Lundi 14 mars

La lettre

Sofia pose ses conditions sur la crise migratoire : elle n’acceptera pas de l’UE un « engagement partiel » sur les migrants avec la Turquie

La crise des réfugiés et les conséquences potentielles pour la Bulgarie continuent à mobiliser l’attention des médias. Cette fois l’accent est mis sur la lettre envoyée le 10 mars par le premier ministre au président du Conseil européen Donald Tusk. Boïko Borissov insiste pour que les mesures négociées le 7 mars dernier dans le projet d’accord préliminaire entre la Turquie et l’UE conçu pour mettre fin à l’afflux de migrants en Europe soient applicables également à la Bulgarie. Des signes en ce sens avaient déjà été envoyés par le ministre des affaires étrangères Daniel Mitov (voir notre revue du 11 mars). Le projet d’accord prévoit le renvoi des migrants clandestins en Turquie en échange de la réinstallation de demandeurs d’asile syriens (voir notre revue du 8 mars). Le texte doit être adopté et validé par tous les Etats membres lors du sommet des 17 et 18 mars, auquel assistera également le premier ministre turc.

Dans le texte, envoyé à M. Tusk, le premier ministre bulgare insiste à ce que toutes les frontières extérieures de l’UE soient protégées : « … l’UE ne peut pas se permettre de se concentrer uniquement sur la route migratoire de la Turquie vers les îles grecques. Les frontières terrestres de la Turquie avec les Etats membres de l’UE, la Bulgarie et la Grèce, ainsi que les frontières maritimes entre la Turquie et l’UE, inter alia en la mer Noire, doivent être incluses immédiatement dans les négociations et [figurer] dans l’accord avec la Turquie. La Bulgarie ne sera pas prête à accepter un engagement partiel avec la Turquie (concernant seulement les îles grecques), qui très probablement conduira à l’ouverture de nouvelles routes migratoires ».

La lettre du premier ministre pose une autre condition à l’assentiment de Sofia au projet d’accord : le processus de libéralisation des visas doit être strictement lié à la mise en œuvre de l’accord de réadmission entre l’UE et la Turquie. Le retrait de l’obligation de visa pour les ressortissants turcs ne pourra être annoncé qu’une fois que les protocoles bilatéraux de mise en œuvre de cet accord seront entrés en vigueur et qu’un progrès tangible à cet égard aura été accompli, soutient Sofia. M. Borissov fait également valoir qu’une assistance et des ressources adéquates pour tous les pays affectés par la crise migratoire doivent être allouées afin d’assurer une mise en œuvre effective des réadmissions et des retours.

Sous le titre « Et s’ils passaient tous par là », l’hebdomadaire Capital consacre un large dossier sur la crise des migrants. Selon le journal, la meilleure chose qui peut être dite sur l’accord avec la Turquie est que sans lui, les choses auraient été encore pires. Mais la possibilité qu’il ne soit pas appliqué est grande. « Un échec pourrait causer une rupture entre l’UE et Ankara qui ne se limiterait pas uniquement à un tsunami de réfugiés », prévient le journal.

Concernant la Bulgarie, il est indispensable que Sofia s’engage de manière beaucoup plus ferme avec les voisins, surtout avec les pays des Balkans occidentaux et la Grèce, analyse pour le journal Vessela Tcherneva, directrice des programmes du Conseil européen pour les relations internationales (ECFR) pour la Bulgarie. Selon elle, le risque principal serait l’approfondissement de la projection du conflit russo-turque en Bulgarie : « La manière dont la Turquie protègera la frontière bulgaro-turque des flux migratoires dépendra également du degré selon lequel la Bulgarie paraîtra prendre le parti de la Russie ». Il est très important qu’il y ait un équilibre et une bonne mesure dans les relations de la Bulgarie avec ces deux pays, prévient Mme Tcherneva.

Le gouvernement bulgare ne devrait pas se fixer autant sur la construction d’une clôture et sur les risques potentiels ; des mesures actives sont également possibles, commente Capital. Rien n’empêche Sofia d’aider la Grèce avec des spécialistes pour l’enregistrement des migrants qui sont sur place, car le manque des ressources et des spécialistes est l’un des plus graves problèmes dont souffre ce pays voisin.

La Bulgarie devrait également profiter du moment pour insister sur son adhésion à l’espace Schengen, écrit Capital. Le journal cite Kristian Viguenine, ancien ministre des affaires étrangères ( gouvernement Orecharski) : « Que pensez-vous d’une demande d’adhésion commune de la part de la Bulgarie, de la Roumanie et de la Croatie comme condition pour leur soutien de l’accord [entre la Turquie et l’UE] ? » (tous journaux)

Le forum

Point de salut hors du Bloc réformateur pour le DBF

Le conseil national des Démocrates pour une Bulgarie forte (DBF), organe suprême de ce parti, a tenu hier à Sofia une conférence longuement attendue qui devait mettre fin à la valse-hésitation : doit-on quitter la coalition du Bloc réformateur (et donc la coalition gouvernementale) ou y rester ?

Après une longue allocution de son président, Radan Kanev, et des débats, le parti a finalement souscrit à la proposition de son leader de rester membre du BR, mais dans l’opposition au gouvernement actuel. Le DBF fera un dernier effort pour ramener le BR à ses valeurs et son programme initiaux et pour le mettre à l’écoute de ses électeurs dont les attentes ont été trahies. Parallèlement, le parti de M. Kanev se réserve le droit de chercher une large union politique et citoyenne qui serait l’alternative à tous les modèles récents de gouvernement.

Fin 2015, après l’adoption par l’Assemblée nationale d’une version tronquée du projet de révision de la Constitution, Radan Kanev avait quitté le groupe parlementaire du BR pour siéger comme non-inscrit. Le DBF avait soutenu son leader dans son acte de protestation, tout en maintenant sa participation formelle au Bloc. Le ministre de la santé, Peter Moskov, à ce moment vice-président du DBF, avait préféré garder son portefeuille et quitter la direction du parti.

Fin janvier, une conférence nationale avait réitéré le soutien du parti à son leader. A la même occasion, M. Kanev avait qualifié le BR de modèle politique épuisé et avait annoncé le lancement d’un « nouveau projet de droite » autour du DBF.

« Il y plusieurs arguments en faveur de la thèse selon laquelle le DBF doit quitter le BR », a déclaré hier M. Kanev de la tribune de la conférence. « Mais quand on fait partie d’une organisation frustrante, on ne la quitte pas. On essaie de la réformer. C’est ce qu’on doit faire si l’on tient compte de la volonté des 300 000 électeurs du parti qui avaient appuyé de leur vote la création d’un groupement politique uni ».

Selon Atanas Atanassov, vice-président du DBF, le grand mal que rencontre le pays étant la corruption, il est grand temps de l’utiliser comme moteur en vue de la création d’un large bloc politique de lutte contre la corruption et l’oligarchie.

Tatiana Dontcheva, leader du parti Mouvement 21, invitée à la conférence, a appelé à la mise en place d’une large plateforme « contre les mafieux et la mafia au pouvoir ». Pour y arriver, il faut surmonter les préjugés et dynamiter la « muraille de Chine » entre la gauche et la droite en Bulgarie.

La conférence d’hier s’est terminée avec l’adoption à grande majorité d’une résolution confirmant l’opposition du DBF à de la coalition au pouvoir et donnant mandat à Radan Kanev d’agir auprès des leaders des autres composantes du Bloc. Toutefois, des voix plus hardies se sont fait entendre : les organisations régionales de Varna et de Sofia-région ont demandé la sortie immédiate du parti du Bloc.

Les participants ont adopté une nouvelle structure d’organisation et de nouveaux statuts susceptibles de permettre au parti de mieux s’ouvrir à de nouvelles alliances. D’après les nouvelles règles, le DBF se dotera d’un conseil citoyen (21 membres, dont un porte-parole). Il sera composé d’experts, universitaires, hommes d’affaires et autres personnalités n’adhérant pas à la structure politique du DBF. Des clubs nationaux seront créés à travers le pays dont les présidents seront initialement nommés par la direction centrale.

D’ici la fin de l’année, toutes les cartes d’adhérent seront renouvelées. 24 Tchassa y voit un mécanisme adroit pour resserrer les rangs autour du leader du parti Radan Kanev et éloigner les scissionnistes, dont le ministre de la santé Peter Moskov. Douma relève l’absence des fondateurs du parti Ivan Kostov, Ekaterina Mikhaïlova, Vesselin Metodiev, etc. et du ministre Moskov. (tous journaux, mediapool.bg)

La brouille

Le ministre des affaires étrangères peine à tourner la page des querelles bilatérales avec Ankara

« J’ai laissé à mon collègue Mevlüt Çavuşoğlu, que je respecte beaucoup, le soin de décider si la présence en Bulgarie de l’ambassadeur turc, Süleyman Gökçe, est utile pour nos relations », a déclaré vendredi Daniel Mitov, ministre des affaires étrangères, de la tribune de l’Assemblée nationale, lors du contrôle parlementaire hebdomadaire en réponse aux députés Velizar Entchev (non-inscrit), Stanislav Stanilov (Ataka) et Dimitar Dabov (PSB) qui avaient interpelé le ministre au sujet du comportement de l’ambassadeur turc à Sofia et des agents consulaires turcs à Bourgas et à Plovdiv.

M. Mitov a confirmé qu’Uğur Emiroğlu, attaché au consulat général de Turquie à Bourgas, a été déclaré persona non grata « à cause d’un comportement incompatible avec le statut d’agent diplomatique » (voir nos revues des 22, 24 et 29 février). Il a assuré que « le ministère des affaires étrangères bulgare a fait tout dans la mesure du possible pour éviter que le conflit entre les deux pays ne s’envenime ». M. Mitov a souligné que sa perception du comportement diplomatique professionnel n’admettait pas qu’un chef de mission diplomatique fasse preuve d’actes perçus comme une ingérence dans la politique intérieure par l’opinion publique. Les tentatives d’ingérence de la part de tout diplomate accrédité en Bulgarie, indépendamment de l’Etat qu’il représente, donneront lieu aux conséquences afférentes. Cependant, les solutions retenues par la Bulgarie ne doivent pas porter atteinte aux relations de bon voisinage entre les deux pays. En outre, nous ne sommes pas en mesure de rendre publiques toutes les mesures prises à cause de la spécificité des instruments dont la diplomatie se sert parfois. »

« Certes, des outils diplomatiques trop doux et une réaction trop élégante de la part du ministère des affaires étrangères », a rétorqué le député Velizar Entchev qui a précisé que la réponse de M. Mitov laissait entendre que la République de Bulgarie avait le statut de la « Roumélie Orientale » par rapport à la Turquie. Faisant allusion aux menées de M. Emiroğlu en faveur du nouveau parti de M. Mestan, il a ajouté : « Pourrait-on imaginer que l’ambassadeur bulgare en Turquie puisse convaincre les représentants de la communauté bulgare en Turquie de voter pour une force politique et de les menacer s’ils n’obtempéraient pas », a conclu de manière rhétorique M. Entchev en proposant que le niveau de contacts politiques de l’ambassadeur turc à Sofia avec les autorités bulgares soit limité afin de contraindre Ankara de le rappeler de Bulgarie.

La presse rappelle l’historique de la brusque dégradation des relations entre la Bulgarie et la Turquie : le limogeage de Lioutvi Mestan en tant que président du MDL, suivi d’une déclaration informelle (non confirmée officiellement par la Turquie) de persona non grata d’Ahmet Dogan (président d’honneur du MDL) et de Delian Peevski (député MDL) et du rappel par les deux pays de deux diplomates en poste respectivement aux consulats à Bourgas et à Istanbul.

Selon Ludmil Iliev de Sega, la dégradation des relations entre les deux pays est à la fois inquiétante et d’une importance cruciale pour le MDL qui souhaite garder la main mise sur le débat relatif à l’influence turque et à ses promoteurs en Bulgarie. Les démarches entreprises par ce parti au niveau national et international le démontrent. Le MDL s’est très vite mobilisé et a pu convaincre l’Assemblée nationale de l’initiative de la création de la commission d’enquête sur l’ingérence de la Russie et de la Turquie dans la vie politique bulgare : une démarche potentiellement dangereuse qui a valu l’intervention de M. Borissov, craignant des problèmes avec Ankara et Moscou. Les députés du MDL ont même requis la Commission européenne au sujet de l’interdiction de Delian Peevski et d’Ahmet Dogan du territoire turc. La longévité politique est un art et le MDL y excelle, conclut M. Iliev. (mediapool.bg, dnevnik.bg, Sega)


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Dernière modification : 14/03/2016

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