Lundi 11 juillet

Le sommet

Nouveau grand écart bulgare sur la question de la sécurité dans la mer Noire

Les 28 pays membres de l’OTAN, réunis les 8 et 9 juillet à Varsovie, ont décidé de déployer quatre bataillons multinationaux, selon le principe de rotation, le long du flanc oriental de l’organisation (en Pologne, en Estonie, en Lettonie et en Lituanie). Soulignant qu’une mesure de dissuasion de ce type intervient pour la première fois depuis la guerre froide, la presse indique que la décision attendue de l’Alliance sur la sécurité en mer Noire a été ajournée pour octobre prochain, lors d’une rencontre ad hoc des ministres de la défense.

La position de la Bulgarie au sommet est restée floue en raison des opinions divergentes exprimées par le président de la République et le ministre des affaires étrangères, d’une part, et le premier ministre, de l’autre, estime Capital Daily. A son arrivée dans la capitale polonaise, le président Plevneliev a mis en exergue « l’inquiétude de la Bulgarie face à l’équilibre violé dans la région et à la militarisation accélérée de la Crimée de la part de la Russie ». Selon lui, l’ensemble des institutions bulgares avaient une position « claire, unique et concertée » sur le besoin d’étendre « la présence avancée de l’Alliance dans la zone de la mer Noire, à l’Est et au Sud, conformément aux besoins des Etats membres et sous le commandement de l’OTAN ».

A Varsovie, le ministre des affaires étrangères, Daniel Mitov, a exprimé la même idée. Selon lui, la présence renforcée devrait être sous l’égide de l’OTAN et tenter de réparer les déséquilibres graves, créés dans la mer Noire après l’annexion de la Crimée. « Lorsque vous fermez votre maison à clé, ce n’est pas parce que vous estimez que vos voisins sont des voleurs, mais parce que vous savez qu’il existe des voleurs. C’est ce que nous faisons : nous construisons notre défense non parce que nous estimons que quelqu’un pourrait nous attaquer, mais parce que nous savons que non loin de chez nous, un pays a été attaqué », a-t-il indiqué.

Mais presqu’au même moment, en déplacement à Stara Zagora (Sud), le premier ministre, a fait sensation en annonçant que, comme il n’y a pas de « bonne guerre », la meilleure solution pour la mer Noire serait la démilitarisation. « Une zone sans militaires, sans sous-marins, sans navires de guerre ; une zone où l’on exploitera le gaz, où tous les pays ont des intérêts touristiques, d’un grand potentiel pour les échanges ». Une position que M. Borissov serait prêt à présenter au niveau européen.

Les propos de M. Borissov ont vite suscité une pluie de critiques. Sur la radio nationale (BNR), Todor Tagarev, directeur de l’Institut de la défense et ancien ministre intérimaire de la défense (mars-mai 2013) a indiqué que l’histoire ne connaît pas de cas où, en pleine tension entre deux ou plusieurs pays, l’un d’eux décide de se désarmer pour garantir sa sécurité. Cela sonne peut-être bien, mais pour que la mer Noire devienne une zone démilitarisée, il faut que toutes les parties prenantes dans la région le demandent. Or, ce que nous observons clairement aujourd’hui, ce sont les importants moyens investis par la Russie dans la militarisation très poussée de la Crimée », souligne l’expert.

Selon M. Tagarev, l’ajournement de la question de la situation sécuritaire en mer Noire ne veut pas dire que l’OTAN l’a laissée « de côté ». Vu la position plus active et la recherche de solution plus avancée de la part des pays Baltes, leur cas a primé lors du sommet de Varsovie. Mais la reconnaissance de l’importance de la mer Noire est un fait et l’Alliance prendra les décisions nécessaires en temps opportun.

Sur Facebook, Ilian Vassilev, ancien ambassadeur à Moscou (2000-2006), critique à son tour la volte-face du premier ministre. Une nouvelle période de dissuasion de la Russie commence. Sur cette toile de fond, les appels de M. Borissov à la démilitarisation de la mer Noir sonnent creux. Ils sont irréalistes et ne peuvent remplacer les efforts réels nécessaires au renforcement du potentiel de défense et d’interaction au sein de l’OTAN. « Démilitarisation dans les conditions d’annexion et de militarisation de la Crimée, d’invasion dans le Sud de l’Ukraine, c’est comme militer contre Hitler avec des appels à la paix. De tels propos « créent l’illusion qu’on fait quelque chose, alors qu’en fait on perd du temps pour accomplir les choses qui s’imposent. […] De plus en plus de gens se rendent compte que M. Borissov représente un risque pour la sécurité collective avec son manque de démarches équilibrées et prévisibles en politique étrangère, qui nous isole de notre famille », conclut l’expert. (mediapool.bg, tous journaux)

L’étude

Le soutien des Bulgares à la construction européenne s’effrite

« En trois ans, le soutien des Bulgares à l’Union européenne baisse de 13% ; les eurosceptiques chez nous sont les personnes âgées, peu éduquées et vivant dans les petites villes », titre en une de son édition du weekend Sega. Les résultats de l’étude de l’Open Society Institute, réalisée auprès de 1 198 personnes dans la période entre le 22 avril et le 14 mai, ont été présentés par l’organisation lors d’un débat consacré à l’avenir de l’intégration européenne après le Brexit.

Le sondage porte sur trois questions : est-ce que les citoyens soutiendraient aujourd’hui l’adhésion de la Bulgarie à l’UE ? est-ce qu’ils voteraient pour un parti qui soutient la sortie du pays de l’UE ? font-ils davantage confiance aux institutions européennes qu’aux institutions nationales ?

Les résultats : si un référendum sur l’adhésion de la Bulgarie à l’UE était organisé aujourd’hui, le « oui » remporterait 57% des voix ; 24% soutiendraient la non-adhésion ; 19% n’ont pas d’avis. Même si les « euro-optimistes » représentent toujours la majorité des sondés, on observe une baisse du soutien à l’Union de 13% par rapport à 2013. Ces résultats confirment une tendance stable de baisse de l’eurooptimisme : à la veille du référendum en Grande-Bretagne, un sondage réalisé par Gallup International avait montré que le niveau d’eurooptimisme était à son niveau le plus faible depuis que la Bulgarie a adhéré à l’Union en 2007.

Les Bulgares continuent à accorder une confiance dans les institutions européennes trois fois plus grande que celle qu’ils portent aux institutions nationales ; 22% des sondés indiquent toutefois ne faire confiance ni dans les unes, ni dans les autres.

Selon l’étude d’Open society, 58% ne voteront pas pour un parti qui revendique la sortie du pays de l’UE contre 22% qui se disent prêts à le faire (en 2013, ils n’étaient que 11,5% ).

Pour 75% des sondés, la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes représente le plus important bénéfice de l’appartenance du pays à l’UE (contre une moyenne de 55% dans les Etats membres).

Les eurooptimistes sont surtout des gens bien éduqués, vivant à Sofia et dans les autres grandes villes du pays, âgés entre 18 et 29 ans, montre l’étude. Ce profil se superpose avec celui des Britanniques qui
ont voté contre le Brexit, commente Sega. En Grande-Bretagne les personnes âgées et peu éduquées ont fait pencher la balance en faveur de la sortie de leur pays de l’Union, conclut le journal. (osi.bg, Sega)

L’évaluation

Un audit de la Cour des comptes révèle de sérieuses carences dans le financement de la recherche

La Cour des comptes a annoncé récemment les conclusions de son audit sur l’apport du programme européen Horizon 2020 au développement du secteur de la recherche en Bulgarie. Portant sur la période 2013-2015, le rapport a été réalisé en partenariat avec la Cour des comptes européenne et l’institution homologue du Portugal.

Les entreprises bulgares et les organisations de recherche ne profitent presque pas de l’énorme potentiel du 8e programme-cadre Horizon 2020 pour la science et l’innovation (9,5 milliards d’euros). Un peu plus de deux ans après le lancement de la nouvelle période de programmation européenne 2014-2020 et la mise en place d’un programme opérationnel national ciblé sur la science (« La science et l’éducation pour une croissance intelligente »), il n’y a que 91 projets bulgares qui ont pu bénéficier de financement européen (13,898 millions d’euros, soit 0,15% du total des projets financés au niveau européen jusqu’à la fin de 2015). La Bulgarie n’a coordonné que dix projets, d’un montant de 810 705 euros. Dans tous les autres cas, la partie bulgare a participé comme partenaire.

La Bulgarie reste un « innovateur timide » et le pays le moins performant parmi les 28 Etats membres en matière de science, faute d’infrastructure adéquate de la recherche, d’information et d’aide à la préparation des projets, mais également en raison du lien trop peu structurant entre éducation, recherche et entreprises, du financement éparpillé et de l’absence d’un focus stratégique, estiment les auditeurs.

Le budget réservé à la science n’a représenté que 0,61%, 0,64% et 0,78 du PIB pendant les trois années examinées, restant ainsi loin derrière l’objectif souhaité de 1,5% du PIB d’investissements dans ce secteur. D’après cet indicateur, la Bulgarie reste en queue de peloton, juste avant la Roumanie, la Lithuanie et la Croatie.

Deux institutions se partagent la tutelle sur le secteur de la recherche : le ministère de l’éducation et de la science et celui de l’industrie, indiquent les auditeurs. Au sein du premier, six directeurs se sont succédé de 2013 à 2015 à la tête du service responsable de la coordination de la participation bulgare au programme Horizon 2020. Au niveau des experts, la fluctuation a été encore plus importante. La situation n’est guère meilleure au sein du ministère de l’industrie, chargé de la relation entre l’innovation et les entreprises : il n’a même pas désigné de coordinateur national responsable de la mise en œuvre et du suivi du programme Horizon 2020.

Last but not least, le rapport d’audit montre que le mécanisme inadéquat prévu pour la rémunération des chercheurs bulgares, qui lie celle-ci au salaire de base national, sans tenir compte des acquis et des contributions scientifiques réels, ne fait qu’encourager la migration de chercheurs bulgares vers les Etats membres les mieux développés en Europe.

Les auditeurs ont adressé onze recommandations au ministre de l’éducation et de la science et cinq au ministre de l’économie. Ces deux autorités auront six mois pour les mettre en application. (Sega, Capital Daily)

Dernière modification : 11/07/2016

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