Lundi 14 novembre

Le triomphe

Roumen Radev remporte une éclatante victoire contre la candidate de GERB au second tour de l’élection présidentielle

Le candidat soutenu par le PSB a largement remporté le second tour de l’élection présidentielle hier et sera donc le cinquième président de la République bulgare. Selon les résultats intermédiaires du décompte à 99.33% des procès-verbaux du scrutin, Roumen Radev remporte l’élection avec 59,35% contre 36,17% pour Tsetska Tsatcheva, candidate du GERB, actuelle présidente de l’Assemblée nationale. 4.48% des électeurs ont préféré cocher l’option« je ne soutiens personne », introduite pour la première fois avec cette élection. Selon Alpha Research, la participation s’est élevée à 50,4% (le dernier résultat publié par la Commission électorale centrale, 41,94%, la mesurait à 17h). Standart propose une comparaison du résultat obtenu par M. Radev à ceux de ses prédécesseurs : le premier président démocratiquement élu, Jeliou Jelev, l’a été en 1992 avec 53% ; Petar Stoyanov a gagné en 1996 avec 60% ; Gueorgui Parvanov a reçu 54 et 76% respectivement en 2001 et 2006 et le président de la République actuel a gagné en 2011 le second tour avec 53%.

Après l’annonce des résultats, M. Radev a déclaré : « la démocratie a gagné contre la peur et l’apathie ». Lors de sa conférence de presse hier soir, il a répondu à une question journalistique concernant les sanctions européennes contre la Russie. Il s’est engagé à travailler de manière proactive avec le gouvernement et à mener un dialogue actif avec ses partenaires de l’UE pour « la réalisation de la politique de levée des sanctions contre la Russie ». Quant à Mme Tsatcheva, elle a félicité M. Radev de sa victoire, mais a souligné qu’après la fin « de cette compétition, un problème clair vient de se dessiner : le populisme ». Elle s’est dite prête à déposer sa démission en tant que présidente de l’Assemblée nationale, si le groupe parlementaire de GERB se prononçait en ce sens.

Comme il l’avait déjà annoncé, le premier ministre a donné hier soir sa démission, qu’il a déposé aujourd’hui au Parlement (voir la rubrique respective). Les analystes qualifient d’historique la grave défaite subie par GERB et avant tout par Boïko Borissov lui-même, marquée par une différence de presque 24 points entre les deux candidats. Depuis le début de sa carrière politique en 2005, M. Borissov avait réussi à s’imposer au PSB au cours d’onze élections consécutives : législatives, européennes, présidentielle et municipales.

M. Radev a réussi à mobiliser entre les deux tours le soutien d’un large éventail d’électeurs. Selon un sondage d’Alpha Research, 90% de ceux qui ont voté au premier tour pour l’ancien premier ministre Plamen Orecharski, soutenu par le MDL, ont soutenu au deuxième tour M. Radev (8% ont décidé de voter pour Mme Tsatcheva). Le candidat soutenu par le PSB a également gagné un large soutien des électeurs du candidat de la coalition nationaliste : 69% contre 18% pour Mme Tsatcheva. Ainsi, commentent les médias, il réussit à unir le soutien du vote ethnique (lire : des minorités, notamment turque) et
du vote nationaliste en même temps. Le vote des électeurs du Bloc réformateur se disperse entre les deux candidats : 46% ont soutenu la candidate du GERB contre 41% pour M. Radev. Comme attendu, la large majorité des sympathisants d’ABC ont voté pour M. Radev (87% contre seulement 5% pour Mme Tsatcheva). Ce qui est également intéressant, commente l’agence, c’est que 9% des électeurs qui votent traditionnellement pour GERB ont décidé cette fois de soutenir M. Radev, tandis que Mme Tsatcheva a pu motiver seulement 2% des électeurs PSB de voter pour elle.

Il n’y a rien de surprenant dans le fait que le général, ancien commandant des forces aériennes, a su gagner le soutien des nationalistes, commente dans un article publié sur son blog et repris par Dnevnik le politologue Dimitar Betchev. Suivant l’exemple de Viktor Orbán, M. Radev a largement exploité la crise migratoire à des fins électorales. « Il s’est prononcé contre l’accueil de réfugiés en Bulgarie et a même appelé à résilier le règlement de Dublin », commente M. Betchev. Quant au soutien accordé par le MDL, « nous n’allons pas tarder à apprendre quel accord ont conclu le MDL et le PSB qui ont déjà gouverné ensemble à deux reprises : en 2005-2009 et en 2013-2014 », conclut M. Betchev. (results.cik.bg, tous journaux, dnevnik.bg, mediapool.bg, btv.bg)

Le scénario

La démission du gouvernement Borissov ouvre-t-elle la voie à des mois d’incertitude ?

Après la défaite électorale au second tour de la candidate du parti au pouvoir, le premier ministre a déposé aujourd’hui la démission de son gouvernement au secrétariat du parlement. Celle-ci sera très probablement examinée par les députés dès mercredi. Dans sa lettre, M. Borissov s’engage en outre à continuer à remplir ses fonctions jusqu’à ce qu’un nouveau gouvernement soit formé afin d’assurer la continuité du pouvoir.

Cette démission de M. Borissov, la deuxième en six ans, expose-t-elle le pays à une crise politique ? Non, a estimé le premier ministre durant la soirée électorale, puisque les résultats du scrutin présidentiel ont clairement montré la formation d’une nouvelle majorité parlementaire entre le PSB, le MDL et les Démocrates pour une Bulgarie forte (DBF) de Radan Kanev (Ndr : les sympathisants de ces partis auraient voté contre la candidate du GERB). Oui, d’après la présidente du PSB, Kornelia Ninova, parce qu’avec 38 députés [Ndr : ceux du PSB, mais même avec le soutien de l’ensemble des formations restantes la tâche paraît irréalisable) on n’est pas en mesure de tenter le coup.

Selon l’art. 99 de la Constitution, dans l’hypothèse d’un gouvernement démissionnaire, le président de la République peut demander à tour de rôle, après consultation avec les groupes parlementaires, à chacun des deux partis parlementaires les plus nombreux ou à un troisième de son choix de désigner un gouvernement. Chacun des groupes parlementaires dispose d’un délai de sept jours pour accepter ou décliner cette proposition. Mais comme le président de la République ne peut pas dissoudre l’Assemblée nationale pendant les trois derniers mois de son mandat, la loi l’autorise dans un second temps à nommer un gouvernement d’office si aucun des groupes parlementaires n’assume pas la responsabilité de constituer un gouvernement.

Pour le président Plevneliev, ce sera l’occasion de nommer pour la troisième fois en cinq ans un tel gouvernement intérimaire, à cette différence près que ce dernier aura à collaborer avec un parlement non dissout. Quant à Roumen Radev, dont la prise de fonctions officielle est prévue pour le 22 janvier prochain, il sera libre de désigner, s’il le juge utile, un nouveau gouvernement intérimaire au moment de la dissolution de l’Assemblée nationale.

D’ici là, l’activité législative du parlement sera probablement dominée, à en juger par les propos de M. Borissov tenus dans la nuit électorale, par les trois questions du dernier referendum sur lesquelles les députés devront se prononcer, comme les y oblige la Constitution. Une autre priorité de cette législature qui apparaît de plus en plus en fin de course sera l’adoption du projet de loi de finances 2017, déjà approuvé en Conseil des ministres et introduit au parlement. A en croire le ministre des finances, le gouvernement démissionnaire ne retirera pas son projet, bien qu’il ne soit plus en état de le défendre devant les députés. Une situation insolite, estime l’économiste Peter Ganev, qui peut ouvrir la porte à toute sorte de propositions de dépenses démagogiques de la part de députés sentant les élections législatives approcher.

Selon Capital Daily, le cas de figure créé avec la démission du gouvernement Borissov, intervenant en fin de mandat du président de la République et dans le contexte d’un parlement non dissout, pose également une autre question : qui peut convoquer les élections législatives anticipées ? Le président sortant ou son successeur ? Arguant qu’aucune disposition constitutionnelle ne le précise, l’administration du président Plevneliev envisagerait de demander l’interprétation de la Cour constitutionnelle sur ce point, indique ce journal en se référant à des sources non citées.

Pour l’instant, M. Plevneliev se dit engagé et ouvert à tout débat et toute collaboration susceptibles de débloquer la situation. « Je suis prêt, en consultation et en dialogue avec tous, y compris avec le président de la République nouvellement élu, à faire le chemin décrit dans la Constitution. La formation d’un gouvernement intérimaire n’est pas une fin en soi. L’objectif pour moi est d’avoir la stabilité dans le pays et des institutions qui fonctionnent », a-t-il déclaré devant des journalistes. (tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg)

Le référendum

Le seuil pour valider le référendum sur la réforme du système politique du pays n’a pas été franchi

Comme attendu, le seuil pour valider le référendum sur la réforme du système politique du pays n’a pas été franchi. Vendredi dernier la Commission électorale centrale (CEC) a annoncé les résultats définitifs. 3 488 558 personnes ayant participé de manière valide au référendum. Seuls 12 027 suffrages manquent pour franchir le seuil de 3 500 585 électeurs et rendre ainsi le résultat obligatoire [Ndr : seuil calculé à partir du nombre d’électeurs ayant participé aux dernières élections législatives]. Parallèlement, la non-prise en compte des bulletins non cachetés a conduit à l’invalidation de 87 668 bulletins et enveloppes vides.

Stanislav Trifonov, animateur de l’émission de variétés quotidienne « Le show de Slavi », et son équipe à qui revient l’initiative du référendum, ont accusé la CEC de « manipulation monstrueuse ». Selon eux, le quorum pour valider la consultation a été atteint et la CEC n’a pas pris en considération plusieurs signalements dénonçant des irrégularités commises dans les bureaux de vote (voir également notre revue du 9 novembre). Après l’annonce définitive des résultats par la CEC, M. Trifonov a déclaré qu’il allait saisir la Cour administrative suprême. Selon la loi, il a un délai de 7 jours après l’annonce officielle des résultats.

Les deux partis politiques principaux se sont déjà prononcés en faveur du respect de la volonté des citoyens (voir notre revue du 10 novembre). Hier, lors du second tour de la présidentielle, commentant l’éventuelle démission du gouvernement Borissov, le vice-premier ministre Tomislav Dontchev a été le premier à faire
un lien direct entre le référendum et les élections législatives anticipées. M. Dontchev a déclaré qu’il ne serait pas correct d’organiser des élections avant que le code électoral soit amendé dans l’esprit des décisions du référendum. Les trois questions portaient sur le scrutin majoritaire à deux tours à la majorité absolue, l’établissement du vote obligatoire et la réduction de la subvention publique octroyée pour le financement des partis et des coalitions de onze leva à un lev par suffrage (voir notre rubrique du 3 novembre).

Le premier ministre a de nouveau exprimé son soutien envers « la volonté du peuple ». Il a souligné que le groupe parlementaire de GERB votera en faveur des trois questions : « nous insisteront pour qu’elles deviennent une loi », a-t-il tranché lors de sa conférence de presse après la clôture des opérations électorales. Il a répété qu’une réduction de la subvention publique de onze leva à un lev par suffrage donnera l’opportunité aux oligarques de blanchir leur argent par les élections, avant d’aller plus loin en se prononçant en faveur d’une annulation totale de la subvention publique pour les partis politiques.

M. Borissov a même lancé l’idée de convoquer une Assemblée nationale constituante pour réduire le nombre des députés de 240 à 120 [Ndr cette idée figurait parmi les 6 questions initiales proposées par les initiateurs du référendum mais elle n’a pas été jugée conforme à la Constitution par la Cour constitutionnelle et ne figurait pas parmi les questions qui ont été posées le 6 novembre]. Selon la Constitution, une convocation d’une grande assemblée peut être initiée par 120 députés ou par le président de la République ; le projet d’amendement de la Constitution doit être déposé à l’Assemblée nationale 2 mois avant son évaluation, précise Dnevnik. Vu la situation actuelle, la démission du gouvernement et la dissolution attendue du parlement vers la fin de janvier par le nouveau président de la République (voir la rubrique respective), un tel projet pourrait être déposé jusqu’au 21 novembre. A présent aucun des groupes parlementaires ne s’est dit prêt à prendre des initiatives en ce sens, souligne le site d’information. Même si un tel texte était déposé, le soutien d’au moins 160 députés pour l’initiative est indispensable pour la convocation d’une grande assemblée. Le groupe parlementaire de GERB compte 84 députés. (tous journaux, dnevnik.bg, mediapool.bg)

Rubrique France

Dans son numéro de samedi dernier, Sega consacre deux pages à l’initiative de deux enthousiastes de Roussé, Orlin Nedeltchev et Stoyan Stoyanov, qui souhaitent éditer en bulgare la bande dessinée « Sous le joug », adaptée du célèbre roman bulgare du même nom d’Ivan Vazov par le dessinateur Jacques Naret et publiée dans le quotidien français L’Humanité en 1969 et 1970.

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
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Dernière modification : 14/11/2016

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