Lundi 11 janvier

L’appel

Meglena Kouneva appelle les Démocrates pour une Bulgarie forte de Radan Kanev à revenir sur leur « erreur politique »

A la veille de la nouvelle saison politique, l’avenir du Bloc réformateur est l’un des sujets politiques principaux traités par les médias. Suite à la démission du ministre de la justice Hristo Ivanov et à la décision d’un des leaders du Bloc et leader des Démocrates pour une Bulgarie forte (DBF), Radan Kanev, de retirer « individuellement » sa confiance au gouvernement, le DBF a décidé à l’unanimité de rejoindre l’opposition (voir la revue de presse du 9 décembre). Mais le refus du ministre de la santé Petar Moskov (DBF) de démissionner et son départ du poste de vice-président du DBF (voir la revue de presse du 14 décembre) a déclenché une crise au sein du Bloc. Les autres ministres du Bloc (la vice-première ministre Meglena Kouneva, présidente de la Bulgarie aux citoyens (MBC), le leader de l’Union des forces démocratiques (UFD) Bojidar Loukarski, Nikolaï Nentchev (Parti agrarien, BZNS) ont décidé également de conserver leur portefeuille. En déclarant sa position, Mme Kouneva avait imposé la condition de signature d’un annexe à l’accord de coalition entre les partis au pouvoir. Le texte de cette déclaration est prêt est sera soumis demain à une large discussion des parlementaires du Bloc avant d’être présenté au GERB.

Ce weekend, Mme Kouneva et Daniel Valtchev, autre figure-clé de MBC, se sont attaqués à leurs partenaires des Démocrates pour une Bulgarie forte. Dans une interview pour la BNR, Mme Kouneva a appelé les membres des DBF à reconsidérer leur décision de retirer leur confiance au gouvernement. « Je pense que les dirigeants des DBF ont réalisé que cette décision était une erreur et feront les pas nécessaires pour corriger la situation », a déclaré Mme Kouneva. De son côté, M. Valtchev a souligné que son parti va essayer de persuader les DBF que la position qu’ils soutiennent est « très extrême ». « Je suis sûr que pendant les fêtes de Noël, ils se sont rendus compte qu’ils avaient commis une erreur politique : ils ont mis les autres partis [du Bloc] dans la position de devoir se justifier de trop vouloir rester au pouvoir », a déclaré M. Valtchev dans une interview pour la BTV.

Mme Kouneva s’est déclarée persuadée que les membres des DBF vont soutenir le texte d’actualisation de l’accord de coalition. Elle a répété les priorités que son parti demande à inscrire dans le texte : l’adoption de la loi pour la lutte contre la corruption, la révision de la loi sur le pouvoir judiciaire et la réforme de la loi pour l’enseignement supérieur.

Mais M. Kanev a qualifié les appels d’une reconsidération de la décision de son parti comme « allant au-delà du bon ton ». Il a rappelé les efforts et les compromis que son parti avait fait ces deux dernières années pour conserver l’unité du Bloc : des efforts qui se sont souvent heurtés à de vifs boycotts, selon lui. L’unité du Bloc a été compromise depuis longtemps à cause de l’égoïsme politique, a ajouté M. Kanev. Le GERB mettra de nouveau le Bloc dans une position humiliante, a prévenu le leader du DBF. Il a ajouté que 2016 sera l’année dans laquelle la droite bulgare construira un projet « nouveau, beaucoup plus ambitieux, beaucoup plus uni et beaucoup plus audacieux ».

Le texte de l’annexe va être signé par tous les parlementaires du Bloc et non pas seulement par les leaders des partis dans la coalition. Pour le moment, Mme Kouneva pourrait compter sur 12 ou 13 signatures (selon les différents médias ce chiffre varie légèrement) : tous les membres du groupe parlementaire à l’exception des 6 députés du DBF et des 4 représentants du quota civique.

Du côté du GERB, le président du groupe parlementaire du parti Tsvetan Tsvetanov a déclaré que la clarification des relations avec les partenaires du Bloc est le premier objectif du parti pour la nouvelle saison politique. Les consultations sur le texte de l’annexe débuteront cette semaine, a ajouté M. Tsvetanov. L’annexe doit être signé avant le 25 janvier. (tous journaux, dnevnik.bg, bnr.bg, btv.bg)

Le dossier

Le parcours d’Ahmed Mousa, leader salafiste des Roms de Pazardjik, et de sa communauté

« Les accusations selon lesquelles des Roms de Pazardjik ont prêché les idées de Daech révèlent l’histoire plus profonde d’un ghetto, oublié par tous ». Telle est la thèse que défend la journaliste Zornitsa Stoïlova dans un article intitulé « Le soutien bulgare supposé à Daech », rédigé dans le cadre de la « Bourse des Balkans pour l’excellence journalistique » et publié par l’hebdomadaire Capital. La journaliste cherche à reconstituer comment les graines du salafisme ont été semées parmi les habitants marginalisés du quartier Iztok à Pazardjik.

Le 25 novembre 2014, ce quartier rom se réveille assailli par les agents de l’Agence d’Etat de sécurité nationale (DANS).Quarante maisons et la mosquée d’Abou Bekir, lieu de culte privé illégal devenu point d’attache de la communauté rom, sont perquisitionnées par les forces spécialisées de la DANS, intervenant conjointement avec le parquet dans le cadre d’une enquête sur la propagande islamiste. Des éléments de preuve étayant la thèse qu’on y prêche l’islam radical en faisant l’éloge du djihad et de Daech sont recherchés. Un homme à la barbe longue et au chapeau arborant « Allah est le seul et unique Dieu » en arabe se met en colère « Nous n’avons rien à voir avec Daech ». 24 personnes, dont Ahmed Moussa, le leader spirituel de la communauté rom, sont interpellées. Sept mois plus tard, en juillet 2015, Ahmed Moussa et 14 autres musulmans de Pazardjik et d’autres villes de la région de Plovdiv sont déférées devant le tribunal pour avoir prêché l’intolérance religieuse et la propagande de la guerre par la diffusion des messages de Daech (des vidéos de combattants et d’exécution par Daech, de chansons religieuses appelant à la guerre, un livre prônant les idées de la tradition wahhabite). Ahmed Moussa et deux de ses acolytes sont accusés d’avoir soutenu trois djihadistes étrangers de nationalité française, turque et serbe se rendaient en Syrie. Selon un témoin anonyme, Moussa aurait demandé à la communauté de collecter de l’argent pour les combattants de Daech lors du ramadan. Des chefs d’accusation qui ont été considérées comme vagues par la Cour d’appel de Plovdiv qui a renvoyé l’acte d’accusation au Parquet.

Dans l’attente du procès après la rectification de l’acte d’accusation, la journaliste présente le parcours de « ce prêtre charismatique du salafisme » de 40 ans qu’est Ahmed Moussa, condamné déjà deux fois (en 2004 et en 2014) pour avoir prêché la haine religieuse. Les documents relevant des dossiers judiciaires précédents permettent de voir comment ce chrétien, ayant fréquenté l’église évangéliste jusqu’à l’âge de 20 ans, s’est converti à l’islam lors d’une visite en Autriche au milieu des années 1990 et a pu être initié aux idées salafistes par son professeur, formé en Arabie Saoudite, pendant un an. En 2001, il entre en contact avec l’organisation turque radicale Kalifatsstaat à Cologne (interdite en décembre de la même année par les autorités allemandes) dont il accepte de diffuser les idées. A l’issue de sa formation, il se voit refuser l’autorisation d’être imam par le grand mufti, à cause de problèmes de santé psychique. Pour y remédier, il transforme sa maison en lieu de culte et s’y met à prêcher l’islam avant de rejoindre la mosquée d’Abou Bekir, construite en 2002 avec des financements partiellement saoudiens. Devenu vite leader spirituel de la communauté rom du quartier, « cet homme qui gaspille son cœur pour l’offrir aux pauvres », selon une habitante du quartier, rassemble à suite de 300 à 500 habitants qui changent leur aspect extérieur (la barbe et le voile), leurs noms, habitudes et fêtes et parlent couramment le turc.

Cet attrait pour le salafisme ne se justifie que par des raisons religieuses, considère Yachar Sali, imam dans la mosquée officielle de Pazardjik. « Si ces gens abandonnés par l’Etat et soumis au génocide économique, pouvaient mener une vie normale, ils ne se seraient pas intéressés par différents courants [radicaux] ». Selon Antonina Jeliazkova, anthropologue, « ils souhaitent se sentir comme partie intégrante de quelque chose de plus grand qui détruit les murs de leur ghettoïsation ». Yanko Michev, président du conseil de la mosquée Abou Bekir, considère que Pazardjik est la ville la plus raciste du pays.

Ivelina Karabachlieva, experte en matière de prévention de radicalisation, craint les conséquences du procès contre Ahmed Moussa et ses acolytes : « La Bulgarie doit investir dans la prévention. Les condamnations ne permettent pas de changer les propensions. L’Etat doit être en mesure de proposer une alternative à la propagande de Daech. Cela implique que les professeurs soient formés à reconnaître les signes de la radicalisation, que les travailleurs sociaux et les collectivités territoriales soient initiés aux fondamentaux de l’islam et du salafisme ».

Selon Assen Kolev, mediateur de santé, dont le métier lui permet de faire le tour du quartier et de tâter ainsi le pouls de la communauté, « après l’arrestation d’Ahmed Moussa et de ses acolytes, un besoin désespéré d’un geste de la part de la puissance publique a été ressenti pour calmer l’indignation des habitants, quelques éclairages de rue ou une petite fête pour les enfants, afin que les gens comprennent que la commune pense à eux. Or, rien n’a été fait » (Capital)

L’entretien

Pour le numéro deux de l’AKP, « L’UE a davantage besoin de la Turquie que la Turquie de l’UE »

Selçuk Özdağ, vice-président du Parti de la justice et du développement (AKP), donne dans une interview pour Troud son point de vue sur les priorités et les défis qui se posent devant cette force politique, au pouvoir en Turquie pour la quatrième fois consécutive depuis 2002.

Rien d’étonnant dans cette longévité au pouvoir de l’AKP, affirme M. Özdağ. C’était le seul parti qui avait réussi à bien déchiffrer le résultat électoral du 7 juin 2015, ce qui lui avait garanti la victoire aux élections législatives anticipées du 1er novembre dernier : le peuple turc aspirant à la stabilité a puni les partis d’opposition pour leur politique destructive. En outre, l’AKP ayant fait le bilan de sa perte électorale de juin 2015, avait décidé sous la direction d’Ahmet Davutoğlu de retourner à ses priorités du début, notamment la « lutte contre les trois vices : la corruption, la pauvreté et les interdictions ».

Pendant la nouvelle législature, l’objectif prioritaire de l’AKP sera l’adoption d’une nouvelle Constitution, plus citoyenne et plus démocratique. Pour y arriver, l’AKP comptera sur l’aide de tous les partis politiques, représentés ou non au parlement, et sur celle de la société civile. Le parti reste ouvert à des propositions et envisage de concerter son projet avec des ONGs. Quant au débat sur le système politique, régime présidentiel, semi-présidentiel ou avec un président de parti, il ne sera lancé qu’à une étape ultérieure, toujours dans une atmosphère de pluralisme.

Interrogé sur la montée de la violence dans les régions peuplées par des Kurdes, M. Özdağ déclare que la Turquie n’a pas à choisir entre la sécurité et les libertés, ces deux objectifs étant inséparables. En Turquie, il n’existe pas de problème kurde, puisque ni la Constitution, ni la loi ne séparent les uns des autres les citoyens turcs ou n’imposent de traitement différent, souligne-t-il. Toutes les communautés jouissent des mêmes droits et obligations. Affirmer que les Kurdes sont opprimés en Turquie, c’est détourner la vérité. Les réformes engagées par l’AKP en vue de garantir le respect des droits et libertés fondamentaux vont dans le bon sens et, à la différence du passé, il ne subsiste plus d’interdictions dans le pays. Mais la Turquie poursuivra la lutte contre le terrorisme et le séparatisme et contre le PKK qui se sert de tactiques militaires pour tenir en otages la population civile et semer la violence, pour compromettre les négociations.

Et l’intégration européenne ? Ce n’est pas un concept neuf pour la Turquie, souligne M. Özdağ. Le dialogue avec l’Europe n’a jamais été interrompu même s’il existe parfois des difficultés. Dans le cadre du processus de son intégration à l’Europe, qui dure depuis des années, la Turquie a réalisé un bon nombre de réformes au point de dépasser, dans certains domaines, plusieurs Etats membres. Toutefois, les derniers événements sur le plan régional, mais aussi mondial, dont la crise des réfugiés, la guerre en Syrie, les ambitions géopolitiques de la Russie dans cette partie du monde, ont démontré que l’UE a beaucoup plus besoin de la Turquie que l’inverse. L’attitude négative de l’EU vis-à-vis de l’adhésion de plein droit du pays a une répercussion beaucoup plus néfaste sur les intérêts géopolitiques de l’Europe que sur la Turquie.

L’incident du chasseur russe abattu en novembre dernier a détérioré les relations turco-russes malgré la recherche d’un compromis raisonnable de la part de la Turquie. La Russie, qui se conduit comme un enfant, devrait renoncer à son faux rôle de victime qu’elle prend visiblement trop au sérieux et donner une chance à la normalisation des relations entre les deux pays. Une normalisation malgré le fait que la Russie avait violé l’espace aérien de la Turquie, souligne M. Özdağ qui se demande pourquoi Moscou, prétendant combattre le terrorisme en Syrie, avait bombardé non pas les positions de Daech, mais des Turkmènes avec lesquels les Turcs sont liés par le sang. La Russie, conclut M. Özdağ, ne cherche-t-elle pas à étendre les sphères de son influence dans la région de la Méditerranée et, si oui, à quel point cela répondrait aux intérêts de l’Occident ? (Troud)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.

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Dernière modification : 12/01/2016

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