Lundi 20 juin

L’aléa

Brexit : Qui est « in » qui est « out »

Le 23 juin, les Britanniques se prononceront sur leur maintien au sein de l’Union européenne. Plus la date de cet évènement sans précédent approche, plus les analyses dans la presse bulgare abondent. L’hebdomadaire Capital s’étonne de la sérénité qui règne en Bulgarie à la veille de ce scrutin, lequel, quelle que soit son issue, risque d’aggraver la santé fragile de l’Union européenne, et y consacre tout un dossier intitulé « Pourquoi le Brexit doit-il nous inquiéter beaucoup ? ».

Bien que Daniel Mitov, ministre des affaires étrangères, ait déclaré l’an dernier lors d’un entretien avec son homologue britannique Philip Hammond être pas incapable d’imaginer l’Union européenne sans le Royaume-Uni, les échanges à Sofia laissent l’impression que ce qui inquiète le plus le gouvernement bulgare, c’est le sort de la présidence bulgare de l’UE après un éventuel résultat négatif au référendum. Tel est l’enjeu pour la Bulgarie que met en exergue Meglena Kouneva dans une tribune consacrée au référendum britannique que publie aujourd’hui Capital Daily.

Or, les risques pour la Bulgarie, quels que soient les résultats du référendum, sont beaucoup plus importants selon l’hebdomadaire. Le bouleversement que la tenue du référendum aura produit risque de repousser la Bulgarie vers la périphérie d’une Union déchirée entre des pays forts, revendiquant, à l’instar de la Grande Bretagne de plus en plus de dérogations et de moins en moins d’intégration, et des pays pauvres fortement dépendant de l’aspiration à « plus d’Europe ». Un éventuel « non » des Britanniques à l’UE limitera la libre circulation entre la Bulgarie et le Royaume. Il sera donc difficile pour les familles bulgares de rejoindre leurs parents installés au Royaume-Uni comme pour les Britanniques d’acheter des biens immobiliers en Bulgarie. La sortie de la Grande-Bretagne risque de porter atteinte à l’équilibre entre la France et l’Allemagne en matière de questions comme le libre-échange, la libéralisation, l’élargissement, la démarche à l’égard de la Russie. Elle modifiera également le rapport de force entre les pays de la zone euro et ceux qui n’y ont pas encore adhéré de sorte qu’une pression sera exercée sur la Bulgarie afin qu’elle devienne membre du club. La Bulgarie (contribuant à 0,33% au budget européen) touchera 5% de moins de fonds européens pendant les sept prochaines années après la sortie de la Grande Bretagne, contributeur net à raison de 12,57%, dans la mesure où le nombre de contributeurs nets diminuera. Enfin, un engouffrement dans la spirale de désintégration de l’UE aurait un impact douloureux sur la Bulgarie dans la mesure où beaucoup moins d’attention sera accordée à des questions relatives à la migration, selon Mark Leonard, cofondateur et directeur exécutif du Conseil européen de politique extérieure.

En effet, selon M. Leonard la question de la migration est décisive pour les résultats du référendum. « Si les Britanniques se couchent la veille du référendum préoccupés par l’immigration, ils voteront pour la sortie de l’UE, si en revanche les inquiétudes liées aux conséquences économiques les obsèdent, ils voteront contre le Brexit », extrapole-t-il en évoquant l’insécurité économique, le départ de beaucoup d’investisseurs et l’affaiblissement général de l’Europe sur la scène internationale.

Dimitar Betchev, directeur de l’Institut de politiques européennes, pessimiste pour les résultats du référendum, décrit dans une interview les modalités techniques de l’éventuelle sortie de la Grande- Bretagne à la suite de « cette stratégie hasardeuse », opérée par David Cameron : « un processus long, plein de risques et d’inconnues qui durera deux ans dans la mesure où le référendum n’a pas de force juridique contraignante ». L’ouverture d’une procédure formelle visant à mettre fin à l’appartenance de la Grande-Bretagne implique que les parlementaires valident les résultats du référendum. Il leur incombe donc de le faire de manière automatique ou par vote pouvant être reporté dans le temps afin d’accorder une marge de manœuvre au gouvernement à Bruxelles. Seuls 150 des 650 députés britanniques soutiennent le Brexit. Sept années supplémentaires seront nécessaires pour préparer un nouvel accord avec l’Union européenne régissant l’accès de la Grande-Bretagne au marché de l’UE à l’instar de celui de la Norvège et de l’Islande ou des autres membres de l’Espace économique européen. M. Betchev y voit un paradoxe dans la mesure où le modèle norvégien implique d’appliquer une grande partie de la législation européenne sans pour autant bénéficier du droit de participer à la prise de décisions.

Par conséquent, le désir de rétablir le contrôle national donnerait lieu à l’effet contraire. Il serait dommage qu’on se sépare ainsi du Royaume-Uni, regrette M. Betchev qui termine sur une note optimiste en évoquant l’existence des notions de « demain » et de « plan B » en politique. (Capital, Capital Daily, dnevnik.bg)

L’arbitrage

Le projet abandonné de centrale nucléaire de Belene : plus de deux 2 milliards de leva engloutis

Après la décision de la Cour internationale d’arbitrage à Paris, condamnant la Bulgarie à payer à la Russie 550 millions d’euros (ou 620 millions d’euros, en comptant frais et dépens) pour avoir arrêté en 2012 le projet de construction de la centrale nucléaire à Belene (voir notre revue du 17 juin), l’hebdomadaire Capital dresse le bilan.

Additionnant les montants déboursés pendant la période 2006-2013 par la Compagnie nationale d’électricité (NEK), maître d’ouvrage du projet, Capital arrive au chiffre exorbitant de 1,18 milliard d’euros pour un projet jamais réalisé : 122 millions d’euros pour la démolition des premiers ouvrages de la centrale nucléaire datant de l’époque socialiste, 264 millions payés aux partenaires russes (Rosatom) et 250 millions aux consultants (WorleyParsons et son sous-traitant bulgare RiskEngineering), etc. Le journal y ajoute les dépenses effectuées tout de suite après la relance du projet, entre 2002 et 2005 pour des études de faisabilité, la souscription d’un emprunt, des procédures juridiques et autres. Au total, l’œuvre de trois gouvernements consécutifs – ceux de Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha (2001-2005), de Sergueï Stanichev (2005-2009) et de Boïko Borissov (2009-2013).

La Bulgarie compte pouvoir revendre l’équipement qui lui reviendra une fois l’ardoise payée (un réacteur déjà fabriqué et un autre achevé à 70%) pour réduire cette note salée. Toutefois, pour y arriver, le pays dépendra de la volonté de Rosatom de trouver un repreneur et aura à choisir entre brader le matériel ou payer sine die pour son stockage en Russie.

Le gouvernement bulgare s’est dit satisfait de la décision de l’arbitrage qui avait débouté la partie russe d’une part importante de ses prétentions (1,2 milliards d’euros au départ). En fait, constatant l’absence flagrante d’un accord d’ensemble dûment signé sur le projet de Belene, la cour avait conclu que la partie russe ne pouvait pas exiger à être dédommagée sur le prix global du projet.

Une fois ressuscité par le gouvernement de Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha, le projet Belene a reçu un coup d’accélérateur en 2006, sous le gouvernement Stanichev. Malgré les nombreuses mises en garde fusant de part et d’autre et en l’absence de contrat, la Bulgarie a versé une première tranche de 164 millions d’euros à Atomstroyexport, filiale de Rosatom, qui venait d’être choisi pour la fabrication des réacteurs de la future centrale. Tout cela s’est passé, rappelle Capital, malgré une certaine réticence de la part du premier ministre d’alors, M. Stanichev, et de son ministre de l’économie Roumen Ovtcharov, mais avec la volonté du « véritable patron de la coalition tripartite », le président de la République Gueorgui Parvanov, auteur de l’initiative du « grand chelem » (Ndr : trois grands projets dans le domaine de l’énergie à mettre en œuvre par la Russie en Bulgarie).

L’absence d’un accord en bonne et due forme (Ndr : jusqu’à l’arrêt du projet, les travaux et les paiements étaient effectués sur la base d’un accord-cadre de 2006 et de ses annexes) a fini par éloigner, en 2009, l’investisseur stratégique allemand, RWE. Son retrait a coïncidé avec la venue au pouvoir du premier gouvernement de M. Borissov. Au début, tout laissait penser que les gouvernants sauraient se désengager d’un projet aussi grevé d’incertitudes. L’annexe à l’accord-cadre, signé en décembre 2009, ne prévoyait qu’un prolongement de trois mois de celui-ci. Le ministre de l’économie, Traïtcho Traïkov, avait demandé au fabricant russe de suspendre les travaux le temps de voir comment évoluerait le projet et avait interdit à la NEK d’effectuer des transferts vers le maître d’œuvre russe. En avril 2011, la NEK s’était vue interdire de signer une nouvelle annexe pour prolonger l’accord-cadre.

Malgré tout, l’annexe a été finalement signée par le directeur exécutif de la Holding énergétique bulgare (BEH), propriétaire de la NEK. En dépit de l’énormité du scandale, la démarche a été par la suite approuvée par le ministre des finances, Siméon Diankov. « Un vrai miracle pour la Bulgarie d’avoir eu cet arbitrage si l’on pense à tout le sabotage interne en faveur de Rosatom », conclut aujourd’hui l’ancien ministre Traïkov. (Capital)

L’étude

Les bonnes pratiques d’inclusion des communautés roms : l’exemple de Kavarna

L’hebdomadaire Capital publie un article consacré aux résultats effectifs des investissements dans les communautés roms et prend pour exemple la ville de Kavarna, considérée depuis longtemps comme le « bon élève » en la matière. L’information est fondée sur les résultats d’une étude du Centre pour l’étude de la démocratie, conduite dans le période 2004-2014 par la chercheuse Iva Alexandrova, auteur de l’article. La période d’évaluation coïncide avec le mandat de l’ancien maire de la ville Tsonko Tsonev (2003-2015), remplacé depuis par Nina Stavreva (PSB) et devenu simple membre du Conseil municipal.

Les autorités locales de Kavarna ont prouvé qu’investir dans les communautés roms apporte des résultats concrets, des changements visibles au profit de ces communautés, mais également pour la population de la ville en général. Pour la période analysée, la commune a investi environ 20 millions de leva. Le principe de distribution des investissements suivait la logique « un pour un » : la communauté rom consiste un quart de la population de Kavarna ; exactement un quart du budget de la ville a été respectivement investi dans le quartier rom de Hadji Dimitar, explique le journal.

Au départ, Hadji Dimitar ressemblait à tous les quartiers roms du pays : situé dans les banlieues de la ville, à proximité d’une décharge non réglementée, sans canalisation d’eau, uniquement quelques rues en asphalte, et sans éclairage des voies publiques. Les constructions étaient illégales ; la maternelle et l’école communale - dans un état déplorable.

Après l’arrivée du financement dans le quartier, les premiers résultats ont été visibles dans les secteurs de la sécurité et de l’ordre public, l’infrastructure et la baisse de la pauvreté. A présent, la criminalité dans la ville est inférieure au taux moyen du pays, souligne le journal. L’une des explications possibles est l’amélioration de l’infrastructure y compris la réparation de l’éclairage. Mais il y a également une autre raison : le sentiment d’inclusion de la communauté rom, commente le journal.

La question des logements a été résolue par la régularisation de ceux qui été en bon état ou par la distribution des terrains de propriété légale ou de logements pour les plus démunis. A présent des dizaines de maisons légales ont été construites dans le quartier, y compris deux nouveaux hôtels, des magasins, des restaurants et des cafés. Uniquement 0,8% des maisons ne sont pas liés au réseau de canalisation ou n’ont pas de fosse septique (contre une moyenne de 39 et 17% respectivement pour les quartiers roms dans le pays).

Les investissements se sont reflétés également de manière positive sur les revenus de la communauté. En 2015, 70% de la population du quartier rom vivait dans un dénuement matériel contre 82% pour le pays (ce taux est de 37% pour les Bulgares ethniques de Kavarna). (Capital)

Dernière modification : 20/06/2016

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