilleurs délais s’il y a ou non collusion en matière de prix des carburants. « Nous estimons qu’il existe des éléments sérieux permettant de soupçonner une entente illicite des prix des carburants », déclare Vassil Velev, président de l’Association du capital industriel en Bulgarie. Parmi ces éléments, le prix avant impôt (0,465 euros pour l’essence et 0,473 euros pour le diesel) rangeant la Bulgarie au-dessus de la moyenne européenne malgré le niveau de taxation parmi les plus bas d’Europe. En outre, la fourchette entre le prix le plus élevé et le prix le bas sur le marché n’est que de 0,18% pour la Bulgarie. Plus petit est cet écart, plus les soupçons d’entente illicite semblent fondés. Si la Commission [pour la protection de la concurrence] établit qu’il n’y a pas d’entente, elle devra expliquer comment un commerçant à Varna arrive à réduire de 15% les prix des carburants et dire s’il s’agit ou non d’un dumping, conclut M. Velev.

Vesselin Marechki, quant à lui, se pose, dans les pages de Standart, en « visage de la lutte contre les monopoles ». Selon lui, l’engin ayant explosé dans sa pharmacie ne vise qu’à détourner l’attention d’un fait absolument réel : si les prix des carburants tombent, tous les autres prix formant le panier des consommateurs doivent baisser. (tous journaux, mediapool.bg)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
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Dernière modification : 02/02/2016

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