Lundi 25 janvier

Le culte

Moustafa Hadji réélu au poste de grand mufti de Bulgarie

La conférence nationale des musulmans, convoquée hier à Sofia, a réélu Moustafa Hadji au poste de grand mufti pour un nouveau mandat de cinq ans. En l’absence d’autres candidatures, celle de M. Hadji a été soutenue par 991 des 1 000 délégués représentant une communauté de près d’un million de musulmans dans le pays. La conférence a procédé également au renouvellement du Conseil supérieur des musulmans et à l’amendement des statuts du culte musulman.

La légitimité du grand mufti étant régulièrement contestée en justice depuis des années, cette conférence était attendue avec beaucoup d’intérêt. Des publications dans les médias quant à une certaine inféodation des musulmans bulgares à la Turquie avaient davantage augmenté la tension. De nombreux commentaires cherchent à faire la lumière sur les problèmes que rencontre ce culte autochtone pour la Bulgarie.

Depuis vingt-cinq ans, il existe en Bulgarie une lutte pour soumettre politiquement les musulmans bulgares, souligne Mikhaïl Ivanov, ancien conseiller sur les questions ethniques et religieuses du président de la République Jeliou Jelev. Depuis 2003, le grand mufti est constamment impliqué dans des litiges contestant sa légitimité. Plusieurs demandes d’annulation de son enregistrement auprès de la Direction des cultes sont introduites par l’ancien grand mufti (1986-1992) Nedim Gendjev, officier des anciens services communistes de sécurité. Le but est manifestement de maintenir la tension au milieu des musulmans. En 2011, 200 000 musulmans finissent par demander par pétition qu’un terme soit mis au chaos régnant dans l’islam et une conférence nationale (2 000 délégués) élit M. Moustafa Hadji au poste de grand mufti, rappelle M. Ivanov. La légitimité de son élection est de nouveau contestée en justice, mais cette fois la Cour d’appel de Sofia règle relativement vite la question en inscrivant M. Hadji comme grand mufti de Bulgarie (avril 2011). La décision est définitive et sans appel (Capital).

Une analyse dans l’hebdomadaire Capital suggère que l’intérêt médiatique accru vis-à-vis de la conférence nationale des musulmans s’explique également par la récente scission au sein du MDL, ce parti revendiquant le « monopole » sur les musulmans bulgares. Les « découvertes scandaleuses » paraissant depuis un certain temps dans la presse proche du député MDL Delian Peevski et cherchant à accréditer la thèse de la « dépendance dangereuse » du grand mufti M. Hadji vis-à-vis d’Ankara tendraient à permettre à MDL à remettre la main sur la direction des musulmans. « Il y a une dizaine d’années, le MDL détenaient tous les points stratégiques d’influence sur le culte musulman. Non seulement il désignait le grand mufti, mais se permettait également de nommer des maires (c.-à-d. des personnes sans formation religieuse) au sein du Conseil supérieur des musulmans. Toutefois, depuis quelques années, le grand muftiat s’est émancipé et le MDL n’arrive plus à l’influencer », déclare l’ancien député MDL Hussein Hafazov (actuellement, non-inscrit).

Antonina Jeliazkova, directrice du Centre international d’étude des minorités et des interactions interculturelles, salue dans une interview pour le site en ligne Marginalia la reconduction de Moustafa Hadji dans ses fonctions de grand mufti. Malgré son apparence de douceur et de bonté, M. Hadji s’est affirmé pendant les dernières années comme un guerrier intrépide et intransigeant, prêt à défendre ses convictions, estime l’anthropologue. En défendant les intérêts des musulmans en Bulgarie, il défend les intérêts de toute la société bulgare, ajoute-t-elle. Commentant les accusations de dépendance vis-à-vis de financements turcs, Mme Jeliazkova rappelle que le Diyanet (direction des cultes, en Turquie) et quelques autres institutions culturelles turques financent partout dans le monde les besoins nationaux, éducatifs ou religieux des musulmans. La question devrait être plutôt retournée vers l’Etat bulgare qui ne finance que très modestement le culte musulman et ne fait rien pour les écoles islamiques et la formation des imams en Bulgarie. Quant à l’intervention du MDL dans les affaires des musulmans, ce parti est probablement en train de comprendre qu’il vaut mieux se concentrer sur sa consolidation politique. En effet, souligne l’experte, pour la première fois depuis vingt-cinq ans, ses dirigeants n’ont pas salué de la tribune les délégués d’une conférence nationale musulmane. (tous journaux, dnevnik.bg, marginalia.bg)

Le projet

Désormais dans l’opposition, Radan Kanev précise ses ambitions politiques

Samedi dernier, l’ancien co-leader du Bloc réformateur Radan Kanev, désormais député non-inscrit, a annoncé le lancement d’un nouveau projet « de droite » autour de son parti, les Démocrates pour une Bulgarie forte (DBF). L’objectif de ce projet politique sera de se positionner comme deuxième force politique dans le pays.

Critiquant le gouvernement et le Bloc réformateur devant les participants à la rencontre nationale des DBF, M. Kanev a indiqué que le modèle politique du Bloc était déjà épuisé. Il a appelé les autres partis membres du BR à définir les « lignes rouges » au-delà desquelles ils mettront un terme à leur soutien au gouvernement Borissov et rejoindront l’opposition.

« Le nouveau projet nécessite une idéologie claire et une organisation ferme mais cela ne veut pas dire que DBF sera dissout », a indiqué M. Kanev. Selon lui, DBF va modifier sa structure et ses statuts pour faire face aux nouveaux enjeux. Le parti se séparera de certaines personnes appartenant au passé et essaiera d’attirer des personnes compétentes restées jusqu’à présent hors de la politique.

Dans son analyse de la participation du BR au gouvernement, M. Kanev a souligné les succès atteints dans le domaine de la santé, des affaires étrangères et de la défense, dont les ministres relèvent du BR. Selon lui, le Bloc a échoué sur tous les autres plans : réforme administrative, dispositifs sociaux, lutte contre la mafia et la corruption, justice, services de sécurité, finances publiques et marchés publics.

« Une année nous a suffi pour juger que nous ne pouvons plus accorder de délais [au GERB]. En entrant en coalition, le BR pensait avoir la force et la volonté de contraindre ses partenaires de coalition à mettre en œuvre les réformes, a-t-il relevé tout en indiquant que le Bloc avait failli à accomplir sa mission y compris à cause de « l’égoïsme de parti, des querelles intestines au sein du Bloc ».

Répondant indirectement aux critiques de Radan Kanev lors d’un forum de son parti à Veliko Tarnovo, le premier ministre Borissov a rappelé que la stabilité dans le pays était très frêle : « elle ne tient qu’à mes nerfs solides ». Brandissant de nouveau le spectre de la désintégration de l’Etat en cas de chute de son gouvernement, il a regretté que « nos problèmes actuels inventés leur servent de motif pour lancer des projets politiques ». « Il s’avère qu’en Bulgarie, les partis briguent non pas le pouvoir, mais l’opposition. Et pour devenir une opposition forte, la tactique préférée est d’attaquer le GERB et Borissov », a souligné le chef du gouvernement. « Nous sommes le parti qui fait l’équilibre dans l’Etat. Avant, c’était le MDL : trois grands partis (PSB, UDF et le parti tsariste) et le MDL au milieu pour faire le contrepoids. Aujourd’hui, c’est différent : une ribambelle de petits partis et un seul grand. Et il nous faut avaler des couleuvres pour préserver l’équilibre au sein de la société, pour garantir la stabilité. […] Si la motion de censure du PSB, du MDL, d’Ataka et de DBF passe, la logique veut qu’ils forment un gouvernement. Je leur souhaite bon jeu ! », a conclu le premier ministre en associant délibérément le parti de M. Kanev à la motion de censure préparée par le PSB et le MDL pour les défaillances du gouvernement en matière de politique de santé. (tous journaux, mediapool.bg)

L’interview

Johannes Hahn : Le besoin de coopération entre les Etats membres à propos de la crise des réfugiés est déterminant

L’hebdomadaire Capital publie une interview avec Johannes Hahn, commissaire en charge de l’élargissement et de la politique européenne de voisinage. L’entretien porte essentiellement sur la crise des réfugiés et les relations de l’UE avec la Turquie M. Hahn était en visite en Bulgarie et a participé à la 10e rencontre annuelle des entreprises avec le gouvernement organisée par le groupe de presse Capital.

A la question « que fait l’Union européenne pour répondre aux craintes des pays balkaniques de voir la région devenir une sorte de zone tampon pour les réfugiés », M. Hahn revient sur l’importance que les leaders de l’UE assument leur responsabilité et prennent des décisions sur les propositions faites par la Commission européenne. La principale mesure porte sur la protection des frontières extérieures de l’UE et la création d’une agence pour les garder. Tant que le contrôle des frontières extérieures n’est pas repris, l’Europe continuera à être vulnérable, insiste M. Hahn. Les deux autres mesures sont liées aux hot spots et à la répartition des migrants au sein de l’UE. Mais pour le moment cette dernière mesure n’a pas donné de résultats : des 160 000 personnes qui devaient être réparties, uniquement quelques centaines le sont pour le moment, ce qui n’est certainement pas suffisant, souligne M. Hahn.

Il est difficile de faire des prévisions pour ce printemps, car on ne sait jamais si le trajet balkanique continuera à être préféré par les réfugiés ou si la pression migratoire principale s’exercera sur le trajet méditerranéen. Mais si les Etats membres ne réussissent pas à se mettre d’accord, c’est la Grèce qui souffrira le plus. Du nord vers le sud, des Etats décident de fermer leurs frontières ce qui créé un effet domino. Que va-t-il se passer si tous les pays au nord de la Grèce décidaient de fermer leurs frontières ? Cette situation n’est pas dans l’intérêt européen, dit M. Hahn. Il souligne que la coopération entre les Etats membres est cruciale, quel que soit le trajet soumis à la plus grande pression.

La coopération avec la Turquie est très importante et ce qui concerne l’Europe, des mesures finales sont nécessaires pour soutenir les camps de réfugiés dans ce pays. La décision des Etats membres sur les moyens de financer les 3 milliards d’euros promis à Ankara est attendue. Le 1 milliard du paquet d’aide est en train d’être collecté par la Commission européenne grâce aux énormes efforts de la commissaire Kristalina Gueorguieva. Restent les deux autre milliards qui seront gérés par l’UE et dépensé uniquement sur des indices de besoin urgent de financement : pour l’éducation, la santé, etc. Il ne s’agit pas de transférer de l’argent vers la Turquie sous forme d’aide quasi-budgétaire. Ces dépenses seront liées au cofinancement des camps de réfugiés, explique M. Hahn.

Quant à la Turquie, elle doit réformer sa législature pour que les réfugiés puissent travailler. A présent ils profitent uniquement d’un statut d’invités qui les empêche de travailler légalement dans le pays. L’autre problème qui doit être affronté est le démantèlement du réseau de trafiquants. A présent, selon ses informations, il comprend 30 000 personnes, souligne le commissaire. (Capital)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
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Dernière modification : 25/01/2016

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