Lundi 16 novembre

La réponse

Après les attentats terroristes à Paris, la Bulgarie renforce les mesures de sécurité

Un rassemblement spontané, dont l’idée était née sur Facebook la nuit après l’attentat, a réuni samedi soir plus de mille personnes devant l’ambassade de France à Sofia, venues exprimer leur soutien à la France et partager sa douleur. Des fleurs et des bougies ont tapissé l’entrée du bâtiment.

Plus tôt dans la journée, la Bulgarie a condamné cet « acte barbare et inhumain dirigé contre les principes et les fondements des sociétés démocratiques », comme l’a qualifié le président de la République Rossen Plevneliev. « Je suis convaincu que la démocratie et les valeurs dans lesquelles nous croyons sont plus fortes que le terrorisme et ne peuvent pas être vaincues. La Bulgarie est prête à collaborer pleinement avec les autorités d’enquête françaises en ce moment douloureux pour la France », a-t-il écrit dans sa lettre de condoléances au président François Hollande.

« Je suis avec colère et indignation les informations des attentats commis cette nuit à Paris. En ce moment difficile, j’exprime ma solidarité avec le peuple français et mes condoléances les plus sincères aux familles des victimes. Je confirme notre disponibilité de prêter assistance en ce moment difficile pour la France. Cette attaque contre la France et les valeurs qu’elle symbolise renforce encore plus notre volonté de combattre le terrorisme », a réagi le premier ministre Boïko Borissov.

Une réunion d’urgence a été organisée au Conseil des ministres avec les ministres des affaires étrangères, de l’intérieur, de la défense, des transports et de la santé, le procureur général, des représentants de la DANS et du Service national de renseignement, etc. Des mesures de grande échelle de renforcement de la sécurité dans tout le pays ont été décidées.

Des équipes de la gendarmerie nationale et de la police ont été déployées dès samedi dans les aéroports et les gares, aux postes-frontières, autour des bâtiments de la présidence de la République et du conseil des ministres, à la centrale nucléaire de Kozlodouï et sur d’autres sites sensibles. Des policiers en civil montent la garde dans les grands centres commerciaux.

Aux frontières extérieures, les ressortissants de pays tiers sont soumis à des contrôles documentaires et physiques rigoureux. Conséquence : une file de 10 km de véhicules s’était déjà formée hier au poste frontière de Kapitan Andreevo. Par ailleurs, la ministre de l’intérieur a appelé tous ceux qui avaient prévu de se rendre en France à reconsidérer la nécessité de leur voyage.

Pendant le week-end, une opération de police a été lancée contre des migrants illégaux. 7114 personnes et 3231 véhicules ont été contrôlés ; 315 clandestins ont été arrêtés sur le territoire de huit régions. Le filet s’est resserré également sur onze passeurs et sur dix personnes faisant l’objet de mandats d’arrêt nationaux.

Soulignant que les attentats à Paris constituent un « 11 septembre européen », le premier ministre Borissov a parlé du besoin pour l’Europe de repenser les politiques d’intégration et de travail « avec les « groupes à risque, avec les ghettos de la tolérance ». « Nous essaierons de saturer de policiers et de gendarmes les villes, les villages, mais cela ne peut pas durer éternellement étant donné les ressources limitées » et les dizaines de milliers de personnes traversant les frontières », a-t-il indiqué. (tous journaux)

L’unanimité

Après les attentats à Paris, les médias bulgares rendent tous compte du choc, de la solidarité et des menaces des terroristes

Tous les médias bulgares consacrent leurs premières et plusieurs autres pages à l’intérieur aux attentats de Paris. Un sentiment général de choc et de compassion est exprimé par tous les journaux. Les numéros de dimanche consacrent à cette tragédie leurs unes avec de grandes photos.

« L’Etat islamique attaque l’Europe », titre 24 tchassa qui ouvre son numéro avec trois photos : d’une victime de Bataclan aidée par les pompiers, de la tour Eiffel gardée par des soldats armés et d’un anonyme, qui dépose des fleurs en hommage aux victimes. Sur neuf pages, le journal présente les informations sur les attentats, présente les réactions de politiciens bulgares et étrangers (Obama, Poutine, Merkel), publie des photos de Paris et des victimes.

« Paris en sang après une attaque de terroristes », titre Troud qui illustre sa première par une photo d’un agent d’entretien en train de laver le sang versé sur l’un des sites des attaques. « La tragédie a touché Sofia », écrit le journal qui publie en page 4 un encart d’information sur l’une des victimes du restaurant Le Petit Cambodge, Sébastien Proisy, 37 ans, double national franco-bulgare. Sur cinq pages, le journal détaille l’information sur les attentats en mettant l’accent sur la menace de Daech qu’il résume dans le titre : « Préparez-vous pour un orage, on frappera encore ».

« L’Europe est en guerre », écrit Standart qui illustre le propos par une photo d’un homme victime des attentats aidé par la police. Le journal consacre son numéro complet aux attentats et aux réactions. L’un des articles est consacré à la manifestation de solidarité qui a réuni samedi soir des centaines de Bulgares devant l’ambassade de France.

24 tchassa continue ce lundi avec les menaces de Daech qu’il publie en première page : « Après la France, « l’Etat islamique » va ensanglanter la Belgique et la Grande-Bretagne ». Le journal consacre cinq pages aux dernières informations ainsi que des analyses et une interview avec Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO sur les attaques terroristes et la guerre « pour les cœurs et les esprits des jeunes ».

Monitor publie une série de photos de Paris sur sa une mais met l’accent sur les mesures de sécurité prises par le gouvernement bulgare en réponse des attentats : « la DANS a arrêté plus de 315 migrants clandestins ; marchés, gares et frontières sont sous blocus policier ». Le journal publie également une série de photos, y compris du président de la République François Hollande au moment exact (selon le journal) où il est informé des premières attaques au stade de France ainsi qu’une des fleurs, déposées devant l’ambassade de France en Bulgarie.

Sega met l’accent sur la pression à la fermeture des frontières après les attentats en illustrant sa une avec une photo de deux policiers patrouillant devant la tour Eiffel. Standart de son côté préfère souligner que « certains des auteurs des attentats sont passés par les Balkans ». Capital Daily se pose la question « Quelle direction choisira l’Europe après les attentats à Paris ? » avec une photo de deux mains jointes en signe de solidarité. (tous journaux)

L’analyse

Après les attentats, que faire ?

Les attentats sanglants à Paris donnent lieu à beaucoup d’analyses dans la presse bulgare. Pourquoi en France ? Que doit faire la France pour éviter un « Paris-3 » ? Que doit-faire l’Europe pour protéger sa sécurité ? Plusieurs questions que Tihomir Bezlov du Centre pour l’étude de la démocratie pose dans un article intitulé « Paris 2 – l’escalade de la nouvelle peur ».

Les victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo « Paris-1 », journalistes et policiers, ont révélé une nouvelle dimension du terrorisme - l’impuissance de l’Etat européen. Les événements du 13 novembre dernier ont repris une technologie déjà connue qui est celle des « combattants téléportés » du Proche-Orient dans le centre d’une ville européenne pour remplir de cadavres les rues en trente minutes. Certes, avec une nuance russo-tchétchène impliquant le port de ceintures d’explosifs, même s’il est encore tôt pour faire des commentaires relatifs à l’organisation des attaques et aux personnes impliquées.

Cependant, il y a des questions auxquelles on peut d’ores et déjà tenter de répondre, poursuit M. Bezlov.

Un premier groupe de questions consiste à s’interroger pourquoi cela s’est passé en France : un pays qui, avant « Paris-1 », était considéré comme ne rencontrant pas de problèmes liés au terrorisme international bien que 1 200 combattants de Daech soient de nationalité française et que ceux-ci aient menacé en novembre 2014 de porter la guerre en France.

Les données relatives aux combattants de Daech de nationalité française ainsi qu’aux terroristes de Charlie Hebdo et au seul terroriste identifié des assaillants du vendredi dernier retracent un profil commun : jeunes arabes dont le casier judiciaire n’est pas vierge. Les arabo-musulmans constituerait 70% de la population carcérale en France, alors qu’ils ne représenteraient que 5% de celle-ci en Angleterre et que les musulmans (essentiellement turcs) ne forment que 18% des détenus dans un land allemand comme la Hesse. Toutefois, le problème va au-delà des minorités et concerne l’adhésion de celles-ci aux valeurs européennes. Des thèmes politiquement sensibles et souvent évités bien que la situation en novembre 2015 soit radicalement différente de celle en janvier 2015 : l’Europe vit la crise de migration la plus difficile depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Et maintenant, qu’en est-il ? La réaction française des premières heures a témoigné d’une démarche complétement différente de celle de l’Espagne après les attentats de Madrid en 2004 (ayant conduit au retrait des troupes espagnoles de la coalition en Irak) : le président français a déclaré la guerre à Daech.

Qu’est-ce que la France peut faire pour éviter un « Paris-3 » ? Selon plusieurs experts militaires, le plus probable est que la réponse française en termes de politique extérieure ne sera pas similaire à la réponse américaine en Afghanistan et en Irak (allusion aux grandes opérations terrestres). Or, en politique intérieure, il reste voir si la France suivra le modèle américain consistant à augmenter brutalement les ressources de ses services de renseignements et à limiter les libertés personnelles. Combien de ressources humaines et financières la France devrait-elle investir pour que ses services de renseignement puissent identifier parmi les quelques millions de musulmans une dizaine qui vont se faire exploser ? Ne doit-on pas mener une réflexion sur les droits des détenus ?

Enfin, la France se doit de résoudre la question relative à ses alliés et à la politique extérieure de l’Union européenne. La crise des réfugiés et le carnage du 13 novembre démontrent que les membres de l’UE ne peuvent plus se permettre de ne pas avoir de politique militaire active. Si l’UE confiait aux Etats-Unis, à la Russie, à la Turquie, à l’Arabie Saoudite la solution des conflits au Proche-Orient, il ne lui resterait plus qu’accueillir des réfugiés et des terroristes. L’efficacité de la police aux frontières n’est pas suffisante pour protéger les frontières extérieures de l’UE. La Chancelière Merkel a raison de dire que les clôtures érigées aux frontières n’arrêteront pas les migrants mais elle n’a pas osé évoquer la nécessité d’une force militaire pour faire face aux conflits, conclut M. Bezlov. (24 tchassa)

PDF - 188.5 ko
(PDF - 188.5 ko)

Dernière modification : 17/11/2015

Haut de page