Lundi 16 février 2015

LA POLEMIQUE

QUEL AVENIR POUR LES DIRIGEANTS DU SECTEUR DE LA SECURITE : LE PRESIDENT PLEVNELIEV FAIT FRONT AU PREMIER MINISTRE BORISSOV

Après toute une semaine émaillée de révélations et de déclarations officielles sur le scandale déclenché par l’affaire « les Vers », le président de la République Rossen Plevneliev est intervenu à son tour. Répliquant aux propos du premier ministre Borissov qui avait estimé qu’il n’y avait pas lieu de procéder au remplacement du secrétaire général du ministère de l’intérieur et du président de la DANS qui faisaient « de leur mieux », M. Plevneliev a indiqué que tout jugement positif sur le travail de ces services serait déplacé.

« Je ne suis pas du tout d’accord avec l’opinion émise par M. Borissov et je ne suis pas satisfait du travail du chef de la DANS. Je demande au Parquet d’intervenir et au parlement d’auditionner Vladimir Pissantchev. Ce que je dis est dans l’intérêt de la sécurité nationale », a déclaré samedi dernier le chef de l’Etat en réponse à des questions de journalistes. A commencer par l’affaire « Kostinbrod » [Ndr : affaire des faux bulletins de vote découverts dans une imprimerie à Kostinbrod], en passant par les principes constitutionnels foulés aux pieds en 2013 et 2014 par une DANS qui se prêtait aux attaques anticonstitutionnelles contre le chef de l’Etat, pour arriver au dossier « les Vers » : il y en a trop de raisons pour penser qu’il est grand temps que quelque chose change au sein de la DANS et que cette agence commence à générer de la sécurité et non pas seulement des scandales », a commenté le président Plevneliev (cité d’après president.bg).

En ce qui concerne le secrétaire général du ministère de l’intérieur, M. Plevneliev a indiqué que c’est au gouvernement de décider et de proposer qui peut occuper ce poste au regard des derniers amendements à la Loi sur le ministère de l’intérieur (voir notre revue du 12 février).

Commentant l’affaire « les Vers », le chef de l’Etat a encouragé le Parquet à « aller jusqu’au bout dans son élucidation. « Ce qui se passe est inadmissible. J’appelle toutes les institutions concernées à aller jusqu’au bout et à assumer leur responsabilité. La responsabilité de la direction de la DANS y est plus qu’évidente et j’attends des actes », a conclu le président.

Par ailleurs, le ministre de la justice Khristo Ivanov a estimé sur bTV que les magistrats qui ont autorisé l’application de moyens de renseignements dans l’affaire « Les Vers » doivent assumer leur responsabilité disciplinaire, voire être suspendus de leurs fonctions. « Il y a des choses particulièrement préoccupantes dans l’autorisation délivrée : absence de motifs, prorogation de délais… Les constats faits par le bureau de contrôle de M. Rachkov sont inquiétants », a estimé le ministre. Comme, selon la loi, c’est le président de la juridiction qui est censé délivrer ce type d’autorisations, il s’agit très probablement de la juge Vladimira Yaneva, mais il serait mieux d’attendre les résultats de l’enquête, a indiqué le ministre. « On ne voit pas bien d’où a jailli tout ce galimatias. Il n’y a pas de lien entre les protestations et les écoutes. Le dossier, qui a nécessité une autorisation de la part du juge en vue de la mise en œuvre de moyens spéciaux de renseignement, se trouve désormais au Parquet. On veut espérer que celui-ci ne se montrera pas indulgent à l’égard de telles infractions », a souligné le ministre.

Un commentaire dans Sega tente d’apporter une explication à la réticence du premier ministre à remanier la direction du secteur de la sécurité face aux multiples critiques, y compris de la part du Bloc réformateur. « Le ver envoyé par les services de sécurité ne rongera que la chaise de la présidente du tribunal de grande instance de Sofia, Vladimira Yaneva… Dans le même temps, les personnes du ministère de l’intérieur et de la DANS qui ont planifié, demandé et réalisé le dossier qui secoue l’Etat, non seulement ne pâtiront d’aucune conséquence, mais même profiteront de la défense qui leur est offerte au plus haut niveau. Au moment où il devient clair que toutes les bases de données du ministère sont probablement passées entre les mains de la criminalité organisée, le premier ministre Borissov ne veut rien entendre quant à des remaniements dans les services. […] Le GERB gouverne en coalition tripartite, mais aussi grâce à la collusion passée avec le MDL et il n’y a aucun doute quant à cela. Voilà pourquoi M. Borissov protège comme la prunelle de ses yeux M. Lazarov, nommé par le gouvernement Orecharski, et M. Pissantchev, élu à la tête de la DANS sur l’insistance du MDL après l’échec tonitruant de Peevski. L’enjeu doit être assez important puisque le chef du gouvernement en personne intervient à plusieurs reprises pour garantir leur maintien à la tête des services ».

La question de savoir si Svetlozar Lazarov et Vladimir Pissantchev garderont leurs postes trouvera sa réponse dans les trois semaines à venir, le temps que la nouvelle loi sur le ministère de l’intérieur soit promulguée, a assuré pour sa part le ministre de l’intérieur Vesselin Vouchkov. « Mais indépendamment de la candidature qui sera proposée au chef de l’Etat, je ferai de mon mieux pour garantir qu’il n’y ait pas d’arbitraire policier » (cité d’après Pressa). (tous journaux, mediapool.bg, president.bg)

LE BILAN

LE GOUVERNEMENT PROCEDE A UN BILAN DE SES 100 PREMIERS JOURS AU POUVOIR – L’OPPOSITION AUSSI

Vendredi 13, le gouvernement a marqué les 100 jours de son arrivée au pouvoir. Dans les bilans présentés par les quatre vice-premiers ministres lors d’une conférence de presse ad hoc, le ton n’était pas à la modestie.

« En général, l’évaluation est positive quant à la façon dont nous avons traité les tâches opérationnelles ou de long terme », a déclaré Roumiana Batchvarova, chargée de la politique de coalition et de la fonction publique. Selon elle, le gouvernement a ouvert un large front de réformes (justice, santé, éducation, énergie, affaires intérieures, retraites), a réussi à calmer l’atmosphère politique, a fait face aux problèmes urgents, a initié des projets d’envergure (réhabilitation des immeubles en préfabriqués). Au titre des faiblesses, Mme Batchvarova a indiqué le peu de progrès dans le domaine de la réforme de la fonction publique et de l’administration électronique, ainsi que le besoin de procédures de concertation entre les nombreux partenaires de coalition.

Meglena Kouneva, vice-premier ministre en charge de la coordination des politiques européennes et des affaires institutionnelles, a mis en avant Schengen et la lutte contre la corruption. Les résultats les plus importants en vue seront l’adhésion de la Bulgarie à l’espace Schengen et l’efficacité dans la lutte contre la corruption, a-t-elle relevé. En ce qui concerne Schengen, il faut surmonter les doutes de « quelques Etats membres particulièrement importants », a indiqué Mme Kouneva. Pour elle, parmi les réussites des 100 premiers jours figurent le premier concours jamais organisé pour un haut poste dans la fonction publique (chef de l’Agence des Bulgares de l’étranger) et la clarification de la problématique des immigrés.

Ivaïlo Kalfine, vice-premier ministre en charge de la politique démographique et sociale, a mis en relief la volonté du gouvernement d’améliorer le niveau de vie des Bulgares : en dépit d’un budget social réduit de 200 millions de leva, les dépenses réservées aux politiques sociales se sont accrues de 2 milliards de leva.

Selon Tomislav Dontchev, vice-premier ministre responsable des fonds européens et de la politique économique, le gouvernement a réussi à maîtriser la crise des finances publiques et à rétablir la confiance des partenaires européens. La Commission européenne a déjà validé les premiers programmes opérationnels. Sur d’autres, la Bulgarie mène encore le combat (programmes Environnement et Régions en croissance). Cette année, le volume des fonds européens peut atteindre un cinquième de l’ensemble des dépenses publiques et ce sera un record, a relevé M. Dontchev.
Toutefois, dans les rangs des partenaires de coalition et de l’opposition, l’optimisme ne semble pas prévaloir.

Le gouvernement marche dans la bonne direction, mais le rythme ne convient pas, a observé Radant Kanev, co-président du Bloc réformateur. Valeri Simeonov, du Front patriotique, attribuant au cabinet Borissov la note 4 sur 6, n’a pas ménagé ses critiques envers le ministre des finances. C’est ABC qui a accordé la meilleure note aux ministres : 5 sur 6. Le gouvernement a assuré de la stabilité politique et c’est son plus grand acquis, a indiqué le député Gueorgui Kioutchoukov (ABC).

Déception, manipulation, imitation de réformes, attentes de réforme démenties, désengagement des problèmes sociaux, nouvelles dettes, tentative d’impliquer la Bulgarie dans la guerre en Ukraine, tel était le jugement porté par le député Jelio Boïtchev (PSB).

Aliosman Imamov, député MDL, était très laconique : les hypothèses d’un gouvernement bâti sur un fondement idéologique pourri et particulièrement coûteux se sont confirmées. Selon lui, ces 100 jours n’ont été marqués que par des compromissions politiques au sein de la coalition gouvernante et de répressions politiques contre des cadres du MDL. (tous journaux)

L’ANALYSE

LES CENT PREMIERS JOURS DU GOUVERNEMENT : LA STABILITE AU DETRIMENT DE LA REFORME

Les sociologues Antoniï Galabov et Jivko Gueorguiev analysent les cent premiers jours du gouvernement bulgare.

Selon M. Galabov, le bilan de ces cent jours constitue un phénomène intéressant dans lequel le GERB, paradoxalement voire injustement, tire son épingle du jeu. Pendant la première moitié de cette période, les critiques ont essentiellement ciblé le Bloc réformateur et le Front patriotique alors que la deuxième moitié a été marquée par des tensions entre ABC et le PSB, d’une part, et le Front patriotique et le MDL, d’autre part. Le GERB, indemne, a ainsi bénéficié d’un maximum de confort possible qui lui a permis d’édifier sa propre stratégie de gouvernance.

Ainsi, on assiste à une stabilisation partielle de la situation politique. L’objectif principal étant qu’on conserve le gouvernement et la configuration politique actuelle, les différentes forces politiques au sein des coalitions ont pu surmonter les divergences et atteindre des consensus à minima. Le gouvernement a pris les rênes du pouvoir et l’Assemblée nationale a retrouvé l’ornière de son fonctionnement habituel. Ainsi, on assiste dans une certaine mesure à une situation intérieure d’accalmie découlant des équilibres établis entre les forces politiques au pouvoir et l’opposition, d’une part, et au sein de la coalition au pouvoir, d’autre part.

Les partenaires extérieurs de la Bulgarie font confiance au GERB qui demeure pour eux un partenaire prévisible. Le Bloc réformateur et ABC bénéficient également d’un certain crédit à l’international. Dans ce contexte de confiance, la présence du Front patriotique n’a pas suscité de fortes critiques de la part des partenaires étrangers.
Les deux sociologues constatent qu’à l’issue de ces cent jours, toutes les conditions sont réunies pour que le gouvernement s’organise à traiter les priorités à l’ordre du jour même si l’agenda est riche en impératifs de politique étrangère et intérieure. Or, le gouvernement satisfait plutôt à des commandes partisanes au détriment des tâches d’intérêt général, considère M. Gueorguiev.

Pour sa part, M. Galabov reste avec l’impression que « les risques pris actuellement par le gouvernement pour assurer la stabilité financière du pays envoient des signaux aux partenaires étrangers et aux analystes selon lesquels la Bulgarie aspire davantage à assurer une gouvernance stable qu’à mettre en œuvre les intentions de réforme déclarées. Les réformes en soi impliquent beaucoup plus d’énergie et un risque important d’instabilité que le GERB n’est pas prêt à assumer, conclut Antoniï Galabov.

M. Gueorguiev n’entrevoit pas de changements importants possibles dans la politique du GERB. Son nouveau style de comportement vise à préparer le parti à relever le défi des deux futures échéances électorales que sont les élections locales et 2015 et l’élection présidentielle en 2016. En outre, cette tactique vise à affirmer le GERB sur la scène politique afin qu’il y perdure lorsque Borissov l’aura quittée. (Focus.bg, mediapool.bg)

Dernière modification : 20/12/2016

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