Lundi 23 juin

LA NATIONALISATION

LA BANQUE KTB ET SA FILIALE CREDIT AGRICOLE BULGARIE MISES SOUS SURVEILLANCE SPECIALE

La Banque nationale de Bulgarie (BNB) a publié hier en fin d’après-midi un communiqué officiel à propos de la situation de la banque KTB (Corporate commercial bank) et de sa filiale Crédit agricole Bulgarie. Après une analyse détaillée de la situation créée par le déficit de liquidités de ces deux banques, la BNB les met sous surveillance spéciale et désigne des administrateurs provisoires (trois pour la KTB et deux pour sa filiale) en lieu et place des conseils d’administration. Une analyse exhaustive et une évaluation de l’actif et du passif du groupe bancaire KTB seront effectuées par un auditeur indépendant dans un délai de dix jours.
Les deux banques seront renflouées par l’Etat qui empruntera les fonds nécessaires à cette fin à la Banque bulgare pour le développement (publique) et au Fonds pour la garantie des dépôts. Après la recapitalisation des banques, celles-ci ouvriront de nouveau le 21 juillet, indique la BNB.
La nationalisation du groupe KTB, indique Capital Daily, est la solution la meilleure et la plus rapide solution pour calmer le système bancaire.
Fin mars 2014, la KTB, ayant pour actionnaire majoritaire Tsvetan Vassilev, détenait 621 millions de leva en capitaux propres et un actif s’élevant à 7,3 milliards de leva. L’actif détenu par Crédit agricole Bulgarie se chiffrait respectivement à 403 millions de leva, les capitaux propres étant à hauteur de 34,5 millions de leva. Selon des informations non officielles, citées par Capital Daily, la KTB a acquis Crédit agricole Bulgarie, un des plus petits établissements dans le secteur, pour un prix de 10 à 20 millions de leva. L’acquisition était définitivement finalisée le 12 juin dernier.
Selon la presse d’aujourd’hui, « l’attaque contre l’établissement de crédit en question était préparée de façon extrêmement précise » (Bisser Manolov, Pressa). \
« La ‘faillite’ de la banque ou sa mise sous surveillance spéciale doit être examinée sous l’angle de la guerre Peevski-Vassilev. […] La KTB est à genoux non pas à cause de pratiques vicieuses et de financement contraires aux règles, mais parce que Peevski l’a demandé. Depuis trois ans, Capital Daily écrivait ce que représente la KTB et comment le tandem Peevski-Vassilev devient de plus en plus puissant sur le plan économique et financier. En vain. Le gouverneur « indépendant » de la BNB se taisait, le chef du contrôle prudentiel se taisait. Au moment où Peevski a ouvert le feu sur Vassilev, celui-ci a perdu sa banque. Une faillite à la bulgare » (Petia Vladimirova, dnevnik.bg).
« Le séisme KTB se passe avec en toile de fond le silence tonitruant du gouvernement. […] Un spectacle se joue dont le but est de dissimuler la véritable action qui se déroule derrière l’image. Quelqu’un tente frénétiquement et en urgence de s’assurer, en contrepartie du pouvoir, des transactions susceptibles de lui garantir des ressources financières avant les prochaines élections – et c’est peut-être l’explication pour leur atermoiement. Le plus important, c’est de s’assurer des positions et du pouvoir à l’avenir. Ou faciliter, enfin, le rachat de la KTB par Vnechtorgbank [VTB, banque russe de commerce extérieur] parce que jusqu’à présent une banque russe ne pouvait pas entrer en Bulgarie. A partir de là, elle sera libre d’acquérir des actifs dans des secteurs clés. […] La VTB est la banque stratégique pour l’expansion extérieure de Moscou. Et la KTB est la porte d’entrée pour notre secteur énergétique. Une porte à travers laquelle peuvent passer les milliards du projet South Stream » (Ilian Vassilev, Capital Daily).
L’agence en ligne Pik.bg, contrôlée par la famille de Delian Peevski et fréquemment utilisée par celui-ci pour ses prises de parole ou ripostes publiques, était le premier média à annoncer hier, dès midi, la décision de la banque centrale de nationaliser la KTB et sa filiale, devançant ainsi de quelques heures le communiqué officiel. « Selon l’information dont nous disposons, souligne cette agence, l’acquéreur potentiel de la KTB, Vnechtorgbank, a exigé des garanties de l’Etat que les anciens actionnaires de la banque de Tsvetan Vassilev ne poseront pas de problème au moment du rachat. La fusion de la KTB et de la Banque bulgare pour le développement éliminera les anciens actionnaires de la KTB, y compris Tsvetan Vassilev. De cette façon la VTB acquerra une nouvelle banque de taille à travers laquelle passeront tous les flux monétaires liés au projet South Stream ».
« Si la VTB achète la KTB, elle acquerra facilement et gratuitement des morceaux importants de l’économie bulgare comme la Holding énergétique bulgare (BEH), la Compagnie nationale d’électricité (NEK) et Bulgartabac », indique Krassen Stantchev de l’Institut de l’économie de marché (cité par dnevnik.bg). Selon lui, comme une bonne part du secteur de l’énergie était restée jusqu’à présent non privatisée, cela a provoqué la tentation chez beaucoup de personnes de profiter de leurs connexions politiques. Cet état de choses a provoqué des conflits d’affaires, dont ceux entre le député Delian Peevski et le banquier Tsvetan Vassilev.
Coïncidence ? Jeudi dernier, l’ancien ministre bulgare des finances (2009-2013) Simeon Diankov, a été élu membre du conseil de surveillance de la banque publique russe VTB lors de l’assemblée générale annuelle de celle-ci. La VTB, citée par différentes sources comme acquéreur potentiel de la KTB, détient actuellement 9% de cette banque. (tous journaux, bnb.bg, pik.bg, dnevnik.bg)

LES ELEMENTS

LES INONDATIONS : ERREURS HUMAINES OU CATACLYSMES NATURELS ?

Les inondations de la semaine dernière ont causé la mort de douze personnes et jeté le pays dans la consternation. Une journée de deuil national est déclarée aujourd’hui partout en Bulgarie.
Toutefois, trois jours après la tragédie, les échanges d’accusations entre autorités centrales et locales se poursuivent, souligne Capital Daily. Aucune analyse de ce qui s’est passé n’a été faite et l’évaluation des dégâts progresse difficilement.
Par bonheur, les citoyens, les associations et les entreprises ont réagi de façon nettement plus adéquate. Plus d’un demi-million de leva, des denrées et des équipements de première nécessité ont été rapidement collectés pour les sinistrés et les centaines de volontaires qui aident au déblaiement des rues, terrains et maisons obstrués par la boue.
Le gouvernement n’a pas jugé nécessaire de convoquer le Conseil pour la sécurité ou de créer un centre de crise national chargé de la coordination des mesures, observe Sega. Tout a été laissé entre les mains des autorités locales et des centres de crise fonctionnant auprès d’elles.
Le vice-premier ministre Tsvetlin Yovtchev et le maire de Varna Ivan Portnih s’accusent l’un l’autre du sinistre. En fait, l’Etat et la commune de Varna sont également coupables de négligence criminelle, écrit Capital Daily. Depuis des années, la commune tolère les constructions illégales et néglige le plan d’aménagement de la ville. L’Etat, pour sa part, ne considère plus comme une priorité le nettoyage des lits des rivières et le maintien des barrages.
Le ministre des transports, des technologies de l’information et des communications, Danaïl Papazov, a été un des rares hommes politiques à déclarer au micro de la radio nationale : on ne peut pas délivrer des permis de construire en l’absence de toute infrastructure adéquate.
« Il n’y a pas de désastre naturel, mais de l’incurie humaine. Ces dernières années, la tendance est à l’accroissement des précipitations intenses. Mais ces inondations ont été provoquées par les lits non nettoyés des rivières. Les ravins sont transformés en décharges sauvages », estime pour sa part Gueorgui Kortchev, directeur de l’Institut national de météorologie et hydrologie. M. Kortchev assure que la prévision météo annonçant des pluies torrentielles avait été envoyée aux autorités compétentes dès mercredi.
Par ailleurs, les dommages occasionnés à l’agriculture s’élèvent à 300 millions de leva, informe Sega. 18 à 25% des cultures de blé ont été détruites. Les dommages les plus lourds ont été recensés dans les régions de Vratsa, Vidin, Varna et Roussé.
Selon l’Agence de l’infrastructure routière, la remise en état des routes dans le nord du pays coûtera de 10 à 15 millions de leva. (Sega, Capital Daily)

LA PROSPECTIVE

LA CRISE POLITIQUE ACTUELLE EST-ELLE DE NATURE A COMPROMETTRE LA STABILITE FINANCIERE DU PAYS ?

C’est la première fois depuis l’hyperinflation et les faillites des banques en 1996 que la Bulgarie rencontre des problèmes financiers. Certes, l’état des finances publiques et du système bancaire est bien meilleur qu’en 1996 mais faut-il atteindre le fond pour avoir à traverser de nouveau une période de déstabilisation financière grave, s’interroge l’hebdomadaire Capital.
La Bulgarie a su pendant toutes les années de la crise éviter le sort malheureux de la Grèce, de l’Espagne, de Chypre et du Portugal malgré la fuite de capitaux à l’étranger, le déclin des flux financiers entrant dans le pays et les faillites de différentes sociétés. Il n’y a pas eu de problèmes de remboursement de la dette publique, le budget a été stable et le fonctionnement des différents dispositifs sociaux ne faisait pas défaut.
Or, la situation d’aujourd’hui n’est plus la même : les recettes s’essoufflent, les dettes et les déficits s’emballent tant dans le domaine de l’énergie que dans celui de la santé et dans d’autres domaines mal gérés. La fermeture temporaire de la Banque commerciale corporative (KTB) a également déstabilisé la confiance dans la stabilité des finances publiques.
La Bulgarie aura à affronter pendant les mois à venir des dépenses imprévues d’un montant estimé de 2 à 6 milliards de leva en fonction de la plausibilité des risques. De telles liquidités n’existent pas et il ne sera pas possible de les assurer sans menacer la stabilité du système financier. Il faudra alors que la responsabilité politique soit assumée en vue de garantir les fonds nécessaires et de prévoir les réformes indispensables.
D’ici la fin de l’année, il y aura trois gouvernements, pronostique le journal. Le gouvernement actuel, la démission en main, est incapable de travailler en faveur l’intérêt public. La désintégration du groupement économique qui le soutient ne peut qu’alourdir la note à payer par l’Etat. Le gouvernement de service, intérimaire et privé d’attributions légales pour emprunter au-delà des 1,5 milliards d’euros ratifiés par l’Assemblée nationale, ne pourra rien faire. Et le nouveau gouvernement qui sera composé à partir des mêmes forces politiques que celles d’aujourd’hui n’aurait pas la volonté et la compétence de résoudre le problème.
Par ailleurs, les deux soupapes de sécurité du système financier que sont les régulateurs, la Banque nationale de Bulgarie et la Commission de contrôle financier, aspirent davantage à satisfaire les souhaits des hommes politiques qu’à protéger le système financier contre les risques.
Les signaux de la mauvaise santé de l’économie bulgare, ignorés au niveau national, sont bien captés à l’étranger. La preuve en est la dégradation, récemment intervenue, de la note de la Bulgarie par Standard & Poor’s à « BBB- avec perspective stable ». L’agence souligne que les principaux problèmes que rencontre le pays, notamment la corruption, les défaillances de l’Etat de droit, la crise démographique couplée avec l’émigration, sont des facteurs qui risquent d’entraver la croissance de l’économie bulgare. Les experts du Fonds monétaire international avertissent tout comme ladite agence que l’absence de réformes constitue un risque à long terme. Et bien que les experts du FMI relèvent à l’issue de leur mission les efforts consentis par la Bulgarie à maintenir le déficit public dans les limites prévues dans la loi, ils soulignent le danger que représentent « les dettes conditionnelles » pouvant être générées par les entreprises publiques et préconisent que le budget public en fasse état dans un chapitre spécialement dédié.
Ces évaluations des autorités internationales amènent aux conclusions suivantes : il sera de plus en plus difficile d’assurer les financements nécessaires ; les gouvernements auront à payer plus cher les emprunts ; les crédits seront également plus chers pour les entreprises et les ménages ; les investisseurs étrangers seront de plus en plus méfiants (les investissements étrangers directs ne représentent que 220 millions d’euros pour les quatre premiers mois de l’année).
C’est le bilan de l’exécution du budget pour les quatre premiers mois de l’année qui a ouvert la boîte de Pandore. Même s’il est encore trop tôt pour envisager des scénarios apocalyptiques. Force est de constater que le montant des recettes est inférieur à celui de l’année dernière, bien que 1,5 milliards d’euros de recettes fiscales de plus aient été prévues. Selon différentes estimations si les recettes ne sont pas améliorées et si le ministre des finances ne prend pas de mesures pour déclencher certains mécanismes de secours dans le budget le déficit pourrait augmenter d’ici la fin de l’année de 0,6 à 1 milliards d’euros par rapport au montant prévue de 1,5 milliards d’euros (1,8% du PIB).
Toutefois, la crainte la plus importante des analystes découle des problèmes que rencontrent les différents secteurs publics qui, à un moment donné, risquent de peser sur les finances publiques. Exemple : le secteur de l’énergie, où le déficit risque d’atteindre cette année les 500 millions ou les 1,5 milliards de leva en fonction des scénarios qui dépendraient du verdict qu’aura prononcé le tribunal concernant l’annulation ou non de la décision du régulateur dans le domaine de l’énergie et de l’eau (DKEVR) en faveur de la diminution des heures de fonctionnement des centrales d’énergie renouvelable bénéficiant de prix préférentiels. Le montant dudit déficit dépendra également de la décision relative au déficit de 630 millions de leva que la Compagnie nationale d’électricité (NEC) doit verser aux sociétés de distributions d’électricité qui doivent à leur tour les reverser aux investisseurs dans les domaines des énergies renouvelables.
L’absorption malhabile et corrompue des fonds européens risque d’ouvrir « un autre trou noir » de plus d’un milliard de leva dans le budget. Il y a une dizaine de jours, Bruxelles a gelé les financements au titre des programmes opérationnels « Développement régional » et « Environnement », bloquant ainsi la possibilité de remboursement des avances octroyées au titre du budget national. Par conséquent, l’Etat continuera à financer la mise en œuvre des projets en cours et le bilan ne sera clair que lorsque Bruxelles aura décidé de rembourser ou non les factures.
Les chemins de fer pourraient également augmenter la charge publique si les créanciers de l’entreprise publique des chemins de fer (BDJ) demandaient le remboursement anticipé des dettes de celle-ci, s’élevant à 88 millions d’euros. A partir de septembre, les gouvernants devraient commencer à combler le déficit de la caisse d’assurance maladie, estimé à quelques centaines de millions de leva.
En conclusion, les dépenses publiques supplémentaires pourraient atteindre les 6 milliards de leva, compte non tenu du risque pouvant découler des problèmes de la KTB. Ce problème, même s’il n’est pas discuté de manière officielle par le gouvernement, le ministère des finances et la Banque nationale de Bulgarie, agitent les couloirs du pouvoir et constituera un élément important dans les marchandages politiques concernant la date des élections.
Plusieurs analystes estiment que les finances publiques sont dans un bon état comme d’ailleurs le démontrent les indicateurs, et le resteraient si les institutions étaient en mesure de limiter les conséquences de la fermeture de la KTB. (Capital)

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Dernière modification : 24/06/2014

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