Lundi 18 juillet

La série

Réactions en tout genre après la boucherie de Nice

« La terreur a écrasé la Côte d’Azur », « La mort à zigzags à Nice », « Le Califat se tait, les extrémistes font la fête », « Borissov : les hommes politiques ne tirent pas d’enseignements et ça devient brutal », « La terreur porte atteinte à la confiance entre les gens », « Les services bulgares ne disposent pas de renseignements relatifs à une menace d’attentat » (Standart) ; « L’attentat à Nice a plongé la France dans le deuil pour la troisième fois en dix-huit mois. La DANS a déclaré avoir bloqué la constitution de cellules terroristes en Bulgarie. », « La France a promis de lutter de manière impitoyable contre les djihadistes après l’attentat », « L’Europe réorganise d’urgence ses mesures de sécurité », « La police a loupé l’agresseur », « Le terrorisme s’épanouit à cause de la rivalité entre les Etats et les services de renseignement » (Sega) ; « Une boucherie au camion le 14 Juillet : de nouveau la terreur en France », « Le chauffeur-tueur : un loup solitaire », « La Bulgarie a condamné le terrorisme brutal et barbare. Borissov craint l’escalade » (Troud) ; « Deux kilomètres de mort de masse à Nice. Le tueur de masse n’a pas été croyant mais déprimé », « Hollande : La France sera toujours plus forte que les fanatiques », « Borissov : les actes militaires génèrent du terrorisme ». (24 tchassa) ; « Le cauchemar à Nice », « Le monde entier est sidéré par l’acte barbare » (Douma) ; « L’ambassade de France s’est réveillée la grille remplie de fleurs », « A l’issue d’une réunion d’urgence du conseil de sécurité auprès du Conseil des ministres : de nouvelles mesures de sécurité ne s’imposent pas » ; « La Bulgarie a condamné l’attentat, le Parlement a rendu hommage aux victimes (Monitor). Tels sont les titres des journaux de samedi-dimanche qui consacrent des dossiers entiers à ce troisième attentat de masse en France en dix-huit mois.

La Bulgarie le condamne sévèrement. Rossen Plevneliev, président de la République a exprimé ses condoléances à François Hollande, président de République française en précisant que « de telles manifestations de violence grave et de haine, comme l’attentat à Nice, ne sont aucunement justifiables. Cet acte sidérant d’impuissance démontre que nous devons rester unis et décisifs dans la lutte contre les menaces de la terreur ».

Tsetska Tsatcheva, présidente de l’Assemblée nationale, précise dans les lettres de condoléances adressées aux présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale français que « la Bulgarie condamne l’acte terroriste qui porte une atteinte brutale non seulement à la France mais à l’ensemble du monde démocratique ».

A son tour, Boïko Borissov, premier ministre, a présenté ses condoléances aux familles des victimes de l’attentat à Nice avant le début de l’exercice naval international Breeze 2016 en les assortissant toutefois d’un commentaire politique : « ce que nous avons fait en Libye, en Syrie, en Irak et en Afghanistan génère du terrorisme qui s’est déplacé dans les rues, dans les salles et dans les villes. Or, plusieurs hommes politiques ne veulent pas en tirer des enseignements. Lorsqu’il y a un tel acte grave qui fauche ton propre peuple, le terrorisme devient tellement brutal. On peut admettre que ces actes terroristes visent un chef d’Etat ou de gouvernement, un ministre, des militaires et des policiers mais lorsqu’on s’attaque à des gens parfaitement innocents, lorsqu’on met fin à tant de vies…François Hollande a terminé ses propos en disant que « nous continuons par les frappes en Irak et en Syrie. Là-bas également ses frappes par voie aérienne prennent des victimes innocentes, des millions de victimes. Ce qui se passe au Proche-Orient ne donnera pas lieu à de bons résultats. Il y a trois ou quatre ans, on parlait des frères musulmans, puis d’Al-Qaïda, aujourd’hui de Daech et il y en aura de nouveaux et de nouveaux qui vont venir ». Selon le premier ministre les tragédies personnelles de ceux qui ont perdu leurs victimes les incitent à être menés par la vengeance et non pas par le bon sens. « Actuellement, on observe une course aux armements et à la prise de mesures qui génèrent de plus en plus la mort, la destruction et des tragédies humaines qui pendant des décennies ne pourront pas être pardonnés ni par les uns ni par les autres », a résumé M. Borissov en enchaînant avec le renforcement de la présence militaire de l’OTAN dans la mer Noire. « J’ai toujours dit que si les gens à Bourgas voient voler des avions français, anglais, russes et américains qui lancent des missiles, il se mettront à fuir. Qu’est-ce que cela nous apportera ?”, a-t-il conclu.

Daniel Mitov, ministre des affaires étrangères, s’est dit « choqué de cet énième coup porté par la terreur au cœur de l’Europe le jour de la fête nationale de la France. Aucune cause ne peut justifier la mort de victimes innocentes ». Le communiqué, publié sur le site du ministère des affaires étrangères soulignait que « le jour de l’anniversaire de la Révolution française ayant donné à toute l’Europe les idées de liberté, d’égalité et de fraternité, nous avons eu à faire face à un acte d’obscurantisme. Le terrorisme barbare ne parviendra pas à vaincre les citoyens libres de l’Europe ».

« La limitation des droits de l’homme est le prix que nous paierons pour renforcer la sécurité », a déclaré Valentin Radev de GERB qui s’est félicité de la lucidité des auteurs de la nouvelle loi bulgare de lutte contre le terrorisme qui prévoit le prolongement du délai d’utilisation des techniques spéciales d’enquête de 2 à 6 mois (actuellement) à 2 à 3 ans.

« Les services bulgares ne disposent pas de données relatives à l’existence d’une menace d’acte terroriste en Bulgarie. Cependant, la complexité de la situation en Europe et dans les pays de la région des Balkans implique que les mesures de sécurité déjà entreprises sur le territoire du pays soient maintenues », ont conclu les représentants du ministère de l’intérieur, de l’agence d’Etat de sécurité nationale (DANS), de l’agence d’Etat de renseignement (DAR), des ministères des affaires étrangères, de la défense, des transports et des télécommunications, réuni d’urgence quelques heures seulement après la tuerie de Nice. La DANS a rendu compte de son activité de lutte contre le terrorisme en 2015 : 29 étrangers ont été interdits du territoire du pays à cause de leur adhésion à de différentes organisations terroristes ; la constitution de plusieurs cellules terroristes sur le territoire du pays a été bloquée ; six membres d’un groupe d’un leader religieux radical ont été arrêtés dans le cadre d’une opération spéciale à Plovdiv, Pazardjik et Assenovgrad etc. Le rapport de la DANS conclut que l’infiltration de militants adhérant à de différentes organisations terroristes parmi les migrants clandestins renforce le risque pour la sécurité dans les pays européens.

« Le terrorisme s’épanouit à cause de la rivalité entre les Etats et les services de renseignements », assène Petar Petrov de Sega en se référant aux propos du procureur général tenu à l’occasion du quatrième anniversaire de l’attentat à l’aéroport de Sarafovo (Bourgas). En dehors de l’égoïsme dans le domaine du renseignement, il aborde dans son analyse le fait de sous-estimer des informations fournies par des services partenaires comme celles que les services de renseignement turcs avaient fourni à leurs collègues français à la veille de l’attentat du 13 novembre.

« Depuis quelques années la boucherie qui bat son plein au Proche-Orient commence à gagner du terrain en Europe. L’état d’urgence en France continue. Des mesures extraordinaires seront mises en place dans d’autres pays européens. Cependant, le sentiment de sécurité n’est pas renforcé. Bien au contraire, la peur que le pire reste à venir s’affirme », conclut le journaliste. (tous journaux)

Le putsch

Le coup d’Etat en Turquie déclenche des réactions, des peurs et des doutes en Bulgarie

La tentative de coup d’Etat en Turquie, dans la nuit du 15 au 16 juillet dernier, et les événements qui s’en sont ensuivis suscitent en Bulgarie de nombreuses réactions.

Samedi à l’aube, une réunion d’urgence a rassemblé chez le premier ministre les ministres des affaires étrangères et de la défense, ainsi que des représentants des services de sécurité. Elle devait arrêter les premières mesures à prendre et la position officielle bulgare face à la crise chez les voisins. Condamnant le putsch militaire, M. Borissov a exprimé la préoccupation du gouvernement et l’espoir que « les événements dans le pays voisin se développeront de façon légale et démocratique. Nous avons toujours été pour le respect de la loi et de la Constitution dans tout pays ». Il y a une voie démocratique pour renverser un gouvernement et ce sont les élections, a-t-il ajouté.

Plus tard dans la matinée, M. Borissov a reçu des remerciements spéciaux de la part de son homologue turc, Binali Yıldırım, transmis par l’ambassadeur turc à Sofia. Une nouvelle réunion de la cellule de crise au Conseil des ministres a décidé de renforcer les effectifs de la police aux frontières le long de la frontière avec la Turquie et d’y envoyer 230 militaires en renfort par peur d’une éventuelle montée du flux migratoire à la suite de l’instabilité dans ce pays.

Dans un communiqué, le président de la République Rossen Plevneliev a rappelé l’importance d’un voisin comme la Turquie pour la Bulgarie. Exprimant son soutien aux institutions démocratiquement élues dans ce pays, il a appelé à la stabilité, à la paix et au respect des droits de l’homme.

A part ces deux positions officielles, il n’y avait pratiquement pas de réaction de la part de forces parlementaires telles que le PSB ou le Bloc réformateur. Valeri Simeonov du Front patriotique, connu pour ses positions anti-Erdoğan très prononcées, a ouvertement regretté l’échec des putschistes et a rappelé le rôle de l’armée turque comme gardien des principes de l’Etat laïque. Au contraire, le MDL et le parti récemment créé et non encore enregistré de Lioutvi Mestan, DOST, ont condamné la tentative de putsch comme un acte de violence orienté contre les fondements constitutionnels de l’Etat turc et ont exprimé leur soutien au président, au parlement et au gouvernement de la Turquie.

Par ailleurs, plusieurs médias se sont interrogés quant au silence inhabituel de l’ambassadrice bulgare à Ankara, Nadejda Neïnski, restée injoignable pendant tout le week-end. Plus tard, Mme Neïnski l’a expliqué par des instructions impératives du ministre des affaires étrangères de ne pas commenter la tentative de coup d’Etat devant les médias. Selon 24 Tchassa, dès le début de la crise en Turquie, il a été décidé d’acheminer toute l’information nécessaire vers le ministère des affaires étrangères et vers le premier ministre afin de laisser à ce dernier le soin de parler à la presse.

Les premiers commentaires dans la presse soulignent la mauvaise préparation du coup d’Etat avorté. Kirtcho Kirov, ancien chef du service national de renseignement, indique la division régnant au sein de l’armée et le fait que même le chef de l’état-major n’avait pas été gagné à la cause des putschistes. Selon lui, à partir de maintenant, la dérive autoritaire en Turquie est inévitable, les nombreuses arrestations affaibliront fortement l’armée turque et mettront en question son statut de partenaire stratégique au sein de l’OTAN (bTV).

D’aucuns se demandent s’il ne s’agit pas plutôt d’un coup de théâtre monté par le président Erdoğan. Valeri Naïdenov de 24 Tchassa avance en soutien à cette thèse l’amateurisme total des putschistes (déclenchement de l’acte aux heures de grande écoute et non au plus profond de la nuit, non-arrestation du politicien numéro un, actes ostentatoires privés de sens, etc.).

« Sédition de pacotille ou faux putsch ? », se demande l’analyste Konstantin Subtchev dans Standart. Parcourant les célèbres exemples historiques de régimes renversés par des militaires, il cite des manquements évidents des « comploteurs » turcs qui font pencher la balance vers… un scénario mis au point par le président turc. Quelles que soient les suites pour la Turquie – enlisement ou non dans l’autoritarisme – la Bulgarie doit préserver ses bonnes relations avec un pays qui reste sa seule barrière contre plusieurs millions de réfugiés et l’Etat islamique, conclut-il.

Pour Tsvetlin Yovtchev, ancien chef de la DANS et ministre de l’intérieur, il existe des éléments accréditant la thèse d’une mise en scène, bien que pour l’instant cela relève plutôt de la théorie du complot. Quoi qu’il en soit, la situation en Turquie va renforcer l’instabilité le long de la frontière et créer beaucoup d’imprévus au Proche-Orient (Standart). (tous journaux, mediapool.bg, dnevnik.bg)

L’ostpolitik

L’appel du premier ministre bulgare à démilitariser la région de la mer Noire : petits calculs ou grande rupture ?

Capital consacre à la position de la Bulgarie au sommet de l’OTAN des 9 et 10 juillets derniers un large article, ainsi qu’un éditorial intitulé « Borissov fait-il virage vers l’Est ? ».

Le journal met l’accent sur les opinions divergentes exprimées par le président de la République et le ministre des affaires étrangères, d’une part, et le premier ministre, de l’autre. A son arrivée dans la capitale polonaise, le président Plevneliev a mis en exergue « l’inquiétude de la Bulgarie face à l’équilibre violé dans la région et à la militarisation accélérée de la Crimée de la part de la Russie ». Le ministre des affaires étrangères, Daniel Mitov, a exprimé la même idée. Mais presque au même moment, le premier ministre a annoncé que la meilleure option pour la mer Noire serait la « démilitarisation » (voir la revue du 11 juillet). Les messages envoyés par la Bulgarie sont qualifiés par le journal de confus et contradictoires. Ils « ne créent pas l’image d’un partenaire prévisible et loyal et œuvrent de manière indirecte en faveur des intérêts de la propagande russe ».

Quand il essaye de maîtriser la situation, le premier ministre essaye de courir sur la ligne de crête entre deux points de vue contradictoires. Jusqu’à présent il utilisait cette stratégie dans la politique bulgare trouble ; mais ces derniers jours il a transposé son style spécifique sur la scène internationale, commente le journal. Au risque cette fois-ci de n’en tirer presque aucun profit, tandis que les dégâts seront ressentis longtemps.

Les propos du premier ministre ont soulevé la question de savoir s’il est en train de corriger la direction stratégique du pays. La réponse tout courte du journal est : probablement non. M. Borissov peut être maître des petits jeux tactiques, mais il n’est pas un joueur stratégique pour que l’on cherche des combinaisons si complexes dans ses manœuvres, commente le journal.

Capital cherche la raison de ce virage dans deux directions possibles. La première est la recherche de solutions pour le réacteur nucléaire de Belene pour lequel la Bulgarie doit au fabriquant russe plus de 600 millions d’euros (voir nos revues du 17 et 21 juin) et pour la reprise de la construction de South Stream qui est devenue une vraie « fixation » pour le premier ministre, selon le journal. Les deux projets sont étroitement liés avec la Russie et c’est pour cette raison que M. Borissov a eu peur de défendre une position plus catégorique concernant la mer Noire.

L’autre piste pourrait être le rapprochement de l’élection présidentielle. M. Borissov est conscient qu’il aura besoin d’encore plus de partenaires, parmi lesquels des russophiles ouverts : en commençant par le MDL pour finir avec l’ORIM qui fait partie de la coalition au pouvoir (au sein du Front patriotique).

Mais en visant la solution de deux problèmes intérieurs, le premier ministre s’attaque à l’orientation géostratégique de la Bulgarie ; il ne va pas empêcher les plans de l’OTAN mais met en question l’image du pays en lui collant une étiquette de partenaire inconstant.

S’agit de pur populisme ou d’une réorientation de la politique étrangère bulgare ? Le signal déterminant pour répondre à cette question sera envoyé en octobre lors de la réunion des ministres de la défense de l’OTAN, quand les mesures concernant la mer Noire devront être adoptées, commente le journal. Si la thèse de démilitarisation de la région est alors à nouveau soulevée par la Bulgarie, dans ce cas-là les dégâts sur son image euro-atlantique seront considérables et il sera difficile d’remédier, conclut le journal. (Capital)

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Dernière modification : 18/07/2016

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