Lundi 18 mai

L’OSTPOLITIK

BORISSOV ET LES SANCTIONS CONTRE LA RUSSIE : LA BULGARIE NE VEUT PAS ROMPRE LES RELATIONS AVEC UN PAYS FRERE

Vendredi dernier, le premier ministre Boïko Borissov, répondant à une interpellation du député Volen Siderov (Ataka), s’est longuement expliqué sur l’état des relations actuelles entre la Bulgarie et la Russie.
La Bulgarie ne veut pas « rompre les relations avec un pays frère ». Dans le même temps, elle n’est pas en mesure d’adopter une position différente de celle de l’UE et de l’OTAN sur la question des sanctions contre la Russie, a souligné M. Borissov. Rappelant les énormes pertes subies par la Bulgarie du fait de la politique à l’encontre du Kremlin, il s’est dit confiant dans l’idée que « Moscou est consciente du fait que la Bulgarie n’y est pour rien et que le problème, c’est l’Ukraine ». « Les sanctions ne sont qu’un dernier recours et beaucoup d’Etats membres s’y sont opposé lors du débat en Conseil européen, mais les ont tout de même soutenues lors du vote. […] En tant que membre loyal de la communauté euro-atlantique, nous avons voté en faveur des sanctions. Bien que nous souffrions de grosses pertes dans le tourisme, l’industrie légère en résultat des contre-sanctions. La Bulgarie et l’UE perdent énormément de cette politique », a indiqué le premier ministre.
La Bulgarie doit rester présente en Russie et cela au plus haut niveau possible, justement pour démontrer qu’elle n’est pas d’accord avec la politique russe à l’égard de l’Ukraine, mais qu’elle ne veut pas pour autant perdre ses positions économiques en Russie. Voilà pourquoi très prochainement plusieurs ministres bulgares, dont ceux de l’économie, de l’énergie, de l’agriculture, des finances, se rendront à Moscou pour assister à différents forums. Malgré les efforts de normalisation des relations avec la Russie, tout dépendra de l’issue de la crise ukrainienne. « La situation aujourd’hui est pire qu’à l’époque de la guerre froide », a conclu M. Borissov.
Le ministre de l’économie Bojidar Loukarski a expliqué pour sa part qu’il projetait de se rendre à Moscou fin mai, à la tête d’une importante délégation d’hommes d’affaires. Le programme de la visite de travail inclura la participation à un forum d’affaires, la signature d’un mémorandum de coopération entre les chambres des constructions mécaniques des deux pays, la visite d’un salon spécialisé, etc.
Selon les données présentées par M. Loukarski, la Bulgarie souffre beaucoup plus et de façon plus directe des contre-sanctions mises en place par la Russie et frappant les exportations bulgares de fruits et légumes frais, de viande et de produits laitiers, que des sanctions internationales contre cette dernière. Le bilan pour 2014 montre que les exportations bulgares vers la Russie ont chuté de 8,8% et n’ont atteint que 707,6 millions de dollars. La baisse des importations russes a été de 16,1%, leur volume étant été ainsi ramené à 5,3 milliards de dollars. Toutefois, les exportations de deux groupes de produits phares vers la Russie, représentant à eux seuls 39% de l’ensemble des exportations, à savoir médicaments et pièces détachées pour l’industrie automobile, se sont légèrement améliorées, respectivement de 6,6% et 1,3%.
D’après les données de la Banque nationale de Bulgarie, en 2014, les investissements russes en Bulgarie se sont chiffrés à 137 millions d’euros, soit une baisse de 107,6 millions d’euros par rapport à 2013. (mediapool.bg)

LA STRATEGIE

LE BLOC REFORMATEUR FRAGILISE PAR LA QUESTION DES INVESTITURES POUR LES ELECTIONS MUNICIPALES

Avec l’approche de la date des élections municipales cet automne (le 25 octobre étant désigné comme la date la plus probable), la presse commence à suivre de plus en plus près la stratégie électorales des différents partis. Le Bloc réformateur avait déjà fait voir implicitement et parfois explicitement (voir la revue de presse du 15 avril) que dans les villes ou le Bloc ne pourra pas présenter une candidature forte et éligible, il soutiendrait probablement celle du GERB, notamment à Sofia où la maire sortante de GERB Yordanka Fandakova est donnée favorite. Mais cette idée commence à devenir de plus en plus incertaine, car le Bloc et GERB ont montré qu’il leur serait difficile de trouver un langage commun avant les élections, selon Capital Daily.
Ce week-end, Tsvetan Tsvetanov, leader adjoint du GERB, a pratiquement lancé la nomination du député du parti Lubomir Hristov, pour la candidature du parti pour la mairie de Choumen. Il a expliqué que M. Hristov serait un candidat qui pourrait bénéficier d’un large soutien dans cette ville.
Un des leaders du Bloc, Radan Kanev, s’est avéré déçu du fait que cette décision a été prise sans consultation avec les partenaires du GERB au gouvernement. « Le PSB et le MDL doivent être chassés de leurs forteresses électorales. Nous avons toujours proposé au GERB de nous présenter ensemble dès le premier tour des élections. Sinon nous ferons du MDL un facteur d’équilibre et un acteur clé lors du deuxième tour des élections. Mais, apparemment GERB n’a rien de contre ce rôle du MDL », a commenté M. Kanev.
On observe de telles divergences de stratégie préélectorale également au sein même de la coalition réformatrice. Ce vendredi, Meglena Kouneva, leader du Mouvement Bulgarie pour les citoyens, affilié au Bloc, a proposé Solomon Passy, ancien ministre des affaires étrangères dans le gouvernement de Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha, comme candidat du Bloc pour la mairie de Sofia. Le parti de Radan Kanev, Démocrates pour une Bulgarie forte, s’est opposé catégoriquement à cette candidature.
Les Démocrates considèrent avoir les positions les plus fortes à Sofia de tous leur partenaires au sein du Bloc et sont persuadés que c’est à eux que devrait revenir l’investiture pour la capitale. Leur candidat le plus probable est Vili Lilkov, député et membre du Conseil municipal de longue date. Mais selon l’équipe de Mme Kouneva, M. Lilkov n’est pas suffisamment populaire pour pouvoir gagner les élections.
L’Union des forces démocratiques, le 3e parti au sein du Bloc, envisage aussi de présenter sa propre candidature aux municipales – probablement celle de Vladimir Kissiov, ancien chef du Conseil municipal, selon Troud. Mais les consultations sur l’éventuelle candidature commune du Bloc sont à venir ; pour le moment aucune n’a fait l’objet de consultations entre les partenaires, pas même celle de M. Passy. (Capital Daily, Troud, Pressa)

LE LEURRE

UNE JUSTICE PLUS EQUITABLE, PLUS RAPIDE, PLUS TRANSPARENTE ET MOINS CORROMPUE NE PASSE PAS FORCEMENT PAR UNE REVISION CONSTITUTIONNELLE

« On n’arrête pas de parler d’amendements à la Constitution. Or, l’actuelle loi fondamentale n’empêche pas les juges de travailler conformément aux normes européennes dans la mesure où notre législation a été entièrement harmonisée », a déclaré le président Plevneliev dans son discours à la Représentation de la Commission européenne, le 8 mai dernier.
Le journaliste Petar Petrov de Sega soutient la thèse du président de la République dans un article intitulé « Les amendements législatifs vont donner lieu à des fausses attentes », même s’il l’accuse d’avoir soutenu il y a un mois les intentions de révision constitutionnelle en vue d’une réforme judiciaire et promis d’y contribuer en usant de son droit d’initiative.
En effet, les éventuels amendements à la loi fondamentale ont été exagérément mis en valeur, bien qu’il ne s’agisse que de changements cosmétiques se limitant à la nature du vote, à la séparation en deux chambres spécialisées du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et à l’éventuelle diminution du mandat de celui-ci. Subsidiairement, il est possible que les amendements permettent aux juridictions de surseoir à statuer et de saisir la Cour constitutionnelle lorsqu’une disposition légale est jugée non conforme à la Constitution ou à un traité international dont la Bulgarie est signataire. Le médiateur pourrait se faire attribuer le même droit lorsqu’une atteinte est portée aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales. Enfin, il est possible qu’on s’attaque vainement au statut du procureur général, sans plus.
Il peut s’avérer que les fameux amendements constitutionnels ne constituent qu’une addition de fausses attentes qui ne soient pas en mesure de rendre la justice plus juste, plus rapide, plus transparente et moins corrompue, ni d’ailleurs de mettre fin au népotisme en matière de nomination de magistrats. Est-ce que ces amendements seront à même d’assurer l’égalité de l’accès à la justice, la qualité de la formation juridique et l’uniformisation de la jurisprudence contradictoire des juridictions bulgares, se demande de manière rhétorique le journaliste dont la réponse est sans appel : « on ne répondra certainement à aucune de ces attentes dans la mesure où il n’y a aucune base qui le conditionne ». Par conséquent, il s’agit de vains efforts qui ne sont sensés aboutir qu’à de nouveaux scandales politiques et institutionnels entre parlementaires et magistrats, déduit le journaliste.
Pour rappel, la loi fondamentale a fait l’objet de cinq révisions dont quatre ont porté sur le chapitre « Pouvoir judiciaire » et ont donné lieu à des avancées beaucoup plus importantes que ce qu’on vise actuellement. La première révision en 2003 a permis de mettre fin à l’immunité absolue des magistrats devenus par conséquent pénalement responsables comme tout autre justiciable. Ensuite, il a été acquis que le statut d’inamovibilité ne soit accordé aux magistrats qu’à l’issue de cinq ans d’ancienneté au lieu de deux auparavant.
La troisième révision, malheureusement déclarée anticonstitutionnelle ultérieurement, prévoyait que « les trois grands » (les présidents respectivement de la Cour de cassation et de la Cour administrative suprême et le procureur général) du pouvoir judiciaire puissent être destitués non seulement par le CSM mais également par le président de la République sur proposition d’un quart des parlementaires, adoptée à la majorité de deux tiers des députés. La dernière réforme de la loi fondamentale a permis la mise en place d’une Inspection des services judiciaires auprès du CSM. 
Et pourtant : « la situation n’a été pire que maintenant », avertissent les « promoteurs » des amendements envisagés qu’ils prétendent comme décisifs. On dramatise et on avance des solutions qui n’en sont pas. (Sega)

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Dernière modification : 18/05/2015

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