Lundi 26 septembre

Le messager

Boïko Borissov critique ses partenaires européens sur la question migratoire

Une semaine après la réunion informelle des 27 États membres à Bratislava, Boïko Borissov, premier ministre, a participé samedi dernier, à l’invitation du chancelier autrichien Christian Kern (SPÖ), à une conférence ministérielle à Vienne sur les questions migratoires en présence notamment des chefs d’État et de gouvernement des pays situés sur la route des Balkans (Albanie, Bulgarie, Croatie, Macédoine, Serbie, Slovénie) ainsi que de l’Allemagne et de la Grèce. Donald Tusk, président du Conseil européen, et Dimitris Avramopoulos, commissaire européen aux migrations et aux affaires intérieures, représentaient l’Union européenne.

« Fermons entièrement l’Europe et que les réfugiés restent en Turquie et en Libye, a proposé Borissov » (24 tchassa), « L’UE doit fermer les frontières. Je demande aux collègues ce qu’on fait en cas de nouvelle vague d’un million de réfugiés : silence » (Standart), « L’Union européenne n’a pas répondu aux questions de Borissov » (Capital Daily), « Borissov, déçu de l’apathie de l’Europe au sujet de nos problèmes avec les réfugiés » (mediapool.bg). Tels sont les principaux messages que la presse a retenus à l’issue de cette rencontre visant à accélérer le processus de décision au sein de l’UE en faveur d’un renforcement des contrôles aux frontières extérieures et de la coopération avec les pays tiers (Égypte, Liban, Jordanie).

M. Borissov a qualifié ces pourparlers de « durs » dans la mesure où la fermeture de la route des Balkans ne se limite pas à la fermeture de la frontière bulgaro-turque et qu’il faut chercher une solution commune européenne. « Je suis très peu optimiste bien que je voie que les leaders européens se rendent compte qu’il est question de sauver toute l’Union, et non pas seulement la Bulgarie, la Grèce et l’Italie, de la vague des réfugiés », a-t-il déclaré à l’issue de cette rencontre.

« Les frontières de l’Europe doivent être fermés du Royaume-Uni jusqu’à la Bulgarie et de l’Italie jusqu’à la Finlande afin que les migrants ne passent que par les points de contrôle à la frontière. L’Union européenne doit financer la mise en place de zones de sécurité en Turquie et en Libye (pour soulager la pression migratoire sur l’Italie) afin que les migrants y restent en attendant qu’on mette fin aux guerres dans le Proche-Orient. Et tous les autres Etats, notamment les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le Russie, doivent assumer une part de la charge financière puisque ce sont eux qui font les guerres », a expliqué le premier ministre.

En outre, le premier ministre a appelé l’UE à consentir des efforts afin que l’accord avec la Turquie continue à être respecté après décembre et à voir l’appartenance de la Turquie à l’OTAN en tant que garantie supplémentaire de stabilité. Dans ce contexte, M. Borissov a proposé que le secrétaire général de l’OTAN soit invité au prochain Conseil européen. Il a considéré que la levée des visas pour la Turquie est de loin le moindre mal en comparaison avec une éventuelle vague d’un million de réfugiés. « Quelle sera alors la recette pour y faire face ? Leur tirer dessus, les enfermer ou les laisser passer… : silence [de la part des leaders européens]. On attend que quelque chose d’horrible se passe ? Moi, je ne veux pas attendre », a observé M. Borissov. Il a annoncé avoir réitéré lors de la rencontre à Vienne sa demande de signature d’un accord de réadmission entre l’UE et l’Afghanistan « d’où viennent la plupart des réfugiés ». « Bien que depuis dix ans nous payions pour que nos soldats en Afghanistan contribuent à la démocratisation de ce pays, les gens continuent à le fuir », a-t-il ajouté.

M. Borissov a assuré que les pays du groupe de Visegrád ont proposé de contribuer à la protection de la frontière bulgare. Il a espéré que les 160 millions d’euros promis à Bulgarie « seront versés dès lundi afin qu’on ouvre les procédures d’achat de camions, de caméras thermiques etc. ». Une partie de cet argent sera utilisé pour la construction de nouveaux centres de réfugiés près de la frontière. (tous journaux, mediapool.bg)

Le procès

L’affaire de l’attentat de Sarafovo sera jugée par contumace

Aujourd’hui, au tribunal pénal spécialisé à Sofia, devait s’ouvrir le procès sur l’attentat de Sarafovo. Cet acte terroriste, commis le 18 juillet 2012 à l’aéroport de Bourgas (Sarafovo) avait coûté la vie à cinq touristes israéliens et à leur chauffeur bulgare. Trente-huit autres ressortissants israéliens y avaient été blessés. L’auteur de l’attentat avait également trouvé la mort après avoir actionné l’engin explosif.

Lors de l’enquête, qui a duré quatre ans, le Parquet avait mis en examen par contumace Meliad Farah (36 ans, Australien d’origine libanaise) et Hassan el Hadj Hassan (28 ans, Canadien d’origine libanaise), pour avoir, pendant la période du 28 juin au 11 juillet 2012, aidé et facilité la commission de l’acte terroriste par Mohamed Hassan El Husseini et ainsi mis en péril la sécurité nationale bulgare.

24 Tchassa publie un entretien avec la procureure Kalina Tchapkanova du Parquet près le tribunal de grande instance de Bourgas, ayant assuré la supervision de l’enquête, qui résume les faits. Le procès qui s’ouvre, souligne Me Tchapkanova, est d’un degré important de complexité factuelle et juridique (Ndr : un dossier de 80 volumes, 170 témoins auditionnés, 100 expertises réalisées, dont 48 expertises médico-légales et une mise en situation, 22 commissions rogatoires auprès de différents pays). Mais malheureusement ce type d’affaires n’est désormais plus rare dans le travail du Parquet bulgare.

La thèse de l’accusation repose sur un grand nombre d’éléments de preuve indirects qui mènent vers une conclusion unique cohérente sur les auteurs du crime. Les chefs d’accusation retenus contre Meliad Farah et Hassan el Hadj Hassan sont au nombre de deux. Ils sont accusés de terrorisme (art. 108a du Code pénal) et d’utilisation de faux documents en vue de réaliser un acte terroriste. Par ailleurs, il n’y a pas lieu de parler de hiérarchie entre les trois auteurs de l’attentat de Sarafovo. Il existe une répartition des rôles entre eux et une activité criminelle réalisée en commun et en complicité, mais pas de hiérarchie au sens de structure établie d’association criminelle. Les accusés Farah et Hassan ont séjourné à des périodes différentes en Bulgarie. Dans le cas de Mohamed Hassan El Husseini, il est question d’un attentat-suicide, indique la procureure. Du fait que les deux accusés sont toujours recherchés, malgré les nombreux avis de recherche lancés à leur égard au niveau local, national et international, l’affaire sera jugée par contumace. Des défenseurs bulgares leur ont été attribués d’office.

Toutefois, ce matin, peu de temps après l’ouverture du procès, il s’est avéré qu’une bonne part des victimes n’a pas été régulièrement citée (des ressortissants israéliens dont les adresses n’ont pas été établies), ce qui a conduit le tribunal à reporter l’audience au 10 novembre prochain. (24 Tchassa, mediapool.bg)

L’outrage

La profanation d’un monument bulgare en Macédoine largement condamnée par la classe politique bulgare

Une plaque commémorant la bataille du Kajmakčalan (sommet à la frontière actuelle entre l’ARYM et la Grèce, 2 524 m d’altitude) de septembre 1916, au cours de laquelle la Serbie vainquit la Bulgarie, lui infligeant 2 000 morts et plus de 6 000 blessés, a été profané la semaine dernière.

Posée le 9 septembre dernier à l’initiative d’un groupe de militaires bulgares à l’occasion du centenaire de la bataille, la plaque exprimait de la gratitude envers « les héros morts pour la réunification nationale de la Bulgarie » dans un des combats les plus marquants du front macédonien pendant la Première guerre mondiale.

Le profanateur, Milenko Nedialkovski, journalise macédonien à la réputation scandaleuse selon la presse bulgare, s’est pris en photo, armé d’une masse, en train de réduire la plaque en miettes. La publication sur sa page Facebook de ces photos accompagnées de propos fanfarons a mis en ébullition la classe politique bulgare et plus d’un Bulgare.

« Nous appelons les autorités macédoniennes à se démarquer clairement [de cet acte] et à ne plus tolérer de tels actes ignominieux qui, malheureusement n’étant pas isolés, restent particulièrement alarmants à un moment où les deux pays négocient la signature d’un accord de bon voisinage », a réagi vendredi le ministère bulgare des affaires étrangères. La commémoration des soldats tombés dans les guerres, de quelque côté qu’ils aient combattu, est une pratique mondiale symbolisant la réconciliation et le désir de vivre ensemble dans la paix ; une pratique libre de tout mobile intéressé politique, national ou religieux, affirme notamment le communiqué officiel.

Le premier ministre Borissov a également exprimé son indignation. Au cas où les autorités de l’ARYM n’essaient pas d’arrêter les actes de vandalisme commis contre des monuments bulgares, elles seront privées d’aide bulgare lorsqu’elles en auront le plus besoin, a-t-il averti tout en rappelant les 300 000 leva, les paquets de nourriture et les équipes de pompiers envoyés récemment aux sinistrés des inondations en ARYM. Est-ce que de tels actes contribuent à l’adhésion de ce pays à l’UE ?, s’est interrogé M. Borissov.

Plusieurs autres politiciens, dont le leader de l’ORIM et candidat à la présidence de la République, Krassimir Karakatchanov, ont condamné la profanation de la plaque commémorative. Dans une lettre de protestation au président de l’ARYM, M. Karakatchanov indique que la tolérance manifestée à l’égard de toutes sortes d’actes antibulgares n’est pas fortuite et laisse l’impression d’une politique suivie de haine envers le peuple bulgare.

L’eurodéputée Iliana Yotova a relevé que la question de la profanation des monuments bulgares en Macédoine reste à l’ordre du jour dans les rapports sur les progrès réalisés par ce pays en vue de son adhésion à l’UE. « Tant que cette question n’est pas résolue, la Bulgarie ne donnera pas le feu vert à cette adhésion ».

Pour toute réponse, le ministère des affaires étrangères de l’ARYM s’est borné à indiquer qu’il considérait que la plaque sur le Kajmakčalan n’avait pas été installée selon les règles réservées aux monuments et qu’elle était donc illégale.

Dans un commentaire pour Standart, le politologue Parvan Simeonov souligne que les Bulgares resteront toujours les dindons de la farce tant qu’ils continueront à réagir au cas par cas à ce type d’histoires « maigres », en absence d’une politique pesée et de longue durée vis-à-vis de la Macédoine. « Le but de telles provocations de la part de Skopje et de séparer les gens des deux côtés de la frontière. […] En réagissant violemment, nous tombons dans le panneau. On nous fait entrer dans un autre scénario. […] Mais la réalité est que la Macédoine n’intéresse plus les Bulgares. Même la pose de cette plaque commémorative a été une initiative privée et non un acte solennel de l’Etat bulgare. Sofia n’avance pas beaucoup sur le thème de la Macédoine et s’en désintéresse complètement. Le temps où la presse parlait beaucoup de la Macédoine n’a plus court ». (tous journaux)

Dernière modification : 27/09/2016

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