Lundi 15 février

La position

La Bulgarie ne soutiendra pas les plans du groupe de Visegrád sur la crise des migrants

Le premier ministre bulgare Boïko Borissov s’est rendu aujourd’hui à Prague pour participer à la réunion du groupe de Visegrád (composé de la République tchèque, de la Pologne, de la Hongrie et de la Slovaquie), qui se réunit avant le sommet de l’Union européenne des 18 et 19 février consacré à la crise des réfugiés. Le groupe doit essayer d’élaborer une position commune sur cette crise. M. Borissov a été invité par son homologue hongrois Viktor Orbán lors de la visite de ce dernier à Sofia (voir la revue de presse de 1er février). Le premier ministre macédonien sera également présent.

M. Orbán avait alors formulé une proposition contestée qui sera débattue à Prague : la Bulgarie et l’ARYM doivent ériger une clôture à leur frontière avec la Grèce pour parer à l’incapacité de celle-ci de protéger les frontières européennes. Le groupe de Visegrád demande également que l’Union européenne applique des contrôles stricts pour protéger ses frontières extérieures et limite l’arrivée de réfugiés. Ces quatre pays sont également opposés à la politique des quotas visant à répartir les réfugiés entre les différents pays membres de l’UE.

La Bulgarie soutient la position de l’Allemagne, qui s’est fermement opposée à la proposition d’ériger des clôtures au long des frontières gréco-macédonienne et gréco-bulgare. Lors d’un entretien téléphonique avec la chancelière allemande Angela Merkel, M. Borissov a souligné que Sofia ne soutiendra pas le plan, proposé par M. Orbán, a annoncé Bulgaria On Air. Selon le premier ministre bulgare, l’Union européenne doit agir de faon conjointe et trouver des solutions communes à la crise des réfugiés. Cependant, M. Borissov a insisté à plusieurs reprises pour que l’Europe ferme immédiatement ses frontières et accueille sur son territoire uniquement les gens qui fuient la guerre (voir notre revue du 14 janvier).

Concernant les migrants qui entrent sur le territoire bulgare, Sega titre sa une : « Désormais les réfugiés ne restent en Bulgarie que quelques heures ». Le journal se réfère aux réponses des questions qu’il a envoyées à l’Agence pour les réfugiés (sans citer intégralement ses questions et les réponses qui ont été données par le président de l’agence Nikola Kazakov). L’agence et le ministère de l’intérieur décrivent la pratique suivante : après avoir franchis clandestinement la frontière bulgare, les migrants qui sont arrêtés par la police sont enregistrés et leurs empreintes digitales sont prises ; ils demandent alors un statut de réfugiés et sont transportés vers un des centres d’accueil à Sofia. Une fois dans la capitale, ils disparaissent parfois le jour même avant que la procédure soit ouverte.

Selon l’agence, le séjour des migrants dans le centre d’Ovtcha Koupel (quartier de Sofia) ne dupe « pas plus de 2-3 jours, parfois même quelques heures ». Selon M. Kazakov, la police est prévenue pour prendre des mesures contre les trafiquants. Mais selon les habitants du quartier qui témoignent des cas de trafic de migrants largement répandu sous leurs fenêtres et ont même menacés à plusieurs reprises de bloquer le périphérique à cause du problème, aucun résultat n’est constaté réellement.

Ce trafic fonctionne manifestement au mieux vu le fait que les centres pour réfugiés en Bulgarie sont presque vide, commente le journal. Dans la période août 2015 – fin janvier 2016, 4 102 personnes ont quittés les centres. Selon les statistiques de la police, le profil des migrants qui entrent en Bulgarie change : les ressortissants Iraquiens devancent très largement les Syriens. Pour la période du 1er au 11 février, 529 Iraquiens ont franchis la frontière bulgare contre 160 Syriens ; suivent les Afghans (146 personnes).

Les graves problèmes d’intégration de ceux qui décident de rester dans le pays sont illustrés par un fait fort parlant : le nombre d’enfants réfugiés qui sont inscrits et suivent une scolarité dans une école à Sofia s’élève à… un seul. (tous journaux, bgonair.bg)

La pression

Des médias sous la dépendance à la fois de leurs propriétaires et du gouvernement

Le 3 février, des représentants de la communauté bulgare à Londres ont demandé au premier ministre si, lorsqu’il se regarde dans un miroir, il y voit Delian Peevski (voir notre revue du 8 février). M. Borissov a riposté via sa conseillère presse Sevdelina Arnaoudova, qui s’est adressée aux propriétaires des deux grandes chaînes ayant diffusé l’enregistrement de la rencontre à Londres pour leur demander : « qui voient-ils dans le miroir après une rencontre avec Peevski ». Quel sens faut-il donner à cette contre-attaque ?

Nelly Ognianova, professeur et experte de droit des médias, à qui s’est adressée la journaliste Polina Paounova de mediapool.bg, exprime sa préoccupation sur l’Etat des médias en Bulgarie : « pendant que le GERB est au pouvoir, non seulement aucune mesure n’est prise contre la concentration de la propriété des médias mais l’empire de Peevski s’épanouit ». Les héritiers du phénomène Barekov (cité ici comme le symbole du journalisme au service du pouvoir en place) s’installent. La chaîne de télévision « Canal 3 », désormais aux mains du député Peevski, est devenue la nouvelle maison médiatique de la majorité. « Les affaires de Peevski ne nous concernent pas », disait l’ancien président du MDL, Lioutvi Mestan. Il a changé d’avis et conseille désormais : « Analysez comment évoluent les positions des hérauts médiatiques de Borissov et de Tsvetanov : c’est ça la clé ».

Le faux pas de M. Borissov lors de cette rencontre à Londres n’est que le symptôme d’un problème systémique. Les questions gênantes sont conditionnées par les déclarations des gouvernants mêmes.

« Аhmed Dogan a été le premier à réaliser que l’empire médiatique et le contrôle sur le pouvoir judiciaire permettent de gouverner », a affirmé le premier ministre dans une interview accordée à mediapool.bg. « Delian Peevski commande le parquet et le Conseil supérieur de la magistrature », a reconnu le numéro 2 du GERB, Tsvetan Tsvetanov. « Les services [de sécurité] sont maîtrisés par le MDL. Y toucher signifierait s’opposer au MDL. C’est pourquoi Boïko n’ose pas y toucher », disait Vladimira Yaneva, ancienne présidente du TGI dans l’un des enregistrements relevant de l’affaire « Yaneva Gate ». Cependant, la réponse du premier ministre sous la forme de la question posée par sa conseillère de presse aux directeurs de Nova et de bTV, a révélé le problème : « le premier ministre reconnaît que les médias et la justice sont maîtrisés et en même temps refuse d’utiliser les instruments de la démocratie pour faire face à l’enchevêtrement entre pouvoir, milieux d’affaires et médias ». Comment voir qu’un homme fort comme le premier ministre se résigne à ce qu’existe un empire médiatique et à ce que le Parquet soit sous influence ? D’autant plus que cet empire est en l’occurrence mobilisé pour le soutenir après ce faux pas. Il y a probablement un marché conclu dans le dos des citoyens, en déduit Mme Ognianova.

En outre, la question de Mme Arnaoudova suggère une autre conclusion : l’Etat reste via les fonds européens le sponsor le plus puissant des médias. Petko Gueorguiev, président de la fondation Promedia, renchérit : « Ces centaines de millions prévus par les programmes européens pour la communication pourraient éviter la misère à la télévision publique et alimenter le Fonds « Radio et télévision » afin qu’un dispositif normal de production de programmes de qualité par les chaînes de télévision privées puisse être mis en place. Or, ces financements européens sont distribués en contournant la loi sur les marchés publics pour des campagnes d’informations ou des analyses et des commentaires publicitaires au service des puissants, par exemple en modifiant la hiérarchie des informations. Les gens au pouvoir ne renonceront jamais à un dispositif aussi important de mainmise sur les contenus diffusés par les médias », conclut-il. (mediapool.bg)

La campagne

Hystérie antiturque dans certains médias bulgares

L’interdiction d’entrée en Turquie infligée à MM. Ahmed Dogan et Delian Peevski, annoncée la semaine dernière par la presse turque et confirmée par la suite pour la presse bulgare par l’ambassade de Turquie à Sofia (voir notre revue du 12 février), déclenche une véritable hystérie antiturque dans certains médias appartenant à ou réputés proches du député MDL Peevski.

« Ankara trame un coup économique contre la Bulgarie », annonce Standart dans son numéro de samedi sur deux pages. Le journal explique que le « coup politique » porté à l’encontre du fondateur du MDL et d’un député de ce parti sera suivi par au moins deux « coups économiques » : l’un contre le tourisme et l’autre contre l’industrie du tabac. Après les attentats en Turquie et la rupture intervenue dans les relations russo-turques, beaucoup de touristes, notamment des Russes, s’orientent vers les villégiatures bulgares, affirme le journal. Sur le marché touristique, la Turquie ressent la Bulgarie comme un vrai concurrent non seulement en termes de sécurité, mais également du point de vue du prix. Quant au marché du tabac, en s’attaquant à Bulgartabac, la Turquie vise un coup double (Ndr : le lien entre l’interdiction d’entrée, Bulgartabac et Delian Peevski en tant qu’actionnaire minoritaire de cette compagnie est fait par le journal). Selon Standart, M. Erdoğan cherche à abattre la concurrence bulgare sur le marché du tabac et, dans le même temps, à s’assurer l’influence sur l’électorat du MDL, dont la principale activité économique est le tabac. L’interdiction d’entrée en Turquie ne vise qu’à détourner du MDL les électeurs de l’ancien président du parti, Lioutvi Mestan, exclu parce qu’accusé par M. Dogan de collusion avec le président turc et de haute trahison envers les intérêts nationaux bulgares.

Standart insère également une interview accordée par M. Peevski à l’agence en ligne Focus, dans laquelle le député analyse l’interdiction d’entrée dont il est frappé comme une « preuve indubitable – si cette information s’avère vraie – que Lioutvi Mestan travaille contre les intérêts de la Bulgarie ». Cette interview est reprise également par 24 Tchassa et Monitor.

Le projet politique de M. Mestan (NDR : le lancement prochain d’un nouveau parti dénommé DOST) est largement présenté comme une tentative de la part de la Turquie de mettre la main sur le secteur du tabac pour pouvoir manipuler les électeurs MDL dont le tabac est le principal gagne-pain. Cette thèse est soutenue, dans les pages de Standart, par le maire (MDL) d’un petit village d’exploitants de tabac de la région de Blagoevgrad. Mais cette tentative n’aboutira pas parce que les « gens de la région ont la conscience nationale bulgare », déclare ce maire.

Dans la même veine, le site en ligne Epicentre, repris par Standard, donne la parole au prof. Konstantin Konstantinov, mathématicien et expert en systèmes électoraux. « La Turquie perdra bientôt le Kurdistan. Ce sera un coup terrible porté à l’élite politique turque. […] Le risque existe dans une telle situation qu’elle dirige son intérêt vers certaines parties de la Bulgarie, notamment vers une certaine région nommée Kardjali qui fait l’objet des visées et des appétits turcs depuis longtemps », souligne le prof. Konstantinov dans sa réponse à la question de savoir s’il y a ou non un lien entre l’interdiction d’entrée en Turquie de MM. Dogan et Peevski et l’intention de M. Mestan de créer un nouveau parti politique.

Concernant Bulgartabac, Monitor, Standart et 24 Tchassa font place au communiqué diffusé par ce grand groupe économique qui se déclare prêt à attaquer en justice tous ceux qui « essaient de [le] discréditer par des publications tendancieuses dans les médias ». Le groupe, bien implanté sur le marché proche-oriental, n’exporte pas vers la Turquie, lit-on dans le communiqué. Dans Standart, cette publication jouxte une information sur le marché de la contrebande en Bulgarie selon laquelle un tiers des cigarettes de contrebande écoulées dans le pays proviennent de Turquie, à en juger par les statistiques de la douane bulgare. Il s’agit le plus souvent de contrefaçons fabriquées dans la région d’Edirne dans des ateliers clandestins. (Standart, Monitor, 24 Tchassa)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
© Tous droits de diffusion et de reproduction de cette revue de presse sont réservés à l’Ambassade de France en Bulgarie

Dernière modification : 16/02/2016

Haut de page