Lundi 13 juillet

La bataille

Le premier ministre attend des consultations qu’elles permettent de surmonter les divisions politiques sur la réforme judiciaire

La balle de la réforme judiciaire est dans le camp des parlementaires. Des consultations politiques doivent se tenir avec les différentes forces politiques au parlement pendant les dix jours à venir afin d’assurer les 160 voix nécessaires pour l’adoption du projet de révision constitutionnelle, a annoncé Tsvetan Tsvetanov, leader du groupe parlementaire du GERB, vendredi à Plovdiv. Ce même jour, à l’issue de l’inauguration d’un projet dans le domaine de l’eau à Momtchilgrad aux côtés de Lioutvi Mestan, président du MDL, le premier ministre Borissov a également formulé le vœu « que des entretiens soient menés avec l’opposition afin qu’on obtienne ces 160 voix ». Il a reproché au ministre de la justice, Christo Ivanov, « qui bénéficie de mon entier soutien » d’avoir retarder dans le temps la tenue des négociations avec les partis de l’opposition.
Le MDL reste ouvert à des consultations relatives au projet de révision constitutionnelle « à condition qu’un accord soit obtenu au sujet du contenu de la réforme ». Le projet de réforme du Bloc réformateur est inacceptable en l’état. « La réussite d’une réforme est conditionnée par les compétences et le crédit de confiance dont bénéficient ses concepteurs. Or, le Bloc réformateur n’en est pas détenteur. C’est pourquoi le GERB doit s’attribuer le rôle de moteur principal de la réforme judiciaire. Borissov a beaucoup plus le sens du dialogue que ses partenaires du Bloc. », a expliqué M. Mestan à Momtchilgrad.
Les déclarations du président du MDL ont divisé les rangs du Bloc réformateur. Meglena Kouneva, vice-première ministre et présidente du Mouvement « Bulgarie aux citoyens » a donné la tonalité positive en déclarant ne pas voir d’inconvénient à ce que le leadership de la réforme judiciaire revienne au GERB. « Oui, la réforme judiciaire est très importante pour le Bloc mais la décision la concernant doit émaner de toutes les forces politiques », a-t-elle souligné. Le député Dimitar Deltchev a demandé, à l’instar de M. Mestan, que le GERB se mobilise pour assurer le soutien d’ABC, comme les réformateurs l’avaient fait pour celui du Front patriotique. En revanche, la position du MDL a suscité une vive réaction négative dans le camp des « bleus foncés » (DBF) et chez les patriotes. Ces derniers l’ont qualifié de « marchandage politique à bon marché » en précisant que d’habitude « une réforme est soit soutenue pour ses paramètres, soit ne l’est pas du tout ».
ABC a également refusé de « se soumettre à des ultimatums » ou de « faire du troc avec des projets de lois » (allusion a à la menace de la part du Bloc réformateur consistant à retirer son soutien à la réforme des pensions si ABC ne soutenait pas la réforme judiciaire). Ivaïlo Kalfin, vice-premier ministre et ministre du travail et de la politique sociale, a considéré que « le projet de révision constitutionnelle » a été imposé par la force. A Roussé, Gueorgui Parvanov, président d’ABC, a tranché que « les amendements constitutionnels sont inutiles, inefficaces, voire nuisibles. Cela veut dire que le Bloc réformateur et le ministre qui les portent n’ont pas bien fait leur travail…c’est pourquoi je pense qu’il est sensé que le premier ministre prenne en main la réforme ».
Le PSB reste sur sa position : il ne soutient pas le projet de révision constitutionnelle, a rappelé hier Kornelia Ninova, vice-présidente du groupe parlementaire, car « il ne s’agit pas d’une réforme mais d’une tentative d’envahir le système judiciaire. Son seul objectif consiste à remplacer les membres du collège. ».
Margarita Popova, vice-présidente de la République de Bulgarie, ancien procureur et ancien ministre de la justice, dit craindre les contradictions enragées entres les politiciens et les magistrats qui, selon elle, « laissent l’impression que les politiciens aspirent à maîtriser le système judiciaire ». La séparation en deux chambres spécialisées n’est pas inquiétante en soi mais la domination du quota parlementaire au sein de la chambre des procureurs (6 membres élus par le parlement contre 4 membres du quota professionnelle) pourrait porter atteinte à l’indépendance du Parquet. Selon Mme Popova, l’adhésion des magistrats à la réforme est essentielle pour que celle-ci aboutisse, d’une part, et de l’autre, la révision constitutionnelle implique un large accord politique préalable. (tous journaux)

L’hégémonie

Changement de propriétaires de plusieurs médias nationaux : l’empire de presse Peevski conforté ?

Le quotidien Pressa et le magazine hebdomadaire Tema ont désormais un nouveau propriétaire, l’entreprise Systèmes routiers intégrés, annonçait brièvement Pressa dans son numéro de vendredi dernier. Selon Capital Daily, l’acquéreur serait lié avec Bisser Lazov, ancien « bras droit » du banquier Tsvetan Vassilev (KTB), actuellement proche du député MDL Delian Peevski.
Une cession curieuse à plusieurs égards, observe le même quotidien. D’abord, parce que Systèmes routiers intégrés est une entreprise criblée de dettes (13 millions de leva d’impôts impayés et 100 millions de leva de dettes envers la KTB), assorties d’une demande de mise en liquidation. Ensuite, parce que la marque Pressa n’a pas fait l’objet de la transaction. Depuis un an, elle est détenue par une nouvelle société, Press Media, propriété de Tocho Tochev et Valeri Zaprianov, les deux rédacteurs en chef de Pressa et Tema. L’été dernier, plusieurs publications dans différents médias avaient révélé que trois sociétés liées avec Tsvetan Vassilev et figurant parmi les emprunteurs privilégiés de la KTB, à savoir Saiga Consult, Bulit 2007 et BG Corporation avaient prêté 34 millions de leva au total à certains médias. Selon l’un des éditeurs bénéficiaires, bien que versé par la KTB, cet argent représentait la « part » de Delian Peevski dans ces médias (voir notre revue du 14 août 2014). L’année dernière, le créancier de Pressa et Tema, BG Corporation, avait demandé la liquidation de leur éditeur pour cause d’insolvabilité.
Un autre média, la chaîne de télévision Kanal 3, attire l’attention avec ses ambitions non cachées de gagner un vaste public et de s’imposer sur le marché médiatique.
Après avoir changé de propriétaire en juin 2013 et s’être séparé de son animateur le plus en vue, Sacho Dikov, Kanal 3 était devenue difficilement indentifiable sur le terrain médiatique, note l’hebdomadaire Capital. Mais voilà que depuis deux mois ou presque, cette chaîne s’est mise à rivaliser avec bTV et Nova TV. Selon certaines rumeurs, démenties par son directeur exécutif Ognian Dimov, Kanal 3 aurait de nouveaux propriétaires, proches du député Delian Peevski.
La qualité d’un programme n’est pas toujours tributaire de l’argent dont dispose un média, affirme M. Dimov. « Le plus important est de déterminer les besoins des spectateurs pour y répondre ». Kanal 3, affirme-t-il, réalise les émissions les moins chères sur le marché bulgare.
Que ce soit avec de l’argent ou non, la chaîne a investi dans la modernisation de son studio. Elle a attiré des journalistes de TV 7 (Emil Kochloukov, l’ancienne équipe de Nikolaï Barekov, etc.), la chaîne jadis généreusement financée par la KTB. Selon le directeur exécutif, les principales recettes viennent d’annonces publicitaires, du téléachat, des campagnes électorales, des redevances payées par les distributeurs de télévision par câble, mais aussi de marchés publics.
Le programme de Kanal 3 se construit autour de l’événementiel politique. La chaîne transmet en direct toutes les audiences de l’Assemblée nationale, des conférences de presse du Conseil des ministres et des partis politiques, etc. Une étude de l’Institut pour le développement de l’environnement public, réalisé en 2014, montre que Kanal 3 s’était classé 7e parmi les médias ayant attiré le plus de fonds de partis politiques lors des campagnes électorales (139 mille leva). Toutefois, le Conseil des médias électroniques avait pointé dans son rapport de suivi de la couverture des élections 2014 que la chaîne n’avait pas été équitable vis-à-vis des différents partis. Alors que la campagne de Bulgarie sans censure et de son leader Nikolaï Barekov avait été couverte par 3 000 minutes à l’antenne, d’autres forces politiques, dont le Bloc réformateur, n’avaient même pas figuré dans les émissions. En outre, avait estimé le régulateur, la télévision n’avait pas signalé comme publicitaires les reportages payants. (Capital Daily, Capital)

La pause

Des organisations internationales s’opposent à la démolition des constructions illégales roms à Garmen

Le gouvernement bulgare a décidé de reporter la démolition de deux constructions illégales à Garmen, prévue pour aujourd’hui, après réception d’une lettre de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Après les protestations de la population locale contre l’installation dans la commune d’un groupe de Roms (cf. revues de presse du 26, 27 et 28 mai), les autorités avaient commencé à démolir les constructions illégales. Mais, selon les commentaires des médias, cette situation, qui a commencé comme une simple querelle entre voisins, a vite dégénéré en démontrant de cette manière la tension profonde dans la société bulgare, à propos de la minorité rom.
Ce vendredi, la CEDH a estimé dans une lettre adressée au gouvernement que le gouvernement devrait d’abord prendre des mesures pour loger les familles habitant les constructions, avant d’entreprendre leur démolition. Suite à cette lettre, le ministère du développement régional a pris la décision de geler la démolition.
Selon Minka Kapitanova, maire de Garmen, la lettre de la CEDH est une recommandation et n’a pas de caractère obligatoire. Les agences pour la protection sociale et la protection des enfants sont entrées en contacts avec les deux familles concernées. Une réinstallation leur a été proposée, mais elles ont refusé de déménager, a déclaré Mme Kapitanova dans une interview pour la BNR, reprise par Mediapool.
Selon une information du ministère du développement régional, un logement provisoire a été proposé aux quatre familles auxquelles les logements ont été démolis le 29 juin, mais elles ont refusé et se sont logés dans des maisons de parents proches. Le Comité Helsinki Bulgarie avait alors qualifiée de « raciste » la destruction des logements.
Aujourd’hui, le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) s’est prononcé en faveur de l’arrêt de l’expulsion des Roms de Garmen et a appelé les autorités à entreprendre des mesures contre la montée de la tension interethnique. Dans un communiqué, Michael George Link, directeur du BIDDH, souligne que les actions des autorités bulgares sont une réponse aux protestations contre les Roms de Garmen et sont effectuées dans une ambiance de rhétorique anti-Roms, alimentée par certains politiciens.
Les habitants de Garmen se préparent à protester ce 18 juillet devant le Parlement à Sofia. C’est la date finale de l’ultimatum qu’ils avaient posé aux autorités pour détruire toutes les constructions illégales. (tous journaux, Mediapool)

PDF - 239 ko
(PDF - 239 ko)

Dernière modification : 13/07/2015

Haut de page