Lundi 18 avril

La leçon

4 000 militants du GERB viennent recevoir les consignes de leur chef : « le premier que je chope … »

Dimanche, 17 avril. Des autocars venant de tous les coins de la Bulgarie débarquent, rue Fridtjof Nansen à Sofia. Des milliers de membres du GERB se dirigent vers la salle une du palais national de la culture (NDK) pour assister à une rencontre de travail nationale du GERB. Celle-ci n’a duré que 50 minutes et s’est limitée aux discours du président du parti, Boïko Borissov, et de ses adjoints Tsvetan Tsvetanov, Iordanka Fandakova et Dimitar Nikolov.
4000 personnes dont des ministres, des maires, des gouverneurs et leurs adjoints, des parlementaires, des conseillers municipaux, appelés par le premier ministre « le moteur du gouvernement de cet Etat » sont venus applaudir et entendre les directives de la direction du parti.
« Nous sommes le parti du peuple qui nous a élu, nous, qui venions du néant. Le peuple a choisi le fils d’une enseignante et d’un pompier pour que celui-ci remplisse cette salle de hautes fonctions. Et ce peuple n’acceptera pas que vous ne soyez pas honnêtes et il aura raison. Vous rendez-vous compte de la responsabilité que nous assumons ? Un simple doute est suffisant pour qu’on n’ait pas demain suffisamment de membres pour constituer un gouvernement comme le PSB dont l’électorat s’est réduit à 10%. Chacun de vous est responsable pour que toute organisation soit limpide et pour que je n’entende pas parler de corruption. Notre honnêteté est à l’origine de l’essor du GERB et il n’y a que le GERB qui peut renverser le GERB si vous n’en tirez pas de conclusions [de mes consignes] ».
C’est ainsi que M. Borissov a introduit le thème de la corruption en exhortant les membres de son parti à ne commettre aucun acte irrégulier « qui ne serait pas admis par la société. Je ne ferai preuve d’aucune pitié à l’égard de ceux que je choperai en train de magouiller aux marché des femmes », a-t-il juré en rappelant que « les gens voient tout grâce à l’Internet qui est une chose excellente, permettant non seulement de publier des caricatures mais également d’adresser des signalements ». M. Borissov a mis en garde l’assistance contre « les tentatives des gens payés pour nous dénigrer : les avocats des mafieux, de Multigroup (groupe économique mafieux du début des années 1990) luttent aujourd’hui contre la corruption et unissent leurs forces » (allusion à Tatiana Dontcheva, présidente du mouvement politique Mouvement 21 et candidate à l’élection présidentielle).
Pour illustrer ses propos, il a évoqué un rapport de la Commission européenne accusant la Bulgarie de perdre 19 millions par an à cause de la corruption « que Kornelia Ninova (PSB) brandissait » et à qui les parlementaires européens du GERB n’auraient pas pu apporter une réponse convenable de sorte que « c’était à moi d’appeler pour voir de quoi il s’agit. N’oubliez surtout pas quel parti vous a envoyé à Bruxelles et que vos salaires sont deux fois plus importants que le mien », a-t-il asséné aux eurodéputés de son parti.
Le groupe parlementaire du GERB ainsi que la présidente de l’Assemblée nationale ont également essuyé la critique à cause de l’adoption en première lecture d’un amendement proposé par le PSB en vue de porter les aides accordées aux enfants handicapées à 7 millions de leva. Un acte qu’il a qualifié de « populisme en temps de crise » au lieu d’adopter des amendements au Code pénal afin que « des personnes sous contrôle judiciaire ne puisse pas s’enfuir ».
Enfin, M. Borissov a appelé à ce que l’on trouve une autre façon de désigner la candidature du GERB à la présidence de la République. « Je me demande comment faire pour l’élection présidentielle puisque la plus grande dignité du chef de l’Etat est de prendre ses distances à l’égard du parti qui l’a désigné, a mené sa campagne électorale et l’a financé par sa subvention. A quoi bon se démener pour que quelqu’un devienne président ? », a lancé M. Borissov en faisant allusion au président de la République qui a stigmatisé les milices civiles à la frontière bulgaro-turque (voir nos revues des 12et 14 avril). Ce discours de M. Borissov a donné lieu à beaucoup de titres à la une dans la presse d’aujourd’hui comme « L’adultère présidentiel inquiète le GERB » (Troud), « Sans pitié pour les corrompus et la corruption » (24 tchassa et Standart), « 60 % d’arrogance garantie par le GERB » (Sega). (tous journaux, mediapool.bg)

Le complot

Le procureur général : un scénario de déstabilisation du pays est en cours

« Il existe des informations selon lesquelles on essaie de reproduire en Bulgarie le scénario macédonien de déstabilisation du pays. Des tentatives sont faites en vue de déclencher des événements sous la pression de la vague des réfugiés. Je confirme les propos du premier ministre (Ndr : tenus la semaine dernière à l’issue d’une réunion chez le président de la République sur les questions de la sécurité) parce que son information est vraie », a déclaré vendredi dernier le procureur général Sotir Tsatsarov, de passage à Plovdiv. Toutefois, les autorités publiques font le maximum pour contrecarrer par tous les moyens légaux ce type de tentatives, a-t-il assuré.

Concernant les arrestations sauvages de migrants pratiquées par des milices le long de la frontière (voir notre revue du 12 avril dernier), M. Tsatsarov a souligné les « deux faces de la monnaie ». D’un côté, de telles « formations civiles » comblent apparemment un vide là où l’Etat n’est pas suffisamment fort ou efficace pour exercer les missions qui lui sont imparties dans les zones frontalières. Il s’agit notamment de la situation dans les villages où la criminalité au quotidien a pris une telle ampleur que les gens recourent à des formes spontanées d’autoprotection. Mais l’autre face de ce phénomène reflète des comportements nationalistes ou ultranationalistes. « Personne ne doit s’imaginer qu’on peut ligoter ou arrêter des gens, jouer aux policiers. Ceux qui le font seront poursuivis quelles que soient les manifestations en leur faveur », a indiqué le procureur général.

Abordant un autre sujet d’actualité, celui de l’interdiction des burqas et autres vêtements à caractère religieux, demandée par le maire de Pazardjik (voir notre revue du 13 avril dernier), M. Tsatsarov a fait état d’informations détenues par le Parquet selon lesquelles des femmes de cette ville s’étaient vu proposer de l’argent pour porter la burqa. « Le port de la burqa à Pazardjik a commencé pour des motifs financiers. Une enquête et des vérifications ont montré que porter de tels vêtements peut rapporter. Au début, on offrait 120 leva par mois. Maintenant, les incitations économiques servent à financer le centre de prières dans cette ville », a-t-il relevé tout en s’interrogeant à quel point ce centre répond aux exigences de la loi bulgare : une question sur laquelle le grand muftiat préfère se taire, estime le procureur général. « Oui, de tels vêtements peuvent être portés dans les lieux de prière, pas dans les lieux publics où toute personne doit être facilement identifiable ». Quant aux écoles, a ajouté M. Tsatsarov, l’éducation laïque garantit des droits équitables à toutes les religions, ce qui ne veut pas dire qu’une d’entre elles peut imposer son style aux autres. « Je ne sais pas si c’est à moi de m’occuper des burqas, mais je soutiens toute action qui vise le respect de l’ordre et de la loi ».

Selon le procureur général, la séparation du Conseil supérieur de la magistrature en deux chambres (voir notre revue du 15 avril) a été une bonne décision. « Au début je me suis opposé fortement puisque j’y voyais une tentative claire et plausible visant à faire sortir le Parquet du pouvoir judiciaire. Il y avait beaucoup d’attaques contre moi personnellement et contre le Parquet. Mais il ne faut pas regarder en arrière. La décision de séparer le CSM en deux chambres est positive. Les juges vont décider pour les juges et les procureurs pour les procureurs. […] A partir de là, il ne sera plus possible d’accuser le Parquet ou le procureur général d’immixtion dans les problèmes qui concernent les juges. Pour moi, c’est une bonne décision », a-t-il répété. (Standart, mediapool.bg)

Le rapprochement

En quête d’une victoire à l’élection présidentielle, ABC est prêt à une candidature commune avec le Front patriotique

Le sixième congrès de l’ORIM (parti nationaliste et constituant, avec le Front national pour le salut de la Bulgarie, de la coalition parlementaire Front patriotique) retient l’attention de tous les journaux aujourd’hui. Mais l’accent n’est pas mis sur le fait que son président Krassimir Karakatchanov a été réélu à l’unanimité ; la « vedette » médiatique de ce congrès est Gueorgui Parvanov (président d’ABC et ancien président de la République) qui a été invité à ce forum.

« M. Parvanov a proposé au Front patriotique de se présenter avec une candidature commune à l’élection présidentielle » titre 24 tchassa. L’argument : « le temps est venu pour l’unification des forces patriotiques dans le pays ». Selon le leader du parti de gauche, le candidat devrait partager « les idées d’un nationalisme éclairé, raisonnable et moderne ».

M. Parvanov a prévenu que la présentation de chaque parti individuellement va fragmenter le vote. Par contre une candidature commune donnera non seulement plus de chances aux partis qui la soutiennent, mais incarnera également l’idée de la présidence de la République : l’unité nationale. Il a ajouté qu’ABC, l’ORIM et les « partis patriotiques du centre » ont beaucoup de tâches communes y compris « les efforts pour une gouvernance efficiente et efficace » du pays.

Les buts de l’actuel gouvernement, qui est soutenu par les deux partis, ne peuvent se limiter uniquement à rechercher plus de stabilité comme on le répète souvent, a ajouté M. Parvanov. De son côté le président réélu de l’ORIM a déclaré qu’il était possible que son parti soutienne la candidature du GERB.

Devant les délégués de l’ORIM, le président d’ABC a également proposé la création d’une garde civile comme une mesure de lutte contre le flux migratoire. Ce n’est pas par hasard que les gens commencent à s’organiser, a-t-il commenté au sujet des patrouilles de chasse aux réfugiés (voir la revue du 12 avril). Selon M. Parvanov, une telle garde aidera non seulement la PAF dans sa lutte contre les clandestins, mais aura également un rôle lors d’éventuelles catastrophes naturelles ou en cas d’accident industriel. Anguel Djambazki, eurodéputé et vice-président de l’ORIM, a souligné plus tard que son parti déposera à l’Assemblée nationale un projet de loi en ce sens.

L’ORIM saisira le procureur général d’une demande d’activer une procédure de contestation de l’enregistrement du nouveau parti de Lioutvi Mestan DOST. L’ORIM a réagi immédiatement après le congrès fondateur du projet de l’ancien président écarté du MDL en dénonçant le caractère « pro-turc » de DOST et a appelé « la cour bulgare, qui doit examiner les documents pour l’enregistrement de ce parti pro-turc » à le lui refuser (voir la revue du 11 avril). Selon M. Djambazki, DOST est contraire à la législation de l’Etat, car c’est un parti « ethnique et religieux ». Selon ses propos, plus de 80% des fondateurs du parti sont des religieux et des fonctionnaires d’un pays étranger et lors du congrès fondateur, des propos mettant en danger la sécurité nationale ont été tenus. (tous journaux, mediapool. bg, dnevnik.bg)

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Dernière modification : 18/04/2016

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