Lundi 24 octobre

La crise

Le ministère de l’intérieur a activé l’alerte de niveau 2 relativement aux risques à la frontière turque

La crise migratoire reste au centre de l’attention des médias. Ce matin environ 1 000 migrants du centre de réfugiés à Harmanli ont protesté. Alors qu’ils réclamaient initialement une amélioration de leurs conditions dans le centre, ils ont fini par demander la permission de partir pour la Serbie, a annoncé le site haskovo.info. Environ 100 gendarmes et policiers ont été envoyés au centre de Harmanli. Pour l’instant la situation est calme, ajoute le site d’information.

Des centaines de personnes ont protesté vendredi dernier contre les réfugiés. Les manifestations ont été organisées dans les villes de Sofia, Varna et Yambol par le mouvement nationaliste Résistance nationale. Les organisateurs ont critiqué l’insuffisance des mesures pour faire face à la situation migratoire. Ils ont appelé à la fermeture de la frontière bulgare, la non-admission de réfugiés en Bulgarie, la fermeture des centres d’accueils sur le territoire et la suspension de l’aide financière pour les réfugiés, résume Mediapool.

« Alerte à la frontière à cause des réfugiés » ; « Le gouvernement se prépare pour un flux de réfugiés massif », titrent en une Standart et Sega ce samedi. La ministre de l’intérieur a révélé au Parlement vendredi dernier avoir activé l’alerte de niveau 2 relative aux risques à la frontière avec la Turquie. Le niveau 2 prévoit la préparation des conditions nécessaires pour répondre à une éventuelle activation du « niveau 3 arrivée massive de migrants ». Le niveau 2 consiste en la préparation des centres d’accueils pour pouvoir répondre à une aggravation de la situation, a expliqué Roumiana Batchvarova. Le premier des trois centres mobiles de type fermé, financés avec l’aide financière de l’UE, octroyée à la Bulgarie lors du sommet de Bratislava (voir la revue du 21 septembre) sera construit dans le village de Boyanovo (près d’Elhovo). Les habitants du village se préparent à protester contre cette initiative du ministère de l’intérieur.

Sega commente cette décision de Mme Batchvarova d’activer le niveau 2 alerte comme une évolution sérieuse de la pression migratoire pour la Bulgarie. Il y a une semaine seulement la ministre expliquait que tout était sous contrôle et qu’il y a une baisse des passages clandestins de la frontière, ainsi que des demandes d’asile par rapport à la même période l’année dernière, rappelle le journal. Sega qualifie ses propos de contradictoires aux données livrées par la police et l’Agence pour les réfugiés, selon lesquels les centres de type fermés, gérés par la direction des migrations sont pleins à 200% et ceux de l’Agence à 120%. Il n’est pas clair si la décision de la ministre est due à une nouvelle information diplomatique ou à l’analyse de terrain. L’explication officielle est liée à des propos récents du président turc qui indiquait que son pays contrôlerait le flux migratoire vers l’Europe jusqu’au mois de décembre, écrit le journal.

Le ministre de la défense a de son côté réuni les militaires qui participent à la protection de la frontière et a évoqué devant eux la préparation d’une opération de long terme. En cas d’urgence, 2 000 militaires seraient prêts à être déployés à la frontière dans un délai de quelques heures, a souligné Nikolaï Nentchev. (tous journaux, mediapool.bg, haskovo.info)

Le financement

La Bulgarie s’apprête à absorber plus de 2 milliards de leva de fonds européens en 2017

Les entreprises, les ONG, les collectivités locales, les agriculteurs et les institutions publiques bulgares auront plus de 2 milliards de leva de financement européen à absorber en 2017. Toutefois, l’utilisation pertinente de ces fonds ne sera pas le seul défi puisque la Commission européenne appliquera pour la première fois la règle « fonds en contrepartie de réformes », souligne l’hebdomadaire Ikonomist dans une revue détaillée consacrée aux différents programmes opérationnels.

A partir de l’année prochaine, les Etats membres devront rendre compte auprès de la Commission des progrès réalisés sur les réformes qu’ils se sont engagés à accomplir. Parmi les engagements de réforme pris par la Bulgarie figurent l’amélioration de la législation en matière d’organisation et de contrôle a posteriori des marchés publics, la cartographie des risques d’inondation, la réalisation d’une étude nationale sur les changements climatiques, etc.

Dans le cadre du programme « Innovations et compétitivité de l’économie bulgare », le ministère de l’Economie prévoit 67 M de leva pour financer des projets d’entreprenariat portés par des jeunes de moins de 29 ans, des femmes ou des seniors (+50 ans). Une autre mesure, orientée vers des entreprises existantes (et non nouvellement créées comme c’était le cas en 2016), encouragera le développement de produits et procédés innovants dans les technologies informatiques, les constructions mécaniques, les technologies avancées, etc. Le budget prévu est de 68 M de leva et le soutien maximal par bénéficiaire pourra aller jusqu’à 1 M de leva.

Un autre grand schéma du même ministère, à hauteur de 72 M de leva, aidera les entreprises à mieux gérer les ressources naturelles et à valoriser les déchets. Les projets individuels y pourront obtenir des aides de 100 000 à 2 M de leva.

Par ailleurs, Bruxelles a déjà approuvé comme bénéficiaires du même programme plusieurs entités publiques, dont Sofia Tech Park (40 M de leva pour la mise en place d’une infrastructure de recherche et innovations et l’encouragement des échanges entre entreprises et universités), l’Agence pour le développement énergétique durable et l’Office des brevets (8 M de leva), l’Institut bulgare de métrologie (4 M de leva).

Le programme « Développement des ressources humaines », mis en œuvre par le ministère du Travail et de la politique sociale, encouragera les collectivités locales à créer des centres de jour pour enfants handicapés (6 M de leva, montant maximal alloué par projet : 1M de leva). L’idée est d’élargir le réseau actuellement existant de 70 centres de jour et hebdomadaires. D’autres 4 M de leva seront alloués à des ONGs investissant dans des projets d’inclusion sociale des mineurs en situation défavorisée, y compris des handicapés, relevant du schéma « Découvre-moi » (montant alloué par projet de 50 000 à 150 000 leva).

Dans le cadre du programme « Régions en croissance », le ministère de la Santé recevra, en tant que bénéficiaire, 163 M de leva (soit 43,5% de la totalité du programme) en vue de la modernisation des urgences. Ces fonds seront investis dans l’achat de nouvelles ambulances équipées de matériel performant, la remise à neuf de l’infrastructure existante et l’équipement des services d’urgences auprès des centres hospitaliers régionaux. Les hôpitaux qui en bénéficieront seront sélectionnés par le ministère et non sur la base de projets.

Le même programme prévoit un schéma de financement des attractions touristiques (98 M de leva : restauration de sites et monuments, soutien à des produits touristiques et études de marché, publicité, mise en place de sentiers touristiques, trajets d’escalade ou d’équitation, centres d’information touristiques, panneaux de signalisation, formation du personnel, participations à des salons en Bulgarie ou à l’étranger, etc.). Deux autres grands schémas encourageront la fermeture des institutions pour enfants et personnes adultes souffrant d’handicaps physiques ou mentaux (« processus de désinstitutionalisation », respectivement 57 M et 42 M de leva alloués). 15 M de leva seront réservés au schéma d’amélioration de l’efficacité énergétique dans les petites villes. Ce schéma sera appliqué parallèlement au programme national de rénovation énergétique des bâtiments en copropriété, financé par la Banque bulgare pour le développement (1 milliard de leva en 2016).

Le gouvernement bulgare compte fortement sur le programme « Transports et infrastructure de transport » pour terminer l’autoroute Strouma, lancer l’étude de faisabilité de l’autoroute Mer Noire (faisant partie du corridor pan-européen VIII Durrës – Tirana – Skopje – Sofia – Bourgas – Varna), construire certains tronçons de la ligne ferroviaire Bourgas-Alexandroúpolis et investir dans une quatrième ligne du métro à Sofia.

Enfin, le programme « Développement des zones rurales », dont le budget s’élève à 800 M de leva, prévoit l’allocation de 50 M de leva en soutien d’activités non agricoles (développement de traditions artisanales locales, encouragement des sources d’énergie renouvelables, etc.). D’autres 170 M de leva seront investis dans la modernisation des sites de l’industrie agro-alimentaire et 25 M de leva dans le développement des fermes. Un schéma à part, à hauteur de 83 M de leva, financera des projets soutenus par de jeunes fermiers. (Ikonomist)

Le dossier

Les faiblesses de l’Etat favorisent la pénétration de l’influence russe en Bulgarie

La parution la semaine dernière de l’étude « The Kremlin Playbook : comprendre l’influence de la Russie en Europe centrale et orientale » ainsi que le contexte international ont suscité de la part de l’hebdomadaire Capital un dossier sur la Russie.

« La deuxième guerre froide » titre à la une l’hebdomadaire qui s’attaque au retour de la Russie sur la scène politique internationale, à sa compétition avec l’Occident et à l’impact de cette nouvelle donne géopolitique sur la Bulgarie. Une question qui ne semble pas préoccuper la Bulgarie. Dans le dernier rapport sur l’état de la sécurité nationale de la Bulgarie, le nom propre « Russie » ne figure même pas. Le seul paragraphe abordant la guerre hybride qui constate « l’apparition de tentatives d’acquisition d’entités économiques d’importance stratégique pour la Bulgarie (y compris concernant la sécurité énergétique), de médias et d’autres impliquant des services secrets étrangers » ne précise même pas l’origine de ceux-ci. Les services de sécurité bulgares sont incapables de s’y opposer, constate un ancien ministre régalien. Selon les sources de Capital, leur handicap résulte de leur inefficacité, de la résistance de la part des agents formés par l’ « ancienne école » et de l’absence de volonté politique. Cependant, il est à préciser que les services de sécurité ne constituent qu’un outil permettant la mise en œuvre d’une politique de sécurité nationale, élaborée par le gouvernement, le président et le parlement.

Une telle politique est difficile à être mise en place par un Etat dont les institutions clés souffrent de l’emprise des réseaux d’anciens agents des services de sécurité souvent aux ordres de la Russie, soit par l’intermédiaire de l’appareil central de l’Etat russe, soit par des structures économiques russes. La Bulgarie est ainsi vulnérable et peut facilement être déstabilisée par la Russie, capable de le faire par les seuls outils économiques et politiques, sans recourir à l’intervention militaire, précise Martin Vladimirov, analyste économique au Centre d’études de la démocratie. Utiliser les dépendances structurelles de la Bulgarie pour des objectifs politiques, profiter des déficits de gouvernance au sein des entreprises publiques, des régulateurs, du système judiciaire, instaurer des monopoles dans des secteurs stratégiques comme l’énergie, les finances et les télécommunications, corrompre ou rendre dépendants des hommes politiques influents, réorienter des bénéfices provenant du secteur de l’énergie vers le secteur banquier afin de créer un réseau d’affaires dépendantes dans d’autres secteurs économiques et utiliser les bénéfices générés par ces dernières pour financer des campagnes médiatiques, des partis politiques ou même des manifestations dans les rues, ne constituent qu’une partie des outils utilisés par la Russie pour élargir son influence en Bulgarie.

Selon Ilian Vassilev, expert en économie et ancien ambassadeur de Bulgarie en Russie, la dépendance réelle de la Russie et son influence en Bulgarie résultent des flux financiers générés par la réalisation de ses intérêts économiques, tant au niveau de l’Etat russe qu’au niveau des projets relevant du « grand chelem énergétique », ou de dispositifs comme la raffinerie Loukoïl, la Vnechtorgbank (VTB, souvent appelée « la banque de Poutine »), les sociétés Rossatom et Gazprom. Tous, des acteurs économiques russes qui ne sont pas soumis aux règles européennes de la concurrence, bien que la Bulgarie soit membre de l’UE et fasse partie de l’économie européenne, et ni d’ailleurs à aucun contrôle institutionnel et judiciaire, grâce à des trafics d’influences. Par conséquent, les institutions bulgares sont paralysées à chaque fois qu’une atteinte est portée aux intérêts de sociétés ou d’hommes d’affaires russes. Le secteur des carburants est la preuve la plus éloquente de la complicité et du lobbying de l’Etat en faveur d’une société russe privée : des amendements lobbyistes votés en urgence afin de bloquer la possibilité d’importation alternative de carburants.

La bonne nouvelle, c’est que la Russie sombrant de plus en plus dans l’isolement financera de moins en moins des hommes politiques, des hommes d’affaires ou des organisations pro-russes. La mauvaise, c’est que bien que « relativement pauvre », cet Etat sera toujours en mesure de mobiliser suffisamment de ressources pour déstabiliser la Bulgarie ou d’autres Etats qu’il considère comme relevant de son cercle d’influence. (Capital)

Rubrique France

La presse bulgare rend largement compte du démantèlement imminent de la « jungle » de Calais (Pas-de-Calais) qui doit commencer ce lundi 24 octobre.

Dans son dernier numéro, Ikonomist insère une interview avec l’économiste français Bruno Théret (université Paris-Dauphine) après sa conférence sur la monnaie fiscale, donnée à l’Université de l’économie nationale et mondiale à Sofia.

24 Tchassa publie un entretien avec l’éminent photographe, journaliste et environnementaliste français Yann Arthus-Bertrand.

Dernière modification : 24/10/2016

Haut de page