Lundi 13 juin

La poudre

Duel au soleil, ou l’envers du décor des plages de la mer Noire

Au bord de la mer, dans l’un des bars situés le long de la promenade de l’une des stations balnéaires les plus célèbres à l’époque communiste et passée dans des mains occultes après la chute, Slantchev Briag [La côte du soleil], deux bandes de criminels armées jusqu’aux dents et protégés par des gilets pare-balles s’affrontent. A leur tête deux propriétaires d’hôtels, de débits de boissons, de compagnies de taxi (utilisées également pour la distribution de stupéfiants et de prostitués). En seulement deux minutes, sept chargeurs sont vidés, le chef de l’une des bandes est grièvement blessé, son garde du corps tué.

« Il s’agit d’une brouille entre le petit ami de la fille de Mitio les Yeux (Dimitar Jeliazkov) et le propriétaire du débit de boisson 4You pour des places de parking. Mitio est blessé. Un homme a été tué. Trente personnes sont impliquées dans cet incident. », a déclaré Gueorgui Kostov, secrétaire général du ministère de l’intérieur et ancien chef de la direction régionale de la police de Bourgas.
« Une simple brouille de voisins, un future gendre et un ancien prisonnier, risque de gâcher la saison touristique ! », a tranché Boïko Borissov, premier ministre et ancien secrétaire général du ministère de l’intérieur.

Des places de parking ou des territoires réservés à la distribution de stupéfiants, se demande la presse. Bien que les premières soient le prétexte de la fusillade, elles ne sont pas celles qui sont à l’origine de la tension entre ces deux groupes mafieux dont les leaders ont été tous les deux condamnés pour trafic de stupéfiants et participation à des associations de malfaiteurs.

Le blessé, Dimitar Jeliazkov, dit les Yeux, un ancien du groupe mafieux VIS, l’a même avoué il y a neuf ans lorsqu’il a choisi de conclure une transaction avec le parquet. « En avouant être boss de la drogue, il s’est sacrifié au nom de l’adhésion de la Bulgarie à l’Union européenne », avait déclaré son avocat à l’époque. Les cinq ans de prison qu’il a dû purger ne l’ont pas empêché de continuer à générer de la criminalité, souligne Capital.

Actuellement, il a la mainmise intégrale sur le marché des stupéfiants dans la station balnéaire et les sites touristiques voisins, bénéficie d’un groupe de soutien au Conseil municipal et assure des heures supplémentaires à la moitié des agents de police relevant de la direction régionale de Bourgas, précise Borislav Zioumbulev, rédacteur en chef de 24 tchassa dans un éditorial.

Son concurrent, Bojidar Kouzmanov, dit la Vache, parfaitement inconnu avant cet « incident », a également purgé des années de prison pour avoir participé à un groupe organisé de trafic de stupéfiants. Sur les photos des personnes impliquées dans ce conflit diffusées par la police la presse reconnaît des représentants des deux groupes économiques mafieux VIS et SIK, nés à l’aube de la démocratie bulgare.
De tels groupes existent dans les stations balnéaires les plus attractives au bord de la mer Noire à cause du capital occulte investi qui continue à générer des conflits, souligne Tihomir Bezlov, expert au Centre d’études de la démocratie. « Cependant, un incident aussi grave n’était pas arrivé depuis un bon nombre d’années et il est certainement dû à l’insuffisance des effectifs de police à la suite des réformes éternelles que subit le ministère de l’intérieur », précise l’expert. L’interpénétration des groupes criminels et des corps policiers expliquent également la faiblesse des services de renseignement compétents dans cette région de Bulgarie, renchérit Capital dans une analyse intitulé « La côte du soleil et l’impunité ». La tentative des gouvernants de passer une fois de plus sous silence « cette tension évidente sur le marché des stupéfiants » en la présentant comme « une brouille entre voisins » est malhabile et ne fait que démontrer leur incapacité à faire face à la criminalité, au déni de justice et à la corruption des forces de l’ordre, conclut Capital. (tous journaux)

Le rapport

Commission européenne : la Bulgarie est en dessous de la moyenne européenne par rapport à presque tous les indices concernant le marché de travail

La Commission européenne a adopté vendredi dernier une nouvelle stratégie globale en matière de compétences. Dans le cadre de cette stratégie, une fiche évaluant la situation dans chaque pays membre et une comparaison entre les 28 ont été également publiés.
Quelque 70 millions d’Européens ne maîtrisent pas suffisamment la lecture, l’écriture et le calcul, et 40 % de la population de l’Union ne dispose pas de compétences numériques à un niveau suffisant. Ces personnes sont exposées à un risque élevé de chômage, de pauvreté et d’exclusion sociale. Par ailleurs, 40 % des employeurs européens indiquent qu’ils ne parviennent pas à trouver les travailleurs disposant des compétences nécessaires au développement de leur entreprise et à l’innovation. Dans le même temps, nombreux, notamment parmi les jeunes hautement qualifiés, sont ceux qui exercent un emploi qui ne correspond pas à leurs talents et aspirations.
Où en est la Bulgarie ? Sega donne des éléments dans sa une. La Bulgarie est largement en dessous la moyenne européenne par rapport à presque tous les indices concernant le marché de travail, commente le journal. 54% des sociétés bulgares ont du mal à trouver les travailleurs disposant des compétences nécessaires. En même temps, seulement un tiers des employeurs est prêt à investir dans l’amélioration de la qualité et de la pertinence de l’acquisition de compétences (contre une moyenne européenne de 66%).

33,8% des jeunes sans qualification travaillent (53,1% en UE) ; le taux d’emploi des jeunes hautement qualifiés est de 74,5% (contre une moyenne européenne de 80,5%). Le niveau d’éducation de la population se répartit de la manière suivante : 54% sont des diplômés des institutions d’éducation et de formation professionnelle (EFP), 32% des jeunes entre 30 et 34 ans sont des diplômés de l’enseignement supérieur (contre 38,5% en UE) et 2% seulement ont participé à des programmes d’apprentissage tout au long de la vie (bien en dessous de la moyenne européenne qui est de 11%).

Presque 70% des Bulgares ne disposent pas de compétences numériques à un niveau suffisant (soit 30 points de plus que la moyenne européenne). Le journal qualifie de « surprenant » le fait que les spécialistes les plus recherchés en Bulgarie ne soient pas les ingénieurs et les spécialistes en technologies de l’information, mais les mineurs et les travailleurs dans le secteur de la construction. Suivent les employés de banques, les caissières et les agents de recouvrement de dettes et, en troisième position, les agents de services bancaires.

La nouvelle stratégie de la Commission européenne en matière de compétences pour l’Europe vise à améliorer l’enseignement et la reconnaissance des compétences, dont l’éventail va des savoir-faire de base aux plus pointues en passant par des compétences transversales et civiques, pour au bout du compte stimuler l’employabilité. Elle a pour objectif de favoriser une meilleure utilisation des compétences disponibles et de doter chacun des compétences nouvelles nécessaires, afin de l’aider à trouver un emploi de qualité et à améliorer ses chances de réussite dans la vie. (europa.eu, Sega)

Le commentaire

La fin des réformes

D’ici les vacances estivales des députés, la réforme judiciaire et celle de la lutte contre la corruption auront pris fin bien qu’à strictement parler elles avaient déjà pris fin en décembre 2015, ironise le politologue Daniel Smilov dans un commentaire plein d’amertume sur le portail Kultura.

En réalité, il ne reste qu’une petite intrigue, à savoir si les projets de loi sur la lutte contre la corruption, porté par Mme Kouneva, et sur l’organisation du système judiciaire, défendu par la ministre de la justice Zaharieva, passeront au parlement ou non. Mais l’importance de ces actes reste plutôt symbolique. Leur adoption signifierait que le GERB continue à jouer le théâtre de la « réforme » et à se soucier de l’appréciation que la Commission européenne porterait sur son gouvernement dans ses rapports. Au contraire, si les députés les rejettent ou s’ils les vident de leur sens, cela signifiera que ce théâtre ne sert plus à rien et que le premier ministre n’en tirera plus aucun avantage.

Quelle que soit l’issue de cette intrigue, les faits sont suffisamment parlants dans les deux domaines. En ce qui concerne la justice, le seul élément positif apporté par la réforme était la séparation du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) en deux chambres qui a encouragé dans un certain sens l’émancipation des juges vis-à-vis du Parquet et la gestion par des juges de tous les problèmes concernant lla magistrature. Les effets en sont déjà visibles : empruntant l’exemple du président de la Cour suprême de cassation, Lozan Panov, les présidents de plusieurs grands tribunaux à travers le pays ont commencé à défendre des positions allant à l’encontre de la conjoncture politique. Un acquis important dont il faut féliciter l’ancien ministre de la justice et son équipe, note M. Smilov.

Mais le prix à payer pour cet acquis s’est avéré trop grand. Le coût a dépassé le bénéfice de la séparation du CSM. D’abord, parce que les membres actuels du CSM se sont trouvés innocentés et ont même obtenu des garanties d’inamovibilité. Ensuite, parce qu’en repoussant l’idée de confier la lutte contre la corruption à une nouvelle structure indépendante vis-à-vis du procureur général (suivant le modèle roumain), on a fini par « déléguer » à celui-ci tous les pouvoirs en la matière. En réalité, le Parquet est devenu de jure encore plus incontrôlable parce que la chambre des procureurs, au sein du CSM, à laquelle il devra rendre compte, est majoritairement choisi sous la houlette du procureur général. Donc, on peut laisser de côté toute velléité de « décentralisation » de l’édifice très hiérarchisé du Parquet : comme par le passé, le procureur général ne rendra des comptes qu’à lui-même.

Entre-temps, le Parquet, voire le procureur général, semblent avoir trouvé un porte-voix en la personne de Petio Blaskov et de son journal Troud. Le « modèle médiatique » bien rodé dans ces milieux que M. Smilov décrit comme étant le fait d’accepter « une clé USB » pour chaque aide financière reçue, fonctionne de nouveau, ce qui peut expliquer l’expertise constitutionnelle « impressionnante », bien qu’anonyme, manifestée par le journal. Des soupçons impossibles à vérifier, mais accrédités par le « style » de l’auteur anonyme : un mélange adroit de fausse science et de menaces indirectes d’usage de la force… du Parquet.

Après la fin des réformes, le pays est entré dans une phase où tout le monde s’espionne et se repositionne en attente d’éventuelles élections législatives anticipées ou d’une reconfiguration durable au sein du parlement actuel. Les patriotes du Front patriotique gagnent des situations paranoïaques qu’ils trament eux-mêmes. Le GERB gagne de son statut de « pilier de la stabilité dans des temps orageux ». Les réformateurs comptent marquer des points en posant comme dépositaires de valeurs euro-atlantiques. Mais le grand gain que tous les acteurs tirent de cette attente est temporel : ils prolongent leur temps au pouvoir. Une logique de courte vue, au moins en ce qui concerne le GERB et les réformateurs, conclut M. Smilov. (www.kultura.bg)

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Dernière modification : 13/06/2016

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